Cod. Theod., 1. lY, tit. vu, Demanumissionibusinecclesia
chis en présence des évoques et de TEgliseou par des ecclésiastiques.
Retenu auprès de Constantin ou rentré à Cordoue, Osius s'abstint de venir au concile d'Arles, réuni au sujet des donatistes, en 314, et auquel assista Libère de Mérida, un des pères du concile d'Elvire. Malgré son absence, Osius ne laissait pas de se préoccuper de riiérésie donatiste. Il avait d'autant plus déraison de s'y intéresser que cette hérésie était, en grande partie, l'ouvrage d'une espagnole intrigante. Riche et dévote, cette femme, nommée Lucilla, s'était mis en tête de rendre un culte officiel aux restes d'un personnage dont le martyre n'était rien moins que constaté. Comme c'était à Carthage qu'elle se livrait à ces dévotions, l'évêque Cécilien lui interdit de continuer. Lucilla s'aboucha avec quelques mécontents, dont l'élection de Cécilien au siège de Carthage avait déjoué les plans, pour renverser l'évêque. Dans ce but elle prodigua l'argent et parvint à recruter et à organiser le noyau donatiste qui, en s'étendant, avait formé un parti d'opposition assez redoutable pour que Cécilien remît sa cause au concile d'Arles. Celui-ci le justifia, comme le concile de Rome l'avait fait l'année précédente, et comme devait le faire Constantin deux années plus tard, en 316. Afin d'affaiblir la portée de cette dernière condamnation, les donatistes se plaignirent hautement de l'influence exercée par Osius sur Tempereur dont il avait provoqué la sévérité ^ , mais on n'a aucun fait qui puisse servir de justification à ces clabauderies ^. L'Eglise d'Espagne n'eut d'ailleurs que des relations très espa-
i. Saint Acglstin, Conlra Parmenian, 1. 1, c. v. 2. Les donatistes accusèrenl Osius de « tradition ». Cf. S. August., Contr. Parmenian. I, 4.
cées avec les donatistes. Constantin donna àl'évêque de Barcelone, Olympius, une mission ofTicielle que celui-ci alla remplir à Carthageavec un nommé Eunomius. Ils demeurèrent quarante jours à Cartilage, enquêtant sur les doléances réciproques des catholiques et des donatistes auxquels, finalement, ils donnèrent tort. Plus tard, quand le donatisme entreprit de se donner une sorte de catholicité et fonda un évêché dans Rome même, les chefs du parti envoyèrent un évêque en Espagne. Il ne paraît pas y avoir obtenu les succès qu'il cherchait, car il ne recruta, paraît-il, qu'une unique dévote. En 324, Osius reçut également de Constantin une mission officielle. 11 fut envoyé à Alexandrie afin d'apaiser les troubles que les disputes touchant la Pâque et la nouvelle hérésie d'Arius causaient dans toutl'Orient. A cet effet, il tint un concile à Alexandrie.
C'était, comme on en a fait la remarque, un événement fort curieux et qui dut émouvoir la population frivole d'Alexandrie, que de voir arriver, du fond de l'Occident, un évêque, ne parlant que le latin, et encore sans pureté et avec accent, et venant juger dans la ville , la plus polie qu'eût produite la civilisation grecque, une des questions les plus délicates qui puissent faire le lien de la philosophie et de la religion. Mais même à la distance des siècles, pour la postérité chrétienne qui porte aux débats religieux un intérêt que le temps ne saurait affaiblir, cette intervention d'un évêque d'Occident, à la naissance même de la grande hérésie arienne, est d'une précieuse importance. Si, comme l'a souvent prétendu une critique qui prend le doute pour la science, le dogme de la Trinité chez les chrétiens avait été un produit récent des rêveries philosophiques des Pères grecs,
étrangers aux enseignements primitifs de l'Évangile — si Jésus-Christ, lui-même, ne s'était donné à ses disciples que comme un homme supérieur et un prophète, et si c'était la philosophie qui eût imaginé d'en faire un Dieu — un évêque d'Occident, élevé loin de toute étude et dans la foi traditionnelle, aurait dû pencher en faveur d'Arius. Il aurait dû embrasser dans la controverse celle des deux opinions qui offrait du dogme de la Trinité l'explication la plus simple et la plus humaine. Mais le contraire arriva et devait arriver.
La tradition chez les chrétiens, c'était la divinité de Jésus-Christ; Jésus-Christ homme et Dieu, c'était là ce qu'on enseignait à l'enfant à murmurer dans les bras de sa mère, et à adorer au pied de l'autel. C'était la philosophie, au contraire, qui, pour éclaircir le mystère, l'atténuait, l'affaiblissait, le dénaturait. L'arianisme était une décomposition toute philosophique du dogme, chère aux savants et odieuse aux simples. La foi simple d'Osius ne s'y méprit pas un seul instant.
Il examina tout avec conscience. Il se fit rendre compte de la doctrine nouvelle et d'autres hérésies précédemment condamnées, comme celle de Sabellius par exemple, que les ariens imputaient à leurs adversaires. Il se fit enseigner le sens des termes grecs qui lui étaient fort étrangers : il répéta en balbutiant les mots de substance Qià'hypostase, écouta patiemment les discussions interminables des dialecticiens d'Alexandrie, puis il donna son opinion, et quoique nous n'en ayons pas les termes il n'est pas douteux qu'elle fut accablante pour Arius '.
1. Il est probable que cette sentence est la même que celle dont parle Pliilostorge, I, ", et qu'il attribue à un concile tenu à Nicoméclie,
Le concile vint à bout d'étouffer le schisme d'un certain Colluthus et condamna, une fois de plus, l'hérésie des Sabelliens, mais, ainsi que le dit fort bien Tillemont, « l'hérésie d'Arius et les questions de la Pâque demandaient vm plus fort remède ».
Ce voyage d'Alexandrie jetait l'évêque de Cordoue dans un milieu un peu nouveau pour lui. On ne s'aperçoit pas que jusqu'à ce moment il ait eu du goût pour les rêveries métaphysiques et, assurément, ce goût ne lui vint pas depuis lors. Les Orientaux qu'il fréquentait par force eussent suffi à l'en guérir, s'il l'avait eu. Osius avait un esprit fait tout d'une pièce et son âme ressemblait à son esprit. Les arguments n'avaient guère plus de prix sur l'un que les flatteries ou les menaces sur l'autre. Il ne faisait attention qu'à la vérité et au devoir. Par un privilège, que partagent les hommes très droits, la vérité et le devoir lui apparaissaient de suite et clairement, il y allait donc tout droit et de toute sa force. Avec un pareil tempérament, Osius était l'homme le moins propre à comprendre les Alexandrins. Les raffinements n'étaient pas son fait; d'ailleurs il touchait à sa soixantedixième année et d'ordinaire, à cet âge, l'esprit a ses habitudes prises. S'étant aperçu que l'apaisement de l'hérésie naissante d'Arius ne serait pas chose aisée, il n'imagina rien de plus efficace qu'un concile pour ramener l'ordre et rétablir l'accord ; ces deux choses allant de pair à ses yeux.
où auraient siégé Alexandre d'Alexandrie et Osius. L'opinion commune, quoique aucun texte ne le dise expressément, est qu'Osius, simple évéque d'Espagne, ne se serait pas chargé de cette mission qui le mettait au-dessus du patriarche d'Alexandrie, s'il n'avait été autorisé par une délégation du siège de Rome, à qui, du reste, il est certain qu'Alexandre avait fait connaître la condamnation d'Arius.
S'il faut en croire Sulpice Sévère ^ , la convocation du concile de Nicée fut suggérée à Constantin par Osius. La situation considérable que son âge, son caractère, sa confession et sa faveur concouraient à lui faire, peuvent expliquer le rang qu'il occupa dans ce concile que, d'après certains auteurs, il présida. Gélase de Cyzique, auteur d'une « Histoire du Concile de Nicée », au v^ siècle, affirme ce fait : « Osius, écrit-il, représentait l'évêque de Rome et assistait au concile de Nicée avec les deux prêtres romains. Vite et Vincent ^. » Une phrase de saint Athanase, contemporain et témoin oculaire, semble décisive : « De quel concile, dit-il, ne fut-il pas président ^ ? » Si Osius n'avait pas obtenu la présidence à Nicée, la phrase serait pure sottise et nous ne savons pas que saint Athanase fît profession d'en dire. C'est d'ailleurs dans ce sens que Théodoreta interprété cette parole^', et Socrate, arrivant à l'énumération des membres les plus qualifiés de l'assemblée, procède dans cet ordre : « Osius, évêque de Cordoue; Vite et Vincent, prêtres de Rome; Alexandre, évêque d'Alexandrie; Eustathe, évêque d'Antioche; Macaire, évêque de Jérusalem *">. » On ne s'explique pas la prééminence donnée à Osius, simple évêque provincial, sur les deux grands patriarches orientaux, s'il n'avait été représentant du pape, à moins que ce fût de l'empereur. Les signatures des membres du concile nous ont été conservées par diverses listes grecque, latine, copte, syriaque, arabe, arméniennes. Ces listes présentent entre elles d'assez
i. liist., l.II, C. LV.