‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 5 sur 48 · BURGOS · texte numérisé non relu

BURGOS

ques, arabesques, colonnettes, nenrares, lancettes; c^est un gouffre de beautés inénarrables. Les yeux me scintillent et me cuisent, le vertige s^empare de mon cerveau. Je m* en vais, je deviendrais fou. Ah! Ton plaisante ces moines, on se moque du moyen âge. Eh bien, ces moines étaient d*incomparables génies, le moyen âge était une grande époque !

Quand je songeais à mon guide qui me suivait sans m^interrompre, j^avais la fièvre et une sorte de tremblement nerveux. Je me dirigeais, pour chasser cette émotion, vers la chapelle du duc de Prias, afin de fixer mon attention sur de moindres objets et dissiper les brouillards qui avaient surgi en mon esprit. Un bedeau, en capa rouge, racolé par mon homme, nous accompagnait. Don Pedro Hernandez de Yelasco et Doua Mencia de Mendoza sont couchés sous des tombeaux en marbre rouge sur lesquels est étendue leur statue V en marbre de Carare. Le bedeau m*énuméra leurs titres; deux minutes n*y suffirent pas, bien qu^il récitât sa tirade comme \e pater.

Le service de la chapelle est renfermé dans une petite sacristie adjacente ; il est d'une grande richesse. L'armoire qui lui est réservée, contient aussi un petit tableau sur bois, de Léonard de Vinci, le buste de Sainte-Marie Magdeleine dont un Anglais a offert, me dit le bedeau, trente-deux raille douros: les seins sont nus, les cheveux flottent des deux côtés de la poitrine et sur les épaules, les yeux sont levés au ciel. Est-ce une nouvelle hallucination? Ces chairs palpitent, cette Magdeleine est vivante. Jésu$, qu'elle est belle! Et que vous avez bien fait de lui pardonner. J'ai froid; j'ap-

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proche mes mains d*un brasero où il y a encore de la braise; et j'examine encore quelques tableaux dans la petite sacristie où nous étions entrés en sortant de la capilla: une Natwité de Jordaens, un Ecce homo et un Christ en croix de Murillo.

Il y avait autrefois des moines dans le monastère qui est attenant à la cathédrale. A présent, il est vide. Il sert d'annexé à la basilique. On y remarque de beaux morceaux d'architecture, des tombeaux , des galeries. La grande sacristie y est installée ; les murs en sont tapissés de tous les portraits des archevêques de Bargos depuis saint Jacques le Majeur. Dans une salle à côté est accrochée à la muraille le coffire du Cid, cofre del Cid^ un vrai coffre, bardé de fer, pavé de clous, armé de serrures énormes, pourvu de charnières gigantesques, un maître-coffre. Vous n'ignorez pas sa légende et je ne vous fatiguerai pas en la répétant. Voici la salle capitulaire, elle est fort commune. J'ai vu seulement les noms des vingt-quatre chanoines inscrits sur des jetons d'ivoire arrangés dans une lon^ gue boîte à dominos. Ces jetons servent aux élections. La nuit est tombée, je rentre à la Rafaela.

Vous me demandez si j'ai dîné comme hier.

D^abord mon appétit était moins ouvert; ensuite la cuisine à l'huile que je connais maintenant me tente peu. J'étais tranquillement à une extrémité de la table^ quand la moitié des assistants se lève et sort. J'interroge, je m'informe ; deux officiers, l'un d'infanterie, l'autre de chasseurs à cheval, il y a dix ou douze officiers à cette table, viennent de se provoquer. Je suis très-vexé d'avoir arrêté mon départ^ je voudrais

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bien savoir si Ton ea découdra et ai mes capitaines se contenteront de faire comme les boalevardiers qui ?ont an Yésinet, au lever de Taurore, se piquent au bras et rentrent déjeuner au Café anglais.

DE BUBGOS A VALLADOLID.

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