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En 1830, le groupe des hommes politiques qui, de concert avec le parti apostolique, se détacha du berceau d'Isabelle, comprenait un certain nombre de personnages que Fon avait vus mêlés aux affaires de rÉtat sous le roi Joseph et sous Fernando VU. Les scrupules religieux dont ils furent alors assaillis décidèrent en partie leur scission. Mais, il y a quarante ans de là. Ces hommes ne sont plus. Pendant le petit demi-siècle qui s'est écoulé, les carlistes sont restés constamment en dehors du pouvoir et du mouvement des idées. Ils n'ont pu se former des chefs. Du reste^ la croyance que le salut dans l'union étroite de la religion et de la politique s'est peu à peu éteinte ou refroidie, par bonheur ou par malheur, je n'oserais me prononcer à cet égard ; et la plupart des intelligences qui se sont révélées durant cette période se sont résolues à servir la régente Christine ou la reine Isabelle dont les principes étaient moins obstinés. On peut même dire, ce qui est piquant, que le carlisme n'a pas enfanté un seul homme politique. Son chef avoué. Don Candido Nocedal surnommé le vice-roi, est un progressiste, voire un ancien démocrate ! On commence souvent par là. Parmi les trente-sept députés carlistes que les élections du Ô avril dernier ont envoyés aux Cortès et qui se sont retirés à l'appel de Don Carlos, il est sûrement des hommes de valeur. Il
n'est pas un leader^ un chef d'Etat! sauf M. Nocedal, dont il convient encore de ne pas exagérer l'importance. C'est bien peu pour gouverner la plus ingouvernable des nations.
Cette espèce d'ostracisme dans lequel le carlisme
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se débat, à eètë de la vie publique, a éloigaé de lui également et les géséraux et l'année. L'arma e»t, en Espagne, un élément indispensable de la politique. Un parti ne peut rien sa^s elle et elle peut tout contre les partis. Il y a quarante ans que les carlistes se battent bravement sans suceés. En quelques beur^, le maréchal Prim a fait un pronunciameqto. Or, voilà quarante ans aussi que l*armée eombat les soulèvements earUstes. Je ne erois pas qu'il y ait un génëral espagnol qui n^ait gagné ses étoiles dans les espédi* tiens contre les partisans de Don Carlos ; on comprend facilement que bien peu d'entre eux soient favorables au prince. Tout ^u plus, eà et là, daps un bataillon, se trouve-t-ii un ofEcier disposé à mettre son épée au service de sa cause. Quant au soldat, je ne sais pa^ s*il professe une opinion, mais il est admirablement discipliné, il suit toujours son drapeau. Entre autres eiLcipples, je citerai celui d'un régiment d'infanterie qui tenait garnison, il y a quelques jours, à Bilbao. Il parait que les carlistes avaient des motifs de compter sur sa défection. Dix-huit fantassins et deux sergents ont seuls répondu à leurs propositions.
Au surplus, ce n*est ni dans la noblesse ni dans Farmée, ni chez les hommes d*,Etat ou dans les classes éclairées que se recrute le parti de Don Èarlos. C'est dans le peuple. Soit qu'il subisse la direction des curés ou qu'il en partage bien réellement les goât^, soit qu'il obéisse à Pinstinct de l'habitant des champs pour le pouvoir absolu, le paysan espagnol a les tendances du bas clergé. En effet, il n'est guère que deux o|d[nions admises par les masses : ou la révolution qui
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outre une libre carrière aux appétits^ ou la proteotion excdisive d0 rÉtati Celle-ci doftiine dans les villages et delle-lâ dans les ceniresi En Espagne où la sécurité existe à peine et où les traditions religieuses se confierteât, le populaire rural a un penchant naturel et presque général pour la monarchie autoritaire et cléricale. Gela est yrai particulièrement pour les provifices du notd de la Biscaye» de rAlavai du Guipuzeoâ, de la Nayarre, de Léon, de Burgosi deFAragon et la partie de la Catalogne qui longe lés Pyrénées ou forme le district de Gerotia<
La Nararre et les provinces vdscondes sont^ daiii ce nombre, le sânetuaire du carlisnie où les enthou-* siasmes se réchauffent, où les partiians se multiplient eomme les chênes des forêts (jantabriques que le bûcheron ne parvient pas à éclaircir. Lés trois sœufs ont été protégées de Tinvasion des mœurs étrangères par des causeft diverses. La langue basque que seules elles parlent^ n'a pas permis à la démocratie dé leur faire la cour. Leur configuration géographiquci configuration commune à la Navarrci en fait la Suisse de ribërie^ Suisâe montagneuse, semée de pics, dé chaitions, Coupée de ravins et de fondriètesi isolée dans une oasis qu'enveloppent les massifs pyrénéens ^ la nîier, lei plàinë^ désertes de la Gastille< G'est à Tabri de cet ermitage que se perpétue le peuple vasco^âa^» varrâin, type au^^i vigoureux qu'original » Ses traits sont êeéé et Mëttettient déconpél^ Il est sobre, dur à la fa« tigue^ dévoué, courageux, fait pour la guêtre; Na^ vârrâis et Gnipuzt^oans naissent soldats. Gomme 1^ ftetîplàdés primitives que la eitilisation n'a pas altérées^
il est non moins religieux que guerrier. Ses prêtres sont nombreux et d*une moralité excellente. Il est élevé, conseillé, secouru, dirigé par eux. Il vit avec eux, parce qu'ils ont la même origine que lui. La bien modeste existence que leur assure un viatique de huit cents réaux n'oflusque pas sa pauvreté. Le curé est le meilleur ami du montagnard. Tous les deux croient en Dieu et sont carlistes. La cause de Don Carlos est bien plus à leurs yeux une affaire de religion qu^une question politique, ywa don Carlos! et yiça Dios! sont tout un . Il ne faut pas chercher d'autre mobile à leur dévouement. Il savent bien que leur misère sera la même, Carlos VII montant sur le trône d'Espagne, et qu'ils seront obligés comme avant de gagner leur pain à la sueur de leur front, mais leurs pères leur ont dit que Don Carlos était le roi que Dieu leur avait donné pour souverain légitime; les prêtres, chaque jour, leur répètent que Dieu sera irrité contre son peuple tant que Don Carlos vivra dans l'exil, et alors ils quittent leur chaumière, ils prennent un fusil, une arme quelconque, un pieu et les voilà partis sous la conduite du premier qui se met à leur tête. Leur foi naïve et leur bravoure sont admirables. En Navarre et dans le pays basque, toute la population est carliste, grands seigneurs, bourgeois, ouvriers, paysans, enfants et femmes. Le marquis de Valdespina se bat à côté de son fermier et le valet de Don Carlos Calderon suit son maître à la bataille. Le moyen âge, qui a survécu dans ces contrées, y laisse persister la simplicité antique. Il n'y a pas d'hostilité entre les classes, parce qu'elles sont en continuel échange de rapports «