‹ L'Espagne chrétienneChapitre 38 sur 81 · Apologia de fuga : Tioia; yàp où xa8ï]YT^<7aio · texte numérisé non relu

Apologia de fuga : Tioia; yàp où xa8ï]YT^<7aio

A. Hist. eccL, n, 15 : Tioiaç y*^? o^X 'AXh^^'^^ eruvoÔou. :>. Hist. eccl., T, 13.

OSiUS DE CORDOUE. PRUDENCE. 97

notables différences ', cependant la liste dressée d'après l'étude critique définitive place en tête Osius et les deux prêtres romains. Nous devons donc nous en tenir à cette conclusion qui n'est pas une des moindres gloires de l'Église d'Espagne.

Pour les hommes qui, comme Osius, avaient confessé Jésus-Christ et raisonnaient sans subtilité, l'arianisme était autre chose encore qu'une hérésie, c'était une offense personnelle. Par un étrange retour nous verrons l'arianisme, que l'évêque de Cordoue aura accablé, conquérir l'Espagne à l'époque de la monarchie visigothique ; il n'est donc pas étranger à notre sujet de nous y arrêter quelques moments.

L'arianisme est la plus inconséquente des hérésies qui aient paru. Elle a donné l'étrange spectacle d'une religion qui n'existait que parce qu'elle se regardait comme divine et niait la divinité de son fondateur. Aussi, grâce à un raisonnement très simple on s'apercevait que c'était la négation du christianisme. Il était impossible de disputer très longtemps sur l'arianisme; à ce point de vue, les grandes hérésies qui suivirent, monophysisme, monothélisme, lui étaient infiniment supérieures; avec celles-ci on pouvait raisonner à perte de vue sans jamais s'entendre. L'arianisme était très vite à bout de voies; acculé, il faisait tête et passait de la discussion à la persécution. Mais si ces choses, à force d'être lointaines, nous paraissent claires aujourd'hui, il n'en était pas de même alors. Vers l'an 325, le christianisme était une religion nouvelle qui avait fait ses preuves au point de vue moral, mais qui, au point de vue dogmatique, demeurait non seulement mystérieuse, —

1. H. Gelser, Pa^ntm nicaenorum nomina, in-ia», Lipsiae, 1898,

p. LX.

c'est de son essence, — mais obscure pour bien des gens. Le mystère de la Trinité ne répugnait pas sans doute aux polythéistes intrépides du paganisme, cependant on l'attendait tacitement à l'explication. Chrétiens mal instruits et chrétiens effleurés par Tombre d'un doute, païens indifférents, curieux ou railleurs ne se plaignaient pas des événements qui amenaient la délibération solennelle d'où sortirait un peu plus de lumière, chacun retenait son souffle et attendait.

Le mystère était plus ou moins exactement connu des uns et des autres. Le Christ'en s'incarnant s'était présenté avec une double nature sans que l'une d'elles causât aucun préjudice à l'autre. Homme parfait, il était en même temps Dieu, fils de Dieu, égal à son Père céleste et formant avec lui une même substance. Les ariens ne le voulaient pas ainsi, et de ce fds de Dieu ils faisaient une créature excellente, supérieure à toutes les créatures, mais inférieure au Père céleste et différente de lui en substance.

Tout l'effort de la dispute, ainsi qu'il faut s'y attendre, avait été soutenu par les Grecs et les Alexandrins. Les latins, une fois la querelle bien exposée et bien comprise, avaient fait leur siège ; laissant leurs collègues argumenter à leur aise, ils ne bronchaient plus. Comme Constantin lui-même, ils avaient le sentiment qu'il s'agissait d'une chose grave et tout leur bon sens s'employait à détourner le péril. Les faits et gestes attribués à Osius par Gélase de Cyzique ne sont guère plus réels que les actions et les discours des héros de Tite-Live. Le seul point à retenir, c'est le souvenir gardé par les Orientaux du grand évêque espagnol qu'ils jugeaient digne de comparaison, pour la science théologique, avecEusèbe Pamphile,

Léonce de Césarée et Macaire de Jérusalem, les coryphées de l'assemblée. Au cours des pourparlers que les orthodoxes tenaient entre eux afin d'acculer Eusèbe et son groupe de partisans ariens, Osius se trouva en relations suivies avec Athanase d'Alexandrie et prit de lui une idée si haute qu'il ne consentit jamais dans la suite à croire aux accusations portées contre le grand homme.

Ce fut au cours de ces « congrégations », comme nous dirions aujourd'hui, que les rédacteurs du concile, à la tête desquels figurait Osius doublé par Athanase, trouvèrent un mot qui ne se rencontrait pas à la vérité dans l'Ecriture sainte, mais usité déjà dans la langue théologique et dont le sens était parfaitement conforme à la pensée de l'Evangile. C'était un terme composé de deux mots grecs dont l'un signifie même et l'autre substance : ôjjloç, oùai'a = ôpLoouaio;. Il signifiait par conséquent que le Fils éXm.idela même substance que le Père. En latin, le mot choisi pour exprimer cette idée fut consubstantialis . Ce mot n'était pas nouveau puisqu'on pouvait le lire dans Origène et il était d'un usage si général dans les écoles que, vers le milieu du iii^ siècle, on avait fait à saint Denys d'Alexandrie le reproche d'avoir paru répugner à s'en servir dans une lettre dogmatique; d'autre part, le mot en question avait été positivement repoussé par Eusèbe de Nicomédieet les ariens dans une lettre qui circulait parmi les pères du concile.

La situation était suffisamment claire pour satisfaire Osius. Maintenant qu'il était armé d'une formule qui ne laissait place à aucune échappatoire, il se sentait tout à fait à l'aise et, dès que la majorité eut agréé le « consubstantiel », Osius procéda à la ré-

daction du symbole de foi. Saint Athanase Taflirme ^ et on peut l'en croire; il ajoute qu'Osius relança les arienspartoutoùilenrencontra désormais^. Il semble qu'il ait apporté à cette poursuite la fougue que ses compatriotes mettront plus tard à servir la Sainte-Hermandad ; saint Athanase le laisse entendre discrètement. « Osius, dit-il, portait bien son nom, c'était un véritable saint, sa vie était irréprochable, à moins qu'on ne lui fasse un crime de sa haine ardente pour l'hérésie. »

Nous perdons la trace d'Osius après le concile. Il peut être retourné à Cordoue et il est à peine croyable qu'il ait consenti à délaisser son siège pour fixer sa résidence à la cour de Constantin, ainsi que plusieurs l'ont insinué. Mais, faute d'arguments po sitifs à faire valoir, la question est de celles que les discussions ne font pas avancer. Ce qui est à peine douteux, c'est que la situation prépondérante faite dans rÉfflise à Osius n'ait dû exercer une influence profonde sur le développement de l'Eglise d'Espagne tout entière.

Le règne de Constantin fut signalé par des réformes administratives dont plusieurs eurent un retentissement dans les institutions du christianisme. A la division provinciale de Tarraconaise, Bétique et Lusitanie adoptée par Auguste on substitua une division nouvelle en cinq provinces : La Bétique et la Lusitanie furent respectées, mais la Tarraconaise fut

1. Histor. arinnor. ad monachos, c. 42; P. G., t. XXV, col. 743: OuTOî v.od TViv £v Nixaîa uiativ èllOexo, xal Toù; 'Apetavoù; iY.riç>\jhv alpextxoù; elvat 7ravTa-/où. Hkfélé, Concilienf/esch., 1. 1, sect. 94, n'admet pasqu'Osius ait été pour rien dans la rédaction du symbole.

2. La présence d'Osius au concile de Gangres n'est pas soutenable. TiLLEMO^r^Mém.hist. eccL, 1701, t. VII, p. 311 ; Héféli:, op. cit., t. II, sect. 94.

morcelée en trois provinces désignées sous les noms : Carthaginoise, capitale Carthagène ; Galice, capitale Astorga ou Braga, et Tarraconaise ; une sixième province prise sur le continent africain, la Maurétanie Tingitane, fut rattachée à l'Espagne; enfin les îles Baléares formèrent une septième province. Cette répartition fut adoptée en 332 et l'Espagne fut alors gouvernée par un « vicaire » résidant à Séville et mis sous les ordres du préfet des Gaules. Les remarques que nous avons eu l'occasion de faire au sujet des signatures du concile d'Elvire doivent être rappelées ici. Si ces signatures se trouvaient présentées suivant une disposition géographique correspondant à la division politique d'Auguste, nous serions en droit de conclure que l'Église d'Espagne avait superposé son cadre administratif au cadre administratif existant. Néanmoins on peut supposer que la primatie, par le fait même qu'elle était attachée à la longévité, devait passer assez rapidement d'un siège à un autre et que, dans la réalité, cette distinction honorait son titulaire sans changer quoi que ce fût à l'importance du siège qu'il occupait. On se trouvait ramené malgré soi aux conditions dont nous rencontrons dans la province d'Afrique une application très claire. La primatie, institution honorifique, va et vient d'un évêché à l'autre, mais chaque évêché conserve son importance propre fondée sur l'expansion de son territoire, le nombre et l'opulence de ses fidèles. Si l'Église de Rome et celle de Carthage prennent une situation prépondérante, c'est que nulle autre Église de la région ne peut balancer les ressources en tous genres que des villes comme Rome et Carthage offrent à un établissement, quel qu'il soit. Le cas a dû être le même en Espagne et si,

jusqu'au temps de Constantin, aucune ville ne paraît effacer toutes les autres par son développement et sa prospérité, à partir de Constantin, le choix fait de Séville pour la résidence du « vicaire » d'Espagne tend à faire de cette ville, pendant la durée de l'occupation romaine, le centre politique et religieux de l'Espagne.

Rien d'analogue aux « Fastes épiscopaux de la Gaule « n'a été entrepris pour l'Espagne jusqu'à ce jour. Florez et ses continuateurs ont tenu compte d'un trop grand nombre de traditions inacceptables; Gams a admis des noms et des dates qu'aucun document irrécusable n'autorise. La date de création des sièges épiscopaux et la hiérarchie intervenue entre eux sont des points obscurs et qui demeureront tels longtemps encore. La pénurie, presque incroyable, de textes concernant le christianisme dans la péninsule pendant les quatre premiers siècles de notre ère explique la rapidité avec laquelle se déroule une histoire qui ne compte guère d'événements. Si donc, recueillant tous les indices (qui ne sont souvent que de simples noms), nous cherchons à établir un état de l'Espagne ecclésiastique avant le remaniement territorial de 332, voici à quels résultats nous arrivons. Avant l'année 254 Léon, Astorga, Mérida, Saragosse et deux autres villes dont les noms ne sont pas donnés ont un évêque. Avant l'année 300, il faut ajouter à ces villes les sièges suivants dont plusieurs pourraient être plus anciens que ceux qui viennent d'être mentionnés : Guadix, Cordoue, Séville, Tucci [= Martos), Epagra(=: Cabra), Castulo (= Calzona), Mentesa, Elvira, Urci, Tolède, Fibularia(=:Loarre), Ossonoba, Elbora, Eliocroca (= Lorca), Basti (= Baza), Malaga. Avant

332 il faut ajouter quatre des villes représentées en 314 au concile d'Arles : Tarragone, Osuna(= Urso), Bética et Barcelone. L'organisation ne nous est pas connue avec assez de certitude pour permettre de supposer l'existence d'un évêché partout où nous rencontrons un prêtre. C'est ainsi que nous devons nous tenir sur une grande réserve en ce qui concerne les treize communautés représentées par leurs prêtres au concile d'Elvire et dont nous avons donné la liste en parlant des membres de ce concile '. D'après la répartition de ces villes on s'aperçoit que le christianisme ne s'étendait pas d'une façon régulière ; s'il suivait volontiers le chemin que lui frayait l'établissement administratif, il ne pouvait songer, ici comme en Afrique, à calquer servilement la répartition provinciale de l'empire; c'est ainsi que, tout en modelant les circonscriptions ecclésiastiques sur les circonscriptions civiles, en s'efforçant, toutes les fois que c'était possible, de superposer les unes aux autres, on voit l'Eglise d'Espagne s'organiser en sept provinces dont les métropoles sont placées dans le chef-lieu civil, sauf à Carthagène remplacée par Tolède. Ces métropoles sont : Mérida, Séville, Braga, Tolède, Saragosse, Palma et Tanger. A partir de ses origines jusqu'à l'époque de la domination visigothique le christianisme ne cessa donc de se développer dans la péninsule, ainsi que nous venons de le voir par ces statistiques trop embryonnaires. La paix de l'Eglise, le rôle d'Osius et l'infiltration à peu près nulle de l'arianisme pendant le iv® siècle paraîtraient les conditions les plus favorables à un grand et rapide essor. Cepen-

1. Les pères espagnols présents au concile de Sardique n'ajoutent aucun nouveau nom à ceux des sièges qui viennent d'être cnumérés.

104 L'ESPAGNE CIIUÉTIENNE.

dant on ne constate rien de semblable. Les écrits de Prudence et de ses contemporains permettent de constater l'accroissement du nombre des fidèles ^ mais on ne saisit que des attestations assez vagues de leur activité. Au point de vue monumental nous sommes réduits à quelques textes. Le concile d'Elvire mentionne l'existence d'églises^, de cimetières •^, de peintures^'. L'épigraphie, la glyptique, le basrelief semblent encore inconnus. Cette situation est d'autant plus anormale que le climat de l'Espagne est favorable à la conservation des ouvrages de l'antiquité et que la péninsule garde un grand nombre de remarquables vestiges contemporains de la domination romaine : aqueducs, ponts, théâtres, cirques, mosaïques. Peut-être la raison de cette pénurie de monuments chrétiens à une époque où les constructions impériales se multiplient sans mesure se trouve-t-elle précisément dans le caractère honorifique de ces constructions. Elles étaient, la plupart du temps, ordonnées et exécutées par l'empereur ou par l'administration provinciale. La péninsule en recevait le bénéfice et en payait la dépense, mais elle n'y participait guère d'autre façon et, satisfaite de ce qu'on lui imposait, elle s'en remettait à l'administra-

1. Vers la fin du iv" siècle, an temps où Prudence composait l'iiymne quatrième du Péri Ste))hanô)i, Saragosse offrait un phénomène rare dans l'empire; elle était enfièremeiit chrétienne. Belgnot, Hîs^ de ladcstr. du pagan. en Occident, t. î, p. 308-315, a ignoré ce lait. Saragosse toutefois était une exception. En Bétiquc, le culte de Mars se conserva jusqu'au temps de Macrobc. Cf. Saturnalia, 1,9. A Barcelone, au IV*' siècle, les calendes de janvier se célébraient avec l'appareil idolâtrique. Au ix'^ siècle, Mars possédera encore un temple et des prêtres dans le nord de la péninsule. Cf. Vita S. Leonis, dans Acta sanct., mars, t. I, p. 95.

2; Canon 21, 29,30.

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