‹ L'Espagne contemporaineChapitre 11 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

argent ; mais généralement les biens de main-morte étaient affermés à rente perpétuelle.

Les perturbations opérées par la révolution ont présenté des résultats extraordinaires. Les censitaires se sont rachetés : ceux qui recevaient une rente perpétuelle ont gagné si elle était en nature, et perdu si elle était en argent; parce que, la monnaie ayant diminué de valeur à mesure que celle des produits augmentait , il en est résulté que la rente en argent ne représentait plus que le quart en produits, de ce qu’elle valait avant la révolution.

L’industrie n’existait pas à proprement parler. Elle produisait peu et à grands frais, n’ayant pas de machines : mais les produits étaient solides, et les producteurs d’honnêtes gens. Les soieries et les tissus de laine étaient les principaux articles manufacturés.

En échange de l’argent des colonies nous recevions les produits étrangers de l’industrie et même de l’agriculture. Au commencement du siècle, bien que la population fût au dessous de onze millions, l’Espagne importait la sixième partie des céréales nécessaires à sa subsistance; et ses exportations consistant principalement en vin et huile, fruits frais ou secs, comme oranges, raisins, amandes, etc,, ne dépassaient pas cinq cent millions de réaux.

Il n’y a pas de documents officiels sur l’état de l’instruction publique, mais, d’après nos recherches particulières, nous croyon» pouvoir affirmer qu’il était rare de trouver un paysan sachant lire et écrire ; et que pour une femme, savoir lire n’était pas une preuve de haute moralité.

Cependant, l’instruction à tons les degrés était gratuite. 11 n’en coûtait rien pour être admis à l’université , aux séminaires et aux écoles des beaux-arts et dans les classes d’instruction primaire ; les titres de docteur étaient presque gratuits. Les professeurs, les docteurs, les magistrats, les médecins, ce qu’on appelle les profes-

l’espàgne contemporaine.

sions libérales, se recrutaient dans la classe bourgeoise et parmi les pauvres. La coutume, comme la loi , tendait ainsi à démocratiser l’étude de la science.

Les étudiants des universités menaient la vie qu’on appelle vie d’étudiant : ils portaient le long manteau noir (manted), et le tricorne. Les pauvres allaient au couvent recevoir la soupe que distribuaient les moines; et, pendant les vacances, ils parcouraient les villes en bandes avec des guitares et autres instruments , demandant l’aumône en échange des sérénades et des chansons qu’ils improvisaient sur tout ce qui frappait leurs yeux. Ces troupes de mendiants destinés à devenir professeurs, magistrats, médecins, ù remplir les professions les plus honorables étaient reçues avec sympathie dans les villages et dans les fermes ; et l’on trouvait parfois , parmi ces chanteurs, des jeunes gens des familles les plus distinguées.

Les livres d’enseignement étaient ceux du moyen âge. Il n’y avait aucun ouvrage moderne sur les sciences naturelles ou exactes ni sur l’astronomie, malgré l’importance de cette science pour les marins. On craignait que ces livres ne continssent des doctrines contraires à l’enseignement catholique. Il s’en suivait une ignorance et un retard dans tous les arts qui dépendent des sciences : mais, comme compensation, les étudiants espagnols étaient forts en latin, en humanités, en histoire sacrée et en droit romain, grands parleurs capables de discuter, toute leur vie sur et pour des riens (1).

Les nobles dédaignaient de s’instruire et les pauvres travailleurs n’avaient aucun intérêt à profiter de la gratuité d’un enseignement public si étranger à ce qu’ils auraient dû apprendre pour se perfectionner dans leurs métiers.

(1) Torres, écrivain espagool asaez conna da commencemeat do xvm* siècle, dit qu’il avait étudié cinq ans à l'uuivenûtè de Salamanque avant d'apprendre qu’il existait une science des mathcmaliques.

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