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CHAPITRE I

Comment put-elle, en même temps, vaincre l’ennemi du dehors et résister aux causes de ruine et de dissolution qui la rongeaient au dedans? Un coup d’œil rapide sur les événements à l’intérieur fera trouver plus extraordinaire encore que l’Espagne ait pu si longtemps jouer le rôle prépondérant parmi les nations de l’Europe.

La lutte de sept siècles contre les Maures avait identifié, dans l’esprit du peuple espagnol, l’amour de la liberté et de l’indépendance nationale avec la religion catholique, à un tel degré, que la réforme, prêchée par Luther, trouva les Espagnols peu disposés à la comprendre et à l’accepter. L’Espagne fut l’âme et le bras de la résistance en Europe, et, dans son propre sein, elle étouffa la voix des réformateurs au milieu des flammes des bûchers. L’inquisition régna souveraine; et, à sa suite, vint son cortège ordinaire, l’oppression, l’ignorance et la misère (1).

Au point de vue économique, administratif et politique on pourrait dire qu’il n’y avait pas encore une nation espagnole. L’unité n’était représentée que par le roi qui régnait sur plusieurs royaumes, ayant chacun leur législation, leurs institutions, leur monnaie propre ainsi qu’un système particulier de poids et de mesures, différences qui, en partie, existent encore de nos jours.

Quand les Castillans se soulevèrent pour défendre leurs privilèges contre les empiétements de Charles-Quint, les Aragonais, les Valenciens et les Catalans assistèrent à la lutte avec indifférence, et contri-

(1) I/abbé dfi Monigaillard, dont le témoignage n'est pas snspect, dit au IV* rotume de son HisUni't de France :

« Quelles Que soient tes atrocités commises par les Jacobins, elles sont loin de celles de rUKtuisUioD CO Espagne, et la palmé de l'assassinat jaridique appartient de droit au saintoffice. De 1481 à 1781 U y eut 31, 9âÜ condamnés brûlés; 16,739 brûlés en effigie; â91,430 condamnés à des peines rigoureuses ; total des victimes (avec confiscation des biens) :

c Ces calculs sont très modérés. Dans la sente ville de Ciudad-Real les auto-da-fé donnent le résultat suivant en l'annéo 14SV: le 13 février, 75U brûlés; le â avril, 800; le 7 mai, 730; le 16 août, 27 ; le 12 décembre, 960 ; en tout, 3,377. *

l’espagne contemporaine.

baèrent même directement à la défaite des Castillans. Ils ne sentaient pas que le supplice de Padilla, décapité à Villalar, n’était que le précurseur de l’exécution du grand juge Lanuza , mis à mort par Philippe II, qui se servit, pour enlever la liberté aux Aragonais, des soldats de la Castille vaincue par Charles-Quint. Telle fut la fin désastreuse des institutions représentatives et des libertés municipales de l’Espagne; institutions les plus libérales qui, depuis la chute de la république romaine, aient régné ilans aucune des nations formées des débris de l’empire et qui, dans les divers royaumes, existaient déjà au commencement du xi' siècle.

Qui ne connaît la célèbre formule des Aragonais au couronnement de leurs rois : « Nous qui, chacun, sommes autant que vous, tous

• ensemble, plus que vous, nous vous faisons roi; si vous gouvernez

• selon les lois de l’État , nous vous obéirons : sinon, non (1). • Cette solennelle déclaration du droit d’insurrection fut scellée du

sang de Lanuza, supplicié à Saragosse par les ordres de Philippe II, qui, depuis , gouverna despotiquement l’Aragon et le reste de la Péninsule, à l’exception du pays Basque et de la Navarre qui, ont conservé jusqu’à nos jours, la plupart de leurs institutions représentatives du moyen âge, grâce à un concours de circonstances que ce n’est pas ici le lieu d'expliquer.

Pour montrer combien les idées étaient avancées au commencement du xvie siècle en Castille, nous donnons les chapitres les plus importants du manifeste où les communeros posaient à Charles-Quint les conditions auxquelles ils reconnaîtraient son autorité :

• Qu’il (le roi) ne pût se marier sans le consentement des cortès; que des troupes étrangères ne fussent jamais introduites dans le royaume ; qu’on réduisît toutes les taxes au taux où elles étaient

(I) t Nos, qQGcada uno somos taoto como vos, y todos jantos mas que vos, os hacomos Rcy : si resp«tais ouestras leyes y privilegios, os obedeceremos : ai no, no. >

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