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dans Tair à Tapproche de deux amants. Ce siège de la jeune fille par celui qui aspire à sa main est très*poé-* tique. Mais j'ai eu beau me promener toute la nuit, je n^ai pas aperçu d'Almaviva rôdant sous les jalousies de Rosine ni de Figaro faisant le guet.
L^ aristocratie est ici très-oisive, généralement peu au courant des lettres et de la politique. Elle vit peu en société. Je crois qu'il faut attribuer à cette somnolence le progrès des idées républicaines dans les classes populaires de Séville. Les esprits sont éminemment religieux et les fêtes se célèbrent avec une pompe incomparable. Il n'y a pas de doute que les sentiments catholiques et royalistes ne se fussent inté<* gralement conservés si la classe élevée s'était occupée davantage des affaires publiques et avait su donner satisfaction au goût du pays pour les spectacles. Au lieu de cela, elle vit à l'écart. On ne la voit pas. Il est tout naturel que M. Castelar soit applaudi à la Casa Lonja. Lui, du moins, se montre au populaire, lui parle, le flatte et le distrait.
Aux dernières élections, la coalition s'est retirée devant les agissements du gouverneur, Don Camilo Benitez de Lugo. J'ai vu des dépêches adressées par ce fonctionnaire à ses subalternes, j'ai entendu raconter par des hommes dignes de foi la façon dont il a composé les bureaux électoraux et fait dépouiller les urnes; quel jeu de passe-passe que le suffrage universel ainsi pratiqué ! Il a fait si bi«i que les coalisés n'ont pas voulu voter, une grande partie d'entre eux n'ayant pas même reçu leur carte d'électeur, et que les journaux d'opposition, La Legitimitad^ La Repolu--
cion espanoltty El Oriente^ La Andalucia^ El Annuité ciador ont baissé pavillon devant le progressiste Porvenir. La première de ces feuilles, je vous Tai déjà dit, est alphonsine. EUe porte pour devise : Unidad catolica — Alfonso XII. La seconde est montpensiériste et la troisième carliste. Les deux dernières sont fédéralistes. Des deux, La Andalucia est la plus importante. Ce n*est pas une républicaine bien farouche, car son numéro d*aujourd'hui contient, en Premier- Séville, une Revista de modas où Ton parle de tunica Luis XV^^ de sombrero Enrique III ^ de faille negrOy con horde de plumas risada^j de foulard Pompadour o Tussor^ de crespon de la' India y de crespon de China^ qui ne sont pas à Tusage des pétroleuses.
L^absteation de la presse alphonsine, carliste et républicaiue et des partisans de ces trois régimes a laissé le champ libre au candidat ministériel, Don Emmanuel Pastor y Landero. M. Pastor était républicain en 1868, montpensiériste en 1869; aujourd'hui amadéiste. Je ne sais pas ce qu'il sera demain ni aprèsdemain. Depuis longtemps, il est ingénieur des ponts et chaussées et voudrait bien que le gouvernement Taidât à achever son chemin de fer de Mérida ,à Séville qui, après avoir englouti 70 millions et amené la faillite Guilhou dont vous avez dû entendre parler, attend de. nouveaux capitaux. Il n'est pas étonnant que le roi Amédée ne soit pas le roi de T Andalousie, en se servant d'hommes si inconstants. Aussi, le gouvernement craint-il des troubles, soit à Séville, soit dans la contrée , et je sais de source certaine que
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hier il a pris ses dispositions pour le transport des troupes.
La cathédrale de Sévi Ile a été souvent décrite. Vous savez que cet édifice aiTecte la forme d un vaisseau de haut bord pavoisé. Il a été construit au quinzième siècle sur remplacement d'un temple mauresque. Ses murailles, brunies ou noires, couvertes de lichen et de mousse, offrent, à la clarté de la lune, un aspect sauvage, le quartier où elle est skuée étant assez désert. Vu de près, il est masqué par les annexes qui sont restées inachevées; on ne peut juger de la grandeur de ses proportions ni de l'harmonie de ses clochers et de ses chapelles qui figurent les mâts, les voiles, les focs, les pavillons, les flammes et les bonnettes d'un navire. L'espace qui l'entoure est trop restreint pour qu'on puisse en saisir l'effet, même en se reculant jusqu'aux points extrêmes d'où on peut l'apercevoir. C'est de la galerie où sont suspendues les cloches de la Giralda que l'on peut seulement assembler ses membres et de la nef que Ton mesure la hauteur de ses voûtes.
En traversant le Patio de los Naranzos^ au milieu duquel s'élève la fontaine où les Arabes pratiquaient leurs ablutions et où l'on voit les restes de leur architecture et la grue de fer qui se dresse contre la cathédrale pour indiquer que l'ouvrier n'y a pas mis la dernière main, on pénètre dans le monument partagé en cinq nefs. Les piliers ont trente-neuf mètres d'élévation et les coupoles se perdent dans l'ombre. C'est le sanctuaire le plus vaste et le plus grandiose de l'Espagne, bien que ce ne soit pas le plus parfait. On
comprend bien en visitant la cathédrale de Burgos que les architecte sont eu la pensée de faire une œuvre d*art; et Ton se doute bien que les moines de Séville ont visé plutôt à faire une oeuvre étonnante* par sa majesté. Je ne Tai pas vu, mais on m'a dit que sur une pierre est gravée une inscription dont voici à peu près le sens : « Elevons un monument qui nous fasse passer pour fous aux yeux de nos contemporains et qui excite l'admiration de la postérité. »
Entre les innombrables richesses que la cathédrale renferme, je vous mentionnerai la Capilla mayor avec son retable en mélèze» son tabernacle en vermeil, ses grilles en fer doré ; le Coro; la silleria de cent vingtsept stalles gothiques; ses orgues aussi puissantes que celles de Saint^Nicolas de Fribourg; le tombeau de Fernando Colon , fils du navigateur; la chapelle gréco-romaine de San^Pedro; la Capilla réal et les mausolées d'Alfonso X, de dona Béatrix, de Maria de Padilla la favorite de Don Pedro le Cruel ; la châsse d'or, de cristal et de fer en style plateresque du roi saint Ferdinand; et une foule de tableaux des peintres de l'école sévillane, Cano, Valdès, les frères Herreras, Vergas, Campana, Murillo. Le Saint Antoine de Padoue de ce dernier, et son chef-d'œuvre, est dans la chapelle du baptistère, l'une des tiente-sept de l'église.
Il faut sortir dans le pourtour et se glisser dans un caveau étroit où les senoritas du portier lissent leurs cheveux et se couronnent de roses, pour monter à la Giralda, ainsi nommée parce que celte tour de trois cent cinquante pieds, bâtie par l'Arabe Huever et
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exhaussée au seizième siècle, est surmontée d'un beffroi qui porte une statue colossale de la Foi en bronze, laquelle est posée de manière à tourner sur elle-même au moindre vent, girar^ tourner. Je dérange ces demoiselles, je dérange un mouton aux laines duquel sont accrochés des petits nœuds de ruban, car dans chaque maison populaire est emprisonné un jeune agneau qui sert à Tamusement des ninos et des ninasj et que l'on mène par les rues au coucher du jour, et je gravis la Giralda. Il n y a pas d'escalier à la Giralda, mais un terre-plein qui vous conduit jusqu'à dix mètres de la galerie où la sonnerie est installée. La pente est assez douce pour qu'un cheval la puisse grimper, à la condition de n'avoir pas une mauvaise tète ni la taille de la jument de Roland. De la galerie, on embrasse Séville et sa campagne, et l'on se rend compte de l'immensité de la cathédrale dans le fouillis des toits de laquelle des éperviers méchants donnent la chasse à des colombes.
Il y a cent pas à faire pour aller du bas de la tour à l'Aleazar, jadis forteresse et palais des rois maures. Il s'étendait jusqu'au Guadalquivir. Saint Ferdinand, Don Pedro I*% Charles-Quint, Philippe II, Philippe III et Philippe V l'habitèrent successivement, le modifièrent et le restaurèrent. Le Patio de las DoncellaSy autour duquel s'ouvrent des appartements ornementés dans le style arabe, est magnifique. C'est là où les rois maures recevaient les cent Doncellas, — vous traduirez ce mot par un litre de Voltaire, — dont Maurégat avait imposé le tribut aux Léonais.
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Plusieurs salons, celui des ambassadeurs entre autres,' figureraient bien dans les Mille et une NuîU. lies parois et la voùie disparaissent sous les suffîtes dorés et les vives couleurs qui éblouissent le regard. Sur les dalles de marbre du salon, on remarque une large tache rouge que Ton prétend être les traces du sang de Tinfant Don Fabrique, tué ar les gardes de son frère, le roi Don Pedro. Je soupçonne que de temps à autre on restaure ces taches avec du sang animal. Le gardien me montre le dormitorio des rois maures, leur alcôve et celle de la favorite. Muy felice, me dit-il, en m'indiquant du doigt la place où dormaient, il 7 a des siècles, le sultan et la sultane.
Sous le palais est pratiqué un bassin en marbre resserré dans une galerie sombre et voûtée, qui porte le nom de Bains des sultanes. La belle Maria de Padilla, diaprés la tradition, s*y baignait devant le roi Pierre le Cruel. Un petit sentier circulaire permettait aux courtisans de se ranger le long du bassin et d*ap« plaudir à la mei'veilleuse beauté de la maîtresse royale. Le bon tcm voulait même que, ployant la main en forme de coupe, ils puisassent de cette eau et la portassent à leurs lèvres. En sortant des Bains des sul" tanesy on entre dans Tun des parterres des fameux jardins de VAlcazar. Les allées du jardin sont revêtues d'une mosaïque en briques percée de trous imperceptibles sous lesquels est adaptée une série de petits jets d'eau que Ton fait fonctionner en ouvrant la clef des conduits. Pierre s'asseyait sur une terrasse d'orangers et faisait promener Maria avec quelques dames de sa cour. Puis, au moment où elles ne pensaient plus au
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système d^iriigation qui se trouvait sous leurs pieds , on le mettait en mouyement et Ton produisait naturellemert dans cette troupe aimable un grand désordre de pas indiscrets.
Les jardins sont très-beaux et passablement entretenus. Un labyrinthe de myrthes est surtout curieiix à voir. Une jolie Sévillane s'y promenait avec sa mère. Macliinalement, je suivis le même sentier, comme dans la Ronde du Brésilien de Brasseur, pendant que le jardinier qui venait de me régaler du jeu de Pierre le Cruel, coupait de la verdure pour entourer le bouquïît d'héliotropes qu'il voulait m'offrir. La senorita aurait dû ne pas parler, si elle avait tenu tant soit peu à laisser son image dans l'esprit de l'étranger qui marchait derrière elle. Mais, elle ne m'avait pas aperçu et entama une conversation qui me désenchanta. II n'est pas possible d'inventer une voix de gendarme mieux réussie. Je do's vous dire que l'organe vocal des Espagnoles est le revers de leur 'nédaille. Elles n'ont pas Taccent harmonieux et musical des Italiennes, mais une intonation forte et cuivrée qui surprend chez d'aussi aimables personnes.
A l'extrémité du jardin, en face du labyrinthe, on entretient quatre chameaux, deux mâles et deux femelles. En m'éloignant de la senorita, comme j'allais de ce côté, j'arrivai tout juste au moment où l'une des chamelles mettait bas le premier chameau que je vois
• venir au monde.
• Entre l'Alcazar et la cathédrale, est la Casa Lonja^ qui n'a rien de remarquable, comme monument, mais où se trouvent les archives des Indes, collection fort
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précieuse. Je n'ai pas eu le temps de visiter la Casa , la distribution de mon voyage ne me permettant que de jeter un coup d*œil sur la Casa de Pilatos^ palais du duc de Medina-Cœli, bâti, dit-on, au seizième siècle, par don Fabrique de Riyera, sur lé modèle de «'habitation de Ponce-Pilate à Jérusalem. Que Thistoire soit vraie ou non, la Casa de Pilatos est admirablement ornée. J'allais voir la Casa de los Tareras où demeurait doîîa Estrella dont Sancho le Brave et Sancbo Oi tiz étaient tous les deux épris et où Don Bustos Tavera, frère d'Estrella, tua l'esclave qui était venu séduire sa sœur. Avec le musée qu'il serait trop long de décrire, je ne connais plus de Séville que la Torre del Oro^ où Pierre le Cruel enfermait son trésor sous la garde d'un juif. La petite p*ace qui s'étend devant la tour est encombrée de jeunes filles et de mendiants qui chantent des chansons andalouses d'une musique originale ou dansent avec des castagnettes des pas très-gracieux. En somme, j'ai vu Séville, non pas aussi bien que si je l'habitais depuis un mois, mais je l'ai parcourue tout entière, j'ai visité se» principaux monuments, je vous rapporte le plus de choses que je puis sans avoir l'espace nécessaire pour vous dire tout ce que j'ai vu, et j'emporte l'impression que Séville est la ville d'Espagne qui me plaît davantage.
DE 8EVILLE A CADIX.