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* Astigarraga, 17 mai.
Le parti carliste est né en Espagne , le 29 mars 1830, le jour où Fernando VII promulgua la Pragmatique de Carlos IV. son père , qui reconnaissait aux femmes le droit de succession au trône, conformément aux anciennes Constitutions d*Aragon et de Castille. La législation primitive de l'Espagne permettait, en effet, au sceptre de tomber en quenouille. C'est ainsi qu'Isabel F^, en épousant Fernando le Catholique, lui apporta la couronne de Castille; que Carlos V d'Autriche hérita de la couronne du chef de sa mère, Juana la Folle; que Louis XIV de France, lors de son mariage avec Marie-Thérèse, renonça à régner sur la Péninsule par la capitulation matrimcmiate. Felipe V, son petit-^fils, roi d'Espagne par le testament de Carlos II, changea cet ordre de succession venu des Goths par les Aragonais et les Castillans. Il introduisit, de J'aveu des Cortès, la loi salique suivie en France; ou plutôt, il restreignit la succession des femmes au cas où il n'y aurait pas d'héritier mâle dans la descendance
directe du roi régnant ou dans la branche collatérale. Lorsque Carlos IV arriva au pouvoir, il demanda aux Gortès, en 1789, le retour au vieux droit successoral. Ses deux fils, don Fernando et don Carlos, âgés Tun de quatre ans et l'autre de huit mois, avaient tous les deux une santé délicate. On àtàit peu d'espoir de les conserver à la vie. Dans la crainte que leur perte ne laissât le trône aller en d'autres mains, Carlos IV signa une Pragmatique qui, a défaut d'héritiers mâles , investissait de la pourpre sa fille, dona Carlotta, mariée au fils du roi de Portugal. «La nature, qui déjoue les prévisions , accorda de longs jours aux infants don Fernando et don Carlos. Elle ne voulut pas que les couronnes de Portugal et d'Espagne se réunissent sut la tête de l'infante Carlotta, comme jadis celles d'A^ ragon et de Castille. De même que Carlos IV avait été sur le point de n'avoir d'autre héritier que sa fille 4 Fernando VII faillit transmettre le trône à son frère. Sa troisième femme , Marie ^Amélie de Sftxe^ étilit morte sans lui donner d'enfamts. C'était en 1829« Le roi Fernando essaya d'un quatrième mariage. A la fin de cette même fannée, il épousa èb. nièce, Marie'^ChîiV tine de Naples, fille d'Isabelle^ reine des Deux-Sicile8« La jeune reine devint grosse; et le 29 mars ISSO, Fernando VU fit publier la Pragmatique de Carlos IV^ afin d'assurer la royauté à son enfant ^ quel que fftt son sexe< Marie «Christine accoucha d'une fille, donà Isabèl, reine de{)uis sous le titi^e d'IsabelII la Càtho-^ lique et qui a abdiqué récemment en faveur de son fils l'infant don Alfonso de Bourbon, prince des Asturies, Alfenso XII.
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La fiaîssancë tardive de dofift Isabel à fiitt éeiofë le earlismet Voiei comment ! Fernando Vll^ n'ayant eu cet etifant que sur l'extrême limite de ifl vie ^ bien qu*il ne fût âgé qtie de ijudrante-six ani« fton entoU^ mge s'était préoccupé de lui donner tin ëucâesseuf . Et comme sfi santé était chancelahte ^ déclinant chft<que jour, {>lusieUrs avaient même songé à obtenir son abdication au profit de son frère^ don Cftilos^ lies hommes atta<$hés aux idées absolutistes se montraient surtout impatients de voir réuisir cette manoeuvre. Fernando VII avait le tort à leuf s yeux d'avoir juté les Constitutiobs de 1813 et de 1823 < Don Caflos, au contraire, était un piince aussi hostile aux nouveauté! que respectueux pour la traditioti. En outrei sa dévo« tion était poussée jusqu'au mysticisme ^ Le clergé comptait faire aisément de lui sa créature» Diverse^» tentatives 4 entreprises daiis le but de lui donner le trdne^ échouèrent. La révolte de Bessières en 1886| leà troubles qui éclatèrent en Aragon dans Tannée 1827 ne purent pas aboutir^ Mais, au mois d'août 1833, quelques mois après les secondes couehes de k reine Marie-Ghristine qui venait de donner au roi une seconde fiUe^ Maria-Luisli-^Fernanda, aujourd'hui duchesse de Montpensier^ Fernando fut pris à Ifl Grànja d'iln iriolent accès de goutte qui le mit à deui doigts de la mort. Le parti absolutiste 6t apostolique qui avait à sa discrétion le premier ministre Galomarde, profitant des souffrances qui troublaient l'esprit du roi , lui arracha la révocation de la Pragmati^*' que i Le bruit né larda pas à s'en répandre. La sùsût de la reine^ dofia JiUisa-Garlottai (}ui avait une grande
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influence sur le malade, accourut de Cadix à la résidence rayale, déchira de sa main Tacte de révocation et, rappelant au monarque et Tœuvre de son père et ses serments et sa jeune fille, Tinnocente Isabel, qu'allaient dépouiller des intrigues de cour, lui fit renvoyer Calomarde , le décida à annuler la révocation, à maintenir la Pragmatique. En eifet, le 31 décembre suivant, Fernando convoqua ses ministres, la dépuiation de la grandesse, Tarchevéque de Tolède, le patriarche des Indes et les dignitaires de la Couronne. En leur présence , il protesta contre la violence dont il avait été Tobjet et déclara solennellement que sa fille, rinfante Isabel, était la seule et légitime héritière de son trône. Sa déclaration porta au comble la fureur du parti absolutiste , à l'instigation duquel des troubles éclatèrent à Burgos, à Tolède, à Valence, a Léon, en Catalogne, en faveur de don Carlos. Fernando, suivant les conseils de son nouveau ministre, Zea Bermudez, exila son frère en Portugal, réunit les Cortès et, dans une cérémonie qui se célébra avec toute la pompe de la vieille cour et où la fameuse formule. Que Burgos jure et Tolède jurera quand je l'or^ donnerai! ne fut pas oubliée, il affirma publiquement la Pragmatique. Un peu moins d'un ail après, le 29 septembre 1833, il mourut. Sa fille, dona Isabel, bénéficiaire de la Pragmatique, fut proclamée reine des Espagnes, sous la régence de sa mère, la reine Marie- Christine. Alors commença cette guerre de revendication dont le premier acte ne se termina, en 1839, que par la trahison de Maroto et la Convention de Yergara. Telle est lorigine du parti carliste.
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Au point de vue du droit monarchique, de la légitimité successorale, beaucoup d^excellents esprits, légitimistes dVpinion , n'hésitent pas à dire que don Alfonso de Bourbon , fils d'Isabel II, est l'héritier vrai, incontestable, du trône d'Espagne et que la prétention du petit-fils de don Carlos V, frère de Fernando YII, Carlos VU, repose sur une confusion. D'abord , Felipe Y n'a pas introduit en Espagne la loi salique pure ; il n'a fait que modifier, l'ancien droit espagnol en restreignant le droit des femmes. Ensuite, si Felipe V pouvait ainsi changer, même de l'aveu des Cortès, l'antique constitution du royaume, il n'y a pas de raison pour refuser à Carlos IV , à Fer^ nando VII et aux Cortès la faculté légale de revenir au droit primitif. C'est ce que pense en Espagne la majorité de la noblesse, ainsi que j'ai eu déjà l'occasion de le dire à propos d'une polémique soulevée à Madrid, à mon sujet^ il y a deux mois, entre carlistes et alphonsins. C'est ce que la noblesse a toujours pensé depuis l'avènement d'Isabel II ; je n'en veux d'autre témoignage que le vote par lequel, en 1834, soixante et onze grands d'Espagne de la Chambre des Pairs ont exclu de la couronne Carlos V, premier du nom.
Malgré la netteté de ce raisonnement, le frère de Fernando VII, Carlos V, n'en persista pas moins à revendiquer la succession fraternelle ; après lui, son hls, Carlos VI; et aujourd'hui encore, l'héritier de Carlos VI, Carlos VII, le prétendant qui se bat à cette heure dans le pays basque.
Ce prince, Carlos VII de Bourboà et d'Esté, est né à Venise, le 29 mars 1848, de don Juan de Bourbon
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et de dona Beatrix d'Esté, archiduchesse d*Autricrfie. Il a fait ^s études à Vienne, à Taesdémie militaire. En 1867, il a épousé à Gratz, en Styrie, la ppineesse Marguerite de Bourbon, fille de la duchesse de Papme et nièce du comte de Chambord. De oe mariage sont nés trois enfants : dona Blanca , don Jaime et dona El vira. Le duc de Madrid, Carlos VU, établit seft droits à la couronne d'Espagne sur la loi de sueoes» sien agnatique de 171B qui, à supposer que U Pnig» viatique n'existât pas, lui dévoluerfiit effectivement lea droits du fils atné dç Carlos V, don Carlos «Luis «Maria* Fernando, comte de Montemolin, son onele, mort sfins postérité en 1861. L^héritier de eelui<^ei, don Juan, ayant sigpé, à Paris, le 3 octobre 1868, un acte d*abdication en faveur de son BU, tous les droits Revenant du ehef de Carlos V d'Espague , si droits il y a, reposent sur la tétç du prétendant Carlos VIL
Le soulèvement qui s'agite dans le nord de la Péninsule est le huitième que les carlistes entreprenQent. L'histoire politique qt militaire de ces huit eampagues serait assqr ornent fort intéressante. Je ne me propose pas de récrire ici , ni mâme de noter point par point les opérations actuelles du prince ou celles du due de la Terre dans les provinces soulevées. Les renseignements que j'ai pu recueillir dans les Gastilles, la NavaiTc et les contrées vasoongades, ne sont pas assee préeis pour me permettra d'en tracer dès à pressent le tableau , comme on pourrait le faire d une bataille à laquelle on viendrait d'assister du haut d'un observatoire. Quant aux informations o(&eiellep données par le gouvernement du roi Amadeo , je les ai
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si (Miiv0nl furprises, dans le cours de moa voyage, ea Qngfaat délit de mensonge, que je n*y ajoute plus la moipdre foi. Les autres réeits qui coppent le monde soqf empreints de la môme exagération, à moins, ce qui leur arrive souvent, qu'ils n'aient pas le sens commun. Je venv me borner, après avoir indiqué l'origine du carlisrae , à expliquer clairement ce qu'il eat.
On a vu que le paiti absolutiste et le parti dérieal qu'on appelait alors apostolique, n'avaient pas voulu pardonner à Fernando VII d'avoir subi les oonstitu:tions de 1813 et de 1633 et qu'ils s'étaient ralliés autour de son frère , Carlos V, dont le tempérament aurait mi^ux servi leurs desseins. Bien que la régente Marie'-Christioe ne se soit pas abandonnée aux libéraux et que son gouvernement ait plus souvent tenu de la monarchie absolue que de la monarebie constitutionnelle , oe régiipe parut encore l^eaucoup trop révolutionnaire aux monarchistes dissidents. La guerre ne cessa pas un jour, politiquement du moins , entre les carlistes et les christinos. Elle ne désarma pas davantage en 1854, après le départ de la régente et Témancipation de la reine Isab^lII. Jusqu^en 1868, elle a continué entre les carlistes et les isabellistes. A plus forte raison, ne s^est-elte pas apaisée depuis, la constitution démocratique de 1860 s' éloignant de plus en plus, non-seulement de la monarchie absoluç , mais de la monarchie parlementaire, mais d'une monarchie nationale.
Comme à Tépoque de la proclamation de la Pragmatique, le clergé est le principal appui du carlisme.
Il a été tout-puissant en Espagne. Il y jouit encore de beaucoup d'influence , la Péninsule étant le plus catholique des pays d'Europe. Il s'en faut qu'il soit aussi éclairé que le clergé français. Dans les campagnes surtout, ses lumières sont assez bornées. Je ne pense pas toutefois, ainsi que le répandent ses adversaires , qu'il rêve de rétablir l'Inquisition ni rien de semblable, parce que les esprits répugnent aujourd'hui à ces excès de fanatisme. Mais certainement il ambitionne de reconquérir le pouvoir et d'avoir un souverain à sa dévotion. Pour être exact, tous ses membres ne sont pas carlistes. L'Épiscopat, les titulaires des hautes charges ecclésiastiques , les chanoines des cathédrales, les curés des villes sont en majorité alphonsins. Le carlisme se concentre parmi les desser* vants des paroisses rurales et encore y a-t-il dans leur opinion des degrés d* orthodoxie. Dans les provinces méridionales, par exemple, les prêtres ont une vie moins sévère que dans les districts septentrionaux. Cela tient aux mœurs ambiantes qui dérivent ellesmêmes quelque peu du climat. Par suite ou par simple coïncidence, leur ardeur politique semble suivre la latitude et décroître à mesure que l'on descend vers les régions plus chaudes où les excitations d'une nature luxuriante combattent d'ailleurs l'action religieuse . En résumé, à peu près partout, le bas clergé est carliste et prêche ouvertement , car en Espagne chacun exprime tout haut son opinion, et prêche, dis-je, le rétablissement de Carlos YII , le roi selon le cœur de Dieu et surtout selon l'Eglise, le roi absolu , omnipotent, omniscient, el rey neto !