LE PARTI CARLISTE
Lorsque la population se met en campagne à Vappel de son roi inpariibus^ elle n'en a pas eu d'autre depuis 1832, ou aux sermons des euros qui prêchent la croisade comme au temps de Pierre TErmite, chaque village s'organise à sa guise. Un ancien officier, Recondo, lève une bande de cinq ou six cents hommes. Un danseur, Amilivia, réunit un millier de Guipuscoans.
Un général, M. Diaz de Rada, rallie deux ou trois mille Navarrais. Carraza court la montagne avec une colonne de trois cents paysans. Des chefs de moindre importance conduisent des compagnies de cinquante ou de quatre-vingts partisans. Si le roi vient en Espagne, cela ne s'était pas vu depuis la première guerre où Carlos V avait établi son quartier-général à Onate et où l'infant Don Sébastien, aujourd'hui retiré à Pau, tenait l'épée, quelques bandes se réunissent et viennent faire au prince une escorte d'honneur. Le 3 mai, à Vera, près de la Bidassoa, les Navarrais sont venus fêter l'arrivée de Carlos VII, et l'ont reçu sur le sol espagnol, au sou des cloches, à genoux sur la route. Le respect pour la royaulé est tel chez ces braves gens qu'ils honorent même les princes qui sont à leur sens des usurpateurs. Lorsque Te mpereur Napoléon III et la reine Isabelle II eurent une entrevue à Saint-Sébastien, il y a quelques années, les paysans s'agenouilliaient le long du chemin de fer sur leur passage.
Malheureusement, tout en ce monde, jusques et y compris l'Espagne, tend un peu à s'uniformiser. L'originalité finira par disparaître de la terre. Il y a tou-
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jours des carlistes, il j en aura longteiôps eneôre. Mais où étes'Vout? Don Ramoâ Cabrera^ général Ztt<dialacarréguj^ cbanoiile Tristanyf curé BIêl>iDo!Ga>brertf était uti offioief nlédîoore, peu Tcrsé dans la scieiKîê militaire. U était doué en revanche d'un coup d'oril iafaillible. Lorsque d*tln tooher il apercevait rennetni^ U fondait sur lui aomme un fauves Lé tigre du Maestrazgo ne mancpiait jamais sa proie. Sa capa rouge et soh cri de guerre semaient là terreur dans les rang» des christinos en même temps qu'ils électri^ saîent les sieAs. k Vous lirez le récit de fflés batailles^ h disait'^il un jour après avoir étudié un chapitre de là Campagne de Russie par M. de Ségur; et son regard ajouuit s « vous comparerez ! * Le général n'a paà écrit %ti mémoires, dn moins il ne les ci pas publiés ; et il vil fort tranquillement en Angleléri'ei Là îtê^ qnentation de ee peuple politique Ta apprivoisé. Une diarinddte et tl^->richè )ad^ lui a rogné les ongli^ et limé les dents, comme au lion dé la fable. Le ûpe du Maestrazgo a mainienam des velléités de Hbérâlidfne. n est partisan de la liberté des coltes, grand scandale pour les onhodojies do carlisnie \ et il secoue molles ment sa crioièfe blanche atii pieds d'Oriipbale. La foritfae change les homnies. Le général Diaz de Radd est loin de Zuttialacat'i'éguy, sorte de hérô* à demi Sauvage qui faisait tretoblet, lirf aussi, \éi troupes de M»rie--Chfistine.
Cependant, le carlisme vivra encore de longues aminée», bien qu*ii étni Vi-àiSemblâble (Jtté èeiie huitième entreprise détienne lé Èuilièètte cb^pitté de ses défaites dan» ks fastes nfîlrtairt» de la bi-^che cadette
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d«s BoUtbons d'Espagne. Sa mauvaise oi'gAûisaliolii la pénurie financière qui le paralyse dans un temps oh la politique péninsulaire ne se traite qu'argent eomptant) le manque d'armes, le défaut de capitaines habiles rendent la partie belle au maréchal Serrano. Il semble difficile qu'il la perde. Mais les carlistea ne profiteront deYindulto que pour se soulever à la première occasion plus favorable. « Nous recommencerons », ai-je entendu dire, il y a quelques jours^ à plusieurs partisans de la bande de Recondo qui, la veille, avaient fait leur soumission entre les mains du brigadier Primo Rivera, à Puente de la Reyna< Ils avouent naïvement leur bonne foi. Et lors même que souvent ils sont ejiploités par des drôles qui prétextent de leur dévouement à Don Carlos pour leur faire prendre les armes et mettre à contribution les ayuntamientos ; au premier jour, on les verra reparaître, le boina blanc sur la tête , la ceinture blanche autour des reins, la marguerite carliste à la bouton iiiére^ enlevant les rails des voies ferrées, coupant les télégraphes et priant poliment les voyageurs de leur laisser visiter les wagons pour s'assurer qu'ils ne transportent pas des militaires*
Sans doute^ il leur sera de plus en plus difficile de réussir. Lors de la guerre de sept ans, il fallait plusieurs semaines aux troupes royales pour franchir les deux Castilles et venir de Madrid en Navarre. A présent, il suffît de quelques heures. Ils n'ont même plus le temps de se concerter. Une dépêche de la Capitainerie générale au ministère de la guerre^ et le endemain deux ou trois régiments sillonnent leurs pro-
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vinces. Malgré tous ces désavantages bien évidents, le carlisme est à ce point passé dans leurs veines, il a si intimement pénétré leur esprit, leurs mœurs, leur cerveau, tout leur être, qu'il faudrait l'extirper de deux ou trois générations successives pour réussir seulement à détruire quelques-unes de ses racines.
C'est ce que se propose d'exécuter le gouvernement de Don Amadeo. Le roi correct, El rey regular^ comme on l'appelle, voudrait que tous les sujets que lui a donnés le maréchal Prim obéissent à la même loi. On prétend qu'il tentera de frapper les fueros des pays basques; si l'agitation carliste, les barricades républicaines et la politique alphonsine, venant à faire la boule de neige, lui en laissent le temps. C'est une bien grosse entreprise que ce'le de s'attaquer à ces libertés séculaires! M. Sagasta, président du conseil des ministres, est disposé à cet essai. Du moins, Fa-t-il donné à comprendre dans les instructions que les députations forales des provinces soule\ées ont reçues de son cabinet. M. Serrano semble
décidé pareillement à porter un coup décisif aux carlistes, si l'on en croit sa réponse aux délégations des ayuntamientos de Tolosa et de Saint-Sébastien qui sont montés à Zumarraga pour le supplier de retirer Yindulto que le gouverneur du Guipuzcoa n'avait même osé faire afficher dans sa capitale, tant il a excité de colère parmi les libéraux. Toutefois, ses paroles n'ont pas été jusqu'à présent suivies d'efl'et, les conditions qu'il impose aux bandes qui se soumettent étant en somme assez douces.