‹ L'Espagne, Cuba et les Etats-UnisChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans le Message qu'il adressait au Congrès, le 7 décembre 1896, et que les Etals-Unis, les insurgés cubains, l'Espagne et l'Europe entière attendaient impatiemment, le Président sortant de la grande république américaine, M. Cleveland, s exprimait en ces termes, pesés et mesurés * : « Uile de Cuba est si près de nous qu'à peine estelle séparée de notre territoire. Notre intérêt pécuniaire engagé dans Tile occupe le second rang, vient immédiatement après celui du gouvernement et du peuple espagnols 2. En outre, les Etats-Unis se

^ D'après le long résumé télc^graphié à El Imparcial et reproduit paria Época du mercredi 9 décembre 1896.

2 « On calcule, sur des bases certaines, que les capitalistes américains ont, pour le moins, de 30 à 50 millions de dollars employés en plantations, chemins de fer, exploitations minières et autres entreprises à Cuba. Le mouvement commercial entre les États-Unis et Cuba qui, en 1889, représentait environ 74 millions de dollars, s'éleva, en 1893, à près de 163 millions, et en 1894, un an avant qu'éclatât l'insurrection actuelle, atteignait encore 96 millions de dollars. » — Message de M. Cleveland.

74 l'eSPAGNE, cuba et I.ES ÉTATS-UMS

trouvent inévitablement impliqués dass k lutk soit par les vexations, soit par les domtnaj» matériels qu'ils ont à souffrir. »

Et le Président développait tout au long ce> motifs. Il y a, aux Etats-Unis, des Cubains réfugiés qui intriguent, conspirent, s'agitent, excitent Topinion publique contre TEspagne. Il y a, à Cuba. des Cubains renégats qui ont acquis la nalionalilé américaine, mais ne s'en mêlent pas moins, au contraire, ne s'en mêlent que davantage des affaires de Cuba et, sous le couvert de leur nouvelle patrie, combattent l'ancienne plus librement. 11 y a, un peu partout, dans les Etats confédérés. « des éléments turbulents et aventureux » qui ne cachent pas leurs sympathies pour la révolution et (|ui ne demandent qu'à les lui témoigner d'une f«(;ou très active. De là, des embarras, des occasions de conflit et aussi des occasions de dépenses. car il faut entretenir une police vigilante à Finlérieur et sur les côtes, pour empêcher, autant ((iril est possible, le recrutement et le départ d'expédilicms de flibustiers. Tout cela coûte, et, dt' la sorte, les Etats-Unis, intéressés à Cuba dans les aflaires cubaines, y sont, de plus, directement ou indirectement, mais matériellement, pécuniairemont intéressés aux Etats-Unis mômes.

LA POUTIQUE DE Ll>- >

Intérêt géographique, int«^r^* p-..

nancier, intérêt commeniîaî. p -ir : «i: -•- •— uisons donc et pour leur f>r:jr»?- pLi:- !-*• 7..t'-- Tnis, selon M. Cleveland, ont h>^ .z. r:»* -.. .i îoit en paix; et pour tMules o^ n.- ri-f. -k . i-— lagne à elle seule ne réus^Is-.ilt ZîLr b«»*c." •- i rétablir la paix dans l'ile. le prr< offrait amicalement ses h.n^ •f'Î!>»^.

d'ailleurs entendre qu'à la tran-T': . -*-' **" i i " — périté de Cuba, comme, f^r ^-irrr ..:, ii :«.*t. t.* rhumanité en général, k-s EVi.— f'i * i *.t.::"i" tant de prix que, le cas ét:h-:ii.î. c<^ i«:r.* -.'^..•*^ les mèneraient assez loin.

Les relations géographîqn-^ -r-r* L-t>-Vi. ♦ »'-.

de Cuba apparaissent, en erTrrt, ■^'.>-»-* i. --

saires, dès que Ton regard*? un-r ^.ir,-^. L. * jetée en forme d'accolade ^lAr^ î'-riv-v.^ :•:■ - • de la Floride et l'extrême f-io i . Y.* tU* * ► est comme l'arche principale i-i y:.\ : .. r- • -t TAmérique septentrionale aux A'r.-r. : ■. — » . ■ -, .et méridionale. Il ne sVn fa..: ■:;.^ : .- :> • qu'elle appuie au continent *«::, -%; :• *•. xVnlonio : non loin de là finit > T-v^*, *-•..-.. province espagnole dewrnfie. ?.::- Etats de l'Union. Géographiq ;^;2.r:.:. 1

se trouve ainsi, — c'est un fa>. 'î-: '

rcslrc, — dans la sphère d'attraction des Etats- Unis : sphère d'attraction qui s'étend à mesure que la niasse augmente.

Et ce n'est pas tout. Avant que, par sa proclamai ion du 1" janvier 1863, Abraham Lincoln eût aboli la servitude, un autre lien, un lien social, s'il est permis d'appeler ainsi l'esclavage, unissait Cuba, île à esclaves, aux Etats à esclaves du Sud de la (Confédération, créant de Tune aux autres une espèce de solidarité, les constituant en une espèce de syndicat pour résister et aux idées d'affranchissement qui venaient des États du Nord et aux mômes idées qui, d'Espagne, commençaient à se frayer un courant à travers l'Atlantique. Mais, ce lien môme ayant été rompu ou tranché, sur le sol américain d'abord, et, ensuite, sur le sol cubain, tous les liens pourtant n'en sont pas rompus ou tranchés du coup ; et une contiguïté historique et politique résulte, comme il est naturel, de la contiguïté géographique.

11 fut un temps où les Etats-Unis et l'Espagne se touchaient sur une frontière bien plus longue. Ea ce temps-là, l'Espagne était encore une grande puissance américaine, la plus grande de toutes,

et leâ Etats-Unis naissaient comme puissance américaine de premier ordre. Dès qu'ils se ren-

tA POLITIQUE DE L CMOX

contrèrent face à face, il fallut marquer les jk^hlions : et c'est à quoi voulut pourvoir le IraiU* signé à TEscurial le 27 octobre 1705 ^

Si ce traité était, ainsi que beaucoup d'autre*-

un instrument caduc, on n'en parlerait pai» \i'\:

mais, des vingt-trois articles dont il s<f' c^>mpow-,

il en est au moins un, Tarticle 7, qui. apn'* nu

siècle, a gardé toute sa force et toute ^a xv^i^wur.

Les Espagnols d'aujourd'hui ne le i'\U*u\ poiîjl

sans indignation : « De ceci, disent-îU. il n'y a

pas d'exemple, que Ton sache, dan- J'iji-toin*

diplomatique; une pareille clau«e n'a pu ^^*t\\r

que de l'imagination étrange. pn»di;ri*'ijw^ Ut'yU*-

trueuse, portentoso^ de rhomme d'Ktat. //// /'•//y-

(lista Godoy... C'est le fameux nriu-h' qtiî m A

à TEspagne tant d'humiliations - ! -

Plus simplement, M. Canovîj^ d^rl Oj-<i;Io Jdéclarait à la Chambre des d^'pijf»'- *': h' tr;jjf<'- d" 1795, et en particulier son arti' le 7, tV/Utln'^ U* rapports de l'Espagne avec h:^ Ktal-^-l'i;!- ;i Cih^j.

' Traité d'amitié, limites et n^ri;:i\..u "?/•'- •> Vf./ »•> '/ * v lique et les Etats-Unis d'Airi^n'j'j^. »,j.'.'«r * •%,vL',f'';,z/y i', i'«;i.. (à lEscurial). le 21 octobre I7'?î, p^r ':,fj M;.' ,^ ',*'iv: ,^ ;..,,/ l'Espagne, et M. Thomas PkknfrT- p ,f "< K* .•» ' ;„«.

- Don Juan-Bautista i^asas. i// h'f^ffo «^f^ffof a^^â //e /^//V/ Appendices, p. 481.

3 Discours prononcé au O ri^.'r"* <:*•♦ :<;, ,V« #* î/,^»;. ' , / . let 1896, en réponse à M. FrAT»/,i*'>/ s., ^-^s

Il les domine, parce qu*il stipule, pour les Espagnols aux États-Unis comme pour les Américains dans les colonies espagnoles, — mais ceux-ci sont dans le cas d'en user infiniment plus que ceux-là, et le li*aité tourne tout à Tavantage des Etats-Unis, — que les deux puissances ne recourront pas, en ce qui concerne les actes punissables de leurs sujets ou citoyens, ides tribunaux exceptionnels.

A cet article 7 du traité de 1795 se rattache le non moins fameux et non moins maudit protocole de 1877, qui fit scandale quand les journaux de Madrid, vers la fin de mars 1896, en révélèrent au public Texistence ignorée pendant près* de vingt ans^ Il précisait les droits ou les privilèges des citoyens américains en Espagne, dans les îles adjacentes, dans les possessions d'outre-mer, et ne mentionnait même plus de réciprocité au bénéfice des sujets espagnols dans les Etats et territoires de rUnion. Négocié en pleine guerre cubaine, il visait tout spécialement Cuba, les affaires cubaines, et la part qu'y prendraient, que devaient presque fatalement y prendre des citoyens américains.

Il était là-dessus clair et net. Accusé « de sédi-

i El Tiempo, El Siglo futuro, du 26 mars 1896. — Voy. D. Juanfiautlsta Casas, la Guerra separatista deCuba^ Appendice9fP.tôi

LA POLITIQUE DE L PlflO* 7i'

ion, d'infidélité, ou de complot e<.»ntre j^ in^-liutions, contre la sécurité publique*. c*»uu*e Jjhfigrité du territoire, contre le ^i^uv^riif-in^-Dl uprême, ou de tout autre crime que ce *.-. it ». Aicun citoyen américain ne pourrait t-lre è^'^umi-^ L aucun tribunal exceptionnel, à moiu^ qu'il ne ùt arrêté les armes à la main *. Et ce n'e^t ui ylu^ li oioins, remarquent amèrem*-nt i*-« E*'f«<i^Ti i-. |u'une prime à l'insurrection : c'e^t la lil-erté d*travailler à détruire la souveraineté de lErpa^me accordée aux citoyens américains, d'ori^iue ancienne ou d'adoption récente. Veut-on con-j*jrer à peu près à Taise, dans une sécurité et avec une impunité relatives, il n'y a que deux précautioD^ à observer, dont la première est d'acquérir, au préalable, la naturalisation américaine, et la seconde de ne pas porter personnellement les armes : moyennant quoi l'on peut tout dire, tout faire et tout faire faire ; on ne tombera jamais que sous la juridiction, bénigne en comparaison de la cour martiale, des tribunaux ordinaires. Quand

^ Protocole de 1877, entre les États-Unis (TAmérique et l'Espagne, signé par D. Fernando Calderbn Collantes et M. Caleô ^ushing (Voy. D. Juan-Bautista Casas, la Guerra separatista de Cwèa, Appendices, p. 484). Les Espagnols eux-mêmes font, d'ailleurs, l'éloge de M. Caleb Cushing Voy. dans la Época, du 3 décembre 1896, le travail qui a pour titre : La intervencion juzgada por la diplomacia americana.

Tautorité espagnole se présentera, si elle l'ose, on Tapaisera en mettant sous ses yeux un papier au timbre des Etats-Unis : Civis romanus ego siim! En fait, c'est ainsi que les choses se passent, et Texemple en abonde. Que de citoyens américains se découvrent chaque jour à Cuba, qui n'y vinrent point du nord et portent un nom aussi peu anglosaxon que Ruiz ou Sangiiily !

Quoi qu'il en soit, et tant que subsistent le traité de 17!)5 et le protocole de 1877, tous deux joints règlent officiellement, diplomatiquement,

IF

les rapports de TEspagnc et des Etats-Unis*, en tout endroit du globe où, sur un pouce de terre espagnole, il peut y avoir un citoyen américain. « Traité d'amitié, limites et navigation », ainsi so qualifie le texte de 1793, autrement dit : traité do bon voisinage. Mais les Américains de 1895 ne sont plus tout à fait les menées que ceux de 1795, et nombre de citoyens américains ont une façon d'entendre et de pratiquer le voisinage qui rendent la navigation suspecte, les limites incertaines, et l'amitié un peu difficile.

ï Réponse de don Antonio Canovas del Caslillo au discours de don Francisco Siivela, à la Chambre des députés, dans la discussion du Message, séance du mardi 7 juillet 4896.

L'Espagne a le malheur que Cuba i^oît trop près des Etals-Unis, beaucoup trop au centre de leur sphère d'attraction. On sait que les Américains t\u Nord sont, comme par un don exprès, des géographes et des physiciens avisés : ils calculent longtemps à l'avance la cliute des corps et la chute des étoiles, et ils tendent, pour les recevoir, d'un bras infatigable, le pavillon américain. Ce n'est pas hier, c'est en 1823, que M. Adams, alors secrétaire d'Etat, écrivait : « Il y a des lois de gravitation politique autant que de gravitation physique ; et, si une pomme détachée par la tempête de l'arbre qui Ta produite ne peut que tomber à terre en vertu de la loi de gravité, îiinsi Cuba, séparée par la force de sa propre connexion avec l'Espagne et incapable de se maintenir à elle seule, ne peut que graviter vers l'Union

82 L ESPAGXE, CUBA ET LES ÉTATS-CMS

nord-américaine, laquelle, suivant la même lot la nature, ne peut la rejeter de son sein ^ »

Mais, personne n'étant le maître de l'heure, est des gens qui l'attendent avec une pâlie; plus ou moins commandée, il en est aussi (pâ' veulent l'avancer; s'il en est qui se contenteBl «te ne pas quitter des yeux la pomme et de nepo'mt souffrir qu'un passant la cueille, il en est déplus pressés, qui ne craignent pas de secouer le pommier. 11 ne manque point, aux Etats-Unis, de gens pressés ; et, comme il y en a beaucoup dans le peuple, il s'en trouve quelques-uns jusque dans \^ Chambres. Le pouvoir exécutif, la diplomatie les contiennent et retiennent autant qu'ils peuvent; non pas que le fruit leur semble méprisable, mais parce qu'ils savent mieux les inconvénients d'un mouvement trop brusque en matière de relations internationales. Et de là deux directions, deux partis, presque deux politiques vis-à-vis de lEspagne au sujet de Cuba : une politique populaire, et une politique officielle ; une politique selon les règles, dans les formes, et une politique en dehors des règles et des formes, une politique à côté; la politique de M. Cleveland et de M. Olney. correcte, réservée, légale, responsable, et une poli'

i Note de M. Adams à M. Nelson, du 28 avril 1823.

ijue compromettante, envahîs&aDtie>. ^/.<silr, responsable, à la Cecil Rhodes ou à U J^oi-^.ri. Elles, non plus, ces deux polîtîqu^^ wt iii-.z^i is d'hier. On les distingue dès le p!v=:>r n:icnt où les Etats-Unis se sonlaf■?^.,•^i^ z-^ Cia était qu'à une demi-journée de la F' r. :-. !•-* S 10 ou 1812, dès le commenc'^m'::^! «i- t- r--r:.'vant que M. Adams ait fait à la p/^- va.*:*- -: à .t ►lus riche des Antilles une saviL'-? i: : .. x\. \ les lois de la gravitation phy-Iiiue. i.r:. :-r* •.-tic lèvent et s'étendent pour se«M-irrr l'iri*-, i z. les bouches soufflent p«jur ei*f!-r -* :«*■'•>* juand la franc-maçonnerie €^t iffij.- r'.-î: ^ ^.•;i il'où vient-elle? Des Etats-UnU. «i- F:.,ii.' ; •. Quel objet se propose, en s'en tai-iLÎ \ j»r ':. -r . «. si fréquentée et si agissante d*^ lUir \ vos? L'indépendance des Améri-rier : *::->r> : / . indépendance vis-à-vis de tout^L^:-,.-: --^t >-- -. Des diplomates même s'y pr^lf-î*: ■:. r-, : !*.-^v \\ : Car, si la diplomatie de YHul.z.. \v\^, u:.* ensemble et comme institutioi:. -^ *. \:.-.

et prudente, cela n emp^h»? j^* ^ .- :

temps elle n'ait, à cause de* cvl i Je son recrutement, de% a;;eî-'r <rx*r< •,

M'^omme certain mînîstK' >:* \jj'^*^' \ » v .^' . I^. Carlos de Sedano, Ciii«. £«f«'^ a p,,. .v^* > ' t* <

Mais la maçonnerie ne fait que préparer ksi voies, et bientôt on en vient aux insurreclioDS,] expéditions, coups de main. Où en est le point dej départ et le point d'appui? Où les rebelles ont-ilsj leur arsenal, leur base d'opérations, leur place de refuge? Où trouvent-ils des hommes, des armes,] de Targent? Aux Etats-Unis. Quand parle-t-onj sérieusement d'enlever Cuba, et qui en parle? Tel' ou tel général américain échauffé par le succès j de la campagne du Mexique, en 1846, et désireux d'employer au retour Tardeur de ses régiments de volontaires. Qui veut se servir du célèbre publiciste cubain José-Antonio Saco, et lui offre, en 1848, 10.000 pesos pour fonder à New- York un journal qui prêchera la révolte, la guerre contre l'Espagne, l'invasion et l'annexion de Cuba ? De^ citoyens américains. Lorsqu'un transfuge de larmée espagnole, le maréchal de camp don Narciso Lopez, se présenta, en mai 1850, devant la ville de Cârdcnas, à la tête d'une petite troupe, de qui était composée cette troupe ? En grande partie d'Amer/cains ; et, l'entreprise manquée,oùse retira-t-il"? En territoire américain, sur cet écueil de Key-West. que les Espagnols, appellent par adaptation Cajo- Hueso, un des rochers qui prolongent la Floriu^ et la pi'ojcttent en quelque manière vers Cuba»

LA roury/rz ic z. r^ry^

Repoussé en IST». maî^ *or. .vnrt i ain** m ins sa tentative. Xanfîîr:. L z^^xr^-^js i a -ua-^* L 1851. Durant l'anc-^r «r^ *^-c.' ^" •u»-* u-ailles volantes, des LrxiLr*^ ^ u^ * 'innir:

raient été répandas à jr : --?. .z. îam . ^ > •: ;..ion cubaine: ou avaî^:.;-.!* -^.^ :il:- u«-t * - .: tats-Unis. Pour celte s€>:- :.5- -r-r:»^: « a • amour la première, d'où Xari !•?.-• L >i c i -. . •• :îs hommes, les armes et Yhjz^^' ' I»-^ L.i..- '.:..t surtout de New-York rt ir ^t N •: ^ * .^-.»-i*i.i - .e vapeur qui Pavait a:j».r.r i^c. : :;Lr-^r l t.i» -i

)our un navire de la mani.tr :- ^-i-t?* cu .-c :.*

Défait à la bataille d*- ]t^r I'.zl*^. ii.r i^i.i:* i • • m se croire un instant v;::.j.-^.x. L >^ ■-. : * le fuir, et des 5«>J s--Iii!î i-;* .-*-* t' quels il avait eu rautl^c-e -ic'.'^t. --: ijif . due par 20 ou 3«>.«>,m <r.::.l.b-Vcr-*. m* réussît à s'échapper. Cîr.«|^ûi.t^ : ri lés tandis qu'ils essayai^-nt i^ ^ vî -j^» ♦.• chaloupes, étaient des cît-vr:.* c-jl-* i •* jeunes gens dont quelquevcr.* <:::«.• --.i -- • meilleures familles. Ils fur^ct *:ir-, ,• »

Lopez lui-même, qui sVlait c^ich-^ •:--:-* , fut pris, condamné à mort, -t fu-...- ,*r 1*^ ^^ :,tembre.

L'opinion publique aux KUtér-Msi'^ *'U -., t

pourtant très surexcitée ; en peu de jours, le général américain Houston levait une nouvelle expédition, et celle-là de 5.000 hommes, qui ne parlil point, parce que, sur les entrefaites, on apprit la Jin tragique de Lupez et de ses compagnons. Le gouvernement de l'Union envoya à la Havane le Commodore Parker, en le chargeant d'y faire une enquête et de soutenir ses réclamations. Le capitaine général, don José de la Coucha, le reçut courtoisement, mais ne lui permit d'accomplir aucun acte qui pût paraître une immixtion des Etats-Unis dans une affaire relevant uniquement de la souveraineté de TEspagne sur Cuba ; en fin de compte, le Président s'en remit à la clémence de la reine Isabelle, pour ceux des prisonniers à qui la vie avait été épargnée. La reine, en effel, pardonna ; et des 500 partisans de Narciso Lupez. 176 revirent leur pays.

Mais il y avait désormais du sang entre les États-Unis et l'Espagne; du sang américain, vers*' à Cuba ot pour Cuba par les Espagnols. Et la politique populaire, qui ignore les règles, les formes, les procédures, qui se soucie peu du droit des gens et, en général, du droit, n'en devint que plus nerveuse, plus fiévreuse, plus enflammée, plus affamée. Le ressentiment et la colère furent si vifs dans

LA POLITIQUE DE l'uX105 87

S Etats du sud de TUnion que peu s'en fallut uo, par une sorte d'application aveugle de la >i de Lynch, la populace de la ville de Mobila ne lassacrât les naufrag(^s d'un brîganfin esjmjmol Aé à la côte K

Cependant à New- York, dès lors 6n^^*e en centre le propagande, la junte révolutionnaire cu\mw* )oussait habilement et hâtivement ses travaux, its trabajos^ disent les Espagnols qui, de ni^'^me. lisent de ceux qui s'y livrent: les travailleurs, los laborantes. Cubains et Am<^?ricains conjurés, on travaillait donc contre l'Espagne, sans relâche, aux l]tats-Unis. Les avis ne différaient que sur le plan ile campagne : seraient-ce les Cubains qui s'insurlieraient encore, aidés par des citoyens de TCnion, à titre pour ainsi dire privé ? ou bien valail-il mieux que, se laissant porter aux passions déchaînées, ce fussent les Etats du Sud qui intervinssent ouvertement, à titre public et national? Après de longues discussions, on reconnut pour chef de la future expédition le général nord-américain Quiti^iaiî, un des officiers qui, au retour de la guerre Ju Texas, voulaient mettre, en passant, la main sur Cuba.

De la demeure qu'il s'était choisie à portée de

' Voy. D. Oirlos de Sedano, Cuba^ Estudios poliliros^ p. 58.

88 l'espagne, c.vnx et les états-unis

son terrain, dans Dîtat du Mississipi., Quitmai^ hion fourni de ressources par d'abondantes souscriptions, surveillait les préparatifs et ne négligeait pas d'entretenir, parmi les Cubains mêmes, des discordes et des troubles qui lui devaient profiter. L'homme qui avait appréhendé au corps Lopez battu et fugitif était, un soir, à la Havane, au café de Mars et Bellone^ lorsqu'un coup de feu tiré à travers les jalousies lui troua la poitrine et le tua net. Ce fut comme un signal, comme un réveil. Mais troj) de gens étaient dans le secret. Les juntes révolutionnaires de New- York et de Cuba étaient novices encore en cet art dangereux des conspirations et n'en avaient pas assez médité la première maxime, ainsi formulée par les maîtres : « Ne le confie qu'à des amis sûrs ; et des amis sûrs il se peut que lu en trouves un, ou deux : mais, si tu vas plus loin que deux, il est impossible que tu l#s trouves *. » Une tête ou deux, trois au plus; le reste doit être l'instrument dont on se sert et qui ignore.

Pour correspondre avec Quitman, les conjurés cubains avaient recours à un certain Rodriguez,

ancien détenu au pi^esidio de Ceuta, où plusieurs

1 Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live. cliap. des Conjurations,

raient été jadis envoyés comme prisonniers poliqucs et où ils Tavaieiît rencontré. C'est ce Rodriiiez qui allait et venait de Cuba aux Etats-Unis, (jrtant les lettres, rapportant les réponses, et si istruit de tout que, quand il fut dénoncer au goueraeur espagnol le complot prêt à éclater, il lui omit les noms, les adresses et les preuves. Les lubains les plus compromis, Ramon Pintu et •Istraoïpes, payèrent de leur vie leur imprudence ît la trahison de Rodriguez. Le capitaine général mrôla, arma, exerça d'urgence des bataillons de volontaires. Si Quitman s'était présenté, il eût trouvé qui l'eût reçu. Mais, averti à temps que son projet était découvert, il ne se présenta point. Ce irétaient pourtant ni les hommes qui lui manc\uaient, puisqu'il en avait réuni 4.000, décidés à le suivre ; ni le matériel de guerre, puisque! ses commandes étaient faites ; ni Targent, puisqu'il avait en caisse plus de 5 millions de francs.

On ne veut pas refaire une à une l'histoire des conspirations de Cuba ; tout ce qu'on en veut dire, c'est que, depuis un demi-siècle, Tîle a bien des fois essayé de renverser la domination espagnole, et que, pas une fois, le concours, l'assistance etïective, la sympathie se traduisant en actes, sinon (les Etats-Unis, au moins de certaines classes de

L*ESPAGXE, CUBA ET LES ÉTATS-UXIS

citoyens américains, ne lui ont été refusés. Les I échecs répétés des généraux L(3pez, Houston et 1 Quitman, n'ont pas lassé de les imiter ; et lorsque, dans la suite, ces conspirations, grandissant.se sont changées en insurrections formidables et en luttes interminables, partout et toujours le bras levé des Cubains a été visiblement ou. invisiblement soutenu par quelque main américaine.

Faut-il rappeler, vers la fin de la Guerre de Dix Ans, la capture, sous pavillon américain, du l'Vf/inius^ plein d'insurgés et chargé de munitions'?

» Le ministre des États-Unis à Madrid était alors Je gént-ml Sickles, dont M. Eniilio Castelar traçait naguère ce plaisant por-l trait : « J'ai connu peu d'hommes d'État plus munis d'instrucli'-nj politique que Sickles. Il savait sur le bout du doigt les commen-l taires classiques de la Constitution américaine. Quant auxtradi-, tions, il alléguait toutes celles imaginables ; et si, pour sa caiist" j il n'en trouvait pas sous la main, il en imaginait avec une i enviable fertilité d'esprit. 11 nous comblait de son amitié et nous accablait de ses bons offices. Mais, tout de suite après, il se disait i chargé: !• de proposer Tindépendance cubaine; 2» d'imposer a Cuba le rachat à prix d'or do son union historique avec l'Espagne-, hypothèque donnée pour le paiement sur la valeur de toutes les propriétés publir(ues et les receltes des douanes ; 3" de ménaiier une trêve ou un armistice entre les belligérants (onétaiUn pleine Guerre de Dix Ans), jusqu'à la solution du conflit. > ^^-^ ce môme M. Sickles qui, interrogé par le général Prim, qui ^'^^"' lait en finir, sur le prix que les États-Unis donneraient de Cé^ et Puerto Rico, répondit tranquillement: « Cent cinquante millions de duros », et, — ajoute I). Em. Castelar, — « s'en alla, tou' serein, comme s'il emportait les deux Antilles dans son goussetentre sou cœur et sa montre ». Puis, quand il vit que Pm» n'acceptait pas : « 11 n'y a, écrivait-il dans chacune de ses dépêches, rien à faire avec ces gens-là. » — Voyez El U^^'"^' du n janvier 1897.

lut-il montrer la junte révolutionnaire cubaine nonuc à New- York une institution permanente

, pour ainsi dire, reconnue ; et, grâce à la comlicité latente du milieu, José Marti organisant, e là-bas, la nouvelle campagne? Et, durant la rosente guerre, qui ne connaît les exploits du .aiirada^ du Three Friends^ du Bermuda et autres? )ans le budget de l'insurrection, si les comptes )ubliés sont dignes de foi, pour combien les Etats-

nis entrent-ils au chapitre des recettes ? Pour )Uis de la moitié du total. Où se tiennent contre

I Espagne des meetings furieux, où déchire-t-on et brùle-t-on le drapeau espagnol ? Où le général Weyler a-t-il été pendu en effigie? Où parle-t-on de former pour Cuba et d'y débarquer des bandes (le cowboys ? Où est le rendez-vous des « enfants perdus » de toutes les nations qui viennent chercher dans la révolution cubaine une position sociale? N'est-ce pas aux Etats-Unis? Mais ces " enfants perdus », qui les accueille? qui forme ot équipe ces bandes ? qui a pendu en effigie Woyler? qui brûle le drapeau espagnol? qui vocifère contre l'Espagne? Ceux qui, depuis 1820, pressés de voir tomber la pomme, — comme Jisait M. Adams, — ont attaché au grand arbre de Cuba une corde qu'ils tirent de Key-West et de

l'espagne, ci:ba et les états-cnïs

New- York. Leur politique, si c'en est une, c'est ce que nous avons appelé la politique populaire, par opposition à la politique officielle. C'est elle, aigrie, exasjx'Téo par un demi-siècle d'efforts jusqu'ici inutiles ; mais c'est elle, suivie, identique à elle-môme, obstinée et tenace, et comme serrant Cuba d'une prise qui ne veut pas lâcher.

Le gouvernement fédéral n'y peut ri«^n : ou- *.*t qu'il y pouvait, il n'a pas néj^li^é de \*t tairas. IJ a empêché que ses troupes, revenant du M<riî'jîje. ne tentassent une descente dans» l'il*?: il a laî*^é passer, dans Taffaire des comparions de lyq^^'Z. la dure justice de la guerre: il a. s^^u* le Président Pierce et le secrétaire d'Etat Marcy. licencié Texpédition de Quitman ; il a jadis réglé à Tamiabh* rincident du Virginius; il a tout récemment repoussé de son veto les motions trop inconsidérées, par où la politique populaire î*e faisait jour dans le Congrès, et qui proposaient de reconnaître : les unes, Tindépendance de Cuba, et les autres, du moins la belligérance aux Cubains ; il a donné au Laurada l'ordre de ne pas faire à Valence un voyage qui passerait en Espagne pour une provocation ; il a cité devant les tribunaux les armateurs

Ot l'eSPAGNE, CLBA et les ÉTATS-UNIS

et le commandant du Three Friends; il a soumis à une surveilian(5e qui a paru sévère les bâtiments soupçonnons de flibusterie. Les lois ne lui permettaient guère d'aller au delà.

M. Canovas le proclamait hautement : ni de 1 ancien Président, M. Cleveland, ni de son secrétaire d'Etat, M. Olney, ni de leur ministre à Madrid, M. Hannis Taylor, il n'a jamais eu à se plaindre: avec eux et en eux a continué la tradition parfaitement correcte, selon les règles et dans les formes, de la politique officielle de F Union ; tradition fondée depuis que le département américain des affaires étrangères a été amené à s'occuper de Cuba. Mais, de ce que cette politique officielle observe les règles et les formes, de ce qu'elle est plus discrète que l'autre, il ne résulte à aucun degré que le gouvernement des Etats-Unis n'ait point une politique cubaine; il en a une assurément, et qui, moins bruyante en ses manifestations, moins violente en ses actes, n'est pas moins ferme en ses desseins ni moins persévérante en ses démarches.

Comme la politique populaire, elle repose sur la loi, tenue pour certaine, de M. Adams : à savoir que Cuba est un corps qui ne peut manquer, quanu il tombera, de tomber dans l'Union américaine qui;

LA POLITlyCE DE l'uMON 95

e son côté, ne peut manquer de le recevoir, ionime la politique populaire, elle estime que ela est écrit, que cela est nécessaire, que cela rrivera tôt ou tard et, comme elle, elle aimerait ans doute mieux que ce fût plus tôt que plus ard. Gomme la politique populaire, elle ne demanlerait peut-être qu'à avancer l'heure ; seulement 'lie connaît ses obligations, et, tandis que le peuple ;>arle de brusquer et de prendre, elle ne parle que ic traiter et d'acheter.

Mais, comme voilà soixante-dix ans que la politique populaire rêve de prendre, voilà soixante-dix ans aussi que la politique officielle songe à acheter. Pour cette démocratie qui s'est, dès l'origine, constituée sur le plan d'une vaste maison de commerce, et en qui, par la suite des temps, ce caractère s'est encore accusé, réalisant vraiment dans le Nouveau Monde, à la face de l'Ancien qui ne Tavait jamais vu, le type du gouvernement industriel, et le réalisant à ce point que les hommes ^'État n'y semblent être souvent que des patrons actifs et entendus, et les affaires, — en tout bien, tout honneur, — que des affaires ; pour la démocratie américaine le parti a été bientôt pris en ce qui concerne Cuba, et, une fois pris, le gouvernement de rUnion s'y est attaché avec cette obstina-

tion tranquille qui, dans les opurations a loug Um'OIO, est une des conditions du succès. L'affaire cubaine aussitôt aperçue, aussitôt conçue, a été — n'est-ce pas le mot ? — établie : frais, tant ; risques, tant ; bénéfices, tant.

« L*ilc de Cuba, écrivait M. Adams lui-même.

Cuba, qui se voit presque de nos plages, en est arrivée à ôlre pour les intérêts de TUnion américaine, soit commerciaux, soit politiques, un objet d'une importance transcendante et si grande qu'un jour viendra probablement où r annexion de Cuba à notre république fédérale sera indispeimblc pour le maintien et V intégrité de cette Union, » En ses considérants, M. Adams visait la situation Je Cuba par rapport au golfe du Mexique et aux mers occidentales ; l'ouverture et la sûreté du port J'- 1h Havane vis-à-vis d'une longue ligne de côle5 américaines, dépourvues d'un tel avantage; 1^ population de l'île ; la nature cîe ses productions et de ses besoins, ce qu'elle donnait et ce qu'elle consommait, ce qu'elle pourrait exporter etcequ'elk' devrait importer, d'où naîtrait infailliblement un trafic à profits énormes. Le tout évalué en argent, à la même date de 1823, par un autre ministre des États-Unis, M. Appleton, recettes et dépenses balancées, à un excédent de 1. 500. 000 7^^505 /we//^'^'

LA POLITIQUE DE L C3f lOX 97

iiCTre excessif, mais qui n'en faisait paraître affaire que meilleure. Coûte qoe coûte, et de référence coûtant le moins possible, on y devait ntrer, mais comment ? Le plus simple nVtait-il as que l'Union se fît le banquier de TEspagne et ui prêtât son concours financier, en prenant bonne t valable hypothèque sur les revenus de Cuba, )ar exemple sur la douane de la Havane ? — ce \\i\ aurait pour effet utile d'écarter les deux seuls compétiteurs qui fussent à craindre dans les Antilles, l'Angleterre et la France.

Et le premier article du programme devenait : agir en sorte que, jusqu'à ce que l'heure arrive, l'heure marquée, Cuba demeure en la possession de l'Espagne et que nulle autre puissance européenne, ni la Grande-Bretagne, ni la France, ne vienne se substituer à elle, afin que cette heure, qui doit sonner un jour, n'en soit point retardée. Le second article était : tâcher, par un coup de pouce adroitement donné, de faire gagner un tour à Taiguille, sur le cadran mystérieux des destinées. Ne rien précipiter, mais ne rien garantir ; ï^e pas favoriser dans le Nouveau Monde, alors en éruption, les révolutions contre l'Espagne, mais avertir que, si l'incendie gagnait Cuba et Puerto ^ico, à leur fortune était si intimement liée la

98 L ESPAGNE, CDBA ET LES ÉTATS-UMS

prospérité des Etats-Unis qu'ils n'en pourraient rester les spectateurs indifférents, et que cela créerait à leur gouvernement « des devoirs et des obligations dont il ne pourrait, quelque regret qu'il en eût, éluder Taccomplissement * ». En même temps dénoncer les menées suspectes de> autres, de cette Angleterre insatiable, qui traîtreusement envoyait une frégate à Cuba pour relever Tétat des défenses de Tîle et s'enquérir des dispositions de ses habitants: sourire des yeux et menacer des dents ; inquiéter delà voix et engager du geste; fermer le poing et laisser reluire de beaux dollars entre les doigts"; telle est, dès 1823, dans les notes de M. Adams et M. Nelson, et dès 1825. dans les notes de M. Clay à M. Everett, la politique de rUnion quant à la question cubaine, et telle elle continue d'être jusqu'aux environs de 1848.

En 1848, on la retrouve dans une dépêche célèbre du secrétaire d'Etat M. Buchanan à M. Saunders ; elle n'a pas changé, elle s'est pr»^cisée : on a suivi l'affaire, et Ton serait maintenant disposé à conclure. Une espèce de devis a été dressé par les statisticiens compétents. En 1830, il n'y avait de mis en valeur dans l'île qu'un douzième,

i Note de M. Clay à M. Everett, d'avril 1825. — Sedano, p. il-

, en 1842, qu'un huitième à peine des lerres culvables. Mieux menée, l'exploitation de Cuba iirnirait à elle seule toute l'Europe do sucre et ? café.

« Sous Tadministration des Etats-Uni>, Cuba ne

lurait manquer d'être File la plus fertile et la

lus riche du monde entier. » Elle n'avait qu'un

lillion d'habitants ; elle en pourrait contenir

ix millions : <( Si Cuba faisait partie des Etats-

^ïiis, il serait difficile de calculer la quantité de

crains, farines, riz, coton et autres produits de

'agriculture, comme aussi de l'industrie, de bois

li de divers articles qui s'ouvriraient un marché

Jans cette île, en échange de son café, de son

sucre, de son tabac, etc. Ses productions iraient

an augmentant, à mesure qu'augmenterait sa popu-

lalion, et le développement de ses ressources tour-

nerait au bénéfice de tous les Etats de l'Union. »

Cuba est sur le point de s'insurger, M. Buchanan

en est informé ; les rebelles ont même demandé

^u gouvernement de l'Union de les soutenir avec

Quelques régiments de volontaires ; et il va sans

Idire que le gouvernement a refusé : « Si désirée

[Vie soit par les Etats-Unis la possession de Tlle,

tous ne voulons la tenir que de la libre volonté de

l'Espagne. Toute acquisition qui ne serait pas sanc-

100 L ESPAGNE, CCBA ET LES ÉTATS-CNIS

tionnée par la justice et Thonneur serait toujours payi^e trop cher. » Mais ne pourrait-on pas s'entendre ? et TEspagne répugnerait-elle absolument.

— incertaine comme elle Test de la conserver longtemps et, d'autre part, gênée en ses finances.

— à céder Tile contre une équitable, pleine et préalable indemnité ?

— Dans le cas où le cabinet de Madrid accepterait sur Cuba une conversation, comptons bien. Que devons-nous offrir ? « Pour fixer la somme, il est important de vérifier : 1° quel est le revenu liquide qu'en retire à présent le Trésor de la ni<^^' tropole? 2° et à combien montera cette rente, également liquide, pour les Etats-Unis, dans létai actuel de Cuba? » En 1837, on parlait de 9 millions de duros ; en 1844, de 10 millions el demi ; depuis 1844, le département américain des affaires étrangères n'a pas de renseignements dignes de foi. Pourtant il lui est revenu que» '«^ Trésorerie de Madrid n*a jamais reçu plus J^' 2 millions de duros. » M. Buchanan a cherché à savoir où allait le surplus ; on lui a répondu ' « A défrayer le gouvernement colonial ; à pa}^^ les troupQs et à entretenir les vaisseaux de guef'*^ nécessaires pour la défense et la sécurité de Cuba. " Si donc l'Espagne inclinait à céder ses droits su^

LA POLITIQUE DE l'uNION 101

Liba aux Etats-Unis, comme ce serait autant de :ioixis qu'elle aurait à porter au budget de ses é penses civiles, militaires et navales, tout exaniné et délibéré, « il semble que la somme de )0 millions de duros serait une ample indemlilé pécuniaire à TEspagne pour la perte de sa colonie ».

Voilà faites des offres réelles. Au besoin, le Président autoriserait à aller jusqu'à 100 millions de pesos ; mais lui et son secrétaire d'Etat attendent de leur ministre à Madrid « les plus grands efforts pour acheter au meilleur marché possible ».

M. Buchanan estime que le moment n'est pas mauvais, et il charge M. Saunders de cette mission ou commission délicate. Il lui prodigue les conseils. Le ministre procédera avec une extrême prudence. Dans une première entrevue il se bornera à tâter le terrain. Qu'il n'écrive pas ; il est toujours grave d'écrire, ici particulièrement : les gouvernements espagnols se succèdent trop vite, les indiscrétions sont faciles. Ces ouvertures doivent être confidentielles : voyez, s'il en transpirait quelque chose, l'effet d'une interpellation aux Gortès ! M. Saunders ira, par conséquent, trouver le ministre d'Etat espagnol, et lui démontrera d'abord que Cuba est profondément troublée,

iO'Z

que la révolution y couve, que les Anglais y intriguent, et que, de toutes façons, l'Espagne va perdre sa colonie. M. Buchanan se doute bien de l'objection qu'on lui fera. Mais quoi! Napoléon, au faite de sa puissance et de sa gloire, Napoléon lui-môme n'a-t-il pas cédé la Louisiane? L'Espagne peut donc, sans se diminuer, céder à rUnion Tîle de Cuba. Tout justement, dans le cas où Ton traiterait, ce seraient les conventions du 30 avril 18C3, pour la A^nte et Tachât de la Louisiane, qui serviraient de modèle, amendées légèrement en deux ou trois clauses.

Pénétré de ces instructions, et muni des pleins pouvoirs de son gouvernement, M. Saunders entreprit la démarche, au mois de juillet 1848. La cour d'Espagne était à la Granja, et le portefeuille dos affaires étrangères venait de passer du duc df Sotomayor à M. Pidal, dans le ministère présidé par le général Narvaez. C'est par le général que M. Saunders résolut de commencer Tattaque, espérant arriver par lui à la reine mère.

Christine, dont Tinfluence sur les affaires cubaines élait très grande, à cause des intérêts considérables qu'elle avait dans l'île. Narvaez était fin cl se tenait sur ses gardes. Il fut d'une politesse exquise, n'écouta pas M. Saunders, et le renvoyaà

LA POLITIQUE DE L CMu> 103

. Pidal, qui avait toute sa confiance. Le ministre es Etats-Unis, s'il eût été le maître, n eût p**ultre pas poussé plus loin : « Pour l*instant, assuj-it-il à son chef, la meilleure politique, en ce qui 3uclie Cuba, serait de n'en faire aucune. >» Mais ordre revenait, impératif. M. Saunders se préenta chez le ministre d'Etat espagnol, qui, dans îotte audience du moins, semble avoir été assez aible. Seulement, ce que redoutait M. Buchanan àe produisit en effet : ses intentions furent ébruitées et, dès lors, tout était manqué. La presse de Madrid jeta feu et flammes. L'énergie de M. Pidal s'y réchauffa, et quand M. Saunders, qui eût préféré se taire, voulut ajouter un mot, ce fut l'honneur castillan qui lui répondit par la bouche du ministre d'Etat: « Là-dessus, je ne puis rien entendre; que Cuba s'abîme plutôt dans l'Océan ! accoure une vague qui l'engloutisse, plutôt que nous ne cédions l'île à une autre puissance ! » M. Saunders n'avait plus qu'une chose à faire ; il la fit, et donna aussitôt sa démission.

Le gouvernement fédéral s'en consola, et ne se déconcerta pas. Quelques années durant, il temporisa, retenant ses agents trop zélés, leur disant : attendez, le fruit n'est pas mûr encore; essayant de donner à croire que, s'il avait proposé d'acheter

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ZG qu'était M. Soulé. Nous avons dit que Ja bique officielle de TUnion, correcte et attachée formes, avait, quand même, employé quelfois de singuliers instruments, et que cette dicnatie selon les règles s'était faite, quelquefois, moyen de diplomates très irréguliers : il est ibable que de tous M. Pierre Soulé fut le plus gulier et le plus irrégulier. Français d'origine, } opinions politiques exaltées l'avaient contraint s'exiler de France ; et, après avoir mené une vie rante, qui nulle part ne s'était assagie, il avait li par atterrir et se fixer à la Louisiane, où il /ait, comme avocat, conquis une jusle répuition. Il avait sans peine obtenu la naturalisation méricaine, et il était à un si haut degré convaincu le la dignité qu'elle lui conférait que, sur toutes es lettres, sa signature est suivie de ce seul Litre: «Citoyen des Etats-Unis». Devenu Américain, il était allé représenter au Sénat, dans le Congrès fédéral, son pays d'adoption ; son éloquence, intempérante, exubérante, un peu déclamatoire, son esprit absolu, tranchant, cassant, un peu fantasque, l'y avaient mis hors de pair, en vedette ; ses défauts le servant autant et plus que ses qualités, il s'était dessiné, dans une assemblée où de tout temps ont abondé les physionomies originales,

une physionomie plus originale que les autres. (rétait lui qui jadis avait défendu Ldpez, aprè> rinvasion de Cârdenafé ; c'était lui qui ne cessait de reprocher au Président Fillmore de n'avoir pas déclaré la guerre à TEspagne pour venger les cinquante citoyens de TUnion fusillés; c'était lui qui. le 25 janvier 1853, — moins de trois mois avant sa nomination à Madrid, — avait prononce' au Sénat un discours d'une violence inouïe, dan? lequel il s'étonnait que le Sénat ne pressât pas le gouvernement de cueillir h l'arbre la pomme de Cuba.

— Flibusterie ! dira-t-on. Qui le dira ? L'Angleterre qui, en 1740, aété àdeux doigts de« flibuster • Cuba ? L'Espagne qui, récemment, n'a été retenue que malgré elle de « flibuster » les provinces de l'Equateur? Les Etats-Unis eux-mêmes? « Jai peur qu'il n'y ait eu quelque chose de flibustier en ce général américain, qui, en 1812, interprétant par l'équivoque les instructions que lui avait

données M. Monroe, alors secrétaire d'Etat, s'empara de vive force de l'île Amelia et de Pensacola ; qu'il n'y en ait eu jusque dans M. Monroe, qui, tout en désapprouvant lofait de l'attentat, conseilla que l'on conservât le point usurpé, pour pouvoir faire un arrangement amiable avec l'Espagne ! »

M. Soulé continuait : « Flibustier Hamiiton, et aislier aussi le général Andrew Jackson ; flibusrs ceux qui, en 1819, en 1820, en 1821, plus d en 1836, voulurent aller émanciper — et nexer — le Mexique ! »

Jh ! M. Soulé ne demandait pas, — il avait la rve trop riche et le verbe trop rapide pour ne s se contredire un peu ; mais que lui faisait une ntradiction ? — il ne demandait pas que Ton rachat Cuba à l'Espagne, en violation des préptes du droit des gens. Et néanmoins il demanût qu'on en finît avec cette éternelle question ibaine. Or comment en finir ? A Tachât de Tile 1 ne pouvait pas penser. C'était une idée à abanmner. « Quiconque connaît le moins du monde

hautaine susceptibilité de l'orgueil castillan ne lurait se mettre en tête d'aborder ce sujet épieux sous forme de du7*os et de centavos^ de francs t de centimes. » Comment donc s'y prendre pour voir Cuba, sans l'acheter ? Comment donc rendre Cuba, sans violer le droit des gens ? Il y des guerres légales, concluait M. Pierre Soulé, t de celles-là sont les guerres qu'une nation est loralement obligée d'entreprendre pour sa propre onservation.

Entre les Etats-Unis et l'Espagne, pour la con-

i08 L ESPAGNE, CUBA ET LES ÉTATS-LÎXIS

servation dos Etals-Unis par l'annexion de Cuba.il voyait venir une de ces guerres justes, légalev qui sont, non pas une violation, mais comme unsanction du droit des gens ; et surTissue de celte guerre, M. Soulé était tranquille. Avec qu'l superbe dédain il relevait la phrase de M. Pidai à M. Saunders : « En vain, s'écriait-il, TEspa^n souhaiterait-elle que Tile fût submergée pai Tocéan plutôt que de la savoir aux mains duiiautre puissance. Si Touragan se déchaînait, lîl'^ flotterait encore sur les eaux et se rirait df^ vagues agitées, cependant que dans la tempêi< disparaîtrait la souveraineté espagnole. Lorsque le temps sera venu, et les assauts de la mer, ni les forteresses de l'Espagne, ni ses canons, ni se^ garrots, ni les édits de ses Gallien ne la sauveront de nos puissantes serres. » Le 6 août 1853, moiu^ de trois mois après ce discours, — le rapprochement des dates est édifiant, — M. Seule était nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la république des Etats-Unis on Espagne.

11 ne partit pas discrètement, comme partent, a l'habitude, les diplomates. Il accepta des banquets et des sérénades ; il écouta des toasts et y répondit, à Washington et à New^-York. Et si, à Washington.

}îij.t soin de dire : « Ma mission est, sans aucun X te, de conciliation et de justice » ; s'il y adressa salut aux gloires anciennes, si m Ame il connut et rappela les vertus présentes de TKs- *çiie, huit jours après, à New-York, bien que les rmcs en fussent adoucis et voilés encore, le eux langage et la vieille pensée, le fond du cil homme reparut. Plus de 5.0.H) personnes r aient défilé sous les fenêtres deFhùtel où logeait L. Soulé, en une de ces processions bruyantes dans 'sqiielles Tesprit public aime là-bas à se roani- *ster; et, parmi ces 5. (XXJ personnes, la junte évolutionnaire cubaine, les membres de Tordre le V Étoile solitaire et de beaucoup d'autres assoiations.

Le drapeau américain marchait en tête, suivi Tune quantité de bannières, d'oriflammes et de transparents : on y voyait, peints ou brodés, M. Soulé lui-même, le Président Pierce, L()pez et Critenden, un des citoyens de l'Union exécutés a Âtarès, Cuba, la Jeune Amérique et Cuba, avec diverses inscriptions déclarant que Cuba serait arrachée des griffes du loup espagnol. Mais ce qui dominait, c'était Tétoile symbolique, Tétoilc de Cuba ; on Tavait mise partout : c'était elle qui inspirait décorateurs et orateurs. Le secrétaire du

no l'espagïie, cuba et les ÉTATs-rrns

(iomito annexionniste cubain, don Mîgoel Tolôn. torminait ainsi sa harangue : « Que Dieudaigm'i tracer de soa doigt la route au bateau qui va vous conduire, et faire briller sur votre front les rav«iii> d*une nouvelle étoile dans le ciel de la Jeune Am»'riciuo ! »

A quoi M. Pierre Soulé, ne se contenant plus (jue nialais('»ment, répliqua : « Il n'est pas possible lit* croire que cette puissante nation puisse rester plus longtemps enchaînée dans les étroites Jimi(<'« c|ui circonscrivent la jeune république américaine... Je ne vois dans ma mission rien d'inconipatible avec mes ardentes sympathies pour ceux qui souffrent, avec leurs espérances en un avenir meilleur et leurs vœux fervents pour la liberlé. Je ne dois point vous parler longuement de celle mission, mais je dois vous dire qu'un ministn* américain ne cesse jamais d'ôtre citoyen américain, et que, comme tel, il a le droit de prêter Toreille aux cris d'angoisse que jettent les peuple^ oppriniés... « M. Soulé ajouta « de l'ancien continent », mais la foule voulait comprendre et comprit : « du Nouveau Monde ».

Dieu, de son doigt, daigna tracer la route au navire qui emportait ce ministre américain plus que jamais citoyen américain : vers la fin de l'été

LA POLITIQUE DE l'cNION 111

Pierre Soulé était à Madrid, ayant pu, pendant voyage, méditer les instructions de M. Marcy : 1 peut se faire que vous trouviez l'Espagne dis- •=>ée à envisager Tavenir d'un œil prudent, pour avenir de la sorte un événement inévitable. Elle

peut pas ne pas voir que, dans une période pas ^s lointaine, Cuba se délivrera ou sera délivrée

sa présente sujétion coloniale. Ces liens se nicheront de quelque façon que ce soil. En vue

la forte probabilité, pour ne pas dire de la cerude, d'un pareil événement, TEspagne pourrait, une manière conciliable avec son honneur natioil et avantageuse pour ses intérêts, anticiper et )nner naissance à une nation indépendante, de sa •opre race, et avec laquelle elle aurait des relations )mmerciales aussi profitables que celles auxquelles le l'oblige par une annexion que soutient et pro- >nge la force... Les Etats-Unis seraient cordialement en faveur de cette séparation volontaire, et, il le fallait, y contribueraient de grand cœur par uelque chose de plus substantiel que leur bonne olonté. »

Comme suite à ces instructions, arrivaient, le 5 avril 1854, les pleins pouvoirs du Président, utorisant M. Soulé « à négocier avec le gouverlement de Sa Majesté Catholique la cession aux

i\'Z l'eSPAGNE, cuba et les ÉTATS-UNIS

États-rnis de Tile de Cuba ». Mais le ministre américain était, en ce moment, de fort méchante humeur : il avait été froidement reçu à la courd dans la société de Madrid, ainsi qu'on peut bien le supposer. Les premiers mois de son séjour n'avaient pas arrangé les choses, soit par sa faute soit par celle des circonstances, qui tendaient ilt plus en plus les rapports entre les deux pays. I; dut convenir qu'il n'avait aucun moyen d'entannr la négociation si ardue qu'on lui recommandait, qu'au moindre mot sur ce chapitre toutes leportes et toutes les oreilles se fermeraient, et qm rien de sérieux ne pouvait être fait. Au reste. s'agissait-il de négocier un achat? Etait-ce l'argent à la main qu'il fallait parler ? « L'indifférence suprême et le sans-gêne avec lesquels l'Espagne considère les dommages que nous souffrons paraissent indiquer son dessein de s'assurer jusqu'où elle peut nous déficit et nous insulter impunément. 11 est certainement nécessaire de l'obliger à apprendre que notre patience a des bornes. Qu'elle reçoive cette fois une bonne leçon, et soyez persuadé qu'elle s'éveillera de ses songes et prêter une attention plus docile à la voix de la raison^.

1 Dépêche de M. Soulé à M. Marcy, du 3 mai 1854. - Sedano. p. 134.

M. Soulé penchait, on le voit, pour la manière rie; mais le Président et le secrétaire d'Etat, à ashington, étaient heureusement plus calmes.

'Angleterre et la France ayant à nouveau demandé IX Etats-Unis qu'ils s'engageassent comme elles ne point annexer Cuba ; cette demande ayant lit l'objet, au cours des années 1852 et 1853, 'un échange de notes entre M. Everett, prédéceseur de M. Marcy, lord John Russell, premier Liinistre delà reine Victoria, et le marquis Turgot »our la France ; ayant enfin été rejetée par les itats-Unis, péremptoirement et à jamais *, le lecrétaire d'Etat de l'Union américaine invita ses rois envoyés à Madrid, à Paris et à Londres, à .'onférer en commun sur la conduite à tenir dans la question cubaine.

Cette conférence eut lieu du 9 au 18 octobre 1854,

^ Note de M. Edward Everett, du l" décembre 1852 : « Aucune adimnistration de ce gouvernement, pour forte qu'elle soit dans la confiance publique sous tout autre rapport, ne pourrait tenir un seul jour, sous le poids de la haine que susciterait contre elle le fait d'avoir stipulé avec les grandes puissances d'Europe qu'à aucune époque future, et quel que fût le changement des circonslances, par aucun accord avec l'Espagne, par aucun fait d'une guerre légale (si par malheur survenait cette calamité), ni encore . 'T le consentement des habitants de Tîle, dans le cas où ils parviendraient à se rendre indépendants comme les autres colonies de l'Espagne sur le continent américain, ni même obéissant à la suprême loi de leur propre conservation, jamais les États- Lûis ne pourraient acquérir la possession de Cuba. » — Sedano, p. 111.

i\i L ESPAGNE, CLBA ET LES ÉTATS-UMS

d*abord àOstende, puis à « Aquisgran. en Prusse \ Il en est rendu compte à M. Marcy dans un document très probablement rédigé par M. Soulc, bien que sa signature y figure la dernière. « Noos sommes arrivés à la conclusion, dit ce documenl.

que les Etats-Unis doivent faire un effort imnndiat et formel pour acheter Cuba à TEspagne, à quelque prix qu'on y puisse réussir, en ne dépassant pas la somme de... diiros^. » Immédiat el formel, cet effort des Etats-Unis doit être, en outre, « ouvert, franc et public » pour forcer « l approbation du monde ». Lintéret vital de TEspagno lui commande de vendre, et Tintérêt vital k^ États-Unis leur commande d'acheter Cuba, sans différer. « Il y a des considérations qui font qu un retard dans Tacquisition de cette île peut être souverainement dangereux pour les Etats-Unis. » En revanche, un peu de complaisance peut être pour TEspagne souverainement avantageux : « Elle ne saurait ne pas voir en quelle mesure une somme d'argent comme celle que nous voulons lui payei' pour Cuba contribuerait au développement de ses vastes ressources naturelles. Deux tiers de celle

1 La somme n'est pas précisée dans le texte imprimé (Sedano, p. 137 1, mais on peut induire, d'un passage suivant, que iV/? | gonge à proposer 120 millions de duros.

LA POLITIQUE DE L UNION Ho

m me, s'ils étaient employés à la construclion de lomins de fer, seraient pour le peuple espagnol le source de plus grande richesse que n'en a ivert à ses visions Hernan Cortez. »

(Ju'est-ce que l'Espagne tire de l'île? Pas môme

pour 100 du prix que les Etats-Unis consentent lui en donner. Et, au demeurant, n'y a-t-il pas es guerres justes ? N'en est-ce pas une que la ilte où l'oppression poussée aux extrêmes ontraint un peuple pour secouer le joug de ses ppresseurs ? Sans doute, le Président est inflexible ans sa détermination de garder la neutralité, ^lais ne sommes-nous pas « en un siècle d'avenures » ? et, les Cubains se soulevant, quel pouvoir lumain 'empêchera les citoyens ou des citoyens imoricaîns de les secourir? Si l'Espagne, réfracaire à son intérêt et animée par son orgueil têtu, 3ar un faux sentiment de son honneur, refuse de ^'cndre Cuba aux Elats-Unis, alors se posera la

[uestion : Que doit faire le gouvernement américain?

Ce qu'il devra faire ? pour en décider, les trois ministres réunis invoquent encore une loi physique, la première des lois naturelles qui obligent les Etats comme les individus : la loi de la conservation personnelle. « Notre histoire nous défend

116 l'eSPAU^NE, CLBA et les ÉTATS-UNIS

(1 acquérir Cuba sans le consentement de TEspap à moins que l'acquisition ne se justifie par lalde notre propre conservation. » En conséqueiuv « quand nous aurons offert pour Cuba à rEspainun prix très supérieur à sa valeur actuelle et qu^ ce prix aura été refusé, la question se posera ainsi: Cuba espagnole met-elle en un péril certain noin paix intérieure et Texistence même de notre cher- Union? — Si oui, toutes les lois huniaÎDC^ ' divines nous justifieraienl de Tarracher à l'Espagin' étant en notre pouvoir de le faire, et cela enrerlu du même principe qui justifierait un indiviJii d'abattre la maison de son voisin, lorsqu'il n'aurait plus un autre moyen de préserver de l'incendie ?'i demeure, à lui ^ » Jam tua res agitur.,.

Le Président et M. Marcy durent trouver i;uo c'était aller trop vite en besogne, et en prendn' trop à Taise avec le voisin dont la maison brûle Ils rappelèrent M. Soulé à la modération diplomatique. Si le moment était favorable pour traiter de l'acbat de Cuba, qu'il en traitât; s'il ne l'était poiftt, qu'il remît à une meilleure occasion, en se rabattant sur un traité de commerce et en faisant. du reste, valoir des réclamations que rilnionse

1 Mémoire de MM. James Buchanan, J.-J. Mason et Pie^"- Soulé, du 18 octobre 1854. -^ Sedano, p. 137-144.

)yait en droit de formulera M. Soulé comprit leçon et répondit : « Votre dépêche ne me laisse lu tre alternative que de languir ici dans Timpuisnce, ou de manquer à un mandat qu'il me serait ipossible, à raison des obstacles semés sur mou lemin, de remplir d'une façon satisfaisante pour ' gouvernement et honorable pour moi. Vous ne evez donc pas être surpris de la résolution que l'impose le souci de ma dignité. Je renonce à mon itre d'envoyé extraordinaire et ministre plénipoontiaire des Etals-Unis près le gouvernement espagnol 2. »

M. Soulé après M. Saunders: c'était le second îninislrc que le persévérant désir d'acheter Cuba coûtait à rUnion américaine; — désir malgré tout aussi vif et plus vif aujourd'hui que lorsqu'il fut avoué pour la première fois, puisque, dans son Message du 7 décembre 1896, M. Cloveland disait: ^^ On a suggéré aussi au gouvernement l'idée que les Etats-Unis achètent l'île; et elle serait probablement digne de considération, s'il se rencontrait Je la part de l'Espagne une intention manifeste flo discuter une pareille proposition. »

^ Dépêche de M. Marcy, du 13 novembre 1854. — Sedano, p. 144-149.

'Dépêche de M. Soulé à M. Marcy, du 13 décembre 1854.— Sedaao, p. 149,

Ainsi, de 1815 ou 1820 h 1897, les États-Unis ont suivi invariablement, vis-à-vis de l'Espagne au sujet de Cuba, cette politique ou ces deux politiques : une politique officielle, correcte, réservée. ne dépassant pas, comme point extrême, une proposition d'achat ; et une politique populaire, impulsive, effrénée, qui s'emporterait facilement en des écarts et des excès ; qui, dans les formes juridiques ou non, par une guerre juste ou non, respectant ou non le droit des gens et les conventions, et ce qu'on pourrait appeler les convenances internationales, et ce qui constitue d'un Etat à Tautre, à côté du droit public môme, une sorte Je morale publique, recourrait volontiers aux arme> et mettrait sans scrupule la force la plus brutale au service de ses convoitises ; toutes les deux. d'ailleurs, ces deux politiques, fondées, en der-

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3re analyse, sur le môme principe, sur la loi de avitation découverte par M. Adams : Fîle de iba ne peut manquer de tomber dans la Conféiration américaine, qui ne peut manquer de la ^covoir ; mais la première, la politique officielle, )us-entend « tôt ou tard », et la seconde, la polique populaire, crie « tout de suite » !

A la vérité, les deux poliUques de l'Union quant la question cubaine ne sont peut-ôtre pas, dans a réalité des faits et de la vie, aussi distinctes, lussi nettement séparées ; c'est peut-être un peu irtiliciellement qu'on en ferait deux catégories; A elles se confondent peut-être ou, du moins, se rejoignent par instants. N'est-ce pas la politique populaire qui perce dans les motions déposées au Sénat et à la Chambre des représentants ; motions pour la plupart radicales et quelquesunes belliqueuses, tendant ou a reconnaître la belligérance aux insurgés et l'indépendance de Cuba ; ou même à intervenir entre les Cubains ("t l'Espagne, en menant la médiation jusqu'au bout ? N'est-ce pas elle encore dont on devine la pression et la poussée dans certains paragraphes du Message, cependant si calme et si ferme, de M. Cleveland ? D'autre part, la correction, la prudence de la politique officielle a-t-elle

éto sans réagir sur la politique populaire ? et, si 1* jingoïsme américain n'a pas brisé tout frein el perdu toute mesure dans ses expansions en parol»^^ el en actes, n'est-ce pas à cette réaction de la pnmière des deux politiques sur la seconde quil faut en attribuer le mérite ? Oui, si les chose? n'ont pas pris, entre les Etats-Unis et TEspagne. un plus mauvais cours; si la paix a été maintenue. si Von peut espérer qu'elle continuera de Têtrcsi toutes les chances sont pour qu'elle le soit, c'est au gouvernement des Etats-Unis qu'on le doit.

Mais non pas seulement à lui : le maintien d.? la paix, on le doit aussi, et pour beaucoup, au san{^-froid du gouvernement et de la nation espagnols. Quand dans les meetings, aux l^Hats-Uni;^. on déchirait et brûlait le drapeau espagnol ; quan'' on pendait en effigie Weyler, général espagnol: quand les journaux américains étaient remplis de menaces et d'injures contre l'Espagne, on pouvait craindre que la fierté, ou l'orgueil, ou le poinl d'honneur espagnols, — quelque nom quon

veuille donnera ce travers qui est souvent une >i grande vertu et toujours une si grande force, on pouvait craindre que ce qui est toute l'Espagne dans l'Espagne d'aujourd'hui ne se révoltât, et qu«

LA POLITIOrE DE L TOO:^ !i:

S Espagnols ne se soiiviD^s?nl qnd y a%ut : \^z ix un ministre, des coosuls. «J^^ c:. j-^ii-. «i-r-? apeaux et des écussoas amérîcaias : î--^j :-> ^apeaux et écussons eussent pa s-^rvîr •i-^ f?^ ^v^ Lie, dans le pays des bûchers, ii n«> faut p-i^ j i-^r ioc le feu. M. Canovas del iJastilI» n^ «î'-^n «i-- ^ndait pas : il eut alors de terriLîês j'.'irs et .1- ^rribles nuits. Le moindre monôme dV^ji li.infartant de la Puerta del Sol. par la Ci!!»- May-^r, cuvait arriver à la Plaza de San Martin, on ^tail a légation des Etats-Unis, foule furieu-*^. [eupîe léchaîné. Certes, il le disait avec ^*n t-neri-ie ranquille, M. Canovas eut mobilisé — et on b» iavait — toute la garnison de Madrid plut*4 qu*^ lo permettre qu'il fût porté, en la personne du ministre des Etals-Unis ou daucun des siens, ilteinto à la loyauté et à rhospitalitéde IKipairne. Mai^ la situation eût été plus que grave, et le dif- Krcnd ou les dissentiments s'en seraient morlellonient envenimés...

Grâce, par conséquent, au gouvernement et à la nation espagnols comme au gouvernement et à la partie assise et rassise de la nation américaine, les pires maux, le suprême péril ont pu ûtre jusqu'ici évités. L'échéance du 4 mars, à laquelle devait s'opérer aux Etats-Unis la trans-

i22 l'kSPAGNE, cuba et les ÉTATS-UNIS

mission des pouvoirs présidentiels, et dont on avait dit que ce serait pour le ministère espagnol « le Cap dos Tempêtes », a été franchie sans accident. Et aussitôt en Espagne on débaptisait ce caf redoutable enfin doublé, et Ton saluait déjà « li' Cap de Bonne-Espérance ». Le dernier mol J* M. Cleveland avait été « la paix »; le premier mol de M. Mac Kinley a été « la paix ». En entrant;) la Maison-Blanche, M. Mac Kinley a épousé la tradition de la politique officielle, circonspecte el correcte ; en arrivant à Madrid, le général Woodford n'a rien fait qui puisse donner à craindre qu'il n'épouse pas celle de M. Hannis Taylor. B c'est encore une justice à rendre à M. Canovas del Castillo que, de tous les Espagnols, il fut sans doute celui que le changement de présidence aux Etats-Unis préoccupa ou inquiéta le moins : le sens profond qu'il avait du gouvernement Tavertissanl (|ue, n'importe quel homme politique fût élu, ce^ homme ne serait pas tant un Président nouveau que le successeur, l'héritier et le continuatein d'une longue série de Présidents. Mais aussi, el précisément parce que tout de suite la tradition le lie et qu'il devient un anneau de la chaîne cette politique officielle, s'il en accepte et s'il en perpétue les formes de correction et de réserve, le

ésident élu n'en modifie pas, il n'en fait ni dé- *r ni obliquer la direction: en cela également il t. un successeur, un héritier et un continuateur. C'est pourquoi les difficultés à propos de Cuba, li n'ont pas empiré par l'arrivée de M. Mac Kiny aux affaires, n'en ont pas été et n'en pouvaient is être résolues. Il y a, sur ce sujet, entre les lats-Unis et l'Espagne, trop de malentendus ou lutôt un malentendu fondamental, qui suffit à out embrouiller. Les Etats-Unis, depuis tantôt un iècle, veulent démontrera l'Espagne qu'elle ferait in excellent marché en leur cédant Cuba ; et il se leut que ce soit la vérité, mais c'est la seule chose i^ie l'Espagne ne puisse comprendre, qui ne puisse jamais entrer dans une tête ou dans un cœur espagnols, de faire de Cuba, — représentant pour TEspagne ce que l'île représente et saturée de sang espagnol, — de faire de Cuba matière de marché. Inversement, l'Espagne se trompe en s'imaginant qu'à force d'héroïsme, et comme par la vertu de ses sacrifices, elle fera oublier aux Etats-Unis que Cuba est à cinq ou six heures de la Floride et fléchir les inflexibles lois de la gravitation politique que M. Adams et après lui tous les Présidents et tous les secrétaires d'Etat américains ont proclamées et invoquées contre elle.

124 l'espagne, cdba et les états-dms

« Paix sur la terre aux hommes de bonDe volonté ! » a dit M. Mac Kinley en style évangéliqiie. Malheureusement il va sur la terre trop d'homme^

— et trop de faits — de mauvaise volonté. S il existe un malentendu entre TEspagne et les Etat>- Unis, il en existe un autre entre les Etats-Unis et rinsurrection cubaine. Les Etats-Unis auraienl tort de croire que Tidéal des Cubains rebelles à la domination espagnole soit d'être annexés à rUnion et de voir leur étoile aller faire dans le firmament américain une quarante-sixièffic ou quarante-septième partie de constellation. L'étoile de Cuba est une étoile solitaire, H ridéal des insurgés, le vrai, c'est une république à la mode haïtienne. Mais, en retour, les Cubains auraient tort de se flatter que les États-Unis laisseraient, à leur ombre et dans leur sphère d'attraction immédiate, se fonder définitivement et sans penser à la discipliner, à se l'agréger, sinon à l'absorber un jour, une seconde république d'Haïti.

— Voilà bien des illusions ; voilà bien des causes de querelle; en voilà pour bien longtemps; et il pourrait se faire que le Nouveau Monde eût dans la question cubaine sa question d'Orient.

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