‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 3 sur 48 · BURG · texte numérisé non relu

BURG

cules, d'excroissances. Eh bien, figureirvous une pomme aussi grosse qa*un poing, illustrée des difforiDitésles plus saugrenues et d'une couleur yineute; plantez ladite pomme au beau milieu d*un visage rougeaud. Affublez le monsieur, porteur du visage, d'un manteau noir descendant jusqu'au trottoir; fourrez-lui sur le chef un chapeau à la Basile, immense, profond, vraie gargouille de cathédrale; contemplez votre œuvre et dites si elle est bien.

Je profitai de ce que j'étais à la Major pour entrer à la Casa ConsitoriaL Le monument est vulgaire, mais j'y voulais voir les restes du Cid et de Chimène que Ton conserve dans un sarcophage en bois, au milieu d'une chambre disposée en chapelle. Une femme préposée à la conduite des visiteurs m'ouvrit diverses salles, dans l'une desquelles se trouve un banc en bois de chêne que Ton dit dater du onzième siècle et qui aurait servi de siège au premier juge de la Castille, NuiioRasura. Je confesse que j'ai regardé avec indifférence ce banc vénérable. Le cœur me battait. Mon guide pousse une clé dans la serrure du sarcophage, soulève le couvercle, puis une vitre. Un grillage léger m'empêche de toucher ces ossements. Trois doigts d'espace les séparent de ma main . Je respire cette odeur de moisi que garde le sépulcre, même après des siècles. D'un côté, les os de Chimène, de l'autre ceux du Cid. Sur ces derniers, une bouteille qui renferme la cendre des deux cœurs brûlés. Je reste cinq grandes minutes penché sur cette poussière qui n'est plus rien. L'oraison de Condé me revient à l'esprit; il me semble entendre Bossuet rapprocher tant de

26 L^ESPAGNB CONTEMPORAINE.

graadeur du néant et nous ramener à la pensée de la mort, nous qui sommes si peu de chose.

Je venais de voir le tombeau du Cid, je tenais à voir également remplacement de la maison où il est né. De Y Ayuntamiento^ je pris par VEspolon où j'avais donné rendez-vous au cicérone de la Rafaela. Nous nous acheminons ensemble, en ayant soin de nous arrêter vers les fontaines où les femmes viennent puiser Teau dans des amphores qu'elles portent à la main, au lieu de ces seaux en bois à trois cercles de fer battu que les Basques tiennent en équilibre sur leur tête. Et suivant le chemin de Fécole, après avoir dépassé VArco^ flanqué de six tourelles, orné des statues du Cid, du comte Diego Porcello, de Nuno Rasura, de Lain Galvo, de Fernan Gonzalez et de Charles-Quint, en Thonneur duquel il a été érigé, nous visitâmes la Casa del Cordon^ antique palais aux murs blasonnés que fit construire au quinzième siècle Fernandez de Velasco; la Plaza del Mercado^ les églises de San-Gil^ de Santa^Agueda et divers édifices, portails ou sculptures, réservant pour plus tard la cathédrale que j*avais déjà parcourue à la première heure, au moment où vingt messes se célèbrent à la fois, et où les senoras agenouillées sur le marbre nu, dans la demi-obscurité, semblent plus pâles que les madones et plus pieuses que les anges.

Le berceau du Cid est à cinq minutes de la cathédrale, à trois cents mètres de Tare de Fernan Gonzalez, bâti par Philippe de Bourgogne, à cent cinquante du CampO'SantOy au-dessous de la Castilla. Il ne reste pas une seule pierre de la maison. Des bornes indi-

Page 1