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Drepanii panegyricîis, c

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pathie, l'inertie, et finalement la trahison des trou pes parisiennes ^ » . C'est déjà l'alliance du sabre et du goupillon , nous ne pouvons nous arrêter à cette conjecture d'allure mélodramatique ; mais ce qui paraît beaucoup plus conforme à la vérité, c'est que Maxime se trouva soudain sur le trône l'homme de la faction d'Ithace parce que, à ce moment précis, Gratien cédant à l'inlluence de Macédonius et celuici aux intrigues de Priscillien, avait retiré l'affaire de ce dernier au préfet des Gaules pour la rendre au vicaire d'Espagne notoirement hostile aux Ithaciens. C'est à ces derniers que nous devons en venir et nous arrêter quelque temps pour établir la principale responsabilité de cette lamentable affaire. Derrière le voile d'hérésie, de magie, d'impudicité tendu pour tromper les esprits sur la portée véritable de l'affaire de Priscillien se trouvait une question dont on ne fait guère de bruit et qui paraît être le véritable fond de toute l'intrigue. Rappelons-nous une phrase de la Chronique de Sévère qui nous mettra sur la voie : « Ithace, dit-il, portait la folie jusqu'à incriminer comme complice ou disciple de Priscillien tout homme pieux, ayant le goiit de l'étude ou s'imposant des jeûnes prolongés. Le misérable osa même lancer publiquement une infamante accusation d'hérésie contre Martin. » Ithace, nous dit-on encore, était « présomptueux, bavard, impudent, excessif dans ses dépenses, donnant trop à son ventre et à la gourmandise ». Naturellement un personnage de cette qualité devait avoir peu de goût pour les fidèles dont la vie solitaire et mortifiée condamnait son intempérance. Là se trouve, semble-

\. A. Lavkutljon, La Chronique de Sulpice Sévère, t. H, prcf., p. Lxxiii sq.

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t-il, l'explication de sa haine pour Priscillien. Mais il ne s'agit pas ici d'une hostilité personnelle. Ithace et Priscillien sont repi'ésentatifs d'une société entière. Au iv^ siècle, après la paix de l'Eglise, l'invasion subite du christianisme par les foules avait brusquement altéré l'état de choses en vigueur jusque-là ; à une élite succédait une cohue, la quantité remplaçait la qualité. Le moment de la grande effervescence arienne passé, les esprits les plus attentifs s'aperçurent du chemin parcouru et constatèrent qu'il conduisait à la ruine. Le clergé, les évêques et les prêtres principalement, se trouvaient très éloignés de l'idéal évangélique; or l'avenir de l'Eglise, — son existence ne pouvant être mise en question, — l'avenir fécond et prospère reposait tout entier sur le maintien de cet idéal qu'il fallait renouveler. Mais comment s'y prendre? On ne pouvait songer à ramener les évêques magnifiques à leur modeste condition d'autrefois. Le plus sage et le plus sûr parti était d'entreprendre, les yeux fixés sur l'idéal évangélique, la pratique des vertus qu'il impose en s'appliquant aux austérités qu'elles réclament. La révélation faite à l'Occident de la vie cénobitique de l'Orient, par la Vie de saint Antoine et le voyage de saint Athanase à Rome et à Trêves, donna un corps à ces aspirations. Très vite l'ascétisme précisa son programme et le mit en pratique. Ascétisme et cénobitisme se fortifiaient réciproquement et, de très bonne heure, le type monastique devint la réalisation concrète de l'idéal ascétique. Sans aucun doute, ces premières institutions monastiques n'avaient rien d'absolu, et surtout aucun caractère universel, — par exemple saint Paulin de Noie n'est guère qu'un moine hors rang, — mais la connexité, si elle est

moins étroite que nous le supposons, n'en est pas moins réelle. Les adversaires de l'ascétisme ne pouvaient se dissimuler le terrain perdu chaque jour, de là leur irritation, leur emportement, les procédés regrettables auxquels ils eurent recours. Ainsi qu'il arrive d'ordinaire à ces grands mouvements de réforme, les hommes les plus considérables s'en faisaient les partisans déclarés. Martin demeura toujours moine autant qu'évêque, Jérôme n'exerça jamais le ministère sacerdotal, Ambroise s'ingéniait par tous les moyens à éviter l'épiscopat, Paulin ne céda qu'à la violence lorsqu'il consentit à recevoir la prêtrise, Augustin fut fait évêque par surprise. Sulpice Sévère ne recevra les ordres que très tard, si tant est qu'il les ait reçus jamais. Tous ces faits chronologiquement rapprochés les uns des autres, bien qu'ils se présentent en Gaule, en Italie, en Palestine, en Espagne, en Afrique, révèlent un état d'esprit très caractérisé. Sauf saint Martin de Tours, qui ne fat jamais un savant, tous les autres étaient des esprits cultivés, des lettrés, et ce n'est pas l'aspect le moins curieux du mouvement ascétique que celui de haute culture de l'esprit qui préoccupe ses membres. A ce point de vue, Priscillien est un des plus originaux. Comme nous l'avons dit, parmi les littérateurs ascètes, il représente avec Jérôme l'élément critique. Ce n'est pas toutefois sous cette perspective que les contemporains le connurent, elle leur échappait, Jérôme seul pouvait en être frappé, aussi lui fallut-il plus de dix années avant de se résoudre à condamner un confrère.

Ainsi donc, au moment où le conllit devenait aigu en Espagne entre Ithace et Priscillien, c'était en réalité l'ascétisme et le relâchement, ou, plus à fond

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encore, la vie monastique et la vie cléricale avec leur mesure d'obligations respectives qui se trouvaient en présence. Au hâbleur et glouton Ithace s'opposait le silencieux et austère Priscillien. Etant donné l'état de l'opinion publique, Priscillien devait réussir. Le peuple ne conçoit pas le clergé sous forme d'une hiérarchie jouisseuse et repue; celui qui l'attaquera par ce côté aura toujours raison, c'est sa forme d'idéal à lui, peuple, de déléguer les prêtres et les gens d'Eglise pour jeûner, souffrir et être vertueux à sa place.

Le succès considérable de Priscillien, dont la vie mortifiée était la condamnation du clergé relâché, causa une irritation profonde. Quelques évêques et quelques clercs d'abord hostiles se sentirent touchés et revinrent, Hygin de Cordoue les imita. Le concile de 380 ne modifia pas beaucoup la situation. Ainsi qu'il arrive d'ordinaire, après comme avant, chacun conserva ses positions de combat. Priscillien commit alors une étrange faute pour un homme habile — à moins que ce ne fût une habileté suprême, — l'ascète se fit consacrer évêque. Ce fut le dernier coup. On comprit, ou l'on dut comprendre, qu'il entendait opérer la réforme de l'intérieur. Tandis qu'il était laïque on le maudissait, dès qu'il fut évêque on le craignit. Ce qui paraît inexplicable c'est l'accueil fait aux ascètes espagnols par le pape Damase et l'évèque Ambroise, tous deux partisans et affiliés de l'ascétisme. Mais Priscillien commençait à avoir une réputation d'hérétique qui lui nuisait auprès de ces deux représentants de l'orthodoxie la plus stricte, car Damase et Ambroise étaient obligés, ainsi que le prouva le revirement qui accompagna l'avènement de Sirice et d'Auxence, aux plus grands

ménagements. Priscillien déçu à Rome et à Milan s'aboucha avec le « maître des offices « Macédonius et, par un moyen quelconque, le gagna k sa cause. Ce fut à ce moment que Gratien rouvrit aux ascètes l'accès de leurs Eglises. Le parti épiscopal consterné se trouva avoir alors pour chef un homme déterminé, Ithace, qui comprit soudain le profit à tirer des événements politiques ; ce fut ainsi que Maxime se trouva, par la contradiction nécessaire entre la conduite d'un usurpateur et celle de sa victime, amené à s\inir à ceux que Gratien venait de sacrifier. On s'explique bien alors les paroles par lesquelles Sulpice Sévère conclut l'histoire de Priscillien et sa Chr-onique et le jugement qu'il porte sur le parti épiscopal hispano-aquitain : « Maintenant, dit-il, il n'est rien qu'on ne voie bouleversé et brouillé, principalement par les évêques : car c'est bien grâce à eux que la haine, le caprice, la peur, l'absence de caractère, la jalousie, l'esprit de faction, le libertinage, l'avarice, l'arrogance, la torpeur, la paresse ont fini par tout pervertir. En dernier lieu, contre le très petit nombre des bien intentionnés, les plus nombreux luttaient de projets extravagants et d'intrigues acharnées; parmi tout cela le peuple de Dieu était couvert d'opprobre et de risée. »

Mais Sulpice Sévère n'est pas seul à s'indigner. Les contemporains partageaient son aversion pour le parti épiscopal et nous en retrouvons l'écho, même parmi les païens. Quatre ans seulement après la mort de Priscillien, en 389, le rhéteur Pacatus, qui, en sa qualité de gaulois, avait dû suivre le procès avec un intérêt particulier, disait publiquement dans son panégyrique de Théodose l'horreur que lui inspiraient ces évêques bourreaux « qui assistaient

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eux-mêmes aux tortures, qui allaient repaître leurs yeux et leurs oreilles des souffrances et des gémissements des accusés ». Pacatus a touché le fond de l'affaire criminelle lorsque, quelque adresse qu'on eût mise à donner le change sur les causes de la poursuite, il tient pour assuré que l'accusation portait, relativement à Euchrotia, sur « un excès de religion, trop de zèle dans le culte qu'elle rendait à la Divinité », nimia religlo et diligentius culta Divini' tas. C'était, à proprement parler, le crime d'ascétisme.

Du supplice de Priscillien sortit lepriscillianisme. On pourrait d'ailleurs être tenté de croire qu'on n'avait pas cherché autre chose. Le concile de Saragosse avait passé presque entièrement sous silence la doctrine, se bornant à donner quelques directions dans un sens opposé à celui où s'engageait l'hérésiarque. Le tribunal de Trêves avait convaincu celui-ci de maléfice et d'immoralité, mais il avait dû s'interdire le terrain doctrinal pour lequel il était incompétent. Le résultat le plus clair fut que l'enseignement de Priscillien apparut à la plupart des contemporains comme sorti indemne de la double épreuve qu'il avait eue à subir ; quant aux accusations qui atteignaient personnellement le maître, elles étaient, aux yeux de ses partisans, mensongères et non avenues.

L'expansion de l'hérésie priscillianiste en Espagne et en Aquitaine nous est connue d'une manière générale. Malheureusement Sévère, qui a rapporté l'histoire des débuts de l'hérésie en grand détail, ne paraît avoir eu en vue que de faire bien connaître les origines d'un mouvement dont l'Aquitaine se trouva agitée violemment ; à partir du moment où

Priscillien disparaît, le chroniqueur ne s'occupe guère que de l'Aquitaine, mais on peut juger, d'après le prestige exercé dans cette province par le nom d'un homme qui n'avait fait que la traverser à deux reprises, de la profondeur des attaches que devait avoir le priscillianisme dans son pays d'origine, là où Priscillien avait longtemps demeuré, prêché et répandu ses aumônes. On a pensé parfois découvrir dans les œuvres de Prudence un document historique important pour l'histoire du priscillianisme. Le recueil du grand poète publié en 405, semblait devoir enfermer au moins quelques allusions à ces troubles qui agitaient le pays dans lequel Prudence a vécu la plus grande partie de sa vie. Bien plus, une étude attentive des poèmes de Prudence permit de conclure qu'ils étaient dirigés presque tous contre le priscillianisme ^ C'est principalement dans V Apothéose et dans V Hamartigénie qu'on doit chercher la trace — si elle existe — des opinions confessionnelles de Prudence en matière de priscillianisme. \^' Apothéose est consacrée en partie à élucider le dogme de la Trinité, \ Hamartigénie discute la question de l'origine du mal. Ce sont là, on le voit, les deux points délicats de Ihérésie priscillianiste. Cependant, on remarquera que Prudence évite d'interpeller, ou même de nommer jamais Priscillien tandis qu'il apostrophe sans cesse Sabellius, Marcion, Manès ou Photin. Est-ce afin d'épargner une grande

\. ROESLER, Der katliolische Dichter Prudentius, in-8°, Friburg, 4886, affirme contradictoirement ranti-priscillianisme des poèmes de Prudence et le priscillianisme de leur auteur oblifié de se rendre à Home pour se disculper du crime d'hérésie auprès du pape. Après Tillemont, M. Aimé Puech a vu dansée voyage si mal connu l'obligation de parer à quelque accusation d'ordre civil i)lutôl que le souci de se blanchir devant Tautorilé religieuse.

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infortune? Est-ce parce que le nom de « priscillianistes » n'était pas connu au temps où le poète écrivait? Ne serait-ce pas plutôt que Prudence, théologien de rencontre, s'est préoccupé avant tout d'être poète et orthodoxe? A cette fin, il a choisi des hérésies connues déjà, réfutées depuis longtemps et souvent ce qui lui donnait le choix entre des arguments et le rassurait sur la solidité des réfutations. Ensuite, c'était son affaire de poète et de bel esprit de mettre dans ses ouvrages de fines pointes, des allusions qui allaient frapper le priscillianisme de ricochet. Si, dans le milieu où il vécut, Prudence voulut interroger les théologiens érudits, ceux-ci durent — c'était le mot d'ordre alors — lui démontrer négligemment l'insignifiance théologique du priscillianisme, dans lequel on s'évertuait à retrouver un amalgame d'idées empruntées à des systèmes plus anciens afin de lui refuser toute originalité. La tactique de combat se trouvait désormais tout indiquée. C'est celle que Bossuet emploiera dans le XP livre de V Histoire des Variations. Remonter aux sources de la doctrine et en faire voir l'impureté. Mais en définitive, on voit que l'apport historique dans une polémique de ce genre est nul ou peu s'en faut, et l'histoire du priscillianisme ne doit donc rien au poème de Prudence.

Un document plus important pour l'histoire de l'Eglise d'Espagne dans ces années de trouble, nous est parvenu. Ce sont les canons du concile réuni à Tolède, en l'année 400, sous la présidence de l'évêque Patruinus. Les principaux chefs de la secte en Galice, notamment Symposius évêque d'Astorga, que nous avons déjà rencontré, et Dictinius, son successeur, Paternus, évêque de Braga, se rangèrent à

Torthodoxie et leur soumission fut acceptée. Sauf dans les parties orientale et méridionale de la Galice, l'hérésie trouvait ses anciennes positions démantelées. Elle ne devait jamais plus les recouvrer. Dans l'ouest de la province il n'en était pas de môme. Lors de la réunion du concile de Tolède on n'y signale qu'un seul évêque catholique, Ortigius, d''Aquae Celenae, localité située un peu au sud d'Iria ; encore les priscillianistes l'avaient-ils chassé et contraint à s'exiler. Le reste de l'épiscopat galicien était ainsi intraitable ; il fallut procéder à une déposition en masse. Afin de rendre la pacification plus laborieuse, des protestations s'élevèrent contre l'admission des réfractaires venus à résipiscence ; elles venaient de la part de quelques fanatiques qui, en Bétique et dans la Tarraconaise, s'efforçaient de perpétuer les traditions haineuses d'Ydace et d'Ithace. Nous avons eu l'occasion de montrer chez Priscillien un état d'esprit analogue à celui qui guida la plupart des démarches des premières générations jansénistes, le dessein arrêté de s'attacher à Rome et de ne s'en séparer à aucun prix. A l'époque du concile de Tolède, nous retrouvons chez un des évêques rétractants, Symposius, une tactique qui rappelle encore celle du même parti au temps où on s'évertuait à démontrer de part et d'autre que les cinq propositions se trouvaient ou ne se trouvaient pas contenues dans VAugustinus. Symposius en condamnant la doctrine de Priscillien affecta d'ajouter : « telle du moins qu'on vient de l'exposer au concile d'après certaines pièces dont lecture a été donnée ». JiLXta id quod paulo ante lectum est, in niemhrana nescio qua ^ .

i. Haudouin, Concilia, t. I, p. 99'*. D'après ces paroles on pourrait

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Ce concile de Tolède, le premier de la longue série que nous verrons se réunir dans cette ville, se tint au mois de septembre de Fan 400 et fut composé de dix-huit prélats présidés par l'évêque de Tolède. On attribue à cette assemblée vingt canons, un symbole rédigé contre les erreurs des priscillianistes et deux autres documents relatifs à ces mêmes erreurs. On voit par là que la préoccupation dominante des pères de Tolède était cette hérésie que nous étudions en ce moment, sous le couvert de laquelle on promulgua diverses réformes qui paraissent ne s'y rattacher que de très loin. D'ailleurs on se demande si tous ces documents imputés aux pères du premier concile de Tolède remontent à cette assemblée et si plusieurs d'entre eux ne proviennent pas de quelques autres conciles postérieurs tenus dans la même ville. Quoi qu'il en soit, parmi ces vingt canons, nous voyons reparaître telles dispositions rencontrées un siècle auparavant au synode d'Elvire, par exemple : Celui qui ne communie pas dans l'église en sera exclu (can. 13). On rappelle en outre que ceux-là seuls peuvent être ordonnés qui sont complètement libres à l'égard de leurs patrons (can. 10) et que les pénitents ne doivent pas être élevés à la cléricature (can. 2). Sous une forme un peu plus précise on rappelle encore quelques dispositions du concile de Saragosse, de 380. La défense de se retirer dans la solitude se change en l'obligation pour tout clerc de faire acte de présence journalier au ser-nce divin (can. 5). On rappelle en outre l'obligation de consommer l'hostie à peine reçue (can. 14). D'autres

croire qu'il courait alors des écrits mis sous le nom dePriscillien et dont le parti contestait l'authenticité. Le l'ragmeat de lettre cité par Orose pourrait être dans ce cas.

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canons ont trait à la discipline des mœurs sacerdotales. On voit le célibat ecclésiastique s'affirmer de plus en plus (can. 1), et le second mariage assez maltraité, car « le sous-diacre qui, après la mort de sa femme, en épouse une seconde, doit être rabaissé aux fonctions de portier ou de lecteur. S'il se marie pour la troisième fois, qiiod nec dicendum nec aiidiendum est, il fera pénitence pendant deux ans et ne pourra plus être admis qu'à la communion laïque » (can. 4). Ce canon et plusieurs autres (6-8, 11, 12, 16-20) ne paraissent avoir aucune relation avec le priscillianisme et on peut supposer que les évêques profitèrent de leur réunion pour débattre et régler diverses questions pendantes, même étrangères à l'hérésie. Parmi ces dispositions, il est assez difficile de ressaisir l'intention qui pouvait les diriger contre les priscillianistes ; toutefois en expliquant la teneur des canons de Tolède par celle des canons de Braga, en 561, nous croyons entrevoir une attaque contre les ascètes et leurs coutumes liturgiques dans le canon 9^ qui déclare qu'a une vierge consacrée à Dieu ou une veuve ne doit pas, en l'absence de l'évêque, chanter chez elle les antiphones avec son serviteur ou un confesseur. De même, on ne doit pas célébrer le lucernaire (les vêpres) sans un évêque, un prêtre ou un diacre^ ». Toutefois, malgré ce que les canons de Tolède pouvaient contenir d'indifférent au priscillianisme, l'ensemble était réputé anti-priscillianiste puisque les Pères de Braga firent ouvrir la session de 563 par la lecture des canons et du symbole de Tolède. Le symbole, tel qu'il nous est parvenu, est évidemment remanié puisqu'on y trouve la mention du filioque.

i. Cf. Vonc.Bracar, 563, can. \.

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Dans les premières années du v'^ siècle, la secte priscillianiste ne fit plus de progrès hors de l'Espagne. Elle se confina dans la Galice et s'y établit si fortement qu'elle put s'y maintenir, en dépit de tout, jusqu'au vi siècle au moins. Comme le concile de Tolède avait le pouvoir séculier avec lui, il est probable qu'il dut essayer de faire donner suite à ses décisions, mais ce régime ne dura guère. En 409, l'invasion suève délivra les hérétiques de toute contrainte et intervention de fonctionnaires, ils purent respirer à l'aise et se gardèrent bien de renoncer à leurs croyances. Cette diversion amena une recrudescence et on vit les personnages les plus considérables de la chrétienté très préoccupés du mouvement offensif du priscillianisme. Ce fut vers ce temps que saint Augustin entreprit de combattre la secte.

Paul Orose s'était adressé à lui comme au défenseur le plus intrépide et le plus heureux de l'orthodoxie afin de provoquer une réfutation décisive. Augustin répondit, en 415, en composant un traité dans lequel il réfutait à la fois les priscillianistes et une secte d'origénistes qui venait aussi de se développer dans l'Espagne, très travaillée, on le voit, par un mouvement religieux des plus intenses. Mais dans ce traité, c'est surtout aux derniers venus, aux origénistes, qu'il s'attaqua, et ce qu'il peut nous apprendre sur les priscillianistes se trouve plutôt dans certaines de ses lettres, surtout dans celle qui est adressée à l'évêque Cérétius, et dans un autre de ses traités, Contre le Mensonge^ écrit en 420 environ.

Les priscillianistes, à l'époque où Orose et Augustin nous les font connaîre, avaient eu d'autres docteurs depuis Priscillien. Le plus célèbre semble

avoir été Dictinius, auteur d'un ouvrage intitulé Lihra (la Balance), qui revint bientôt à la foi catholique et abjura solennellement ses erreurs. Quelles modifications avait subies la secte depuis la mort du fondateur? On ne pourra jamais le dire exactement. En tout cas, elle était toujours pour Augustin un rejeton du gnosticisme et du manichéisme à la fois '. Sabellianisme, erreurs sur le mal, erreurs sur l'âme, jeûnes excessifs et à certaines époques mal choisies, anathème jeté sur l'œuvre de chair et le mariage, telles sont encore les principales critiques qui lui sont faites. Entre toutes, ce sont les doctrines sur l'âme qu'Augustin réfute de préférence. Mais il nous intéresse surtout par les détails qu'il nous donne sur l'usage que faisaient les priscillianistes de la littérature apocryphe et sur leur vigoureuse discipline du secret.

Nous avons vu que Priscillien tenait beaucoup à défendre certains livres apocryphes, tout en protestant qu'il ne s'en servait que pour confirmer la vérité catholique elle-même par des témoignages nouveaux ; et nous avons pu douter qu'il nous révélât ainsi toute sa pensée. Ses disciples, en tout cas, paraissent bien avoir admis des textes qui non seulement ne fortifiaient pas l'orthodoxie, mais n'allaient à rien moins qu'à la ruiner de fond en comble. L'évêque

1. Dictinius avoua avoir professé au moins une erreur dogmatique : unamDeiet hominis essenaturam.

2. En 392, dans le De viris illustribus, Jérôme fait figurer Priscillien qu'on a accusé, dit-il, de gnosticisme, mais il ajoute aussitôt que bien des gens protestent contre cette accusation dont ils se font fort de démontrer la fausseté. En 399, dans la lettre LXXY, àThéodora, sur la mort de Lucinius, il loue le défunt d'avoir évité les erreurs et les inlamies des gnosliques, d'avoir gardé intacte la pureté de sa foi en un temps où l'Espagne était toute gangrenée par l'hérésie. A partir de cette date Priscillien est un scélérat, gnostique, manichéen, adonné à des vices honteux et ses partisans ne valent guère mieux.

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Cérétius avait envoyé à Augustin un manuscrit contenant certains de ces textes, parmi lesquels se trouvait le plus important, un morceau fort curieux en effet, et qui nous montre bien à la fois quels procédés pouvaient prendre les hérétiques pour rattacher leurs apocryphes aux livres canoniques et comment ces apocryphes prêchaient des doctrines toutes schismatiques. 11 est dit, dans le chapitre xxvi de l'évangile de saint Matthieu, qu'avant de se rendre au mont des Oliviers Jésus et ses disciples chantèrent une hymne. Au lieu de comprendre tout simplement qu'ils avaient prié selon quelque formule traditionnelle et récité quelque ancien psaume, les priscillianistes disaient que Jésus avait chanté un cantique plein de révélations importantes, et, si l'on s'étonnait que le texte ne nous en eût pas été transmis par l'Evangéliste, ils répondaient, en vrais gnostiques, que la vérité suprême ne peut être révélée à tous, étant inintelligible à la foule. Saint Augustin nous cite plusieurs versets de cette hymne, en prévenant queles priscillianistes prétendaient en donner des explications assez innocentes; mais il reste convaincu qu'entre eux ils s'en transmettaient un commentaire ésotérique, grâce auquel ils parvenaient à placer dans la bouche de Jésus lui-même le désaveu de tout ce qu'il avait en apparence enseigné. C'est la conclusion qu'il tire surtout de ce verset, qui semble en effet singulièrement significatif : Verbo illusi cuncta^ et non sumillusus in totum.

Si les priscillianistes avaient un secret, on peut dire qu'ils le gardaient bien. Ce sont, d'après Augustin, les plus insidieux et les plus artificieux des hérétiques. Ils ne se lassent jamais de multiplier leurs protestations d'orthodoxie. Ils mentent et se parju-

rent de propos délibéré; ils sont les seuls schismatiques à faire du mensonge un devoir. Ils poussent l'effronterie jusqu'à invoquer en faveur de cette tactique les textes de l'Ecriture les plus arbitrairement interprétés : le Psalmiste, par exemple, n'a-t-il pas parlé de celui qui dit la vérité dans son cœur ? c'està-dire, disaient-ils, seulementdans son cœur. L'apôtre n'a-t-il pas, dans l'épître aux Ephésiens, recommandé de prêcher la vérité chacun à son prochain? c'est-à-dire , disaient-ils encore , seulement à son prochain, à un homme sûr, à un cohérétique. C'était cela même qui exaspérait si fort les haines contre eux : les catholiques étaient irrités de ne pouvoir jamais saisir ces adversaires fuyants, de ne pouvoir prendre en flagrant délit ces raisonneurs féconds en subterfuges et d'une inépuisable dialectique. Plus ils dissimulaient leurs doctrines, plus on leur en prêtait gratuitement d'odieuses, d'extravagantes et d'infâmes. En même temps, il est aisé de comprendre que rien ne contribuait davantage à agrandir le nombre des suspects. Pour toutes ces raisons, les catholiques brûlaient du désir de pénétrer la vérité. Quelques-uns en arrivaient à croire qu'il n'y avait d'autre moyen d'y réussir que d'employer les armes mêmes de leurs adversaires. Avec ces rusés raisonneurs, ils voulaient lutter de ruse, se donner pour des prosélytes sincères de la secte, surprendre ainsi les mystères soupçonnés. C'est à ce moment qu'Augustin, informé de cette tactique, intervint, et mettant à néant tous les sophismes avec sa forte et droite raison, rappela toute la vigueur des principes. Avec lui point de casuistique suspecte, mais la règle inflexible et simple du devoir et du bon sens. Mieux vaut renoncer à l'espoir de convaincre les priscillia-

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nistes que jouer une comédie sacrilège. La vérité ne doit pas triompher par les armes du mensonge ; sinon elle périt dans son triomphe même. Avec une grande élévation de pensée, une belle effusion d'éloquence, Augustin rappelle à la notion claire et précise du bien absolu les esprits hésitants et troublés. C'est la seconde fois que nous voyons, dans l'histoire de l'hérésie priscillianiste, les défenseurs de l'orthodoxie remplir le rôle le plus honorable et repousser, même dans l'intérêt de la bonne cause, toute mesure injuste. Comme Martin de Tours avait protesté contre l'assassinat juridique, Augustin proteste maintenant contre le mensonge et la ruse.

Orose avait eu une inspiration heureu se en recourant à Augustin. L'infatigable docteur n'avait pas coutume d'abandonner la lutte contre l 'hérésie avant de l'avoir terrassée. Sans doute sa polémique contre les priscillianistes n'est qu'une escarmouche sans importance à côté de batailles comme celles qu'il a livrées contre les pélagiens ; mais elle n'en fut pas moins relativement féconde en résultats. La secte paraît avoir beaucoup perdu de son importance pendant quelques années, à la suite des coups qu'il lui porta. Cependant elle n'était pas morte, il était difficile de l'anéantir, tant qu'elle se défendait par une dissimulation habile et tenace. Aussi couvait-elle toujours secrètement; et un jour vint oii, tout à coup, on vit l'incendie renaître. On s'aperçut que le nombre des adhérents secrets était toujours considérable, et, chose notable, c'était en grande partie dans les rangs du clergé qu'ils se recrutaient. C'était en 447. Le pape Léon le Grand venait d'entreprendre à Rome même toute une vigoureuse campagne contre les manichéens, qui y étaient fort nombreux, quand son

attention fut appelée sur les priscillianistes par l'évêque d'Astorga, Turribius. Deux lettres, l'une du pape, l'autre de l'évêque, nous renseignent sur cette nouvelle période de l'histoire de l'hérésie.

D'abord les textes apocryphes circulaient de plus en plus dans l'Espagne et y trouvaient une foule de lecteurs, même parmiles catholiques. C'étaient principalement ces divers Actes des Apôtres que la tradition attribuait pour la plupart à un personnage légendaire du nom de Leucius : Actes de Thomas, d'André, de Jean. C'était avant tout ce livre, les Memoires des Apôtres, dont nous avons déjà dit que Priscillien était accusé de se servir. La secte était alors franchement manichéenne. Elle continuait à reconnaître, à côté du Dieu bon, un autre principe, mauvais de sa nature. Elle en concluait que la chair était mauvaise, œuvre du diable qu'il fallait maudire. L'âme, au contraire, était toujours regardée comme d'essence divine. Les âmes avaient péché au ciel, et, descendues dans le monde inférieur, elles avaient été emprisonnées dans les corps par les puissances sidérales. Les corps étaient sous l'influence des douze signes du zodiaque, qui présidaient chacun à un de leurs membres, tandis que les douze patriarches présidaient aux diverses parties de l'âme et l'aidaient à reconquérir sa pureté première ; rêveries qui remonteraient jusqu'à Priscillien lui-même, si l'on pouvait se fier avec une certitude absolue aux renseignements d'Orose.

La campagne entreprise par le pape Léon de concert avec l'évêque Turribius ne fît pas encore disparaître entièrement la secte, mais lui porta un coup fatal. Les procédés de lutte, après tant d'années de résistance, n'avaient plus, il faut savoir le reconnaître,

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toute la noblesse qu'ils avaient eue au temps de saint Martin de Tours. Dans sa lettre à l'évéque Turribius, le pape Léon le Grand ne paraît plus désapprouver l'appel au bras séculier. Il dit « que la douceur de l'Église doit se contenter des tribunaux ecclésiastiques et éviter les répressions sanglantes ; mais que cependant elle est aidée par les édits sévères des princes chrétiens, puisqu'il arrive que les hérétiques, par crainte des supplices corporels, recourent aux remèdes spirituels ». C'est une première nuance, presque imperceptible; on ne demande pas le concours du bras séculier, mais on l'accepte. De nuance en nuance on arrivera peut-être trop loin.

Vers le milieu du v® siècle finit l'histoire du priscillianisme. Ce qui suit n'est que la lente et douce agonie avec quelques retours de force, simples lueurs d'un instant. Au milieu du vi*' siècle, les rois suèves devenus catholiques favorisent leur nouvelle religion et dès lors nous voyons tous les sièges galiciens occupés par des évêques en communion avec le métropolitain de Braga. Mais tout n'était pas fini : les conciles provinciaux de 563 et de 572 eurent encore fort à faire avec les Priscillianistes. C'était même leur plus gros souci. Le concile de 563 nous laisse voir que le principal réduit des hérétiques se trouvait à l'extrémité nord-est de la Galice, in uUimis hiiius proçincise regionibus, c'est-à-dire précisément dans le diocèse d'Iria Flavia.

Ce qui aidait à entretenir la ferveur, ou du moins l'esprit de la secte, c'est le culte du fondateur dont le corps avait été ramené en Espagne avec ceux des six suppliciés qui partagèrent sa fin. On les avait enterrés en grande pompe, mais on ignore dans quel endroit.

Au vii% au viii^ siècle, il n'est plus question de priscillianisme. L'hérésie disparaît. L'église suève est absorbée par l'église visigothique. Le silence se fait sur la Galice et sur l'homme contestable, mais illustre, qu'elle avait passionnément suivi.

Parmi les adversaires les plus instruits et les plus heureux du priscillianisme se trouvèrent deux Espagnols, prêtres tous deux et originaires du diocèse de Braga. Ils portaientlememenomd'Avitus et cette série d'identités entre les deux personnages n'est pas sans laisser quelque appréhension du dédoublement d'un unique Avitus. Ces erreurs ont été assez ordinaires autrefois et la critique a déjà réussi plusieurs opérations par lesquelles divers individus sont ramenés à un seul. Quoi qu'il en soit, au point de vue de l'histoire générale cette distinction présente peu d'importance. Les deux Avitus puisaient le meilleur de leur science dans les livres d'Origène. En un temps où l'origénisme soulevait les disputes et amenait des schismes on devine que les Espagnols ne demeurèrent pas en arrière. Ceux qui adoptaient l'enseignement des deux Avitus admirent la théorie platonicienne de l'exemplarisme en la poussant un peu au delà du point où s'était arrêté Origène. Ils y mêlèrent même quelque peu de panthéisme, par exemple l'affirmation que le principe et la substance des anges et des autres créatures spirituelles sans en excepter les âmes et les démons était unique, toute la différence d'un degré à l'autre était non dans l'essence mais dans le mérite. A cela s'ajoutait la préexistence des âmes, la non-éternité des peines de l'enfer, le salut des démons, l'identification de l'enfer avec la conscience du pécheur et quelques autres imaginations moins intéressantes.

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La nouvelle doctrine, on pouvait bien la qualifier à'origénisme, gagna rapidement ses adhérents à mesure qu'elle convertissait ceux du priscillianisme. Les gens d'esprit rassis, comme Paul Orose, voyant ce qui se passait, prirent l'alarme ; ce fut alors qu'on s'adressa à saint Augustin. Afin d'en avoir le cœur net, Orose voulut pousser jusqu'en Palestine et avoir l'opinion de saint Jérôme sur l'origine de l'àme raisonnable.

Cet épisode paraît presque insignifiant en comparaison de l'affaire du priscillianisme ; avant de quitter définitivement ce mouvement, il nous reste à mentionner un événement qui semble être en rapport avec lui; nous voulons parler des attaques de Vigilance contre l'ascétisme.

Nous sommes peu renseignés sur les débuts de l'institution monastique dans cette Espagne où elle devait prendre dans la suite un développement allant parfois jusqu'à l'abus. Le concile d'Elvire mentionne, vers l'an 300, l'existence de vierges consacrées; à proprement parler, il n'y a là aucune institution monastique, mais une pratique remontant à la plus haute antiquité chrétienne. En Occident, la notion de la vie érémitique et monastique ne commence pas à éclore avant l'année 335, à l'occasion du séjour de saint Athanase à Trêves. A partir de cette date le progrès se fait assez rapide, mais il n'est pas possible, en ce qui concerne l'Espagne, d'assigner une date, même probable, au premier établissement de la vie religieuse conventuelle. La prospérité de plusieurs Eglises de la péninsule n'était pas moins grande que celle d'autres Eglises comme Milan, Poitiers, Tours, Marseille, où la vie monastique s'établit dans la deuxième moitié du iv^ siècle, nous n'avons pas

de raison de penser que les principaux centres de vie chrétienne tels que Cordoue, Grenade, Saragosse, Séville, Tolède, Mérida aient tardé longtemps à recevoir des monastères. Là, comme ailleurs, sans doute, ils se remplirent d'affranchis, de paysans, d'ouvriers qui s'accommodaient mieux, somme toute, de la contrainte de la règle, que de la dureté delà vie dans le monde. Nul doute qu'à côté de ces braves gens il ne s'en trouvât de très différents. Le diapason de ceux-ci donnait le ton à l'ensemble, ils étaient seuls cultivés, parlaient ou écrivaient seuls et on s'est habitué à les considérer comme les représentants de tous leurs compagnons, ce qui n'est pas rigoureusement conforme à la vérité. Ce mélange sautait aux yeux des contemporains qui le regrettaient, prévoyant la décadence qui en devait résulter. Le clergé des villes s'apercevant, alors comme de nos jours, que son influence baissait partout oii s'établissait un monastère, se montrait généralement peu favorable à ses habitants. Un point en particulier créait une rivalité profonde. Au iv^ siècle, un bon nombre de clercs étaient mariés et contraints de subir les conditions de la vie mondaine dont les moines continents étaient affranchis. Ceux-ci ne se privaient pas de dédaigner les clercs chargés d'une paroisse et d'un ménage et on peut penser que ce dédain leur était bien rendu. On reprochait à ces pieux dévots leur indifférence envers les obligations sociales, leur oisiveté, leur égoïsme, leur inutilité, leur stérilité. Des moines eux-mêmes contribuaient par leur relâchement à déconsidérer l'institution à laquelle ils appartenaient. En 385, le moine Jovinien, à Rome môme, avait mené campagne contre l'engouement qui s'emparait de la haute société pour le

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célibat et rascétisme. Il avait sous ses ordres huit prsedicantes qui propageaient sa doctrine, niant l'efficacité des méthodes ascétiques. Pris à partie par saint Jérôme, excommunié à Rome et à Milan, contredit par saint Augustin, il disparut tout à coup et on ne sait rien de ses dernières années. Peu de temps après cet incident un prêtre de Barcelone se lança à corps perdu dans une attaque contre la vie monastique. C'était un Gaulois, né à Cazères ( = Calagurris) dans le comté de Comminges, fils d'un aubergiste dont il avait partagé, semble-t-il, la profession pendant quelque temps. En 396, on ne sait par quelle filière, on le retrouve prêtre à Barcelone ^ et sa liaison avec saint Paulin de Noie doit dater d'alors. Muni de lettres de recommandation de ce dernier, il visita saint Jérôme, en Palestine, en l'année 405. Celui-ci, tout solitaire qu'il fût de profession, aimait fort à causer ; il passa en revue avec son jeune interlocuteur les questions de littérature et de théologie auxquelles les esprits s'intéressaient alors. Les deux amis s'entendaient à merveille lorsqu'ils en vinrent à parler d'Origène. En ce temps-là Jérôme n'entendait pas qu'on pût soupçonner l'orthodoxie de l'Alexandrin ; malheureusement Vigilance, pour se rendre en Palestine, avait passé à Alexandrie et avait pris vent detoutce/qu'on reprochait au grand homme. Il s'en ouvrit bonnement à Jérôme qui le prit fort mal. Ce ne fut pas tout. Vigilance visita quelquesuns des couvents qui commençaient à palluler en Palestine, blâma les excès de mysticisme, nota quelques observations vraiment fâcheuses et se montra

1. Ce séjour à Barcelone est contesté aujourd'hui; on n'a pas démontré que Vigilance n'y soit pas venu.

hostile à l'état monastique et à l'institution cénobitique. C'en était trop, on se sépara.

Vigilance à son retour s'arrêta en Gaule et ouvrit la campagne contre l'ascétisme monastique, les vigiles, le culte des reliques, ce qui lui attira les fureurs de son interlocuteur de Palestine.

L'intérêt de cet épisode, à notre point de vue, est dans les attaches que Vigilance eut pendant quelques années avec l'Eglise de Barcelone. Il est remarquable qu'il ne lui appartenait plus au moment où il entamait les hostilités contre les institutions monastiques; mais cet incident est trop vague pour qu'on puisse en tirer quelque chose sur l'état de ces institutions dans l'Espagne de la fin du iv^ siècle. Il nous aura donné toutefois l'occasion de rappeler le séjour de saint Paulin en Espagne, en 390. Le lieu de sa résidence n'est pas connu d'une manière précise. Nous savons que, dans cette retraite, il composa la paraphrase de quelques psaumes et diverses poésies, aussi monotones que tous ses autres ouvrages. En 392, il eut un fils, mort huit jours plus tard et enterré à Complutum (= Alcala de Henares), lieu de sa naissance, près du tombeau des martyrs Juste et Pastor. Le jour de Noël de cette même année 392, la foule s'empara de Paulin et contraignit l'évêque de la ville à l'ordonner prêtre sur-le-champ. Il put toutefois y mettre une condition. Ce fut que, contrairement aux règles ordinaires, il ne serait point agrégé au clergé du lieu de son ordination, ni attaché à aucune église en particulier. Dix-huit mois plus tard, après les fêtes de Pâques de 394, il quittait l'Espagne pour Noie.

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