‹ L'Espagne contemporaine: Journal d'un voyageurChapitre 44 sur 48 · UITB SÉANCE PU C0N6RÂ8. S · texte numérisé non relu

UITB SÉANCE PU C0N6RÂ8. S

Il professe en politique et en économie politique des opinions avancées. Sa parole est claire, distinguée, vive. C'est un des meilleurs orateurs du radicalisme. Le rapporteur de Télection Banon, un jeune ministériel, M. Rico, lui répond avec emportement. Son accent est vulgaire et je crois aussi ses arguments. M. Banon vient lui-même à la rescousse et patauge dans Vaguardiente à qui mieux mieux «

J'entends encore un radical, M. Gomez Marin qui ressemble à un écolier convalescent récitant sa leçon; et un vieux député, lequel annonce qu*il fait ses débuts oratoires. « On connaît bien qu'il n'a plus de dents, » me dit ma voisine en me montrant ses trentedeux perles ; aucune de ses phrases n'arrivait jusqu^à nous. Je patientais un instant; mais voyant que ses débuts menaçaient d^étre le treizième travail d'Hercule, je présentai mes hommages à la senora et allai rejoindre le comte de Toreno au fumoir.

Tout le monde s'y entretenait de la démission du ministère et de l'attitude du maréchal Serrano, question plus intéressante que la vérification des pouvoirs de M. Banon ou que les algunas obserçaciones de M. Marin sobre el acta de Carrion de los Coudes.

Aujourd'hui même, en effet, le président du conseil des ministres, M. Sagasta, et ses collègues ont offert leur démission au roi Amédée. Ils la motivaient sur la présence du général Gândara au palais royal en qualité de gouverneur. Il n'y a pas en Espagne de ministre de la maison du roi, mais le gouverneur du palais en remplit la charge et exerce naturellement une influence considérable sur le souverain auquel il

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est intimemeiit attaché. Or, les ministres prétendaient que M. Gàndara prenait beaucoup trop d'empire sur le prince et qu*il s'efforçait de desservir auprès de lui M. Sagasta, au profit de M. Zorrilla. Le chef des radicaux est très-désireux d'un portefeuille, malgré les injures qu'il a adressées et qu'il adresse chaque jour à la personne royale. Il est certain qu'il travaille activement à arriver aux affaires. Mais les hommes qui connaissent les roueries politiques des progressistes assurent que M. Sagasta ne redoute pas d'être supplanté par M. Zorrilla, que son vrai concurrent est le maréchal Serrano, qu'il n'a pas osé attaquer le maréchal dans IcR circonstances actuelles et qu'il a prononcé le nom de M. Zorrilla simplement pour avoir un prétexte. D'autre part, les attaches de M. Gàndara ne sont pas chez les radicaux, mais bien chez les fronterizos. Son passé le classe dans ce parti. Particulièrement, son amitié pour M. Serrano indique clairement ses tendances. On croit généralement qu'il insinuait au roi de donner la présidence au duc de la Torre et que M. Sagasta ne lui a pas pardonné ce conseil. Il a mis le prince en demeure de choisir entre lui et le général. Le prince a sacrifié M. Gàndara, et M. Sagasta reste au ministère.

On ne sait pas comment le maréchal Serrano accueillera l'échec de son agent. Un bruit singulier courait Madrid hier et aujourd'hui. On disait que les troupes amédéistes se battaient contre les carlistes de Navarre an cri de : Fwa Alfonso XII ! Je crois le fait peu probable, bien que l'armée compte un grand nombre d'alphonsins ; car si les régiments o-saient ma-

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nifester leur opinion aussi hautement, il est à supposer qu'ils ne mettraient pas tant de formes pour faire défection. En tous cas, il est impossible de vérifier le fait, les nouvelles Navarraises étant rares et confuses. Mais on assure que ce qui a donné lieu à cette rumeur, c'est que le maréchal Serrano aurait fait afficher dans son camp plusieurs proclamations aux soldats, se terminant par ces mots : f^iva la liber dad! f^wael rey! sans prononcer le nom de Don Amédée. Aussi, plusieurs personnes se sont dit : « Il est bien étonnant que le maréchal ne dise pas quel roi il veut voir vivre. S'il ne parle pas du roi Amédée, c'est peut-être parce qu'il est prêt à une de ces évolutions subites dont il a le secret et qu'il reviendrait au roi Alphonse. » Voilà, ce me semble, l'explication de cette nouvelle, bien qu'il n'y ait rien d'impossible à ce que M. Ser rano change d'opinion. Il est coutumier du fait.

BNTRBB DE DON CARLOS BN ESPAGNE.

Salratterra, 9 mai.

Si je ne tous donne pas plus de nouvelles du mouvement carliste^ c'est d'abord qu'elles sont très-rares et qu'ensuite il est extrêmement difficile de se'' les procurer. On ne se renseigne pas en Espagne aussi aisément qu'en France. Ici la population est clair-semée, les villes éloignées les unes des antres par une distance considérable , les communications pénibles , longues à parcourir. En outre, la guerre de Navarre ne se fait pas dans les conditions ordinaires. Précisément à raison de son caractère particulier, les faits militaires sont peu nombreux. Les oreilles vous tintent encore des coups de canon qui, nuit et jour, grondaient autour de Paris pendant le siège ; vous pensez que les montagnes cantabriques se renvoient, de minute en minute, d'écho en écho, les détonations de r artillerie du duc de la Torre et les feux de peloton des carabines carlistes. Je crois bien que la gueule des oanons est aussi nette que la botte de votre mon^

tre et que plus d*un fîisil n'a pas brûlé sa première cartouche.

En partant de Madrid pour me rendre à Salvatierra, à deux pas de la Navarre, je me suis procuré cinq ou six journaux de Paris contenant des correspondances d'Espagne : « Voyons donc, me suis-je dit, si je suis plus niais que mes confrères et s*ils ont trouvé des renseignements que moi, qui jouis à Madrid des relations les plus variées, je n'ai pu découvrir. * Vraiment, il n'est pas besoin de venir dans la Péninsule pour instruire le public de cette façon. Il suiBt d*une imagination fertile dans laquelle on puise au coin de son feu ou sur le boulevard. Ces correspondances fourmillent de monstruosités, le mot n^est pas trop fort. Elles ne se contentent pas de prendre le Pirée pour un homme et Genève pour une ville de Navarre; elles confondent des noms de généraux amédéistes avec des noms de défilés ; des colonels deviennent des villages ; un combat homérique s*est livré dans tel endroit où un caporal ne pourrait pas faire déployer ses quatre hommes; M. Serrano est fusillé; Don Carlos mis en croix ; et des récits insensés sont brodés avec un naturel qui, dans les cafés parisiens, doit les faire accepter comme paroles d'Evangile. Un de ces correspondants va même jusqu'à dire qu'il a visité les camps de Don Carlos et jusqu'à raconter des scènes de bivouac. Il faut n'avoir jamais vu les frontières navarraises, en chemin de fer, en train express, pour croire que sa description n'est pas inventée.

Il n'est pas facile de pénétrer en Natarre par les

chemins d^Alsasua, de Logrooo ou même de Saragosse^ parce qu'ils sont coupés la plupart du temps. Les Toitures sont introuvables. La route à pied est dangereuse et fort pénible. Et quand même tous parviendriez à Pampelune, capitale de la Navarre, vous n'apprendriez rien. J*ai sous les yeux une lettre adressée de Pampelune à une personne de cette ville. Elle est arrivée hier à une heure de relevée. Sa date est antérieure de trois jours, son voyage est toute une odyssée. Confiée avec d autres à un paysan, elle a franchi la chaîne du côté de Tolosa. Le porteur a été poursuivi par les troupes et successivement par les carlistes. Un moment, il a failli périr. Surpris dans un ravin par deux reconnaissances ennemies qui se sont mises à échanger des coups de fusil, il a été obligé de se blottir dans la rivière et il a atteint une bourgade du Guipuzcoa, au bout de trois journées de marche, mouillé comme un canard, grelottant la fièvre. Voilà comment il est facile d'aller se promener en Navarre, les mains dans ses poches, et d'inspecter les bandes carlistes. La lettre dont je vous parle affirme qu'on ne sait rien à Pampelune de ce qui se passe en Navarre, que les bruits les plus contradictoires viennent d'heure en heure troubler sa population ordinairement si paisible, et cela n'a rien d'étonnant. Pampelune est occupée par les troupes du maréchal Serrano, premier motif pour qu'aucun événement ne s'y produise. En second lieu, sa position topographique la place à peu près dans les conditions d'une ville située hors de la Navarre. Elle est bâtie au bout d'une longue vallée en forme de corne; le pays qui s'étend

SNTRÏB BB DON CARLOS Blf BSPÂGNB. 269

deyant elle est découvert et n'offre pas aux carlistes un terrain d'opération favorable.

Je vous répète que les partisans de Don Carlos se tiennent dans les montagnes les plus inaccessibles, qu'ils évivent le combat, à part quelques bandes des leurs qui descendent dans les vais ou sur les plateaux et harcellent les régiments réguliers. Ils gardent le silence le plus complet et, dans aucun soulèvement, ils n'avaient montré autant de discipline. Les Navarrais et les Guipuzcoans restés dans les habitations observent la même discrétion et fournissent aux combattants tous les renseignements, tors les objets qu'ils demandent, la contrée entière étant carliste. De la part du gouvernement, la réserve est la même. Ses bulletins de guerre sont très-vagues. L'insurrection touche à sa fin et les départs de troupes continuent sur tous les points. On assure qu'à présent M. Serrano aurait une douzaine de mille hommes sous ses ordres. Mais on dit aussi que M. Serrano n'est pas lui-même exactement au courant de la situation. Les ofBciers qui opèrent sous son commandement ne lui avouent pas toujours la vérité. Ainsi, l'on a surpris plusieurs fois le général Moriones en flagrant délit d'exagération, pour ne pas dire davantage. Je connais à Madrid divers officiers qui ont été les compagnons d'armes de M. Moriones et qui m'ont dit que ce général avait un esprit peu précis et naturellement fanfaron. Mais, des deux côtés, carlistes et amédéistes, on exerce la plus active surveillance. Du télégraphe, des chemins de fer et des diligences il ne vient rien. I^es piétons sont visités, espionnés et sui-

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YÎ8. Les quelques maraîchers ou charbonniers qui se glissent jusque dans le Gnipuzcoa et TÂvala savent seuls quelque chose, soit qu*ils aient vu une bande, soit qu'ils aient appris una noticia des montagnards. Encore ne faudrait-il pas s'aviser de les questionner, car alors ils deviennent absolument muets. Si vous avez un domestique intelligent ou une servante un peu entreprenante, c'est par eux que vous leur arracherez quelques mots, les gens du peuple étant aussi commnnicatifs entre eux que discrets avec les bourgeois. Ce moyen même est insuffisant. Le gouvernement menaçant de peines sévères les colporteurs de nouvelles, de lettres ou de journaux, ils répondent souvent qu'ils ont peur d'être « conduits devant le juge, » et ils se taisent.

A Salvatierra où dernièrement une bande de carlistes, surprise par un bataillon, lui a laissé manger le déjeuner qu'elle apprêtait, les nouvelles ne foisonnent pas. On soutient que Don Carlos, non-seulement n'est pas tué ni prisonnier, comme la rumeur s'en est répandue il y a quelques jours, à Paris et à Madrid, mais qu'il est bel et bien à la tête de se& troupes. Je n'ai pas de peine à le croire. Bien que le gouvernement espagnol persiste à déclarer que Don Carlos est rentré en France et que cette croyance soit partagée par quelques-uns de nos agents consulaires en Espagne, sur la foi d'un individu qui, voyant trois liommes distingués dans une calèche, s'est dit qu'assurément l'un des trois était le prince, cela ne mè parait pas admissible. Ce jeune homme est brave comme le sont tous les membres de la maison de Bourbon et de la

EnTRéE DE DON CARLOS EN ESPAGNE. 271

maison de Savoie où la bravoure est dans le sang; il a sous la main plusieurs milliers de partisans qui, en quinze jours d'exercice, peuvent tenir tête aux meil-' leurs soldats de TEurope, qui sont fanatiques de son nom. D'ailleurs, il n'a pas subi d'échec assez grave pour précipiter son départ. Cette fameuse défaite d'Oroquieta qui devait mettre fin à la guerre et mériter au maréchal Serrano quelque titre nouveau de Prince de la Paix^ a été fort mal rapportée au dire des gens de ce pays. Voici la version qui m'a été faite et qui me paraît la plus vraisemblable :

Vous saveï que le 2, le général Diaz de Rada est allé recevoir Dou Carlos à la frontière française, à Yéra. Dans cette petite ville, on reçut le prétendant au son des cloches, en véritable souverain, et tout le long de la route qui mène aux Amescoas, massif de montagnes impénétrables, la bande, composée de quatre ou cinq mille hommes, s'attarda un peu. Les Amescoas sont situées à droite de la voie ferrée d'Aïsasua à Pampelnne. Les Alpes, beaucoup plus bouleversées que les Pyrénées, n'offrent pas de groupe plus fourré, plus escarpé ni d'un accès plus difficile. D'assez beaux pâturages attirent les troupeaux de moutons sur le flanc des montagnes ou dans le fond des vallées, le blé ne s'y peut cultiver. Toutes les foi& qu'une insurrection a éclaté en Navarre, les partisans ont choisi les Amescoas pour leur quartier général. Là, un homme peut défendre à lui seul un défilé. C'est une forteresse inexpugnable. H n'est même pas besoin de s'y munir de vivres. Les innombrables mérinos qui y paissent suffiraient à plusieurs milliersd'honmiespen.

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dant plusieurs mois. Le Basque et le Navarrais, ainsi du reste que tous les Espagnols, sont très-sobres. Un 'morceau de mouton rôti, sans pain ni vin, 'est un morceau succulent. Il importait donc à Don Carlos et au gros de son armée d^arriver aux Amescoas et de sV cantonner par petits détachements sur chaque crête et dans chaque ravin, afin de garder l'entrée de ce labyrinthe inaccessible à des soldats étrangers. Mais, comme je vous Tai dit, on s*attarda un peu en route, les villages et les hameaux que Ton traversait voulant fêter l'arrivée de leur souverain. La petite armée s'était probablement divisée en plusieurs colonnes, soit pour biarcher plus facilement, soit aussi pour se ravitailler. Les paysans mettent tout ce qu'ils ont à la disposition des carlistes, étant carlistes eux-mêmes* Encore dévalisa t-on une bourgade, on ne pourrait donner un morceau de pain à quatre ou cinq miUe homtnes, d'un seul coup, à la même heure. Les colonnes se succédaient de distance en distance et les premières étaient déjà en lieu sûr que, le 4, la dernière atteignait à peine le village d'Oroquieta, c'est-àdire avant Irursun, et par conséquent la sierra de Andia où commencent les Amescoas. Cette colonne se composait d'un millier d'hommes, y compris les traînards, les hommes sans armes, la queue enfin de la troupe.

Trois bataillons du général Moriones, c'est-à-dire 2000 hommes, venaient, après une marche forcée, d'arriver à Oroquieta, précisément au moment où y entrait l'arrière-garde carliste. Un combat s'engagea. Les forces étaient inégales. Les carlistes se retran-

dièrent dans les maisons que leur ouvrirent les habitants. U fallut les prendre d^assaut. Une lutte corps à corps, un siège à la baïonnette laissèrent naturellement^ de part et d'autre, un certain nombre de morts et de blessés, une quarantaine, dit-on, de chaque côté. 250 ou 300 carlistes mal armés qui se trouvaient dans la bagarre furent faits prisonniers. Les autres se sauvèrent dans la direction de la sierra. On a prétendu que Veffectif des carlistes qui ont pris part à cet engagement était de 5, de 6 et même de 7000 hommes. Je vous répète, d'après des informations prudemment recueillies, qu'il ne se montait qu'à un mille. S'il avait été de cinq mille, comment aurait-il été mis en déroute par trois bataillons? Les Navarrais ne sont pas des fédérés avinés. Un Navarrais portant un fusil depuis huit jours est un excellent militaire qui ne se laisse pas battre sans riposter.

M. Moriones, pour se donner des gants et passer pour un Cid Campéador, — je crois que le roi Amédée vient de l'élever au grade de lieutenant-général, — a prétendu dans son rapport que Don Carlos commandait en personne à l'affaire d'Oroquieta. Il est bien surprenant d'abord qu'on n'ait pas vu le prince à la bataille et que M. Moriones, après avoir interrogé ses officiers et ses soldats, croit seulement qu'il était présent. Ensuite, il est non moins étonnant que Don Carlos ne se trouvât pas au milieu du gros de son armée et flânât ainsi en arrière, en cueillant des muguets.

Il n'y a pas eu d'autres engagements importants. Quelques bandes plus ou moins nombreuses apparais-

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sent tous les jours çà et là, échangeant une bordée de balles avec les éclaireurs du maréchal et les faisant courir par monts et par vaux. S'il n'y a pas de combats en règle et si les carlistes persistent dans leur tactique, il n'y a pas de raison pour que la guerre de Navarre ne dure plusieurs mois encore, sans fournir un épisode intéressant.

Le plus habile de ces chefs de guérillas, et il ne s'est pas produit jusqu'à présent de partisan doué du coup d'oeil de Cabrera, le plus habile est un ancien commandant du nom de Recondo. Il a une soixantaine d'années. Il a été mêlé à la guerre de sept ans contre les Christinos, et à la conspiration d'il y a deux ans qui avorta par la trahison d'un capitaine de carabiniers de Pampelune. Réfugié en France à la suite de cet événement, il est rentré en Espagne à la suite delà dernière amnistie. La veille du jour où la Navarre s'est soulevée, l'État lui a versé l'arriéré de sa pension de conmiandant qu'il n'avait pas émargée en exil. Becôndo s'est trouvé trois fois en présence des troupes avec ses huit cents hommes. On pense que sa faction s'est un peu diminuée, quelques-uns de ses partisans étant allés grossir le camp des Amescoas. La première fois, c'était, je crois, dans le village dont il est alcade. Une cinquantaine de soldats s'étaient fourvoyés dans les rues, et auraient été hachés au premier signe. Recondo ne voulut pas abuser delà supériorité numérique des siens. Il donna la vie sauve aux fantassins et les renvoya désarmés. Il n'aborde jamais de front les bataillons qu'il rencontre. Il leur fait exécuter des marches et des

contre-marches désespérées, leur tire quelques coups de carabine et les met sur les dents*

On croit que le mouvement s'accentue en Biscaye. On compte dans cette province une dizaine de mille hommes carlistes en état de porter les armes. Mais le Biscayenn'a pas Ténergie du Guipuzcoanni du Navarrais. Lorsque Zumaccalaregui commandait les carlistes basques et navarrais dans la première guerre, il plaçait toujours un Biscayen entre un Navarrais et un Guipuzcoan. Il y en a aujourd'hui plusieurs milliers sous les armes, dit-on. Avant-hier 7, on assure qu ils cernaient la ville de Bilbao, leur capitale, et qu'ils se disposaient à s'en emparer. Le commandant de la garnison aurait envoyé contre eux une colonne de fantassins. Depuis, aucune nouvelle de la colonne ni des carlistes n'est venue jusqu'ici.

Je n'ai pas pu apprendre autre chose à Salvatierra. Je pars en longeant la lisière de la Navarre et en descendant le Guipuzcoa, tâchant de glaner quelque nouvelle.

LES CABBCILLÀS CARLISTES.

Tolosa, 11 mai.

Les contes bleus que font les journaux parisiens ou madrilènes et les mensonges que le gouvernement du roi Amédée envoie au sujet des carlistes divertiraient les habitants de Tolosa s'ils n'avaient presque tous un des leurs dans l'armée de Don Carlos. Leurs intelligences avec les Amescoas et les bandes qui courent la Navarre leur permettent mieux qu'à personne de savoir à quoi s'en tenir. Tout le monde s'accorde sur ce point qu'il n*y a eu d'engagement important que celui du 4 mai à Oroquieta dont je vous ai raconté hier les principales circonstances d'après la version qui m^en a été faite à Salvatierra, où l'on est également en position d'être bien informé. Encore cet engagement n'at'il pas été aussi désastreux pour les carlistes que le général Moriones le prétend dans son rapport, ni par conséquent aussi décisif pour les troupes du duc de la Torre. Les forces du prétendant ne sont pas sensiblement diminuées ni la lutte plus proche de la fin. Les carlistes restent inabordables sur leurs rochers et les

L£S CABEGILLAS CARLISTES. 277

régiments du maréchal Serrano continuent à camper dans la plaine.

Maître corbeau^ sur un arbre percbé.

Maître renard

Voilà le jeu que jouent depuis quinze jours les carlistes etlesamédéistes. Seulement les carlistes, malgré les menaces de mort ou les promesses d'amnistie, n^ont pas lâché le fromage et serrent vigoureusement le bec. Comme ils font une guerre de religion et que la guerre en elle-même est pour eux une passion, il est peu probable que les proclamations de M. Serrano les intimident ni que les promesses italiennes de magnanimité les séduisent. C'est du moins ce que Ton dit à Tolosa, ancienne capitale du pays Guipuzcoan, où une partie de la population est carliste et conséquemment partage les sentiments de ceux des siens qui sont sous les armes. Lorsqu'on demande à un Tolosan s'il est vrai que les Navarrais déposent leur carabine et viennent faire leur soumission aux autorités amédéistes, il vous répond, s'il est sûr de vous, que le gouvernement répand ce bruit afin de décider les Navarrais à rentrer chez eux. Il y en a bien sans doute quelques-uns qui se soumettent ou qui passent la frontière française, mais c'est le petit nombre, et il arrive souvent que cette soumission n'est qu'une ruse employée par les paysans désireux de revoir leur cabane. Un jour ou deux après, ils regagnent la montagne. Enfin, le gouvernement a tellement abusé des dépêches mensongères, des bulle-

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tins de victoires, des nouvelles de soumission des carlistes ou de dissolution de leurs bandes, qu'aujourd'hui, ni dans le peuple ni parmi les gens éclairés, on ne croit plus à rien de ce qu'il dit. Au conmiencement du soulèvement, beaucoup de personnes s'en rapportaient aux nouvelles données par la Correspondencia de EspaJia^ petit journal très-répandu dans la Péninsule et qui renseignait le public d'une manière assez impartiale sur les premiers faits de la guerre. Mais le 27 avril, la Correspondencia^ par un de ces miracles auxquels saint Jacques de Compostelle est certainement étranger, la Correspondencia ayant tourné subitement ses voiles et se faisant la trompette des triomphes du roi Amédée, on la lit à présent avec indifférence, sans y ajouter plus de foi qu'aux dithyrambes de la Iberia, Notamment, en ce qui concerne les dissolutions de bandes carlistes, M. Sagasta a annoncé, depuis le l^^'mai, la dissolution de plus de cent bandes. De cette façon, il y aurait cinquante mille carlistes sous les armes, tandis qu'il y en a une quinzaine de mille tout au plus. Pour citer un exemple : aujourd'hui même, il y a un quart d'heure, une dépêche signalait la dispersion de la bande de Recondo. C'est la troisième fois qu'on l'annonce ; ce qui n'empêche pas que tous les jours le même quartier-général informe le ministère que l'on a vu Recondo et ses partisans à Véra; puis, le lendemain, qu'on l'a vu à Ségurâ; puis, le surlendemain, à Ituren. La Catalogne et l' Aragon seraient complètement tranquilles, au dire du président du conseil, et le même ministre communique aux feuilles à sa dévotion qu'une bande dans la province de Tar-

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ragone est diBsoute, que la bande deGamunda en Aragon est dispersée, que Caraza est en fuite et s'amuse, en se sauvant, à enlever le chemin de fer entre Pampelune etTafalIa^et que le colonel Escoday6aneta,trèsirrité contre les carlistes, aurait demandé au gouvernement de ne Tenvoyer ni en Navarre ni dans aucune des trois provinces sœurs, mais bien à Gerona. Il y a donc des bandes carlistes dans tout le nord de TEs» pagne, puisque le gouvernement en disperse partout. Mais il faut bien comprendre ce qu^on entend ici par « dissolution d'une bande. » Ces bandes sont pour la plupart mal années, mal commandées, sans ressources suffisantes. Lorsque les troupes les poursuivent de trop près, les hommes qui les composent se réfugient de côté et d'autre, quitte à se réunir quarante- huit heures plus tard ou trois lieues plus loin.

* Toutes ces dépêches et la demande du colonel Ganeta semblent indiquer que la situation où se trouvent les provinces catalanes serait presque aussi alaimante que celle des provinces vasco-navarraises. Elles s'accorderaient avec la croyance répandue ici que Tristany organise les carlistes de la Catalogne et du Maestrazgo. Cependant, la demande du colonel Ganeta a une autre cause. Si je suis bien informé, le colonel est ce même officier de caribeneros qui, il y a deux ans, à Pampelune, fit avorter une conspiration carliste dans laquelle il était entré et même de laquelle, dit-on, il aurait reçu des arrhes, en la dénonçant à Madrid. Vous pensez quelle haine cet acte a excitée contre lui parmi les carlistes de la Navarre. Aussi Ton prétend q^ue M. Ganeta ne montre tant d'acharnement contre ceux de la Ca-

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talogne que parce qu'il a peur que Us Navarrais, dans le cas où il tomberait dans leurs mains, ne le traitassent comme un ami du chanoine Tristany, l'oncle du partisan actuel, voulait traiter la reine Christine. Dans la guerre de sept ans entre les carlistes et les christinos, vous vous rappelez que le chanoine Tristany s'était rendu célèbre par Texaltationavec laquelle il conduisait les partisans carlistes contre les troupes de la reine. Le chanoine avait un ami, carliste comme lui, mais plus vieux et plus podagre. Cet ami était curé d'un village d'Aragon et préférait à la bataille quelque petit dîner intime avec deux ou trois confrères, où l'on fêtait une once gagnée au prône. Quelqu'un qui connaissait son faible lui dit un jour :

« Eh bien, monsieur l'abbé, quand allez-vous rejoindre M. le chanoine Tristany ?

— Euh ! euh ! nous verrons.

— Mais enfin, que feriez-vous de la reine Christine si elle était votre prisonnière?

— Je lui couperais la tête, répondit le vieux carliste.

— Sans même lui donner le temps de se confesser?

— Non, certes, si elle allait au paradis, je n'y voudrais pas aller. »

Il y avait encore, ces jours derniers, dans le Guipuzcoa, quelques petites bandes à peine organisées et qui, dit-on, viennent de passer en Navarre. Un vieillard, fermier sur la frontière guipuzcoa-navarraise, disait hier que quatre cents hommes de son village et trois curés étaient partis depuis le soulèvement.

« Nous ne voulons plus de ces libéraux, ajoutait-il,

LES CABBCILLÀS CARLISTES. 281

parce qu'ils n'aiment la liberté que pour eux. Nous ne pouvons pas même nous faire frères-lais. Voyez en France, les jésuites vivent en paix ; chez nous, on les persécute. »

Le pauvre homme avait raison pour les jésuites :

Qa'oD puisse aller même à la messe, Ainsi le yeat la liberté.

Mais s'il passait six mois en France, il reviendrait bien vite en Espagne, car il n'est pas au monde de pays où l'on comprenne la liberté moins que chez nous.

Don Carlos aurait adressé un nouvel appel aux car^ listes retardataires, et son appel aurait hâté leur dé« part. Le motif de ce nouveau sacrifice serait la nécessité de reconstituer la colonne surprise et défaite à Oroquieta. Dans beaucoup de fermes, on signale des jeunes gens partis pour les Amescoas. Deux auraient quitté PAntiguo la- nuit dernière* L'Antigao est un petit village d'origine romaine, V Antiguo^ V ancienne ville^ situé au bout de la Concha de Saint-Sébastien. Et même dans cette ville où domine l'opinion progressiste , six carlistes , y compris le jardinier de M. Lasala y Collado, député ministériel de la capitale vasconde, seraient partis également la même nuit avec une bande de cinquante-deux hommes formée dans les environs. Cet empressement ne leur assure pas la victoire, parce qu'ils manquent de chefs habiles, que leurs forces sont insuffisantes et que, sans le secours des républicains, ils n'ont pas de chance de généraliser le soulèvement et de réussir ; mais il prouve la vi-

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vacité de 1* opinion carliste dans les provinces atoisinant les Pyrénées. Ce soulèvement est le huitième. L'un a duré sept ans. Ils ont toujours été battus en fin de compte. Ils le seront encore cette fois vraisemblablement. N'importe, disent-ils, ils recommenceront aussitôt qu'ils le pourront.

Je ne suis pas plus carliste (ju*amédéiste, bien que, si je dusse avoir des sympathies pour Don Carlos ou pour Don Amédée, je m'en sentirais plutôt pour celui, des deux qui, descendant de Philippe Y, a du sang français dans les veines; toutefois, je ne puis me défendre d'admiration pour ces paysans, braves et sobres, qui se battent au nom de leur religion et de leur roi. Ils savent bien que Don Carlos montant sur le trône, ils retourneront à leur charrue, à leurs travaux,

leur pain noir. Ce n'est pas les appétits qui les guient. Ils marchent contre ceux qui attaquent leurs traditions religieuses et le prince qu'ils croient que Dieu leur a donné pour roi. Ils sont nés, élevés et nourris dans ces croyances. Ce matin, en me promenant sur les bords de l'Oria, je voyais des enfants hauts comme des poupées qui s'étaient coiffés d*un petit loîna blanc et ceints d'une ccharpe blanche — il n'y B pas six mois qu'ils étaient encore à la layette, — et qui jouaient aux carlistes. Trois ou quatre avaient le boina rouge et composaient le bataillon des volontaires de la liberté ou des libéraux. Après un simulacre de combat, on en vint aux coups véritables. Les blancs, plus nombreux, rossèrent les rouges d'importance. L'un des carlistes, méchapt comme un coq, s'acharnait sur un libéral vaincu mordant la poussière. Je

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fas obligé d'intervenir. C'étaient des enfants du peuple qui n'avaient pas de bonnes; j'éloignai le blanc en le grondant de sa méchanceté, et je donnai un morceau de sacre au rouge qui pleurait à m'écorcher les oreilles. Dans vingt ans» ces petits carlistes se feront tuer peut-être pour Carlos VII vieilli ou pour le jeune Carlos YIII, prétendant aussi malheureux, c'est possible, que le duc de Madrid, que Carlos YI et que Carlos Y. Cette persistance du carlisme dans les pays vasco--navarrais part certainement d'un excès de fanatisme, mais il part aussi de cette force morale, de cette foi vigoureuse dont s'est faite la grandeur du moyeu âge qui survit au milieu de ces montagnes.

Il est à remarquer que l'élément carliste s'est conservé intact dans les populations agricoles et s'est modifié dans les villes et les localités industrielles. Une grande route, une manufacture suffisent pour donner naissance à un groupe de libéraux plus ou moins républicains ou plus ou moins progressistes. Ainsi, les deux petites villes d'Oyarzun et de Renteria, près de la frontière française, en Guipu^coa, sont très-proches voisines. Oyarzun est tout entier carliste; Renteria compte un certain nombre de libéraux. C'est qu'à Renteria il y a quelques fabriques et que la route de Madrid la traverse. De temps en temps des rixes éclatent entre les deux populations et l'on se lance des pierres.

Un spectacle plus curieux se voit quelquefois. Dans un ménage, le mari et la femme ne sont pas toujours du même parti. Tout à l'heure, je causais avec un ouvrier plâtrier qui refait un plafond dans la maison

284 L^BSPAGNS CONTEMPORÀINB.

OÙ je suis. « Moi, me disait-il, je suis libéral ; mais ma femme est carliste et les parents de ma femme sont carlistes. » Ces dissentiments se produisent dans les familles plus fortunées. On détient en ce moment au château de TOrgullo à Saint-Sébastien, Talcade de Segura où des partisans, il y a une semaine, ont blessé sept ou huit soldats, entre autres un capitaine dangereusement atteint par une balle au genou. Cet alcade, M. Zurbano, est connu pour ses opinions carlistes. Le gouvernement le soupçonnait de faire paryenir des munitions aux Âmescoas, Segura n^en étant pas éloigné. Ce soupçon détermina son arrestation. Ce qu'il y a de curieux, c*est que sa femme, la senora de Zurbano, est non moins connue pour ses opinions libérales et que politiquement elle a été obligée de se réjouir de l'arrestation de son mari.

On ne sait pas ici ce qu'est devenu Amilivia. Amilivia est un beau vieillard qui a la réputation d'un des plus élégants danseurs du Guipuzcoa ; la danse, la guitare, la mandoline, les castagnettes et le chant étant en honneur d'Irun à Cadix. A certaines fêtes, il est d'usage de danser sur la Plaza mayor ou sur le gazon du Paseo, Les gars et les fils de famille dansent pêlemêle, du moins dans les districts où les mœurs primitives se sont conservées sans mélange. Donc Amilivia ne manquait pas une danse dans tout le Guipuzcoa ; les brunes et sèches Guipuzcoanes en avaient fait leur coqueluche. Mais, hélas ! la guerre civile est venue, adieu les boléros et la jota ! Amilivia cultivait dans le silence de son cœur la politique à côté des arts d'agrément. Amilivia est carliste. Le 6 ou le 7, je crois,

LES CiBECiLLAS CARLISTES. 285

Amilivia a joué un bon tour où Tagilité de ses jambes a eu le beau rôle. Avec la petite bande d'amis qu'il s'est iaits à la danse, il s'est glissé en tapinois dans la ville d'Azpeitia qu'il a émerveillée plus d'une fois par ses entrechats. Là, il s* est emparé prestement des fusils des Volontaires de la liberté non moins vigilants que nos gardes nationaux. On l'a vu le lendemain^ à Azcoitia, rire de la stupéfaction des i^olontaires. Puis il a disparu. Où est-il? Pauvre Amilivia! si une balle vient mettre fin à tes amours avec Terpsychore, tous les tambours de basque du Guipuzcoa se voileront d'un crêpe et les Va«connes amoureuses de la danse iront couper pour ta tombe des fleurs sauvages dans les forets de Salinas et de Hernio ou des myosotis dans la vallée de Loyola.

D'après les lettres et les bruits apportés aujourd'hui à Tolosa parles voyageurs venant de Saint-Sébastien, les trois ou quatre vapeurs de guerre amarrés dans la baie sébastianaise seraient partis. Ils étaient en panne depuis plusieurs jours. On prétendait qu'ils avaient été envoyés par le gouvernement pour surveiller les côtes, comme si Don Carlos avait une Armada qui les menaçât. Le téméraire n'a pas même une barque. Son amiral est le pendant de l'amiral suisse. D'autres pensent que ces vapeurs sont venus amener tout simplement à Saint-Sébastien des troupes, des armes et des munitions. Et de fait, ils ont débarqué plusieurs bataillons ; car, en Espagne, la guerre ne se fait pas comme partout . Il y a quinze jours qu'il n'existe plus un seul Vasco-Navarrais, au dire de Tétat-major du maréchal Serrano et de M. le ministre d'Etat Sa-

286 l'bspagnb contemporain?.

gasta. Si cela se passait en France ou en Angleterre, les soldats français rentreraient à Paris et les soldats anglais à Londres. Ici, on envoie d'heure en heure de nouveaux renforts à ces terribles vainqueurs.

Je reçois aussi deux nouvelles de Vitoria. La colonne de fantassins de la garnison de Bilbao envoyée, le 7, contre les carlistes qui se disposaient à cerner la ville, est rentrée dans ses casernes rapportant deux morts et trois blessés, ce qui fait croire quMl n*y a pas eu de combat bien vif et que les carlistes se sont retirés vers les montagnes.

Le second événement serait la réapparition près de Barcelone du général Hermenegildo Ceballos. Qu'estce que c'est que ce général? La Péninsule en possède un si grand nombre que bientôt elle n'aura rien à envier à la république de Venezuela. A Venezuela, il n'y a que des généraux et des avocats. Lorsque deux muletiers se rencontrent : Adios^ dociorl dit le premier au second qui lui répond, sans même lever la tête, tant il est sûr de son fait, adios^ gênerai^ adios!

LE COMBAT o'oROQUIETA.

Beasain, 12 mai.

Voicî quelques renseignements intéressants surTaffaire d'Oroquîeta que je tiens d'un membp de la *Société internationale de secours aux blessés dont une section s'est formée à Pampelune, sous la croix de la Convention de Genève. Il s'est rendu lui-même àOroquieta, le 6 mai, deux jours après Faction, pour aider au pansement des blessés.

Il n'est peut-être pas inutile de vous dire que Pampelune est une des villes espagnoles où le service médical est le mieux installé. Elle compte plusieurs médecins distingués et des hospices ou maisons d'assistance bien tenues que j*ai pu visiter, il y a trois semaines. La population est elle-même hospitalière et compatissante aux malades. Un trait de ses mœurs vous le montrera. L'usage s'est établi d'envoyer une poule à toute femme en couches que l'on connaît. Cette poule est destinée à lui faire du bouillon. Une jeune dame de Pampelune me contait qu'elle en reçut cent soixante, lorsque, il y a quinze mois, sa petite

fiUe Tint au monde. Les femmes pourraient se faire un re?enu de cette basse-cour, si elles n'étaient tenues à pareille réciprocité envers leurs amies en mal d'enfant. C*est M. Landa, médecin militaire fixé à Pampelune, qui a fondé la Société de secours. M. Landa s'est fait remarquer par les services qu'il a rendus à Tarmée espagnole pendant la guerre contre le Maroc. Dans les derniers événements entre la France et la Prusse, M. Landa s'est mis à la disposition des ambulances et a offert aux hôpitaux militaires des deux nations, au nom de la population navarraise, du vieux vin de Navaiie pour la consommation des convalescents.

Dès que la nouvelle du combat d'Oroquieta arriva, le 5 au soir, à Pampelune, le docteur Palacios, un pharmacien, le membre de la société qui me donne ces détails et plusieurs personnes charitables de la ville se mirent en marche vers le théâtre de la lutte, mum's de provisions de bouche, de médicaments et d'iuâtrunienls de chirurgie. La caravane se dirigea d'abord vers Irursun, siège de l'état-major de l'armée. Elle arriva dans la journée du 6 et fut reçue par le général Moriones, commandant en chef, et par le général Letona. Le général Moriones, dont le caractère est brusque, ne fut pas long à la complimenter. Je dois vous dire que cet officier ne jouit pas d'un grand crédit dans la capitale navarraise où il a commandé, même parmi les progressistes. Les mauvaises langues prétendent qu'il a gagné ses grades en inventant des soulèvements carlistes et en feignant de les réprimer. Je vous prie d'observer que je ne suis qu'un

LK COMBAT D OROQUIETA. 289

écho et que je n'ai aucune raison d'ajouter foi à cette médisance ou à cette calomnie, puisqu'en définitive M. Moriones a triomphé à Oroquieta. Mais M. Letona félicita chaudement les infirmiers volontaires de leur humanité et de leur empressement. Ceux-ci se rendirent alors à Oroquieta, qui est situé non loin d'Iruisun, dans la direction du nord-est, et Tatteignirent le même jour*

Oroquieta est un pauvre village composé de six maisons, de Thabitation du curé et de Téglise. Dans l'une de ces masures étaient couchés, sur de la paille et des feuilles sèches, dix-huit blessés dont huit soldats et dix carlistes. Ils occupaient deux chambres basses et un corridor. Plusieurs avaient des blessures affreuses, envenimées par le manque de soins pendant deux jours. Je ne sais s'il faut attribuer cet abandon à la négligence du général Moriones ou à la mauvaise organisation du service de santé dans les régiments qui sont sous ses ordres; mais on n'avait laissé auprès des dix-huit blessés qu'un fantassin qui avait été garçon apothicaire avant d'être soldat. Le brave garçon était sans ressources pour soulager ses malades. Il n'avait pu même leur faire une infusion et avait dû se borner à découper des bandages dans les chemises que portaient quelques-uns des mil taires; car, au service de TËspagne, comme au service de l'Autriche, le militaire n'est pas riche et la chemise ne figure souvent qu'au budget de la guerre. La fièvre les avait saisis. Une odeur fétide emplissait ce bouge. C'était un spectacle lamentable.

Les ambulanciers se mirent aussitôt à l'oeuvre. Ils

800 L^SSPÀGIiB €ONTBMPOIIAllfB.

enlevèpeet le» ii|alad«s de ce pourrissoif , le§ distri*^ huèrent entre les six cabanes, d^accord aveo leurs habitants, les étendirent de leur inieux sur les grabats de mousse de ces bergers. Puis ils délièrent les pansages, lavèrent les plaies, y appliquèrent des compresses, leur donnèrent enfin les premiers soins et fabriquèrent deux seaux de limonade qu avalèrent ea un instant les fiévreux dont la moitié au saolns sucoombera, pense le docteur Palacios.

Après quoi, le directeur de Tambulanee remit au curé les médicaments et les instructions nécessaires pour soigner les blessés, plus mille rëaux pour Tachât des objets dont il aurait besoin ou Tindemnisation des gens d'Oroquieta , et deux cents réaux pour dire des mes«es à Fintenlion des vingt victimes qui avaient été inhumées r avant-veille dans le cimetière du village.

On avait pourvu au plus pressé. Le do^tiur, le phfirmacien, le membre du comité de la société et les autres personnes qui accompagnaient Tambulanoe visitèrent le terrain. Les maisons étaient eriblées de balles. ljaï\^ d'elles s'était à peu près eflfondrée soqs le feu de Tartillerie de moatagne du général Moriones. Dans les champs et les chemins environnants , en voyait une certaine quantité de bidons, de chaussures déchirées, de fourreaux de baïonnettes fibaqdennés par les combattants. Ils trouvèrent même un bâton emmanché d'uu tranchet de cordonnier qui avait appartenu à un carliste, car il parpît que la plupart des partisans étaient ^rmés seulement de pieux et autres armes primitives. L'inspection terminée, ils interrogèrent le euré et les habitants encore tout effrayés du

LB COMBAT D OROQUIBTA. 291

comlMt Aaquel lit avaient asBitté. La aupprise et l*é-' motion a'oDt pas dû permettra à ces malheuf«ttx moBtagnapda de se rendre un eompte bien exaet de rengagement et le récit qu'ila en ont fait à l'aaibnlanoe de Pampelune laiaae bien des points dans l*obsenrité.

Au dire du ouré, bon vieillard septuagénuire, Don Carlos serait arrivé à Oroquieta, le 4 mai, cinq heures avant que les troupes du général Moriones n^y vinssent surprendre ses hommes. U était mort de faim et de ftitigue. Son état-piajpr et sa bande n^étaient guères en meilleur état. Parmi ses capitaines se trouvaient un pharmacien ^ un marchand de chasubles de Pam* pelune. Vous voyez que Don Garlop est plus dl^moerate que Ton ne pense. Le colonel ou général Aguirre était avec lui. La servante du curé disposa le couvert, fit ifne soupe à Tail et un rsgoût d'agneau. Don Carlos s'assit à t^ble, entouré de ses officiers, ayant le pasteur à sa droite et mangea de bon appétit.

Je ne sais pfis si tout cela dura cinq heures et si la table était desservie lorsqu'on entendit les premiers coups de feu. jVIais d'après les rapports qui ont été faits par le curé et les gens d*Oroquieta à la personne qui me fournit ces détails, les carlistes prirent les armes dès quHIs s'gpereur^nt qu'ils étaient fttaqués à rimproviste par le général Moriones, lequel avait été averti on ne sait par qui. Sur les 2 ou 3000 hommes qui composaient la bande, mille ou douze cents seulement étaient armés. Les autres n'ayaqt que des bâtons, ne tardèrent pas à s'enfuir. Les {Hremiers, bien que se trou^eiH ^19 présenoe de forces bien su-

39â LSSPÀGNB CONTEMPORAIME.

périeures, se barricadèrent dans les maisons, se glissèrent derrière des plis de terrain ou se postèrent a Tabri des rochers. Le combat a duré une heure et demie, probablement aus^i longtemps que les munitions. Vingt morts et dix -huit blessés tant carlistes qu'amédéistes ont été ramassés sur le champ de la lutte et plusieurs centaines de prisonniers, les uns disent trois cents, les autres sept cents, sont tombés entre les mains de M. Morioues, lorsque la résistance est devenue impossible. On prétend, ce n'est pas au membre de la société de secours que je fais allusion en parlant du nombre des prisonniers et du traitement qu'on leur a fait subir, on prétend que M. Moriones a fait conduire ces prisonniers à Pampelune, quatre à quatre, les mains attachées derrière le dos, et que le gouvernement oblige Tayuntamientopampelunois à les nourrir à ses frais. Je n'ai pu vérifier ces trois faits, ^ambulancier n'en parlant pas dans les renseignements qu'il a envoyés à Beasain.

Vous voyez que son récit est incomplet, bien que je n émette pas le moindre doute sur la sincérité avec laquelle il rapporte les informations qu'il a recueillies à Oroquieta. C'est un homme des plus honorables, très-connu à Pampelune.

il y a plusieurs points qu'il importerait d'éclaircir et que je n'ai pu débrouiller soit à l'aide de ces renseignements venus de la capitale navarraise, soit au moyen du récit qui m'a été fait à Salvatierra et des nouvelles que l'on donne de côté et d'autre dans le public. Car vous n'imaginez pas jusqu'à quel point il est difficile de se bien renseigner, que l'on soit étran-

LB COMBAT d'oROQUIBTA. " 293

ger ou que Ton soit du pays, sur les événements de cette guerre. Elle se passerait au Chili que Ion saurait aussi facilement la vérité.

Ce que je voudrais surtout savoir, ce sont les points suivants :

Les troupes surprises à Oroquieta par le général Moriones formaient>elles Tarmée entière de Don Carlos? D'après la version de Tambulance, il paraîtrait que tous les partisans qui étaient allés recevoir le prétendant, le 2 mai, à la frontière frapçai&e, au delà de Yéra, sous le commandement du général Rada, escortaient Don Carlos dans la direction des Amescoas et marchaient en une seule bande, sans ordre, discipline ni précaution, puisquMs ont été surpris à Oroquieta où ils n^avaient pas même disposé des sentinelles autour de leur camp improvisé. D'après la version de Salvatierra qui est la plus vraisemblable, mais qui peut cependant n'être pas exacte, les partisans étaient plus de trois mille à Tentrée du prince à Véra. En sortant de cette petite ville pour gagner les montagnes de Amescoas, ils se seraient divisés en plusieurs colonnes, tant pour marcher plus commodément que pour se ravitailler dans les villages qui se trouvent sur la route, sans trop gêner les paysans. La colonne suprise à Oroquieta ne serait que Tarrièregarde de T armée.

Don Carlos a-t-il pris part à l'engagement? On pourrait le présumer si Ton savait à quoi s'en tenir sur le premier point. Il est à peu près certain, en efiFet, que si la bande d'Oroquieta était au complet, Don Carlos a dû assister à l'irruption des régiments de

t94 LBÉPA^llB GORTBMFOBAm.

M. MorioDës dané \e yîUagei Au oontraite^ si elle n'é^ tait que le groupe dés retardataire», il est peu probable qu'il en ftt partie. Le dîner chot le curé aurait eu lieu^ dans oe oaa» antërieuremeDti à ràrrivëe de eetle dernière colonne. Toutefois, le membre de la société de le^QOrs qbi ae fait, j'en suis sàr ^ que répéter les dires du euré e\ des paysans seë patoissiensf parle de Ddti Garlds au mometit où Voâ soune Taltirme dfttiâ le# rangs des carlistesi Le prince serait sorti du presbj-» tère en brandissant son é|>éé. Mais comme aiicun té« môigtiage ne vient établiif oe qu'il est dexenu à partir de ce moment et que personne né Ta VU oombattrei du moins personne iie le rapporte aVeo preuves à Tappuii il fautf je erôist s'arrétei* à l'une de ees liyp^^» thèses t ou le correspondant^ mon auteur, n'a pAft bien eoropris si le curé lui a dit c}ue Don Carlos avait brandi son épée^ en se leVant de tablcf eôminè un signe de résolution guerrière^ oli l'avait tirée du fourreau pour se défedâfe dontre les Assaillants ) et ak^rs le moment de cette seène est discutable $ ou lé prinéé, se lelrant de table au cri de i f^oilà Venhemi l sautant à ($beval et voyant la situation perdue» se serait enfui vers les Amescoas avec cetit des siens qui ne pouvaient combattre faute d'armes»

Tel est le rôle que l'on est obligé de (aire jouer à Don Carlos si Ton admet qu'il était encore au pres^ bytère a l'arrivée du général Moriones^ Le membre de la société de secours qtii, tout sincère qu'il soit^ désirerait que les choses se fussent passées de cette ma-» nière(il est progressiste) entend étdblir son assertion sur les paroles vagues et vaguement rapportées du curé et

LE COMBAT D OROQUIETA. 295

sur deux proclamations de Don Carlos ramassées sur le terrain. J'ai ces proclamations Centre les mains. L'une est adressée aux Espagnols; Tantre, aux soldats. Elles ont été publiées par les journaux français. L'ambulancier les a trouvées devant IVglise d'Oroquieta, où il parait que les soldats auraient brûlé une valise que Ton pensait être celle de Don Carlos. Il est bien étonnant que le prince emplisse d*imprimés sa valise et que Ton n'y ait rieii découvert de plus intéressant. La preuve n'est donc pas du tout concluante.

Je ne puis vous donner mon avis sur ces deux faits : de quoi se composait la bande d'Oroquieta? Où était Don Carlos? parce que je n'ai pas les éléments sufBsanlB pour me prononcer. Mais permettez^moi de vous dire que la fuite de Don Carlos au moment du combat me paraît bien invraisemblable ; il me semble qu'il devait être déjà partie tant il serait indigne d'un Bourbon de courir en lieu sûr quand de brave» paysans mal armés engagent la lutte.

EL INDULTO.

Hernani, 14 mai.

Il vient de se passer un fait auquel les hommes habitués à regarder par la lanterne magique de la politique des Espagnes, attachent une sîgni6catioa qui a dû échapper au public. Dans une proclamation adressée aux Navarrais, le général Letona qui commande Tune des divisions chargées de pacifier le soulèvement carliste, a promis Yindulto ou amnistie à tous les partisans qui rendront les armes. Aucune exception n'est posée. Aucun détail n'est fixé. Les organisateurs de la guerre, les chefs militaires, Its curés et tous ceux qui sont à la téie des rebelles ou dans leurs rangs ne seront inquiétés par le gouvernement à partir du jour où ils viendront déclarer aux autorités constituées qu'ils rentrent à leur domicile. M. Letona a découvert le meilleur moyen peut-être d'apaiser, provisoirement tout au moins, le mouvement carliste. Mais quelques personnes croient voir, dans l'ordre du jour du général, un acte d'indépendance, et le premier fait par lequel s'affirmele parti

BL INDULTO. 297

du prince Alphonse. M. Letona, en effet, est alpbonsin. Il y a quelques semaines, il Ta déclaré formellement dans une lettre que la presse de Madrid a reproduite. Et ce en quoi Ton croit apercevoir l'entrée en campagne des conservateurs modérés, c'est dans ce fait que le général Letona a promis Xindulto^ de son propre chef, sans en référer au maréchal Serrano, sous les ordres duquel il est placé, ni au gouvernement du roi Amédée. Cette interprétation me parait un peu subtile. Il me semble que Ton ne saurait donner un caractère politique à la mesure adoptée par M. Letona. Elle montre seulement que cet officier a Tintelligence de la situation, puisque les autres généraux et le maréchal Serrano se sont rendus à son exemple. Voyant que la promesse de Vindulto produisait une bonne impression, ils ont fini par l'accorder dans les mêmes termes.

Je ne sais si c'est un premier résultat de Vindulto ou si ce n'est qu'une coïncidence, mais la bande de cinq à six cents hommes réunie par Recondo a fait sa soumission, il y a deux jours, entre les mains du bri« gadier Primo Rivera, à Puente la Reyna^ bourg situé sur ia rivière de TArga au sud-ouest de Pampelune. La plupart de ces partisans ont été amenés le 12 au soir, à neuf heures, dans la ville de Saint-Sébastien où le gouverneur civil leur a délivré des sauf-conduits. Après quoi, ils ont repris le chemin de leurs villagss. J'en ai rencontré trois tout à l'heure près de l'ancienne porte d'Hernani , qui touche l'ayuntamiento. Leurs vêtements sont dans un état de délabrement pitoyable et leur corps est maigre à faire pitié. Vraiment, il n'y

B9I L^ESPAGim OdAtEM^ORÀINE.

a pal gfatid ttlMte à bdtt#e des pautrei gens aiiMî mal éqtiipéfii et la victoire d*Ordquieta ne valait pa6 au géiiérttl Morian^fl nn autographe du tbu

Getiè Boutnifision a jeté le désarroi parmi lëê tUf^ listes de Navarre qui étaient restés en partie atli Ameftooas et dont les autres avaient gagné le ndi^d dé la province. On ne dit rien de ceuiL é[ue Ton stippose aui Ameseoas^ dans la sierra de Andia et dans l«è districts mêridionaui ; tnais On raconte, sans qde je puisse pour ma part faire autre chose que Vouis répé^ ter ces propos, on raconté qne céut du Nord sei^ient três-irrités èotitre Don Carlos à t<atidë de sa conduite à Oroquietft. Je votis ai dit ce que je pën^siis de ee réeit i*épatidu par les progressiste^ et le gbtitërhettiénf. Toutefois^ il parait à petÉ prèjs certain qu'il i'êgnè daii^ ces mêmes bandes une vive excitation contre les chi>fii. Les généraux Ellio et Lirio auraient même failli ëttk fusillés p{tr leurs hommes^ au dire de certaines personne» qui etpliquent que les carlistes ne pstrdonnë^ raieift pas aut instigateurs du soulétement dé lé^ atoir trompes. S'il est vrai qu 6n leur eût proihiîi des armes, une campagne facile et de peu de dliféé, Tàppui de divers régiments de la troupe' rêgillièi^e, Oh conçoit, en efiei, leUr désappointement. Après trois Semaines et pluS^ ils sont mal OU point armés, lé sUCces ne se dessine psid en leur faveur, et les bataillons d'infanterie ne passent pas dans leurs rangs. 11 est bien surprenant cependant, en ce qui concerné l'armée^ que M. Nocedal et les autres chefs du parti carliste nourrissent encore des illusions. Don CarlOs n'a pdur partisans dsnâ F armée espagnole qùè quel«

BL INDULTO. §99

ques oilBâiers isolés. Don Alfonso est le seul prétendant qui compte deé groupes d'ofBciers et des bataillons de soldats en nombre suffisant pour peser dans la balance» Le bataillon d'infanterie caserne a Bilbao et qui, ainsi qu6 jeyous l'écrivais, avait été envojé contre les nombreux carlistes qui cernaient la ville, puis dé« gagé par d'autres colonnes sorties de la garnison à son secours, était un de ceux précisément sur lesquels rétat-major de Don Carlos faisait foi. Le bataillon n'a pas tourné» Dans ravant-*dcrnière nuit, il a été transe porté par mer de Bilbao dans le Bas^uipuzooa, où oti a eu de lui quelques détails sur l'engagement.

Toujours est-il que Ton croit à l'entrée eu France des généraux Radai Lirio et Ëllioi de divers autres officiers et de quelques centaines de carlistes que le gouvernement français fait interner à des distances respectables, puisqu'on a rencontré au Mans des la*» boureurs basques fort surpris d'aller si loin. Quant à Don Carlos, personne ne sait où il est. On dit bien qu'un grand persotinage carliste est blessé assez grièvement d'une bulle reçue à Oroquieta et caché dam les montagnes de Navarre ; mais on prononce plutôt le nom du prince Alphonse de Bourbon d'Esté, frère de Don Garloâ, ou Celui du marquis de Valdespina. Je ne sais pas ni M. Sagasta est mieux informé publiquement qu'en particulier, et s'il fait dire par ses journaux et par l'Agence Havas que le prince a franchi la frontière. En tout cas, il ne ferme pas les yeux tant il est poursuivi par l'ombre carliste. Dans la nuit du 11 au 12, à deux heures du matin, rêvant sans doute que le prétendant traversait le Manzanarès et priait le roi

300 L ESPAGlfE CONTBMPORAINB.

Amédée de reprendre sa place à la cour italienne, il lança au gouverneur du Guipuzcoa ce laconique télégramme : « Où est Don Carlos? » comme on demande a quelqu'un : « Quelle heure est-il? » L'histoire ne dit pas si le gouverneur s'est levé pour aller voir « où est Don Carlos » .

Soit par suite de Vinduho^ soit par suite de l'échec d'Oroquieta qui a augonenté le désordre des bandes navarraises, les partisans de cette province sont à présent très-dispersés. Ils ne présenteront plus un corps résistant tant qu'ils ne se seront pas rejoints. Aussi le maréchal Sérrano a-t-il laissé au général Moriones le soin de maintenir la Navarre dans ce demi-état.

\jindulto a été sur le point de produire un résultat contraire chez les libéraux. L'immense majorité des Basques étant carliste, les liabitauts qui n'appartiennent pas à cette opinion se donnent la dénomination de libéraux. Les Sébastia nais sont libéraux; une partie des Tolosans et des Hemaniens également. Dans les bourgs un peu importants, il y en a plus ou moins. Ces libéraux, ceux qui ne sont ni boiteux, ni manchots, se sont organisés en volontaires de la liberté. Costume : pantalon rouge, tunique bleu gris avec pèlerine de même couleur, boina rouge avec plaque de cuivre au sommet en guise de houppe, baïonnette au ceinturon, vieux fusil. Fonctions : exercice et parade devant Tayuntamiento, musique les jours de fête, petits et grands verres Saguardiente. Dès que la nouvelle fut apportée de Vindulto^ ce fut un haro général sur le maréchal Serrano dans le camp des libéraux. Comme le bruit arrivait en même temps que le danger dimi-

SL IICDULTO. 301

nuait en Nayarre et qu^on n^anrait pas à faire appe] à la bonne volonté des compagnies, la gent progressiste piailla tout à son aise. Le tambour battit le rappel, la trompette invita les volontaires à s'assembler. On délibéra, on vota des blâmes au maréchal. « Comment! on fait grâce à ces carlistes ! II faut fusiller toutes ces canailles ! Serrano trahit ! Déposons les armes ! » La finale est, disent les médisants, ce qui leur tenait le plus au cœur. En exécution du vote, les volontaires d'Hemani, de Saint-Sébastien et de Tolosa ont accroché leurs fusils au clou. Yoilà M. Serrano bien puni. Excités par tous ces boinas à plaque qui faisaient mine de se révolter, les ayuntamientos de Saint-Sébastien et de Tolosa décidèrent de demander au lûaréchal le retrait de Vindulto. Le 1 1 , une commission de chaque municipalité se rendit à Zumarraga, je crois, où se trouvait le commandant en chef. Le gouverneur de la province accompagnait les commissaires. Dans l'entrevue qui eut lieu, les délégués exposèrent leur réclamation, exprimant l'espoir qu'on allait en finir avec les carlistes. M. Serrano leur répondit à peu près, et j'ai lieu de croire mes informations rigoureusement exactes, que le gouvernement n'avait pas la pensée d'amnistier tous ceux qui avaient irenipé dans Tinsurrection, qu'il se proposait de faire des exemples, bien que Vindulto ait été promis d'une manière générale; que, en ce qui concernait le carlisme, il se disposait à l'éteindre à tout jamais et que le président du conseil, M. Sagasta, engageait les députations provinciales à lui indiquer tous les moyens propres à empêcher le retour d'un soulèvement. Je n'affirmerais pas que

309 L*£8PÀGirB OOITTEMPORAIIIB.

j'eusse promis Yindulto si /étaÎB à la p)&c« an gott» Yernement de Don Amadeo^ mais l'ayant promist je tiendrais pal'ole. L'interprétaiion jésuitique qu'il paraît vouloir faire de son propre décret serait une mala*< dresse bien plus grande que de Tavoir rédigé dans dé» termes aussi larges. Elle serait de plus une déloyauté» Les eioeptions dont parle le maréchal porteraient sur quelques-uns des quaratite députés carlistes qui ont cependant rendu au gouvernement le service d'affaiblir notablement Topposition parlementaire en se re-^ tirant du Congrès, sur les chefs militaires et sur les curés*

Quant i déraciner à jamais le carli^me du pays fiasque et de la Navarre, je serais curieux de savoir le moyen qu'emploieront MIVL Serrano et Sagasta. Dans ces provinces montagneuses, les gens naiftSent carlistes comme ils naissent porteurs d'eau en Auvergne et blagueurs le long de la Garonne. Pour faire subir la plus petite transformation à ce caractère national si vigoureusement dessiné, je n'exagère pas en disant qu'il faut laisser le temps à une généraiiôti nouvelle de pousser. A moins que M. Serrano ne fasse des carlistes ce queTonfit desAmalécites, qu'il ne les extermine en masse. IJindulto, inéme restreint, ne permet pas de supposer cette violence.

Sans connaître au juste le plan de M. Serrano, on croit généralement que le gouvernement est décidé à appliquer, entre autres, deux mesures énergiques : maintenir indéfiniment les provinces du Nord en état de guerre; transplanter les curés basques et navarrais en Andalousie, par exemple, et les Andalous en Na-»

tarre et dflriê te pftjrs banque. Le» curé» Ortt lé loft^ dans ces pfotittces carlistes, dé trop s'oeoupêt de po*« litiqiie, bien que^ dam plusieurs villes, d Pampeltidé, pour tie citei' qu'elle, Tévêqué et le cletgé patrtpèltfliois s'en tiennent éloignés. Les ptétfes des campagnes ne gardent pà^ cette résct^e; Lenr motalité est excellente; ils rendent de trais services à la population, quîj en retour, est complètement à leur dévotion. Mais ils la fanatisent en lui répétant sans ceâSe que la cause de Don Garlos est la cattse de Dieu. Il est à présutnef que DiéU a abandonné depuis longtenips à elle-même la politique des Kspagnes. Malgré cet excès de 2èlé pour ce qu'ils considèrent comme le triomphe de la religion, Ces prêtres méritent des égards, car ils ont contribué puissamment à maintenir les mœurs dé ce pays dànsuUe pUreté admirable. Si on leS transportait datls d'autres provinces, les districts du Nord perdraient certainement au change, lors même que la gUferré civile ne reparaîtrait plUs dans leurs monta ^nes. Cette tnesure présentera une double difficulté. D'abord, Comment enlever ce clergé très-nombretix et le fixer ailleurs? Il est probable que la population opposera la plus vive résistance et une résistance à main armée. Ensuite, où trouver des prêtres connaissant le basque et pouvant Se faire entendre de leurs ouailles? Nous verrons les aloès fleurir au Groenland avant de voir les Basques et les Navarrais garibaldisés par les Italiens de Madrid.

Il n'y a donc plus en Navarre que le général Moriones avec quelques bataillons. Le maréchal Serrano et son état-mî>jor ont traversé, il y a trois ou quatre

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heuriïs, le haut Guipuzcoa en se dirigeant vers Vitoria et Miranda pour entrer en Biscaye. Toutes les forces disponibles ont été envoyés au maréchal . Les chemins de fer et les bateaux à vapeur ne cessent nuit et jour d'effectuer le transport des troupes, derartillerie, des mitrailleuses et des vingt bataillons de fantassins que M. Serrano a jugés nécessaires pour soumettre la Biscaye. Quelques personnes ont parlé de vingt mille hommes d'infanterie, mais on a confondu les mots. U s'agit de vingt bataillons, c'est-à-dire de dix mille hommes, chiffre énorme, puisque la Péninsule n'en compte que trente cinq mille de cette arme, la première et la deuxième réserve appelées par le gouverment n'étant pas encore en état probablement d'entrer en campagne. On prête au maréchal le projet de diviser son armée en six colonnes et de cerner les Biscayens qui sont au nombre de huit mille dont cinq, dit-on, passablement armés. Je ne crois pas qu'ils résistent aussi vi^oureusemeni que les autres Basques, et j'ignore tout à fait s'ils ont des chefs. Lorsqu'on les aura dispersés, il est vraisemblable que la Catalogue, dont on signale chaque jour l'agitation croissante, se soulèvera à son tour, pendant que la Navarre reprendra haleine, et obligera le maréchal Serrano à faire la navette de l'ouest à l'est et de l'est à l'ouest du nord de l'Espagne.

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