‹ L'Espagne chrétienneChapitre 67 sur 81 · Mansi, Concil. ampliss. coll., t. X, col · texte numérisé non relu

Mansi, Concil. ampliss. coll., t. X, col

science, la littérature et la mentalité de l'Occident, le plus important, disons-nous, est celui qui porte le titre à Étymologies ou à'Origines. Il représente bien la capacité universelle et superficielle de son auteur qui y travailla jusqu'à la veille de sa mort. C'est moins une encyclopédie — car ce titre ne lui convient guère — qu'une sorte d'immense grenier où se trouve remisée toute la défroque de l'antiquité : arts, sciences, grammaire, logique, rhétorique, arithmétique, géométrie, mathématiques, astronomie, médecine, agriculture, navigation, chronologie, etc. Tout cela exposé, expliqué, en remontant à l'étymologie des mots qui désignent les divers objets. En présence de l'énorme effort exigé pour un si pauvre résultat il faut se garder d'être sévère. Isidore a sauvé bien des matériaux dont la critique des sources fera un jour connaître la valeur, il a témoigné d'une information universelle, d'un labeur immense et soutenu et, pour ses intentions scientifiques du moins, il a droit à notre respect. Les Etymologies se rattachaient même à un plan plus vaste encore dont plusieurs parties sont exécutées, par exemple, les livres « Des différences des mots » et « Des différences des choses » ; et les « Synonymes ». Tout cet ensemble donne l'idée d'un homme doué d'une érudition immense, imprécise, mal digérée ^ Quand on la compare à l'œuvre célèbre du xviii*^ siècle^, on saisit d'un coup la différence de méthode. Mis en face du génie profond et lucide de Diderot, Isidore ne nous appa-

-1. Pour le groupe qui se réunit autour de saint Isidore, cf. Bonnet, L école chrétienne de Séville sous la monarchie des Visigoths, Paris,

•2. J'entends parler ici de la diiïérence de méthode scientifique eniva les Etymologies et V Encyclopédie. Il ne s'agit pas de la doctrine, aujourd'hui assez discréditée, et avec raison, de V Encyclopédie.

L'ESPAGNE CHUÉTIENNE.

raît plus comme un « encyclopédiste », mais comme un intrépide copiste.

Ce travailleur acharné était un homme excellent. De ci, de là, dans ses compilations, un mot lui échappe qui montre toujours quelque coin reposé, calme et tendre d'une âme affectueuse et sereine. Sentant approcher sa fin, il redoubla ses aumônes avec une telle profusion, que, pendant les six derniers mois de sa vie, on voyait venir chez lui de tous côtés une foule de pauvres depuis le matin jusqu'au soir. Quelques jours avant sa mort, il pria deux évoques, Jean et Eparchius, de le venir voir. lise rendit avec eux à l'église, suivi d'une grande partie du clergé et du peuple. Quand il fut au milieu du chœur, l'un des deux évêques lui passa un cilice, l'autre répandit de la cendre. Alors, étendant les mains vers le ciel, il pria et demanda pardon de ses péchés. Ensuite il reçut, de la main des évêques, le corps et le sang du Christ, se recommanda aux prières de tous, remit les obligations à ses débiteurs, exhorta ses peuples à la charité et fit distribuer aux pauvres ce qui lui restait d'argent. De retour à son logis, il mourut en paix, le quatrième jour d'avril de l'an

Sisenand disparaissait à quelques' jours d'intervalle et, après un interrègne d'un mois ou deux, Chintila, frère de Sisenand, fut élu (30 juin 636). Cette élection ne s'était pas faite sans difficultés et le nouveau roi sentit comme son prédécesseur le besoin de s'appuyer sur le clergé. A cet effet, il convoqua à Tolède le V^ concile national (636) qui groupa 22 évêques et 2 représentants d'évêques. Les évêques qui assistèrent à ce synode appartenaient aux provinces ecclésiastiques de Tolède (c'était le plus

grand nombre), de Tarragone, de Narbonne et de Mérida. Les provinces de Séville et de Braga n'étaient pas représentées; Eugène P"", de Tolède, présidait en présence du roi et de sa cour. Les neuf canons rédigés par le synode laissent voir l'instabilité croissante des institutions qu'on s'efforçait d'étayer en éloignant leurs adversaires à coups d'anathèmes. Le canon 75^ du IV*' concile de Tolède dont nous avons parlé avec détail tendait de plus en plus à devenir loi de l'état; on le rappelle, on le reproduit incessamment, on le complète, on le renforce. Les descendants du roi, prononce le canon 2'^, seront protégés pour qu'ils conservent les biens qui leur reviennent en justice et qu'ils n'en puissent être dépossédés par un autre roi. — Celui qui, sans être élu par tous, et sans avoir été porté par la noblesse du peuple goth, aspirera au trône, sera anathème, et les catholiques devront rompre tout rapport avec lui (can. 3). — ^11 en sera de même pour celui qui cherche à connaître par des moyens superstitieux l'époque de la mort du prince, ou bien qui forme des plans et réunit des associations pour lui donner un successeur, quoique celui-ci soit encore en vie (can. 4). — Il en sera de même de celui qui prononce des malédictions contre les princes (can. 5). — Les serviteurs fidèles d'un prince ne doivent pas, quand ils viennent à lui survivre, être diminués par son successeur ; mais on doit en outre leur donner des présents dans la proportion de ceux qu'ils recevaient auparavant (can. 6). — A la fin de chaque synode espagnol on devra lire le 75^ canon de Tolède touchant le royaume, afin qu'il se grave mieux dans les esprits (can. 7). — Nous réservons au roi le droit de pardonner à ceux qui ont manqué aux canons précédents (can. 8). —

Gloire à Dieu et remerciements au roi (can. 9). Voici donc un type achevé de concile politique. Il est impossible d'associer plus étroitement FKglise à l'iitat; nous verrons dans trois quarts de siècle les fruits de cette politique lorsque devant l'invasion arabe l'Eglise partagera les destinées de l'tLtat.

Deux années plus tard, au mois de janvier 038, nouveau concile à Tolède, le VP de la série pour cette ville. A la tête de ce synode qui comptait 52 évêques de toutes les provinces de l'Espagne et de la Gaule narbonnaise se trouvaient lés quatre métropolitains : Selva de Narbonne, Julien de Braga, Eugène de Tolède et Honorât de Séville. Ils se rangèrent, ainsi que dans les autres synodes espagnols, d'après l'époque de leur ordination, et portèrent des canons dont plusieurs s'inspirent des mêmes préoccupations que nous avons constatées dans le concile précédent (can. 14, 16, 17, 18), un canon prescrit le respect à l'égard des hauts fonctionnaires du palais (can. 13).

On rendra grâces à Dieu, prescrit le canon 3*^, de ce que le roi a porté, il y a quelque temps, un édit ordonnant à tous les Juifs de sortir d'Espagne, pour qu'il n'y ait plus dans le pays que des catholiques. Conjointement avec le roi et les grands, il est prescrit qu à l'avenir tout roi qui montera sur le trône devra, sans compter ses autres serments, prêter celui de ne pas souffrir l'impiété juive et de conserver dans toute leur rigueur les présentes ordonnances. S'il ne tient pas ce serment, qu'il soit anathème et Maranatha devant Dieu, et qu'il soit la proie du feu éternel. On lit avec plus de satisfaction le canon 8^ qui témoigne d'une indulgente condescendance pour la nature humaine. « A l'exemple du pape Léon, di-

sent les Pères de Tolède, nous permettons qu'un homme encore jeune et marié qui, se trouvant en danger de mort, est entré dans l'état de pénitent, puisse après sa guérison revenir habiter avec sa femme, s'il ne lui est pas possible de garder la chasteté, et cela jusqu'à l'âge où il lui sera possible de la garder. Nous donnons cette permission pour le préserver du danger de pécher avec d'autres, ou bien de commettre un adultère. Il en sera de même pour une jeune femme. »

Chintila mourut vers le mois de mai ou de juin de l'année 640, laissant un successeur proclamé roi à sa prière, son propre fils, Tulga, presque un enfant. Le désordre commença presque aussitôt dans le royaume et plusieurs nobles offrirent la couronne à l'un des leurs nommé Chindaswinthe. Vers le mois d'août-septembre 642, Chindaswinthe s'empara de Tulga et le relégua dans un monastère. Un mot d'une vieille Chronique a suffi à échafauder toute une légende à l'adolescent détrôné dont il est dit qu'il était doux et pieux, iste blandus et catholicus per omnia fuit. Avec ce tempérament le jeune homme aura moins souffert peut-être de sa destinée forcée et sa modestie naturelle lui aura valu de n'être pas mis à mort.

Lorsque Chindaswinthe eut affermi son pouvoir, connaissant la coutume où étaient les Goths de détrôner leurs rois, puisqu'il était entré avec eux dans de semblables conspirations, il fît tuer successivement tous ceux qu'il avait vus s'élever contre les rois précédemment renversés ; il en condamna d'autres à l'exil et donna à ses leudes, leurs femmes, leurs fdles et leurs biens. On rapporte qu'il fît ainsi mourir deux cents personnages de la première qualité parmi les Goths, cinq cents de moyenne race, et,

jusqu'à ce qu'il fut assuré d'avoir dompté la vicieuse habitude de ses compatriotes, il ne cessa de faire périr ceux qu'il soupçonnait. Les Goths, soumis par Chindaswinthe, n'osèrent former contre lui aucune conjuration, comme ils avaient fait sous ses prédécesseurs. Le roi, plein de jours, éleva sur le trône d'Espagne son fils Recceswinthe (646); alors, s'adonnant à la pénitence, et distribuant d'abondantes aumônes de ses propres biens, il attendit la mort qui vint pour lui à l'âge de quatre-vingt-dix ans (653). Les premières années de ce règne féroce avaient été remplies par des troubles et des complots. Une partie de la nation s'était soulevée contre le pouvoir de l'usurpateur. Une loi de Chindaswinthe nous permet d'entrevoir le péril de sa situation d'après la grandeur des moyens employés pour y porter remède. Cette loi décide que les individus coupables de conspiration ourdie à l'étranger contre le peuple goth et le royaume d'Espagne sont passibles de la mort sans que personne puisse jamais leur faire grâce. Cet état périlleux ne s'était guère amélioré au début de la cinquième année du règne, lorsque le 18 octobre 646, ChindasAvinthe réunissait le VIP concile de Tolède. Vingt-huit évêques y assistaient avec onze représentants d'évêques absents ; ils rédigèrent un premier canon que nous allons citer parce qu'il révèle la situation du pays : « Comme dans les dernières guerres civiles, disent les Pères, non seulement un grand nombre de laïques, mais encore beaucoup de clercs ont pris les armes et sont allés dans des pays étrangers pour nuire au royaume et au roi des Goths, il est ordonné que ces traîtres et tous ceux qui leur ont prêté secours seront déposés de leurs fonctions ecclésiastiques, et condamnés à faire pénitence le

CONVERSION DE L'ESPAGNE VISIGOTHIQUE. ii\h

reste de leur vie. Ils ne pourront recevoir la communion qu'au lit de mort, et s'ils donnent des marques de repentir. Le roi ne pourra pas empêcher cette excommunication, et si, sur son ordre, un évêque donnait à un de ces excommuniés l'eucharistie (avant le moment de la mort), il serait lui-même excommunié jusqu'à sa mort. Le roi ne pourra non plus adoucir les anciennes lois qui demandent la confiscation des biens de ces traîtres que pour leur laisser la vingtième partie de ce qu'ils avaient. Mais si, du vivant du roi, un clerc oublieux de ses devoirs prend parti pour un prétendant au trône et que celui-ci remporte la victoire, le clerc sera excommunié jusqu'à sa mort, qu'il soit ou qu'il ne soit pas évêque ; si le roi fait opposition à cette excommunication portée contre son partisan, elle atteindra de nouveau celui-ci après la mort du roi. Le laïque qui va à l'étranger pour agir de là contre son roi, doit être puni par la perte de ses biens et par l'excommunication jusqu'à sa mort, à moins qu'il ne se serve du moyen suivant, c'est-à-dire que sur les prières de l'évêque auprès du roi il ne soit admis à la communion. Dans les autres injures ou conjurations dites ou faites contre le roi, celui-ci pourra lui-même décider si le coupable doit être admis à la communion: mais pour les clercs et les laïques qui sont traîtreusement passés en pays étranger, pour y tramer des complots, nous supplions le roi de ne pas l-^.s relever de la sentence d'excommunication quelques instances que fassent les évêques. » Un texte comme celui que nous venons de transcrire dépasse tout commentaire qui ne pourrait que l'affaiblir. D'après l'excès même des dispositions qu'il adopte on peut juger de l'angoisse générale qui s'était emparée des esprits

rassis et amis du repos qui voyaient périodiquement le changement de prince ramener la guerre et la révolution.

La guerre civile n'était pas la seule qu'on eût à prévoir. Dès la chute du roi Tulga, les Basques avaient envahi le pays gothique, portant le pillage partout. Une inscription nous a conservé le souvenir d'une surprise d'un convoi d'armes destiné à l'armée royale opérant contre les Basques dans la montagne. Le 12 septembre 642, le convoi fut enlevé et le commandant de l'escorte tué. D'après l'anonyme de Cordoue, les six premières années du règne de Chindaswinthe se passèrent en combats et campagnes dont le résultat incertain faisait redouter l'inconnu qui pouvait, d'un jour àl'autre, rompre tous les desseins, ruiner l'apparence d'ordre établi. Ce fut pour se prémunir contre ce lendemain toujours menaçant que Braulion, évêque de Saragosse, et quelques-uns de ses amis adressèrent une supplique au roi, lui demandant de parer aux éventualités des combats et des complots que Chindaswinthe bravait pour servir l'Espagne en associant au trône son fds Recceswinthe. Ce qui fut fait. Vers ce temps, on recommença à jouir de la paix.

Pendant la période gothique et au sortir des troubles amenés par les invasions du v*^ siècle, l'Espagne connut une renaissance littéraire et scientifique qui n'est pas indigne d'attention ^ La plus ancienne des bibliothèques espagnoles de cette période, paraît être celle du monastère de Dume, près de Braga, réunie par saint Martin dans la première partie du vi° siè-

1. Parmi ces écrivains peu ou mai connus, signalons Apringius de Béja qui a fait l'objet d'une notice érudite du P. Fidel Fila, 1902, Madrid, d'après l'édition de D. M. Férotin.

cle. Avant de convertir les Suèves, saint Martin avait vécu un bon nombre d'années en Orient et y avait fait son éducation. La connaissance du grec qu'il en avait rapportée lui permit d'ajouter aux livres que pouvaient posséder les monastères occidentaux des ouvrages nouveaux dont la traduction lui était due ou à son disciple Pascliase. Parmi ces ouvrages nous pouvons nommer le « Recueil de canons tirés des synodes des anciens Pères de l'Orient », les « Sentences des Pères de l'Egypte » et les « Vies des Pères grecs ». Outre ces livres, nous apprenons par une lettre de saint Martin que la bibliothèque contenait les Commentaires de saint Jérôme sur l'Épître aux Galates, les Actes de saint Sylvestre, divers traités publiés anciennement sur le cycle pascal nécessaires à l'évêque pour son « Traité de la Pâque », et les écrits de divers moralistes dont le souvenir et l'influence se retrouvent dans la lettre à Vitimir et la « Formule de vie honnête » .

Licinien de Carthagène, qui vivait vers la fin du vi'' siècle, a laissé quelques écrits dans lesquels il met à profit les Pères dont il cite de longs extraits qu'il a dû extraire des originaux. Outre les Livres saints, on trouve parmi les auteurs qui durent être représentés dans sa bibliothèque : saint Augustin, saint Hilaire, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, Claudien Mamert. Les lettres qui nous restent de lui nous apprennent qu'il possédai! les quatre livres du « Pastoral » de saint Grégoire et les six livres d'Origène sur Job traduits par saint Hilaire. Ce trop court catalogue se compléterait sans aucun doute si les écrits perdus de Licinien se retrouvaient. Comme toutes les bibliothèques, même celles qui sont composées avec le plus de critique, ces bibliothèques

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de théologien devaient contenir des ouvrages médiocres et des ouvrages étrangers aux études ordinaires de l'auteur. Ces livres qu'on lit mais qu'on ne se vante pas d'avoir lu, se retrouvent partout et nous pouvons leur concéder quelques rayons. Si nous les supposons chez les particuliers, à plus forte raison faudra-t-il leur faire place dans les bibliothèques monastiques qui s'accroissent continuellement d'apports un peu hétéroclites. Nul doute qu'à Valclara l'abbé fondateur du monastère, Jean de Biclar, goth né en Lusitanie, n'eût rapporté d'un séjour de dixsept ans à Constantinople quelques livres curieux; mais il n'a pris soin de nous faire connaître que ceux dont il fit un usage plus fréquent en rédigeant sa « Chronique » : La Chronique d'Eusèbe avec les continuations de saint Jérôme, de saint Prosper et de Victor de Tunnuna.

Nous ne pouvons que rappeler d'un mot la bibliothèque du roi Recceswinthe, — ami des textes corrects puisqu'il envoyait à saint Braulion de Saragosse un texte fautif à reviser, — et celle qu'apporta d'Afrique en Espagne l'abbé Donat dont le monastère de Sirvitum possédait, au dire de saint llildefonse, dès sa fondation, un grand nombre de livres.

La bibliothèque épiscopale de Tolède dut présenter des aspects assez différents à chacun des accroissements dont elle fut redevable à ses propriétaires successifs. Au temps de saint Julien (fin du vii^ siècle) elle est déjà riche ainsi que le catalogue suivant permet d'en juger. Les nombreux extraits des Pères qui se lisent dans les écrits de saint Julien indiquent la présence dans sa bibliothèque d'ouvrages de Tertullien, Origène, saint Cyprien, Athanase, Hilaire, AmbroisC;, Épiphane, Jérôme, Augustin, Jean Chry-

sostome, Cyrille d'Alexandrie, Fulgence, Cassien, Vigile de Tliapse, Pierre Chrysologue, Julianus Pomerius. Grégoire I*^'", Isidore de Séville, Eugène II de Tolède. Parmi les classiques, Cicéron est seul cité. Ce qui ajoute à Fintéret de cette bibliothèque de Tolède c'est que nous savons que saint Julien en faisait un usage si habile qu'il lui arriva de triompher, à force d'érudition, des critiques hostiles élevées contre son orthodoxie par des théologiens romains. L'épisode est plein d'instruction. Le primat de Tolède avait écrit un livre « Sur les trois substances » dans lequel il avançait que la volonté engendre la volonté. L'écrit fut adressé au pape à qui ses théologiens en firent un fâcheux rapport. Saint Julien fut invité à justifier ses expressions ou à les retirer. Il les justifia, et, avec une érudition surabondante, démontra à l'aide des passages des Pères de l'Eglise qu'il n'avait rien inventé. Cela rendit plus circonspect à l'avenir.

Nous savons par une lettre de saint Braulion de Saragosse et la réponse du prêtre Émilien, son correspondant, qu'il existait de leur temps, à Tarragone probablement, car la ville n'est pas nommée, trois bibliothèques, celle d'Emilien, celle du comte Laurent et celle de Domnus, disciple de Braulion. La seconde venait d'être dispersée et les deux autres ne possédaient pas le commentaire d'Apringius sur l'Apocalypse, dont Braulion sollicitait l'en vci pour en faire tirer copie. Un autre disciple de saint Braulion, Jactatus, possédait les œuvres de saint Augustin, saint Jérôme, saint Hilaire et de bon nombre d'autres écrivains ecclésiastiques. Braulion lui-même était possesseur d'une belle bibliothèque dans laquelle régnait un certain désordre puisque tel volume,

perdu parmi la foule des autres, se laissait chercher en vain pendant des années et ne se retrouvait que par hasard. Térence, Horace, Ovide, Appius y coudoyaient saint Augustin, saint Jérôme, Théophile et Cyrille d'Alexandrie, saint Eucher, Denys, Protaire, Cassien, Paschasinus, Grégoire le Grand, Isidore de Séville et une foule d'autres. Cette bibliothèque s'accroissait sans cesse. Les lettres de l'évêque de Saragosse le montrent tantôt envoyant à l'abbé d'un des monastères soumis à sa juridiction un commentaire des épîlres de saint Paul dont il désire que les moines lui tirent une copie correcte et soio-née, tantôt sollicitant de ses nombreux amis le prêt temporaire d'ouvrages qui lui manquent : du prêtre Émilien les « Commentaire sur TApocalypse » d'Apringius ; de Taïon, dès son retour de Rome, les « Morales sur Job « de saint Grégoire I®"", que ce religieux en avait rapportées. Celui qu'il importune sans relâche, sans pitié, c'est son collègue Isidore de Séville à qui il réclame tous ses ouvrages et plus particulièrement le « livre des Origines » ou « des Etymologies ». Isidore lui envoie ses « Synonymes » ; c'est bien, mais cela ne suffît pas. Aux « Synonymes » succèdent les quatre « livres des Règles » ou « le Pastoral » de saint Grégoire ; c'est très bien, mais ce n'est pas encore assez. Pourquoi les actes du concile récemment présidé par Isidore ne sont-ils pas encore arrivés à Saragosse? Et « les Origines », entreprises sur sa demande et qu'il attend toujours ? Les années se passent, Isidore n'envoie rien, il ne répond môme pas. Après sept années d'attente, Braulion n'y tient plus. Il ne demande plus, il somme au nom de l'amitié, au nom du Christ, au nom de l'Eglise, il veut ses livres. Reddequod debes.

L'attente l'a exaspéré. Il pose ses conditions. Il lui faut des exemplaires complets et corrects, point de résumés, de manuscrits fautifs, peu soignés, il les refusera : il est un amateur, lui, il n'est pas un libraire. L'exemplaire devra sortir du scriptorium d'Isidore, avoir été exécuté sous ses yeux. A ce coup, saint Isidore cède et envoie à Saragosse « les Étymologies, » mais incomplètes. Il est vrai qu'il ne les termina jamais, mais connaissant son collègue bibliophile comme il le connaissait, il s'attendait à un orage et, pour le détourner, il ajoutait à l'envoi quelques autres livres.

Il serait injuste de qualifier Braulion de bibliophile, il était mieux que cela, et les requêtes dont il poursuivait saint Isidore n'étaient pas plus instantes que celles qu'on lui adressait à lui-même. Evêques, prêtres, moines, femmes du monde ne lui laissent pas de répit. Isidore n'a pas la sixième décade des « Enarrations » de saint Augustin sur les Psaumes, saint Fructueux veut compléter son exemplaire des « Conférences » de Cassien, une certaine dame Apicella demande en prêt les livres historiques de l'Ancien Testament, tous s'adressent à Braulion qui doit de plus reviser les manuscrits fautifs de la bibliothèque du roi et résoudre les dilhcultés dont saint Eugène de Tolède ou Taïon ne peuvent venir à bout.

Si de Saragosse nous passons à Barcelone, nous voyons Quiricus, évêque de cette ville, réclamer de saint Hildefonse une exposition mystique de l'Ancien Testament ; puis, à force d'importunités, obtenir de Taïon, successeur de Braulion sur le siège de Saragosse, le prêt de son manuscrit récemment terminé du « Livre des Sentences », qui contient résumée,

dans un ordre clair et méthodique, toute la doctrine contenue dans les écrits de saint Grégoire. Taïon accorde le prêt, mais Quiricus ayant dépassé les limites de la concession, est rappelé à l'ordre et doit renvoyer le manuscrit. A Tolède, saint Julien écrit tour à tour sa « Démonstration du sixième âge » à la demande du roi Ervige et son « Prognosticon » pour l'évêque Idalius de Barcelone qui l'a à peine entre les mains que son collègue Zunifride, métropolitain de la Gaule narbonnaise, en réclame communication, gracieusement accordée, ainsi que l'autorisation d'en donner connaissance à tous les évéques de la province.

Lorsqu'on avait longtemps et vainement cherché dans toute l'Espagne l'ouvrage désiré, on le poursuivait au delà des frontières et soit par lettres, soit en personne, on allait au besoin le demander à Rome. Ainsi fit au vi^ siècle ce Licinien de Carthagène, dont il n'y a qu'un instant nous inventorions la bibliothèque. Ce prélat était connu de saint Grégoire le Grand, qui môme lui avait fait don des a Quatre livres des Règles )>. Il savait, pour l'avoir appris de la propre bouche de saint Léandre, que celui-ci avait rapporté de Constantinopleles premières homélies sur Job, prononcées par saint Grégoire avant son élévation à la papauté; il savait de plus que ces homélies, dont Léandre n'avait pas voulu lui donner communication, étaient désavouées par l'auteur qui les avait remaniées, refondues, et données au public sous le titre nouveau et définitif de « Livres des Morales » ; c'est de cette œuvre importante que Licinien veut enrichir sa collection. Il écrit donc à saint Grégoire, et joint dans sa lettre aux remerciements pour les « Règles » qu'il a reçues du Pontife,

rinstante prière d'un second envoi, celui de ses « Morales sur Job » qu'il ne peut se procurer par aucune autre voie. On ignore comment cette demande fut accueillie mais, un siècle plus tard, cet ouvrage était aussi introuvable en Espagne qu'au temps de Licinien et, pour se les procurer, Taïon dut entreprendre ce voyage de Rome ' dont on a vu saint Braulion guetter le retour. Ce voyage est mentionné par l'anonyme de Cordoue à qui nous devons ce détail que le voyage de Taïon fut fait par ordre du roi Chindaswinthe.

Mais c'est la bibliothèque épiscopale de Séville, au temps de saint Isidore, qui nous est la mieux connue. Nous possédons, en effet, de la main de ce docteur, sinon un catalogue complet de la bibliothèque composée par son frère saint Léandre et par lui, du moins les matériaux d'un catalogue à peu près complet, soit dans les inscriptions métriques qui ornaient les murs de sa bibliothèque ou les coffres qui renfermaient les livres, soit dant les préfaces de plusieurs de ses ouvrages, notamment dans celui « Sur les Étymologies ».

Ces documents divers prouvent qu'Isidore n'exagérait pas lorsqu'il affirmait que sa bibliothèque renfermait des œuvres nombreuses de littérature sacrée et profane :

Sunt hic plura sacra, sunt et mundalia plio^a.

4. Ce Taïon alors abbé, depuis évêque, ne manquait pas de savoir faire. Arrivé à Rome, il se mit en relations avec les anciens secrétaires survivants et les familiers du pape Grégoire P", se le fit décrire minutieusement et, quand il fut bien en possession des moindres détails, annonça qu'il avait vu le pape en vision, Taïon a composé une chaîne des commentaires de 1 Écriture d'après saint Grégoire P'" etun Liber sententiarum, sorte de somme théologique, compilés dans les éciits de saint Grégoire I" et de saint Augustin.

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Saint Isidore paraît, comme un grand nombre d'érudits de tous les temps, avoir fait usage du « dépiquage » qui consiste à citer un texte emprunté à un auteur non d'après cet auteur même mais d'après un écrivain qui l'a déjà utilisé et chez lequel on le rencontre et on le transcrit. Toutefois, Isidore a employé aussi un autre procédé qui consiste à lire les ouvrages eux-mêmes des auteurs qu'on cite. Si on s'en tient donc aux citations de première ou de seconde main qui se rencontrent dans ses vastes compilations, on voit que dans la bibliothèque épiscopale de Séville la théologie était représentée par les Livres saints, les ouvrages de Tertullien, de Cyprien, de pseudo-Clément (Recognitiones)^ de Lactance, de Victorin, d'Athanase, d'Hilaire de Poitiers, de Basile, de Grégoire de Nazianze, d'Ambroise, de Jérôme, de Rufin, de Chrysostome, d'Augustin, de Cyrille d'Alexandrie, de Léon le Grand, de Cassien, de Fulgence, de Cassiodore et de Grégoire le Grand; la philosophie par Aristote, Platon, Porphyre (d'après Boëce) ; les sciences par Aratus, Hygin, Solin, Pline, etc. ; les antiquités par Varron et Macrobe ; la grammaire et la rhétorique par Cicéron, Quintilien, Priscien, Donat, Servius, Victorin, Vilius Longus Charisius, etc. ; les orateurs par Démosthènes (les Olynthiaqiies) et Cicéron; le droit par Gaïus, Ulpien, Paul, le code Théodosien, etc. ; la médecine par Cœlius Aurelianus ; l'histoire par Salluste, Tite-Live, Suétone, Justin, Jules Africain, Hégésippe, Eusèbe, Paul Orose, etc. ; la poésie par Atta, Cinna, Dracontius, Horace, Juvénal, Juvencus, Lucain, Lucrèce, Martial, Nevius (sous le nom d'Ennius), Ovide, Perse, Plante, Pomponius, Proba Falconia, Térence et Virgile; l'architecture parVitruve,

etc. On pourrait poursuivre cette liste, mais sans y rencontrer que par hasard les représentants de la pensée grecque.

De tous ces lettrés on ne peut omettre de rapprocher un excellent homme, Valère, qui employait tous ses loisirs, dans le désert de Vierzo où il vivait solitaire, à transcrire des livres. Livres liturgiques, saintes Ecritures, traités ascétiques ou pédagogiques, autobiographie, peu lui importait, il écrivait sans cesse. Son existence fut une série de déboires dont le récit prend sous sa plume une extrême vivacité. Une épreuve lui fut particulièrement sensible : la perte de ses manuscrits. 11 avait composé plusieurs livres : ce De la loi du Seigneur » et « Des triomphes des saints » pour s'aider, nous dit-il, à supporter en patience les ennuis de son long pèlerinage. Un mauvais clerc les lui déroba. Mais il était de forte race : il ne se laissa pas rebuter par cette mésaventure, et, par un travail assidu, il se forma bientôt toute une petite bibliothèque. En une seule nuit, ce nouveau trésor, qui lui avait coûté tant de pénibles veilles, lui fut enlevé par un faux frère, que la malice du démon avait poussé à ce crime, croit-il, car il n'imagine pas, dès qu'il s'agit de livres perdus, que le diable puisse être étranger à l'affaire. Une trouve de remède à son chagrin que dans l'étude, et l'unique ami dont il fasse cas dans son désert est un copiste nommé Maximus. Au fond de sa retraite du Vierzo, pittoresque contrée située entre Astorga à l'est, et l'océan à l'ouest, il s'improvise maître d'école. Il instruit d'abord Bonosus, fils d'une riche matrone nommée Théodora, et compose même pour lui un petit livre qu'il nous présente comme une œuvre de quelque valeur, praecipuuin libellum. Bientôt, c'est toute une bande l'espagne chrétienne. 19

d'écoliers qui se groupe autour de lui ; Fun d'eux, qui avait appris de mémoire en six mois tout le psautier et les cantiques, paraît avoir été son petit favori. Valère nous apprend que ce ne fut qu'après quarante-deux ans de misères qu'il connut un peu de calme dans son désert. Son neveu Jean accompagné d'un serviteur ly était venu rejoindre et il adoucit l'amertume des dernières années du vieux solitaire. Autour de sa retraite, les rochers arides avaient fait place à un jardinet qu'il nommait son bois de Daphné et pour la description duquel il épuisa toutes les fleurs fanées de sa rhétorique. Il eut bien encore quelques ennuis dans ce dernier asile; mais ce furent de simples alertes. Plusieurs disciples se réunirent autour de son ermitage, et il y eut bientôt reconstitué tout un ensemble de ces livres liturgiques ou édifiants qu'il regardait comme ses plus fidèles, peut-être comme ses seuls amis.

La plupart de ces hommes si préoccupés de littérature subissaient presque inconsciemment le prestige de la science et de la beauté qu'ils sentaient mais ne pouvaient plus produire eux-mêmes. La langue parlée dans l'Espagne gothique n'est, le plus souvent, qu'unjargon. L'épigraphie, témoin fidèle du parler populaire, en rend bon témoignage et la réduction qui a été faite de ces formes morbides à des règles philologiques donne la plus fâcheuse idée du langage de ce temps. L'empressement apporté par les Goths à adopter la foi, la discipline et la liturgie hispano-romaines ne se borne pas à ces substitutions extérieures. Dans leur bonne volonté vraiment charmante ces bonnes gens imaginent de renier tout leur passé sans exception. Ils échangent dans ce but leur langue et leurs mœurs contre la langue et les mœurs

des indigènes dont la culture savante et les manières polies les fascinent, La plupart s'en tiennent au latin rustique, celui que le grand nombre parle et que tous comprennent. Mais la cour et le haut clergé veulent une distinction plus haute, ils emploient le latin littéraire, le parlent, l'écrivent avec une inimitable gaucherie. Le roi Sisebut paraît être, la plume à la main, l'homme le plus embarrassé de son royaume. Ses lettres peuvent rivaliser par l'obscurité, la prétention, Tenflure, et pour tout dire l'inanité, avec les lettres de Voiture; c'est le premier gongoriste. Saint Isidore trouve cela admirable. En effet. Mais que peut devenir ce galimatias sur les lèvres de ceux qui le parlent? Car l'écriture nous sauve la prononciation. Ce même Isidore nous apprend que ceux-là mêmes qui avaient étudié la grammaire et qui en observaient les règles, lisaient déplorablement. L'accent souffrait tout, c'était à ne pas s'entendre.

Sisebut, Recceswinthe, Wamba sont des hommes cultivés qui n'aperçoivent dans les lettres que les artifices, les combinaisons, les difficultés artificielles qui sont la négation même de la littérature et du goût. Recceswinthe adresse une harangue aux Pères du Concile de Tolède et publie une édition du code visigoth dans lequel toutes les lois qui lui appartiennent sont rédigées en périodes rhythmoïdes ou rimées et qui étaient alors et devaient être longtemps encore en Espagne l'expression suprême du goût. Maxime et Braulion de Saragosse, Eugène II, Hildefonse, Julien de Tolède, saint Isidore, le roi Wamba, tous riment sans merci. C'est la poésie populaire ; non sans doute par la langue dont elle se sert dans les monuments écrits qui nous en restent, puisque tous ceux qui appartiennent aux sept siècles du haut

moyen âge espagnol sont écrits en latin ; mais parce qu'elle tire son origine du peuple; parce que, si son langage est celui des gens de qualité, la forme qu'elle revêt, les règles qu'elle s'impose sont les mêmes que celles de la poésie vulgaire, telle qu'elle nous apparaît dans le plus ancien des poèmes espagnols qui nous soit parvenu, la chronique du Cid. Cette mode sévissait en Afrique depuis longtemps, mais tandis que saint Cyprien, saint Augustin, saint Fulgence la suivaient, leurs contemporains espagnols la dédaignaient. Chez saint Pacien de Barcelone (360-390) par exemple, on n'en relève pas la moindre trace. Paul Orose, entraîné par saint Augustin, se risque mais timidement, et tandis que Martin de Braga et Jean de Biclar gardent de leur éducation hellénique l'horreur de ces puérilités, tous les lettrés espagnols riment sans paix ni trêve. A partir des successeurs de Reccarède, le rimado envahit tout; laliturgie, les codes, les discours, les correspondances, les chroniques, les biographies, la théologie, l'épigraphie. De poésie il n'est plus question.

Il suffirait d'ouvrir un écrit quelconque de la période gothique pour être édifié, les exemples fourmillent. Dans la liturgie hispano-gothique, les oraisons du début de la messe, la première surtout, et Villa tio, qui tient lieu de notre préface, sont généralement rythmées ou rimées, tandis que le canon échappe parce que, plus ancien et plus sacré, il est moins sujet aux retouches. Il y aurait peut-être, pour le dire en passant, une source féconde de rapprochements permettant la localisation de certaines formules liturgiques dans la comparaison attentive de leurs rimes les plus fréquentes avec celles qui se lisent dans les lettres des grands évêques des vi^ et

vii^ siècles, rédacteurs de formules liturgiques et auteurs de prose rythmée comme nous le constatons dans les lettres de Montan de Tolède, celles de Licinien, de Braulion, de Sisebut lui-même et dans le traité de saint Hildefonse sur la Perpétuelle virginité de jMarie.

Parmi les travaux pacifiques du règne de Chindaswinthe nous devons accorder quelques instants d'attention à la réforme du code visigoth. La destinée de la loi des Visigoths a été plus glorieuse que celle d'aucun des peuples barbares. Elle forme un recueil volumineux intitulé Forum judicum ^ dont la rédaction s'est poursuivie pendant plus d'un siècle, de l'an 466, époque de l'avènement du roi Euric, à Toulouse, à l'an 701, époque de la mort du roi Egica, qui résidait à Tolède. Pendant qu'il régnait à Toulouse, Euric codifia les coutumes de sa nation : son successeur Alaric, le vaincu de Vouglé, réunit et publia, sous le titre de Breviariiun, les lois de ses sujets romains. Les Visigoths étaient donc, au début du VI® siècle, dans la même situation que les Bourguignons et les Francs ; la loi barbare et la loi romaine étaient distinctes; chaque peuple gardait la sienne.

Quand les Visigoths eurent été rejetés en Espagne, cet état changea : Cliindaswinthe ordonna que tous ses sujets indistinctement seraient jugés suivant les mêmes lois et par les mêmes magistrats, il abolit formellement la loi romaine ; il n'y eut plus dès lors qu'un seul code, un seul peuple. C'était une nouveauté, car à cette date le double droit régnait encore dans tous les royaumes barbares. De Cliindaswinthe à Egica (642-701) le Forum judicum se développa,

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