CHAPITRE
L’état de la propriété et de la production n’était pas moins déplorable. Le quart seulement de la propriété rurale et urbaine était libre : les autres trois quarts appartenaient au roi et à la famille royale, aux nobles, aux majorais, à l’église et aux établissements de charité et de bienfaisance dont le clergé était l’administrateur. Ces trois quarts de la propriété nationale en biens de mainmorte ne produisaient pas une rente égale à la moitié de celle du quart libre. Si l’on excepte la dîme et les prémices sur le bétail et les produits, dont l’agriculteur devait laisser choisir et prendre la dixième partie par l’Église , les charges et impôts sur la propriété perçus au profit de l’État étaient insignifiants.
Les maisons se louaient au mois, au trimestre, au semestre ou à l’année; et, tant que le locataire payait exactement le terme, le propriétaire ne pouvait augmenter le loyer, ni déposséder le locataire, qu’à condition de faire des changements notables ou d’habiter luimême la maison au moins quatre années consécutives.
Les contrats agricoles étaient nombreux et très divers : dans les provinces du centre et en Andalousie où l’eau manque, et où les récoltes sont moins assurées, la propriété était concentrée en peu de mains. Le clergé et la noblesse étaient, pour ainsi dire, les seuls possesseurs du sol. Ils exploitaient eux-mêmes; et les travailleurs, accumulés dans les villes, étaient de simples journaliers. Dans les pays d’irrigation, la propriété était plus divisée, les travailleurs disséminés en petits villages ou dans des fermes, et la culture donnée à fermage. Il y avait plusieurs sortes de baux : dans les pays pauvres, en Galice, par exemple, on payait en nature : en certains cas, le propriétaire fournissait la semence, le fermier le travail ; et l’on partageait la récolte : ailleurs, le propriétaire ne recevait que le tiers, ou le quart, ou bien une quantité déterminée des produits.
£n Murcie et dans les pays d’irrigation, la rente se payait en