Le lac delà Janda
3. Cf. II. DozY, op. cit., t. I, p. G')-"^, « Les fils de Witiza ».
fallait et qu'ils se tenaient sur leurs gardes, ces princes eurent une conférence et l'un d'entre eux parla en ces termes : « Cet infâme nous a ôté le trône auquel sa naissance ne lui donnait aucun droit, car c'était un des moindres de nos sujets. Quant à ces étrangers, ils n'ont nullement le projet de se fixer dans le pays ; tout ce qu'ils veulent, c'est du butin, et dès qu'ils l'auront, ils retourneront d'où ils sont venus. Prenons donc la fuite pendant la bataille et abandonnons cet infâme. » — Cette proposition fut agréée.
Rodrigue, qui avait donné le commandement de son aile droite à Sisebert et celui de son aile gauche à Oppas, l'un et l'autre fils de Witiza et chefs de la conspiration, s'avança avec une armée d'environ cent mille hommes. Elle aurait encore été plus considérable si la famine qui, depuis l'an 88 (= 707) avait désolé le pays pendant trois années consécutives et qui n'avait cessé qu'en 91 (= 710) (l'année pendant laquelle Tarif débarqua en Espagne), n'eût fait périr la moitié des habitants, ou même plus de la moitié.
Le roi d'Espagne rencontra Târic, qui jusque-là était resté à Algéçiras, près du lac \ Le combat s'étant engagé, les deux ailes de l'armée espagnole, commandées par Sisebert et Oppas, prirent la fuite. Le centre, sous les ordres de Rodrigue lui-même, tint ferme; mais à la fin il lâcha pied, et alors les musulmans firent un grand carnage de leurs ennemis. Quant à Rodrigue, comme on ne le trouva point, on ignore ce qu'il est devenu; les musulmans trouvèrent bien son cheval blanc qui s'était embourbé et
1. La rencontre eut lieu sur les bords du Wâdf-Becca (aujourd'iuii Salado) qui se jette à la mer entre Vejer de la Fronlera et Gonil, non loin du cap Trafalgar.
dont la selle était en brocart d'or orné de rubis et d'émeraudes ; ils trouvèrent aussi son manteau en drap d'or orné de perles et de rubis; il est certain encore que le roi s'était enfoncé dans la bourbe et qu'en tâchant d'en sortir, il y laissa une de ses bottines; mais comme on n'entendit plus parler de lui et qu'on ne le trouva ni mort, ni vivant, son sort n'est connu que de Dieu seul (19 juillet 711).
Après sa victoire. Tarie marcha vers le défilé d'Algéçiras ^ puis vers Ecija. Les habitants de cette ville, renforcés par plusieurs fuyards de la grande armée, vinrent lui livrer bataille. Le combat fut très vif et beaucoup de musulmans furent blessés ou tués; Dieu aidant, ils finirent par mettre les polythéistes en déroute, mais jamais encore ils n'avaient rencontré une résistance aussi obstinée. Ensuite Tarie établit son camp à quatre milles d'Ecija, sur les bords de la rivière qui baigne cette ville ^ et près d'une source qui reçut le nom de source de Tarie.
Dieu remplit de crainte les cœurs des infidèles. Ils avaient cru que Tarie retournerait en Afrique, comme Tarif l'avait fait, et quand ils le virent s'avancer dans leur pays, ils se retirèrent en toute hâte vers Tolède et vers d'autres villes, en se préparant à les défendre. « Tout est fait en Espagne, dit Julien à Târic ; je vous conseille maintenant de marcher vers Tolède, avec le gros de vos troupes et de détacher de votre armée quelques corps auxquels mes compagnons serviront de guides et qui attaqueront les autres villes. » Târic suivit ce conseil. Il envoya donc à Cordoue
i. « Ce défilé ne peut être que celuiquise trouve prés de Los Barrios. non loin d'Algéçiras, ou bien celui des coteaux de Câmara, qui traverse la chaîne des montagnes Pénibétique entre Jiinena et Alcala de los Gazules. » Note de Lafuente y Aleantara.