‹ L'Espagne chrétienneChapitre 9 sur 81 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

une belle mer, de beaux fruits, de belles épouses, et l'obtint encore ; — un bon gouvernement ? — « Non, ce serait trop, dit le Créateur, et l'Espagne serait alors un paradis terrestre. » Mais ce ne fut pas seulement de bons gouvernements qui furent refusés à l'Espagne ; ce furent aussi, trop souvent, des hommes gouvernables. Ferdinand le Catholique s'en plaignait à Guichardin, ambassadeur auprès de lui : « Nation très propre aux armes, disait-il, mais désordonnée, où les soldats sont meilleurs que les capitaines et où l'on s'entend mieux à combattre qu'à commander et à gouverner. » Et Guichardin ajoute, dans sa Relazione di Spagna : « C'est peut-être parce que la discorde est dans le sang des Espagnols, nation d'esprits inquiets, pauvres et tournés aux violences. » Le portrait est à peu près exact pour toutes les époques de l'histoire d'Espagne.

Si rapides et si vagues que soient les indications fournies par les documents de la période romaine et de la période visigothique, on peut néanmoins y relever les traits caractéristiques de l'Espagnol de ce temps. Sous leur forme impersonnelle les canons des conciles entr'ouvrent souvent un jour curieux et renferment les éléments d'une histoire naturelle de la nation. Les fautes dont l'énumé ration reparaît avec le plus d'insistance sont les résultats de l'immoralité et de l'ignorance. Les Hispano-Romains ont, en effet, le goût du plaisir des sens et l'aversion pour l'étude. Ce sont les deux éléments invétérés de leur tempérament. Volupté et paresse sont les sources du plaisir et de l'oppression. L'Espagnol ignore la résistance méthodique mais pacifique ; à la première menace, il se met en défense, sa manière d'affirmer son indépendance c'est la rébellion. L'État, qui le

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sait, se tient sur ses gardes, toujours prêt à faire valoir la raison du plus fort et il en fait souvent usage. Sous la monarchie visigotliique l'état de conspira lion semble devenu chronique.

Cependant les trahisons sont extrêmement rares. C'est que l'état de conspirateur est, pour ainsi parler, constitutionnel, dans une nation oii les grands peuvent disposer de la couronne chaque fois qu'elle devient vacante. Rien n'est plus facile que d'amener la vacance au moyen de l'assassinat. Quand on lit l'histoire de plusieurs siècles écoulés, ramassés dans un petit volume, on est exposé à subir une impression contre laquelle il faut se tenir en garde. Les faits trop rapprochés par la brièveté nécessaire du récit nous apparaissent sous l'aspect de séries. Quelques assassinats séparés par plusieurs pages nous impressionnent plus vivement que ne l'ont été les contemporains qui espaçaient ces assassinats entre plusieurs années. Ainsi, là où nous croyons rencontrer un état violent, les hommes du temps ont vécu des années paisibles. La masse de la nation s'intéressait médiocrement aux changements de rois, elle s'apercevait beaucoup plus de la présence des mauvais rois. Elle ne leur rendait pas la besogne facile. Tous les défauts que les documents précis et abondants de l'époque moderne permettent de noter avec précision apparaissent dès lors dans les indications informes des Chroniques, des Synodes, des Vies de saints.

Aucun peuple ne porte à un plus haut degré le sentiment du point d'honneur. L'idée qu'il s'en forme est toute d'imagination, d'où son intensité et son étroitesse. L'Espagnol accepte la tyrannie, il ne supporte pas l'outrage. Pour défendre ce qu'il appelle

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