CHAPITRE II
Le désastre de Trafalgar avait réduit à néant notre marine. Le travail était paralysé dans les arsenaux; le reste de l’escadre démantelé. La marine marchande était ruinée par les quatre ans de guerre que nous soutenions contre l’Angleterre pour plaire à Napoléon, et les côtes de la Méditerranée étaient journellement saccagées par les pirates barharesques ; tel était l’état delà marine en 1808 .
Les causes de cette décadence venaient cependant de plus haut. Au lieu d’autoriser la communication libre de tous les ports des colonies avec tous les ports d’Espagne , on avait eu la stupidité de désigner un seul port pour les importations et les exportations aux eolonies. Ce privilège fut d’abord donné à Séville, et puis à Cadiz par Philippe V, si nous ne nous trompons : ces deux villes absorbèrent les produits du commerce, et s’enrichirent d’une manière fabuleuse aux dépens des colonies et du pays, soumis à leur monopole, qui n’avait à redouter que la concurrence des contrebandiers anglais. Les ressources et la prospérité des colonies n’auraient pas connu de bornes si le gouvernement eût ouvert leurs porta à tous les drapeaux et aux Espagnols de tous les ports. Si l’île de Cuba a pu atteindre la prospérité dont elle jouit, c’est qu’en 1805 , privée de communications avec la mère-patrie , à cause de la guerre avec les Anglais, elle ouvrit ses ports au commerce de toutes les nations; ce qui lui permit d’échanger ses produits, et de retirer de ses douanes de quoi suffire à ses dépenses.
J usqu’en 1808 , Cuba non seulement ne versait rien au trésor espagnol, mais une certaine quantité de l’argent venu du Mexique était destinée à couvrir son déûcit.