‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 17 sur 48 · UNE COURSE DE TAUREAUX · texte numérisé non relu

UNE COURSE DE TAUREAUX

et une partie des aides. Seuls quelques-uns de ces derniers sont restés dans l'arène avec deux picadores et les ehulos qui déjà ont le pied posé sur le rebord de las tablas^

Une fenfare bruyante avertît de Tapproche du combat, puis la sonnerie aiguë d'une trompette donne le signal. La poTle du torril tourne sur ses gonds. Un valet de la Plaza la tire prudemment à lui et saute dans le couloir, hes picadores sont pâles, la lance en arrêt, les yeux fixes. Les chevaux redressent la tête, semblant vouloir percer le bandeau qui arrête leur vue. Les ehulos sont en guet, deux, ou trois au milieu de Tarène, les autres çà et là le long de la barrière. Six taureaux vont successivement entrer en lice. Leur robe est noire et blanche. Ils sortent de la ganaderia de don Antonio Hernandez con divisa moroAa y blanca^ C'est un grand honneur en Espagne de faire courir les taureaux, comme les chevaux en. France et en Angleterre. De riches propriétaires les élèvent pour le combat et lorsqu'ils sont assez forts, on les amène à la Plaza delà ville voisine ou plutôt au pré, et ar^ royo, où on les parque et d'où de \ieux bœufs, dressés à cette fonction, les amènent à Vencierro du cirque. Ces taureaux portent les couleurs de leur maître. Ceux du senor Hernandez avaient au col, piqué dans le cuir par une aiguillette, un ruban mauve et blanc.

A peine les battants du torril s'étaient-ils élargis, que le premier taureau se précipita comme un furieux dans l'arène. J'avoue que la sortie du torril est un de» plus beaux spectacles qu'on puisse voir. L'animal se

rue de sa prison aussi rapide qu'un boulet. 11 est vi-

goureux et alerte. L'ârrière-train, plus étroit, met en relief la solidité de la croupe et la carrare des épaules ; les jambes sont sèches et nerveuses ; la queue raide fouette Tair ; le mufle carré caresse uq fanon énorme ; la tête sauvage, les yeux fauves, les cornes légèrement courbées en. demi-croissant lui donnent une physionomie farouche. Dans sa course échevelée, il pique droit jusqu'au tiers de Tarène et soudain s'arrête immobile. Les naseaux baissés flairent le sable, les jambes de devant son écartées. Un beuglement étranglé secoue ses flancs. Les chevaux àespîcadores tressaillent. Puis il allonge le col, hume le vent, semble égaré, ébloui, hébété devant ces vingt-deux mille yeux qui le tiennent en arrêt, sous ce soleil torride qui tire des étincelles du sable de la carrière, ainsi que d'un plateau d'argent. "Un picador^ en changeant de place, frappe son regard. Son corps se ramasse, décrit un replis tortueux, fond à sa rencontre et plante sa corne brutale dans le ventre du cheval qui chancelle en tremblant de tous ses membres. La lance de Francisco Calderon larde sa hanche et contient son élan. Alors, il lâche sa proie, se retourne ahuri et bêtement erre à F aventure. Ce taureau tourne au bœuf. Des cris d'imprécation partent des gradins, des bordées de jurons se croisent tumultueusement dans la Plaza, les toreros sont assaillis d'injures. Un original frappe à coups redoublés sur une cloche énorme qui remplace le sifflet. Les spectateurs sont indignés de la nonchalance de la bête et de la prudence des combattants. Ce bruit stupéfie davantage encore le taureau et fait couler la honte et l'ardeur dans les

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