Canon
tion du soin d'imaginer de nouveaux ouvrages. C'est que l'art sur le sol de la péninsule était une notion étrangère, une importation exotique, dont la culture fut toujours artificielle. A l'art hellénistique mélangé d'art augustal produisant des combinaisons quelque peu hybrides, succédera l'art visigothique, — si on peut lui donner ce nom, — que remplacera l'art arabe. Depuis l'expulsion des morisques, tout germe d'originalité disparaît définitivement. On s'explique mieux ainsi que pendant l'époque qui précède la domination visigothique, l'Eglise d'Espagne n'ait possédé que des édifices sans caractère et sans célébrité. On ignore à peu près tout à leur égard et on peut soupçonner qu'ils furent remplacés généralement à l'époque visigothique; soit que pendant la période arienne ils aient été abandonnés, désaffectés^ détruits, soit que pendant la période catholique on les ait transformés ou même reconstruits. Parmi ceux qui auraient pu échapper à ces chances contraires, — et ils ont dû être en petit nombre, — il a pu s'en trouver qui aient été confisqués par les Arabes et utilisés pour la construction de mosquées.
Pendant toute cette première moitié du iv^ siècle, l'Eglise d'Espagne semble donc se dérober systématiquement à l'histoire. A peine parvient-on à entrevoir l'un ou l'autre de ses évêques, en mission, loin de sa province natale. Le caractère bien connu d'Osius et les affirmations de saint Athanase ne permettent en aucune façon de mettre en doute sa constance dans l'orthodoxie pendant les années qui s'écoulèrent entre le concile de Nicée (325) et celui de Sardique (347). Son âge et sa gloire auront dû grouper autour de lui l'Eglise d'Espagne tout entière, aucune voix dissidente ne s'est fait entendre, du moins elle ne
nous est pas parvenue. Rentré sans doute à Cordoue après le concile de Nicée, Osius put y séjourner environ quinze années ; il devait avoir atteint sa quatrevingt-cinquième année quand il lui fallut se remettre en voyage. Tout autre, à sa place, eût regretté ces dernières années de calme ; mais pour lui, — et il s'en fallait qu'il fût à ses dernières années, — il reprit le chemin de ITtalie et ses habitudes de combat. En 340, il se rencontre avec Athanase ; en 343, il est à Milan; en 347, à Sardique en Thrace ^. C'était en grande partie à ses instances auprès de l'empereur Constance qu'était due la convocation du concile de Sardique dont le vieillard de quatre-vingt-onze ans fut, ainsi que dit Tillemont, « l'âme, le chef, le tout )). L'assemblée comptait IVOévêques dont 94 orthodoxes. Osius présida, parla, dirigea et rédigea, suffisant à tout. Le pape Jules s'étant fait représenter par deux prêtres; il est possible que la présidence ait été donnée à Osius par une délégation spéciale du pape, ainsi que cela s'était, semble-t-il, pratiqué à Nicée. Avec Osius se trouvaient plusieurs évêques espagnols : Anianus de Castolona, Castus de Saragosse, Domitien d'Astorga, Florent de Mérida et Prétextât de Barcelone.
Les matières traitées dans le concile, bien qu'elles n'eussent rien de spécial h l'Eglise d'Espagne, avaient retenu toute l'attention d'Osius. Les canons du concile témoignent encore de la part qu'il prit aux délibérations. Chaque canon est introduit par une formule rappelant le nom de l'évêque qui l'a présenté. Sur vingt canons nous lisons quinze fois :
1. Successivement ville de Tlirace, capitale de la Dacia Ripensis, et appartenant à rillyricum.
« Osius, évêque de la ville de Cordoue, dit : ..J. » Plusieurs de ses motions révèlent un esprit observateur et perspicace. Parmi les abus qu'il veut faire réformer, on peut penser que plusieurs visent l'épiscopat espagnol au milieu duquel il vivait depuis un demi-siècle et lorsque, de retour à Cordoue, il rassembla un concile provincial pour promulguer les canons de Sardique, il est probable que le grand évêque dut glisser quelques regards malicieux sur l'assemblée au fur et à mesure qu'un canon venait atteindre l'un ou l'autre de ses membres. Le premier canon nous fait entendre Osius lui-même. « Une mauvaise coutume et une pratique pernicieuse doivent être abrogées; ainsi donc qu'un évêque cesse d'avoir latitude de changer d'Église. La raison qui l'y pousse est claire ; on n'a jamais vu un évêque troquer une grande ville contre une petite. Ainsi donc, c'est l'avarice qui le conduit, et l'ambition et l'orgueil. » Si vous le voulez on refusera à ces évêques la communion des laïques elle-même. Tous les assistants acquiescèrent. Ce succès ne lui suffit pas : « Il faut ajouter, reprend-il, qu'un évêque ne doit pas aller dans le diocèse d'un autre, à moins d'en être prié, car je ne veux pas, continue-t-il, fermer la porte à la charité. Si un évêque a un procès avec un collègue, il est très inutile qu'il aille mettre un évêque d'une autre province au courant. »
Ensuite Osius soulève la question des appels à Rome. Lorsqu'un évêque qui a été condamné (c'est-àdire déposé), persiste à croire à la bonté de sa cause de telle sorte qu'un deuxième jugement devienne nécessaire, on doit écrire à Rome, afin que le pape