‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 4 sur 48 · BURG06. S · texte numérisé non relu

BURG06. S

quent son emplacement, et une sorte de troph^ à trois colonnesy chargé d'inscriptionsy rappelle que là, à cette place, sur ces quelques pieds de terre, dans ce lieu isolé, est né le Cid, solar del Cid !

Nous enjambons le talus et nous gravissons le coteau de la Castilla ou citadelle à moitié démantelée. Mon guide, qui est carliste, me dit que el rejr Amadeo a fait braquer des canons sur les principales rues de la ville, car il parait que Burgos lui est hostile. Pour achever sa démonstration : Caballero! me dit-* il, uha don Carlos! A mi-chemin, nous faisons halte.

Les plaines castillanes, vues d'ensemble, me semblent moins désolées ; j'embrasse Burgos d'un coup d'œil et je fouille les cent clochetons, les flèches à jour, les faisceaux de piliers grêles, la tour octogone , les deux pyramides faites de dentelles de pierre, de ce magnifique sanctuaire, Fun des plus beaux delà terre. On ne le voit bien que du castel, car il est encastré, ainsi que la plupart des monuments gothiques, dans un fouillis d'échoppes, de masures, d'impasses étroites. Mais de la position où je suis, je le dégage parfaitement de son entourage. Il forme une croix latine et comprend trois nefs parallèles qui se brisent à la naissance d'un dôme de soixante mètres. De trois lieues à la ronde, on l'aperçoit.

Nous descendons par la petite place Santa-Maria^ en face de la façade principale, une merveilleuse guipure. Par une distraction involontaire, je lis sur une boutique : se vende petroleOy et je frissonne de tout mon corps en pensant à ces brigands sans Dieu, sans foi, sans loi, sans cœur, sans esprit, sans yeux, qui

ont incendié les monuments témoins de Thistoire de nos pères, et dont les stupides doctrines feront un jour peut-être disparaître ce chef-d'œuvre devant lequel se réchauffent contre eux mon mépris et ma colère.

J'entre tout saisi d admiration. Une nuée de mendiants s'abat sur moi. C'est une profession à Burgos. II en est qui vont à la gare, à l'arrivée de chaque convoi; î\% font le train. Je parviens à me réfugier dans une nef. J'ai passé sept heures dans la contemplation la plus extatique d'un mystique rêvant au paradis. J'ai tout vu et je n'ai rien vu. On a mis trois siècles à placer ces pierres les unes sur les autres, à les rendre vivantes, à les faire parler, à les revêtir de l'inspiration religieuse ; comment voulez-vous que j'aie vu tout cela CD quelques instants, et queje vous en parle eni quelques lignes. Je resterais là un an sans éprouver une seconde d'ennui, et j'écrirais un volume sans épuiser le sujet. Notre-Dame de Paris, plus grandiose peut-être extérieurement, est bien loin de donner une idée de toutes les richesses que renferme la cathédrale de Burgos. Chaque pierre représente la vie d'un moine; des dalles à la voûte de la coupole, c'est un joyau ciselé comme l'anneau d'un roi. On est ébloui, écrasé, anéanti. Allez des Silleria du chœur aux chapelles latérales, de la Capilla real à la Capilla del Condes^ tahle^ à la Capilla de la Visitacion^ à la Capilla de la Presentacion. Regardez la grille massive du Coro ou les vitraux, les autels, les entablements ou les colonnes, les cent mille statuettes, les incalculables fruits, fleurs, démons, pendentifs, bas-reliefs, ogives, figurines, boiseries, dorures, peintures, fresques, mosaî-

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