‹ L'Espagne contemporaineChapitre 13 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

rivales excitaient la superstition à couvrir d’or et de pierreries le saint du couvent, comme on le voit encore de nos jours pour la Virgen del Pilar à Saragosse, et la Virgen de Monserrat en Catalogne, qui ont des ornements d’une richesse fabuleuse.

11 y avait 150,000 prêtres ou moines et religieuses, ce qui fait 11 sur 1000 habitants.

Telle était la situation de l’Espagne. La famille royale composée d’idiots et de traîtres; la noblesse nombreuse mais eu généVal pauvre et sans prestige; une classe moyenne peu nombreuse mais intelligente et active; les masses ignorantes, fanatiques, mais brûlant de patriotisme, douées d’une grande vigueur physique et morale, et ayant en elles-mêmes une confiance sans bornes.

Nous avons dit que la régénération de l’Espagne commença en 1808; en effet, sa conduite à cette grande époque fut admirable et étonna le monde qui croyait le peuple espagnol aussi corrompu et aussi avili que ses souverains.

La spontanéité et l'énergie de sa résistance à un ennemi qui se croyait tout-puissant et qui s’était introduit, par trahison, dans la péninsule prouvent snifisamment combien est fausse la doctrine qui soutient : qu’a» peuple a toujours le gouvernement qu’il mérite.

Le gouvernement révolutionnaire, onjunta central, convoqua la nation y compris les colonies en cortès constituantes, qui se réunirent à Cadiz en 1810, au nom de la souveraineté du peuple; et tinrent leurs séances dans l’église de Saint-Philippe de Néri, propriété d’une congrégation de prêtres. Malgré le respect pour la religion manifesté dans la constitution, cette profanation d’un édifice consacré au culte montre clairement à quel degré s’était déjà transformée dans les esprits l’idée des rapports entre l’État et l’Église.

l’espacke contemporaine.

Ces cortès , représentation hétérogène de tous les éléments et de toutes les classes de la vieille monarchie, composées de nobles, de magistrats, d’évêques et de plébéiens, militaires ou industriels, votèrent l’abolition de l’inquisition et des privilèges de la noblesse, et décrétèrent la constitution la plus démocratique qui auparavant ou depuis ait été jurée par un souverain.

Cette constitution a été appelée , à juste titre , la constitution monarchique de la race latine , qui l’adopta comme drapeau révolutionnaire en Portugal, en Sicile, à Naples, en Sardaigne, et la proclama en 1821 dans ces divers États où elle fut écrasée, comme en Espagne, par la réaction absolutiste européenne. Elle resta le mot d’ordre des libéraux jusqu’à la révolution française de 1848 qui donna à la démocratie le drapeau républicain.

Voici les dispositions les plus importantes de la constitution de 1812 :

Le peuple espagnol est souverain ; il se donne les lois qu’il juge bonnes à garantir la liberté et le bien-être de chacun.

La nation ne peut être le patrimoine d’un individu ou d’une famille.

Elle délègue au roi le pouvoir exécutif. Le roi est irresponsable, mais il ne peut ni se marier, ni sortir du territoire sans l’autorisation des cortès , qui se réservent tout pouvoir de décider de la succession au trône, de déposer le roi en cas d’incapacité, et de déterminer le genre d’éducation à donner à l’héritier présomptif.

Le roi nomme les ministres : il déclare la guerre; il conclut les traités de paix , mais il ne peut les ratifier sans l’approbation préalable des cortès. Il ne peut lever l’impôt sans vote des cortès, et ses décrets ne sont exécutoires que s’ils sont contresignés par un ministre responsable. Le roi peut opposer son veto deux fois aux lois votées par les cortès, mais si la loi est votée une troisième fois, les ministres doivent l’insérer au bulletin et la faire exécuter sans la sanction du souverain. Le roi peut dissoudre les cortès, mais elles se

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