P. L., t. XIII, col. 10ol
c'est que le pamphlet alla contre son but et que plus il avait pris de peine à combattre ces folies, plus on s'efforça de les maintenir. L'excès contre lequel s'élevait l'évêque de Barcelone est presque certainement celui auquel nous trouvons différentes allusions dans lalittérature chrétienne. Saint Ambroisenous apprend que le peuple se livrait à quelques débauches au commencement de l'année avec un cerf. Un canon d'Auxerre et un ancien pénitentiel marquent la même chose au premier jour de. janvier et saint Nil en parle aussi en Orient. On croit, écrit Tillemont, que c'est le même désordre que les anciens ont marqué, lorsqu'ils se plaignent qu'on se déguisait ce jour-là en bêtes et cette conjecture paraît assez probable, quoique le meilleur soit de ne rien assurer en ces matières sujettes à diverses conjectures.
Pendant cette deuxième moitié du iv^ siècle nous rencontrons dans la région nord-ouest de l'Espagne qui avoisine l'Océan une nonne nommée Egéria, auteur d'un « Journal de voyage aux lieux saints » (380-388). Son récit, longtemps attribué à une Gauloise, est plus connu sous le nom de Perigiinatio Silviae ^ . Le fragment qui en a été conservé montre la voyageuse dans la péninsule arabique, au pied du mont Sinaï dont elle visite les curiosités. De là, elle se rend en Palestine, et après un court passage au mont Nébo elle voit Jérusalem, Edesse, Carrhes et ne s'arrête que devant la frontière des Perses. Rentrée à Constantinople, elle écrit la relation de ce qu'elle a vu. Son ouvrage présente un vif intérêt au point de vue philologique et au point de vue liturgique, l^^géria n'est pas moins bavarde que curieuse et sa
1. M. FÉuoTiN, Le véritable auteur de la Pcregrinatio Silviae, dans la Revue des Questions Historiques, 1903.
relation est destinée à distraire les nonnes de son couvent. Deux manuscrits font d'Egériaune abbesse; si elle avait ce titre on doit en conclure qu'elle emportait sa clôture avec elle , car son déplacement aura duré quatre ans au moins'. Il est vrai que, venue de la Galice, elle trouvait à Constantinople un illustre compatriote. Théodose le Grand, né lui aussi en Galice et proclamé empereur d'Orient. 11 ne serait pas impossible que l'abbesse galicienne eût eu quelques relations mondaines avec la famille de l'empereur ou les gens de son entourage tels que Cynégius, préfet d'Orient, et Elpidius, tous deux espagnols. Dans le cours du récit la voyageuse prodigue, comme c'est l'usage, à ses nonnes les épithètes les plus affectueuses : vénérables sœurs, vénérables dames, mes sœurs, maîtresses de mon âme, mesdames ma lumière ; elle ne paraît guère empressée toutefois à les retrouver. Arrivée à Constantinople, elle combine un nouveau voyage, en Asie, et « si après ce voyage, ajoute-t-elle, je suis encore de ce monde et que je puisse faire connaissance de lieux nouveaux, je rapporterai tout cela à votre charité soit de vive voix, soit par écrit ».
Ce qui nous reste de la relation laisse voir une personne curieuse et assez cultivée. Elle est, parmi les pèlerins et touristes qui ont raconté ce qu'ils ont vu en Terre Sainte, une de celles dont la relation a gardé le plus d'intérêt.
Au point de vue liturgique on n'a guère, au iv^ siècle, de document d'une plus grande importance pour l'histoire de l'Eglise de Jérusalem, de ses rites, de
1. Il va sans dire que c'est de clôture au sens très large que nous parlons, aucune donnée ne permettant de croire que les nonnes espagnoles de ce temps lussent enfermées dans un monastère cloîtré.
ses institutions. La topographie de la ville sainte lui est également redevable ainsi que celle d'Kdesse et de quelques autres villes moins importantes. Kgéria paraît d'ailleurs faire un vrai pèlerinage de dévotion et les choses du culte la captivent presque exclusivement. Elle note des détails que nous lui devons de connaître et semble prendre un vif intérêt, né d'une piété sincère, aux cérémonies qui rappellent les grands mystères de la vie et de la mort du Christ. On ne s'aperçoit guère que le voyage lui-même l'impressionne. Nulle part elle ne décrit les lieux qu'elle traverse et qui, pour une chrétienne fervente, sont les plus illustres de la terre. Rien de moins poétique, bien plus, rien de moins descriptif que cette relation et on le regrette d'autant plus que la façon dont ces paysages de Terre Sainte impressionnaient une Espagnole eût été curieuse à savoir. Nous pourrions mentionner quelques autres médiocrités dont les noms et le vague souvenir ont été conservés par le catalogue des hommes illustres de saint Jérôme et par les continuateurs de cet ouvrage ; mais il y a peu d'utilité pour nous à transcrire les noms de Potamius de Lisbonne, l'auteur arien de la deuxième formule de Sirmium (357) et de trois courts écrits ^ d'Ydace de Mérida que nous retrouverons plus loin dans l'affaire du priscillianisme 2, d'Aquilius Severus dont l'autobiographie, mêlée de prose et de vers et intitulée : « Catastrophe », est perdue^, de quelques autres encore plus insignifiants s'il était possible de l'être, un Carterius, un Bacchiarius, un
i.P.L., t. Vni, 1411-4418.
2. Adversus Wcirimadum arianum. CeUe exposition est atlribuée aussi à Ithace d'Ossobona.