DE L*E5PAG5E
En même temps qu'une guerre à Cu!>»i. l'E^j ^^t.-.- .1 une seconde guerre à soutfrnîr aux i!-rs PLil.';'pines : les deux insurrections, d'Exlr^^m»- Ori-nl el d'Extrême Occident, ont été sinon concert »-'».-s, du moins simultanées. Mais, si les cau-^s d»* Tautre sont multiples et complexe», pour celle-ci elles sont peut-être plus faciles à démêler. — Comme nous traversions, en sortant du cabinet de M. Canovas, le grand salon de la présidence du Conseil, où se réunissent les ministres, nous vîmes, debout dans un des angles et graves, ne causant pas, quatre religieux qui attendaient. — « Ce sont, me dit-on, les procureurs à Madrid des quatre principaux ordres établis aux Philippines : augustins, dominicains, franciscains et récollets ; le président les a mandés pour conférer
do la situation politique. » — Et tous les quatre ils me rappelèrent l'impression ressentie au PalaU deux ans auparavant, en regardant entrer, appel»chez la reine, un évêque dont la robe de moine était à demi recouverte du rochet de dentelles, avec les manches doublées de violet, devant leque! s'agenouillaient grands d'Espagne, généraux, dames d'honneur, et qui. la mine indifférente, l'œil dur, bénissait de haut. Pour la première fois, l'Espagne m'était apparue, là, à la cour, notre Espagne classique, celle que le théâtre et le roman nous ont faite, une Espagne peut-être fausse et — qui sait ? — peut-être plus vraie que l'Espagne de toutes les rues et de tous les jours, où se découvrait, sous rapport du xvii% du xviii* et du xix° siècles, le fond, le roc du xvi®. Ici encore subitement, crûment, en un puissant relief et comme en un violent raccourci d'histoire, cette Espagne réapparaissait. Au dehors, dans les journaux que les petits vendeurs criaient de leur voix monotone : — Imparcial! Libéral! — c'étaient des explications sans fin pour démontrer que Tarchevêque de Manille désapprouvait le plan de campagne du maréchal Blanco. Et Thomme d'Espagne qui, sans doute, connaît le mieux son pays et les autres pays. son temps et les autres temps, quand je lui eus
ité ce que je venais de voir et ce que je venais lire, fit, en substance, la réponse que voici : < Non, il est vrai, depuis le xvi' siècle, depuis igellan, Elcano et Legazpi, nous n'avons point, X Philippines, changé de gouvernement. Consmment, depuis trois cents ans, nous avons voulu )uveriier celte colonie avec des soldats et des oines. Nous y avons fondé une sorte de féodalité la fois militaire et théocratique ; et contre elle, Qlin, s'est dressée la franc-maçonnerie, si bien II' il n'y a plus dans l'Archipel, Européens ou inigènes, que les loges et leurs adeptes, en face les ordres et de leurs fidèles.
« J'en puis parler très librement, n'étant pas ranc-maçon, non plus que je ne suis jésuite : de 3onïie foi, il faut avouer que ce gouvernement par os moines est, dans le monde moderne, un anachronisme. Mais sommes-nous là-bas dans le monde moderne ? Nous avons affaire à des gens dont beaucoup sont des sauvages: les plus avancés n'en sont guère qu'oii nous en étions il y a trois ou quatre siècles. Dès lors, la conclusion semble aller de soi: donnons-leur les institutions que nous avions il y a trois ou quatre siècles.
^< Ce serait, en effet, une conclusion; seulement, par une contradiction singulière, en ce pays de
trois OU quatre siècles en retard où nous ne chaigions pas autre chose, nous avons essayé d'inir»duire notre code civil espagnol, lequel, naturellement, s'inspire, comme aujourd'hui tous les codtoccidentaux, du grand principe de Tégalité devanl la loi. Un grand principe assurément, mais on faire à l'adresse des Philippines, dans leur état actuel, un article d'exportation, c'est la pire de> absurdités et le contraire même de la politique.
« Je me plais souvent à dire que l'histoire est d'hier, la poésie de demain, la science et la religion de toujours, mais que la politique est de ce jour et d'un seul jour. La première qualité d'un gouvernement est, en conséquence, de répondre à l'état social et aussi à l'état mental du peuple pour qui il prétend être fait. Dans la condition des Philippines, que leur fallait-il? Un despotisme éclairé, le bon tyran : Pierre le Grand, Frédéric II ou Charles III. Que leur envoyons-nous? Des moines d'abord, et qui sont insatiables, qui sans cesse importunent la reine : « Madame, que Votre Majesté veuille bien nous donner ceci et, pa^r grâce, y ajouter cela ! » — Elles ont trouvé le moyen, les missions des Philippines, de se faire loger à TEscurial ! — Et puis, après les moines, les maçoDs; et par là-dessus un régime militaire : des généraux
i sont tantôt les serviteurs des frères, tantôt les mpagnons de la secte, et qui, selon qu'ils sont .a ou Tautre, favorisent outrageusement ou les dres ou les loges.
« Cependant la colonie est tiraillée d'un camp l'autre camp et d'un système au système opposé, )uvernée et administrée en partie par des lois op jeunes, en partie par des mœurs trop vieilles, u lieu de ces capitaines généraux, incapables pour L plupart de comprendre leur rôle politique, que 'expédie-t-on à Manille un homme ayant le sens t la pratique des affaires d'Etat, qui instaurerait n gouvernement civil et laïque, mais dont les léments seraient combinés et dosés d'après le aractère, Tintelligence et le degré d'éducation du ujet ? »
Mon interlocuteur me laissa sur ces paroles, >bsédé par la pensée de l'étrange chose que peut '.tre — ou que serait, s'il avait réellement une vie )ublique — la vie publique de ce peuple de francsaiaçons de toutes races et de toutes couleurs, naintenu militairement sous la domination, la tutelle, l'autorité non limitée au spirituel, de Dûoines de toutes règles et de toutes robes.
LA BÉVOLTE DE PHILIPPUCES t3l
îs Visayas au centre, Miadanao au sud, avec Tarhipel de Jolo. De Textrême nord de Tile de Luzon , l^extrême sud de l'île de Jolo, les Philippines ^'étendent sur une longueur approximative de Î60 lieues de 20 au degré et couvrent une surface ie près de 295.000 kilomètres carrés. A 460 lieues le leur capitale, Manille, se trouvent les Mariannes, qui en dépendent; une distance de 1.900 lieues à vol d'oiseau, de 2.600 lieues de route maritime par Suez, les sépare de TEspagne.
La population s'élève, autant qu'on a pu la reconnaître, à 7 ou 8 millions d'habitants, dont 5 millions d'Indiens^ 1 million d'Igorrotes^ RemontadoSj Aetas et Moros [Arabes de Jolo et de Minnao), 500.000 métis, 100.000 Espagnols philippins^ 12.000 péninsulaires; auxquels sont venus, en dépit des lois restrictives, se joindre 40.000 Chinois. Population mêlée, hétérogène, comme on voit et plus encore qu'on ne le voit du premier coup d'œil, aux origines ignorées ou confuses, qui demeurent pour les savants une belle thèse, mais controversée. Qu'est-ce, exactement, que les Igorrotes, les Remontados, les Tinguianes, les Aetas? En décident les académiciens dont c'est l'affaire. Quant aux métis, nul ne débrouille le lûystère de leur génération : métis d'Espagnols et
d'Indiennes ; métis d'Européens, Allemands, Ân-I glais, Français et d'Indiennes; métis sangleyes, de; Chinois et d'Indiennes; métis de métis et de métisses; puis surcroisements de tous ces croisements ; et guidez-vous donc par la forme des crânes à travers cet écheveau d'humanité! Qu'ils viennent, au surplus, d'où ils peuvent, la politique n'a besoin que d'être fixée sur quelques points, et sur ces points elle est fixée ; en très grande majorité, les habitants des Philippines ne sont, à aucun degré, Espagnols ; parmi ceux qui le sont à des degrés différents, la très grande majorité ne Test qu'à un infime degré ; parmi ceux qui le sont à un certain degré, et, parmi ceux-là même qui se réclament du nom d'Espagnols, la très grande majorité n'est pas née en Espagne, n'a jamais touché le sol de la mère patrie.
Or, de quelle façon, avec quels instruments l'Espagne gouverne-t-elle et administre-t-elle cette masse non espagnole ? Au sommet, le gouverneur général, qui réunit presque tous les pouvoirs, qui est plus que n'était jadis un vice-roi du Pérou, qui commande l'armée, dirige la politique, de qui relèvent les affaires civiles, et à qui les affaires religieuses elles-mêmes ne sont point absolument étrangères, puisqu'il exerce le patronat
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