Sur les bords du Génil
LES DERNIERES AiNNÉES. INVASION ARABE. 371
(alors une des plus grandes villes des chrétiens, et aujourd'hui la capitale de l'Espagne) un corps de sept cents hommes, commandés par Moghîth le Roumi, un client du calife Walîd. Tous les musulmans ayant des chevaux après la victoire qu'ils avaient remportée, il n'y avait pas un seul piéton dans ce corps. Un autre corps fut envoyé contre la capitale delà province de Reiya', un troisième contre Grenade, la capitale de la province d'Elvira, et Tarie luimême marcha contre Tolède avec le gros de son armée .
Quand Moghîth et ses soldats furent arrivés dans le voisinage de Cordoue, ils se cachèrent, près de Secunda-, dans un bois de mélèzes, lequel se voyait entre Secunda et Tarsail ; après quoi Moghîth envoya à la découverte quelques-uns de ses guides. Ceux-ci rencontrèrent dans le bois un berger qui faisait paître son troupeau. Ils l'amenèrent à Moghîth, qui le questionna sur la force de la garnison de Cordoue. « Les principaux habitants ont quitté la ville pour se rendre à Tolède, lui réponditle berger; outre le gouverneur et quatre cents soldats, il n'y a plus que des personnes de basse naissance. » A la demande si les murailles étaient fortes, le berger répondit affirmativement, mais il ajouta qu'il y avait une brèche audessus de la porte de la statue (aujourd'hui la porte du Pont).
A la faveur de la nuit, Moghîth continua sa marche. Dieu secondait l'entreprise du général, car cette nuit-là il pleuvait et, de temps à autre, il grêlait, de sorte que les sentinelles, toutes trempées par la pluie et transies de froid, faisaient mauvaise garde et
i. Malaga.
2. Ancienne ville romaine, sur la rive gauche du Guadalquivir, visà-vis de Cordoue, dont elle est devenue un des faubourgs.
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n'échangeaient qu'à de rares intervalles les paroles convenues. Les musulmans passèrent donc la rivière sans que leur approche eût été signalée. Ayant essayé en vain de grimper sur la muraille, ils s'adressèrent de nouveau au berger qui leur montra la brèche. Elle n'allait pas jusqu'à terre, mais en bas il y avait un figuier. Après beaucoup d'efforts inutiles, un musulman atteignit le sommet de cet arbre, et Moghîtlî lui jeta la pièce de mousseline qu'il portait roulée autour de sa tête en guise de turban. Se servant de cette pièce d'étoffe comme d'une corde, plusieurs musulmans grimpèrent, l'un après l'autre, sur le figuier, et de là sur la brèche. Cela fait, Mogliîth, qui était à cheval près de la porte de la Statue, ordonna aux soldats qui avaient atteint la brèche, de se précipiter, l'épée au poing, sur les sentinelles postées près de cette porte (qui est aujourd'hui la porte du Pont, mais alors il n'y avait pas de pont; il y en avait eu un auparavant, mais il avait été détruit). Conformément à cet ordre, les musulmans se jetèrent sur les gardes de la porte de la Statue (nommée alors porte d'Algéçiras), en tuèrent plusieurs, mirent les autres en fuite et brisèrent les serrures, de sorte que Mogliîth put entrer avec tous ses frères d'armes, ses espions et ses guides. Le général alla droit au palais. Le gouverneur n'y était plus. Aussitôt qu'il eut appris que la ville avait été surprise, il en était sorti avec ses soldats, au nombre de quatre ou cinq cents, et avec plusieurs habitants. Après avoir passé par la porte de l'ouest, celle de Séville, il était allé chercher un asile dans léglise de saint Aciscle, dont les murailles étaient épaisses et solides. Peu de temps après, Moghîth, qui avait pris possession du palais et qui avait rendu compte à Tarie des avantages
qu'il venait d'obtenir, vint assiéger cette église.
Pour ce qui concerne le corps envoyé contre Reiya, il prit possession de cette province, les chrétiens étant allés chercher un refuge dans les hautes montagnes. Le troisième corps, celui qui avait été envoyé contre Elvira, assiégea Grenade, la capitale de cette province, la prit, et en confia la garde à une garnison composée de Juifs et de musulmans. C'est ce qu'on faisait partout où l'on trouvait des Juifs; mais on ne l'avait pas fait à Malaga, la capitale de Reiya, parce qu'on n'y avait pas trouvé de Juifs et qu'elle avait été abandonnée par ses habitants.
Ensuite on marcha contre Todmîr (=r Théodemir, Theudimer). Le nom de cette ville était proprement Oriola ^ ; on l'appelle Todmîr du nom de son prince. Ce prince alla, avec une nombreuse armée, à la rencontre des musulmans; mais après une faible résistance, ses soldats prirent la fuite à travers une plaine où rien ne les protégeait, de sorte que les musulmans purent en faire un grand carnage. Plusieurs, cependant, se sauvèrent dans Oriola ; ils avaient perdu leurs plus braves guerriers et la place était mal fortifiée ; heureusement pour les chrétiens, leur chef, Todmîr, était un homme expérimenté et ingénieux. Voyant ses soldats en petit nombre, il ordonna aux femmes de laisser flotter leurs cheveux, leur donna des lances et les posta sur les remparts, derrière les hommes; puis il essaya de conclure un traité avec l'ennemi ^. A cet effet il se présenta en parlementaire et s'insinua à un tel point dans les bonnes grâces du