‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 2 sur 48 · BURG · texte numérisé non relu

BURG

Burigot, 7 mtn.

On m'avait donné un mot de recommandation pour M. Igon, ancien président à la Cour Suprême, retiré à Burgos, et qui, en ce moment, se trouve à sa villa, près de la Cartuja de Mira flores j à une lieue d'ici. C'est un homme de mérite que j'aurais été fort honoré de connaître. Je me proposais d'aller, ce matin, à cheval jusqu'à la Chartreuse me présenter chez lui. Mais le mauvais temps m'a retenu à Burgos.

Par bonheur, la pluie n'a pas duré tout le jour ; j'ai pu, à mon aise, visiter la ville et monter à la Castilla^ afin de découvrir les environs.

Burgos est une jolie ville bâtie sur les bords de la rivière de TArlanzon. Elle est très-propre. Un cer* tain nombre de ses rues sont de construction tout à fait récente; la plupart datent du dix-septième siècle; deux ou trois sont de la Renaissance, telle que la Colle del Cid et la Cal le del Fer non Gonzalez.

M L^BSPAGNE CONTEMPORA.INA.

Le long de TArlanzon, s'étend VEspolon^ promenade ornée de pelouses, de fontaines, des statues de Fernando I**, d'Alfonso XI, d'Enrîque IV, de Fernan Gonzalez. Ces statues de pierre sont sculptées d'après la statuaire antique, c'est-à-dire sans être dégagées entièrement du bloc. La partie postérieure esta peine dégrossie. Un détail assez singulier! les trois rois tiennent à la main une épée de fer, ce qui est d'un effet bizarre. Lorsqu'il fait beau, et ce n'est pas tous les jours, puisque les trois quarts de l'année peuvent être revendiqués par l'hiver ou du moins par une température humide et fraîche, VEspolon est animé.; les habitants y viennent entendre la musique de la garnison et goûter le soleil.

• De VEspolon^ on n'a qu'à traverser la chaussée et une voûte de quelques mètres pour se trouver sur la Plaza Mayor^ depuis trois ans Plaza de la Constitucion. democratica^ nom malsonnant pour la noble Gastille. La place est ovale. Elle est entourée de maisons à deux étages, à balcons, à fenêtres bleues. Des arcades en font une promenade circulaire oii l'on vient flâner quand il pleut. C'est vraiment l'endroit de Burgos qui satisfait le mieux la curiosité du touriste en quête de couleur locale. Sous les galeries, sont des boutiques exiguës, borgnes, impossibles, où l'on vend de tout. J'ai vu dans la botiga d'un épicier un livre espagnol sur le procès du prince Pierre Bonaparte. Sur la place elle-même, des revendeuses de légumes, des ânes, des mulets, des marchands de pain, de savon, de fruits, de fromages, de bananes en chapelet. Des groupes de Castillans stationnent çà et là. Leur

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capa ou manteau est retroiuaée raperbement. Ib foment leur cigarette avec le négligé d*un seignenr. S'ils ne (liment ni ne causent, ils sont étendus appuyés contre une arcade. Charles III, dont la statue en bronze s'élève au milieu de la Mayor^ a moins grand air. Pourtant, ces don César de Bazan sont sales et en haillons. H n*est crible ni écurooire plus percés que leur capa; on passerait la tête à travers le premier trou venu. N^importe, ils s*en moquent parfaitement. Si vous les regardez avec étonnement, ils semblent vous répondre : a N'est pas Castillan qui veut. » Les femmes n*ont pas une toilette plus recherchée. En général, pardonne- moi, peuple de Burgos! elles sont laides. L'invariable jupe jaune à bande rouge, criblée de pièces, vrai damier d'échantiUons râpés et crasseux, émaille leur personne. Leurs enfants, plus malpropres, plus jaunes et plus rouges encore, se roulent à terre.

Vers midi, j'ai fait plusieurs fois le tour des galeries, étudiant avec attention ces types mélangés de fierté, de paresse et de misère. Il y avait beaucoup de promeneurs. Le temps était devenu doux. Les senoras se glissaient sous les voûtes comme des lézards au premier rayon chaud. Vous allez me dire que je les vais juger à l'instar de l'Anglais de Sterne qui, voyant une femme rousse à l'auberge où il était descendu, inscrivit sur son calepin : «Les femmes sont rousses dans ce pays; » et que par les quelques dames que j'ai vues à la Major ^ je vais conclure qu'à Burgos les senoras sont brunes. Le fait est que je les ai vues toutes sous ce jour et que je n'ai pas la jau-

nisse. J'ai tu encore qu'elles étaient moins anguleuses que les Basques, qu*eUes avaient le teint mat, la joue potelée sans être bouffie, les dents blanches* Leur robe noire sied bien à leurs traits, et la mantille y ajoute la grâce. Ce costume simple est celui qui fait le mieux ressortir la beauté.

Il y avait aussi bon nombre de senoras avec la capa en drap brun ou bleu foncé. Chacun ici porte la capa. J'étais, je crois, le seul promeneur vêtu des habits insignifiants qui fleurissent à Paris. C'est sans doute à cela que je dois d'avoir été distingué par un joueur de mandoline qui, la première fois que je passai devant lui, s'inclina avec tant de déférence que je fus obligé, pour ne pas laisser croire qu'il se méprenait, de donner à ma physionomie une majesté telle que je la suppose à un grand d'Espagne, et de jeter né^ligenunent à ses pieds quelque monnaie. Le faquin comprit la chose. Â mon retour, il m'adressa un salut plus respectueux encore, espérant que je 'n'oserais lui refuser de menus maravédis. Je continuai mon chemin sans sourciller; on n'attrape pas deux foiâ de suite un Parisien. Ce virtuose a dû rire de moi. En tout cas, il n'a pas ri d'aussi bon cœur que je l'ai fait deux minutes après. En levant les yeux, je me rencontre nez à nez avec un brave homme de prêtre, coiffe du chapeau à la Basile, long de trois pieds, et je ne puis retenir tin cri de surprise en voyant un nez ! non, je renonce à vous le peindre. Vous avez vu Une pomme de terre au moment où elle s'est remariée^ suivant un mot employé par nos paysans pour signifier qu'elle s'est grossie d'une foule de petits tuber-

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