Canons 1, 2, 3, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 43, 13, 14, la
décide si la cause doit être reprise et que, dans le cas affîrmatif, il désigne des juges pris parmi les évêques des provinces voisines. S'il n est pas prouvé que le second jugement soit nécessaire, la sentence rendue en première instance ne sera pas infirmée, mais bien confirmée parle pape. Gaudentius, évêque de Naissus, en Dacie, prit alors la parole et dit : « Si cela convient, il est nécessaire d'ajouter à l'arrêt proposé par toi, Osius, et rempli d'une charité parfaite, que, si un évêque déposé par le jugement des évêques du voisinage demande une nouvelle instance, on ne doit pas établir un autre évêque pour son siège épiscopal avant que Tévêque de Rome ait jugé cette affaire et ait fait connaître son jugement. » Osius reprit et dit en substance que si un évêque déposé par les autres évêques de sa province en appelle à Rome, et si le pape juge que la revision du procès est nécessaire, celui-ci devra écrire aux évêques les plus rapprochés de la province en question, afin qu'ils examinent toute l'affaire en détail et qu'ils rendent un jugement conforme à la vérité. Mais celui qui veut être jugé une fois de plus, obtient de l'évêque romain qu'il envoie des prêtres de son entourage afin qu'ils forment avec les évêques déjà indiqués le tribunal de deuxième instance et qu'ils obtiennent l'honneur qui revient au pape, lequel est libre d'agir de la sorte. Mais s'il pense que les évêques seuls sufïisent pour former ce tribunal et rendre cette sentence, il doit faire ce qui lui semble bon.
Cette question des appels plutôt effleurée que réglée, on s'occupa d'autres matières regardant moins immédiatement l'Espagne. Un canon proposé par Osius défendait anx évêques, principalement aux
évêques d'Afrique, de venir à la cour impériale et d'y présenter des pétitions. Il est assez probable que l'épée était à plusieurs tranchants et que les évéques africains n'étaient pas seuls visés et atteints. La mesure fut adoptée à l'unanimité ; alors Osius ajouta malicieusement : « Après avoir décidé qu'un évéque pouvait, sans se rendre coupable, intercéder auprès de la cour impériale pour les malheureux, qu'il plaise à votre prudence de décider que, dans ce cas, l'évéque se contentera d'envoyer un diacre à la cour; car la personne d'un serviteur n'excite pas la jalousie et il peut rapporter plus promptement ce qui a été accordé par l'empereur. » L'amendement fut adopté à l'unanimité.
Le canon dixième, présenté par Osius, est d'une sagesse admirable. Nul ne devra être évéque s'il n'a passé par tous les degrés et n'y a séjourné assez de temps pour permettre d'être fixé sur ses aptitudes; car il n'est ni convenable, ni prudent, ni de bonne administration d'installer trop facilement un dignitaire. Il pourrait être comparé à un néophyte et on sait que saint Paul a fortement insisté pour qu'on évitât de pareils choix. Une épreuve durable aura pour résultat de donner la mesure du personnage; et révéler le fond de tyrannie de son caractère. Parmi tous ces canons c'était assurément celui qui révélait la plus fine psychologie; mais, malgré tout, l'engouement et les choix précipités ne devaient pas disparaître pour le plus grand profit des médiocres et des ambitieux.
Un autre canon, le onzième, s'appuyait, ainsi qu'on va le voir, sur une disposition du concile d'Elvire^.
I. On n'a guère lieu de douter que tout le canon soit l'ouvrase d'Osius ou d'un des évoques espagnols du concile.
« Lorsqu'un évêque par un motif d'orgueil et pour s'attirer de la gloire, plutôt que pour s'adonner à la piété, va d'une ville dans une autre, ou bien de sa province dans une province étrangère, s'il reste longtemps dans cet endroit et si l'évêque de cette ville n'est pas savant, il ne doit cependant pas le mépriser, il ne doit pas non plus prêcher souvent parce que cela nuirait à l'évêque de la ville et le ferait déprécier \ cette manière d'agir ne servirait qu'à troubler la paix et à faire soupçonner qu'il veut s'emparer du siège des autres, et lui-même oublierait l'Église qui lui est confiée pour pouvoir passer dans une autre. Aussi est-il bon de déterminer le temps de son séjour (dans une ville étrangère), car il serait inhumain et contre la charité de ne pas recevoir du tout un évêque. Souvenez-vous donc que nos pères ont jadis décidé — à Elvire — qu'un laïque doit être excommunié lorsque pendant trois dimanches il manque au service divin dans la ville où il réside. Si donc cette ordonnance a été portée au sujet des laïques, un évêque ne doit pas, à plus forte aison, s'absenter plus longtemps de son Eglise et abandonner son troupeau, à moins que le besoin ou une affaire importante ne l'y oblige. »
Ce canon tenait à cœur à l'évêque de Cordoue, il y mit un amendement : « Quelques évêques n'ont que très peu de biens dans les villes où ils résident, tandis qu'ils en ont de considérables dans d'autres villes, si bien qu'ils peuvent dans ces dernières soutenir les pauvres. Aussi leur est-il permis, afin qu'ils puissent percevoir leurs revenus, de passer trois dimanches, c'est-à-dire trois semaines sur ces biens ;
1. C'est le cas de l'évêque Valerius de Saragosse que son diacre, Vincent, suppléait.
dans ce cas, l'évêque assistera au service divin dans l'église la plus voisine et qui a un prêtre à sa tête ; il devra môme y officier, pour qu'il ne soit pas sans participation au service divin ; mais il ne paraîtra que rarement dans la ville où se trouve l'évêque du diocèse. De cette manière, ses alTaires ne seront pas en souffrance, puisqu'il pourra les gérer lui-même, et d'autre part on éloignera tout soupçon d'ambition ou de vaine gloire », puisqu'on ne le verra pas exercer des fonctions dans la cathédrale d'un autre évêque.
Ces canons jettent un jour inattendu sur les petitesjalousies des prélats du iv*^ siècle. Un autre canon, le quatorzième, nous les montre bien prompts à se fâcher contre leurs subordonnés et à les excommunier. Telle quelle, cette législation si évidemment influencée par le président du concile peut nous représenter sous un certain aspect l'épiscopat et les fidèles espagnols. Sans pouvoir trop préciser, il est permis de garder d'après ces canons un ensemble qui doit représenter assez exactement l'Eglise d'Espagne de la première moitié du iv*" siècle.
Osius, ainsi que nous l'avons dit, rentra à Cordoue après le concile de Sardique. Il n'y demeura guère. Les ariens, dont aucune condamnation n'avait pu abattre la résistance, avaient enfin rencontré dans Constance un empereur attaché à leurs opinions. Jugeant le moment venu de se débarrasser pour toujours de saint Athanase, ils ne se donnaient plus aucun repos qu'ils n'eussent réalisé ce dessein. Il n'est pas acile de rencontrer dans toute l'histoire de l'Église une période plus mortellement ennuyeuse que celleci, remplie de chicanes théologiques, d'intrigues de cour, de disputes d'intérêts sordides. Seul, le person-
nage d'Athanase domine cette humanité reptilienne et, à côté du grand homme, on trouve toujours à son poste de combat le vieil Osius qui semble ne devoir plus mourir. Après quelques années de silence il s'était vu ramener sur la scène. En 354, le pape Libère lui écrivit pour lui faire part de ses chagrins. Sachant Constance disposé à agir contre Atlianase, le pape lui avait envoyé à Arles, sa résidence, Févêque de Capoue, Vincent, afin de solliciter de l'empereur la réunion d'un concile à Aquilée. Au lieu de s'acquitter de sa mission, l'envoyé du pape passa à l'ennemi et s'unit aux ariens. Le pape accablé d'un tel coup chercha réconfort auprès du vieux lutteur espagnol; il se sentait triste à mourir et s'ouvrait à Osius comme à celui dont il serait le mieux compris.
Ce n'était cependant pas encore l'heure de l'abomination. L'année suivante, 355, Constance bannit le pape qui refusait de condamner Atlianase; mais les ariens sentaient que la partie restait indécise aussi longtemps qu'Osius demeurait debout. On ne sait trop ce qu'ils dirent à Constance pour le déterminer à frapper le vieillard. Saint Athanase leur prête un beau discours où il a dû mettre beaucoup du sien. Néanmoins il faut retenir les titres qu'on lui donne : « Il est le prince des conciles, tout le monde prête attention à ce qu'il écrit, il a conçu le symbole de Nicée, et il nous traite partout d'hérétiques. » C'était la véritable accusation. Osius ne s'arrêtait plus de parler ni d'écrire. Mon content de ne pas signer contre Athanase, il écrivait aux évêques pour les conjurer de tout souffrir plutôt que de céder. On ne résistait pas à ses objurgations et Constance eut à exiler les correspondants d'Osius, mais les évêques
d'Espagne tinrent ferme, on n'apprend pas qu'aucun d'entre eux ait cédé. Pour venir à bout d'Osius, Constance le manda à Milan et s'employa personnellement à le séduire afin de lui faire signer la condamnation d'Athanase, il ne put rien obtenir. Après que l'empereur eut parlé, ce fut au tour d'Osius de l'admonester, ce qu'il fit avec son impétuosité coutumière ; il eut même gain de cause, refusa de signer et repartit pour Cordoue.
Cette issue inattendue contrariait les ariens qui revinrent à la charge et Constance, pour leur complaire, écrivit plusieurs lettres à Osius, le pressant par des menaces et des prières de souscrire à la condamnation d'Athanase. Osius jugea enfin qu'il était temps d'en finir et se décida à répondre à l'empereur. Ce prince a eu le privilège d'être en correspondance avec saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers et Osius. Tous trois l'ont fort maltraité et il est regrettable que le style dans lequel ils lui écrivaient ne soit pas devenu le modèle classique dans Jes dialogues entre évêques et persécuteurs. L'apologie de saint Hilaire ^ ne le cède en rien à l'admonestation qu'on va lire :
« Osius à Constance, empereur ; salut dans le Seigneur.
« La première fois que j'ai confessé Jésus-Christ c'était dans la persécution de Maximien, ton aïeul. Si tu veux me persécuter toi aussi, je suis prêt à tout souffrir plutôt que de faire couler le sang innocent et à trahir la vérité. Si tu continues tes lettres et tes menaces, je renonce à ta communion. N'écris plus comme tu l'as fait, ne suis pas Arius, n'écoute