I. — Pro0rè3 de Madrid au XVIII* 9iècle
Madrid n'a dû qu'à sa situation centrale d'être choisi par Ximenès et par Philippe II pour devenir la capitale de l'Espagne. Il a conservé longtemps» le caractère d'une création artificielle, et n'a été qu'une capitale administrative.
Les rois de la maison d'Autriche songèrent peu à embellir la ville, et malgré les louanges hyperboliques des auteurs castillans du xvii* siècle (1), Madrid n'était à cette époque qu'une ville laide, mal bâtie et mal entretenue.
(il Solo Madrid es corle» — Donde esta Madrid calla el manda,
L*S8PA0NK. 12
178 l'espagne de l'ancien uégime
Philippe IV avait déterminé en 1625 le périmètre de la ville, et r avait entourée d'un mur en terre battue qui subsista en partie jusqu'en 1861. On conserve à Tayuntamienlo un plan figuratif de la ville dressé en 1656 par D. Pedro Texeira. Les principales voies de la ville moderne s'y reconnaissent déjà, mais l'intérieur est rempli de jardins et de terrains vagues qui se sont peu à peu couverts de maisons.
Madrid n'avait qu'un seul monument, TAlcazar royal, vaste palais de forme quadrangulaire bâti par Charles-Quint. Sa façade principale, composée d'un rez-de-chaussée et de deux étages percés de trente-cinq fenêtres à balcons dorés, était flanquée aux angles de pavillons carrés; au centre un avant-corps, exhaussé d'un troisième étage, portait à son sommet un colossal bas-relief représentant l'écu des armes impériales. A rintérieur, deux belles cours entourées d'arcades donnaient du jour aux appartements du palais. Les contemporains vantent la magnificence de la salle des gardes, du salon des ambassadeurs, de la salle des fêtes, longue de 170 pieds sur 30 de largeur. Toutes ces salles étaient ornées à profusion de tableaux et de statues. Philippe IV avait payé 500,000 doubles un Jésus au jardin des Oliviers de Michel- Ange (1). Le garde-meuble renfermait 800 tentures de tapisserie, beaucoup plus belles que celles de la couronne de France (2). On ne saurait énumérer toutes les richesses renfermées dans le trésor, et dans la salle d'armes (3). Cependant, malgré son éblouissante richesse, le palais était triste et sombre et avait quelque chose de l'aspect sévère d'un couvent. Tout le rez-de-chaussée était occupé par les bureaux de l'administration générale du royaume {despacho universal).lik, sous des voûtes enfumées appelées les grottes {las covachuelas), travaillaient en silence, à la lumière des flambeaux, les bureaucrates castillans, les gens de la grotte {covachuelistas), mystérieux agents de l'autorité royale. Dans le palais étaient
{\) Mesonero Uomanos, El antiyuo Madrid, l, p. .159.
(2) Grammont, Mémoires. (Coll. Michaud et Poujoulat, t. XXXM.)
(3; Mesonero Romanos, op. cit., I, p. 157. — On citait parmi les raretés
conservées au palais des c cornes de licorne > évaluées à plus d*un million
de réoiix.
installés les Cotseils d'Etat, de Castille, d'Aragon, d'Italie, '
des Flandres, de Portugal, des Indes, des Ordres, de la Guerre et des Finances. Cinq cents chambres suffisaient à peine à )
loger les gens de la suite du roi.
Au pied du palais s'étendait la ville maussade et sordide. Les plus belles maisons avaient Tair de forteresses rébarbatives ; la plupart étaient d'aspect misérable, et la raison en est fort curieuse. Lorsque la Cour était venue s'établir à Madrid, ;
le roi avait mis le logement de ses officiers à la charge des propriétaires les plus aisés. Cette obligation s'était transfor- i
mée avec le temps en un impôt de 50 0/0 sur la valeur des loyers (1), et n'était perçu que sur les maisons de belle apparence. Les propriétaires demajorats, ou les couvents, qui possédaient presque tous les terrains à bâtir de Madrid, avaient imaginé, pour se soustraire à l'impôt {regalia de aposento), de ne bâtir que des masures de 300 à 1000 pieds carrés, qu'on appelait maisons à la malice {casas a la malicia) et qui formaient encore en 1800 les deux tiers de Madrid. La plus petite maison de la ville, appelée la maison aux cinq tuiles, n'avait que 180 pieds superficiels (2).
Les rues étaient étroites, tortueuses et sombres, sans alignement, sans nivellement; leur saleté était le sujet d'inépuisables plaisanteries. La moitié des rues n'étaient que des cloaques, l'autre moitié était pavée de petits cailloux pointus, soigneusement placés la pointe en haut. Les maisons n'avaient ni égouts, ni gouttières, on jetait les ordures et les eaux ménagères par les fenêtres, en criant seulement « agua va! 1^ pour prévenir les passants ; on élevait au milieu de la rue des monceaux de fumier que les balayeurs enlevaient seulement deux fois par semaine. A la première averse, la ' poussière nauséabonde qui couvrait le sol se changeait en un horrible bourbier où pataugeaient les piétons, éclaboussés par les chariots à roues pleines des paysans et par les carrosses des seigneurs. Les vrais maîtres des rues de Madrid étaient les pourceaux du couvent de Saint-Antoine- Abbé.
{i)Nov, B«c., ni, XV, i.
(9) Mesonero Romanus, El aniiguo Madrid, ], p. 89.
180 L ESPAGNE DB l'à>'CIEN RÉGIME
Placés SOUS la protection de la Cour et de la Chambre de Castille, ces animaux erraient librement par les rues, défonçaient Tempierrement, remuaient la fange avec leur groin, ou bien, pris tout à coup de terreur panique, s'enfuyaient en grognant, galopaient dans la boue liquide et se jetaient dans les jambes des passants. La nuit venue, il était imprudent de se hasarder dans les rues sans guide ou sans litière, ou sans être bien armé; on trouvait souvent des cadavres de gens assassinés jusque devant la porte de la prison de Cour. Les dames qui allaient en soirée se faisaient voiturer en chaise et précéder de laquais porteurs de lanternes {hachas de viento). Les rues n'avaient pas d'autre éclairage que les lumières briUant devant quelque image de la Vierge, ou les méchants lumignons que les propriétaires consciencieux accrochaient au balcon du premier étage (1).
Madrid manquait d'eau. Quelques fontaines publiques versaient seules un mince filet d'eau dans les cruches des ménagères ou les tonnelets des aguadors galiciens. Au moindre incendie, tout un bloc de maisons {manzana) y passait, parce que les seringues de la ville, seules pompes alors en usage^ étaient presque toujours hors de service.^
Les marchés consistaient en pauvr,es échoppes rangées le long de certaines rues et sur certaines places. Il y en avait place de la Cebada, plaza Mayor, place Anton Martin au haut de la rue Fuencarral ; on appelait ce dernier « le filet de Saint-Louis » [la red de San Luis)^ parce qu'il était près de l'église de Saint-Louis, et entouré d'un treillis en fil de fer (2). Il y avait des étaux de boucher jusque dans la rue d'Alcala (3). Des marchands de fritures installaient leurs fourneaux (ôorf^^oncs de piintapiés) au coin des rues les plus^ fréquentées. L'approvisionnement des marchés était si défectueux qu'on faisait venir les œufs jusque de France.
Les routes qui conduisaient à la ville étaient mauvaises et mal entretenues; deux ponts de pierre seulement Iraver-
(1) Mesonero Romanos, El antiguo Madrid^ I, p. 89-97. — Septilveda, Madrid viej'Ot p. 29.
(2) Mesonero Uomanos, ibid. 11, p. 130.
(3) Diario de Madrid, 10 avril 1806.
saient le Manzanarès. A la porte d'Âtocha, des dépôts de décombres qui prenaient les proportions de vraies montagnes réduisaient presque à rien la largeur du chemin royal. Il n y avait point d'avenues percées pour monter aisément à la ville haute.
Les Madrilènes n'avaient pour se promener que les prairies basses du Manzanarès et le vieux Prado.
C'est dans ce fâcheux état que Philippe V trouva sa capitale, et il se passa encore bien des années avant qu'on essayât de remédier au mal.
Le premier projet d'amélioration date de 1746. L'auteur proposait d'amener à Madrid les eaux du Jarama, de creuser un canal de Madrid à Aranjuez, de planter des promenades autour de la ville, de construire au-dessus de la rue Basse de Ségovie un pont qui unirait les quartiers hauts du Palais et de Saint-François. Il indiquait aussi certaines mesures de police, mais gâtait son plan par l'idée malencontreuse de fortifier Madrid (1). Rien ne fut fait alors, et les projets ne furent repris qu'en 1761 par l'ingénieur Sabatini.
C'est au marquis de Squillace [Esquilache) que revient l'honneur d'avoir commencé les réformes. Il fit nettoyer les rues, il y fit placer 5000 réverbères et organisa une police sérieuse (2). Mais il eut le tort de recourir au monopole pour approvisionner Madrid de pain, d'huile, de savon et de lait ; une hausse imprévue se produisit sur toutes ces denrées de première nécessité. Esquilache fut bientôt haï du peuple, et quand il voulut réformer le costume en 1766, une émeute formidable éclata contre lui. Les Madrilènes portaient un chapeau de feutre à larges bords rabattus, et une cape très ample dont un pan se relevait sur une épaule. Sous un ciel aussi variable que celui de Madrid, ce costume avait l'avantage de défendre à la fois du froid et du soleil, et il est si bien adapté au climat qu'il est encore porté aujourd'hui par la majorité de la population ; mais les filous, les voleurs, les escarpes défiaient sous la cape et le chapeau à larges bords
(i) Mesonero Romanos, KZ anîiguo Madrid^ I, p. 98. (2) Coxe, L'Espagne sous les Bourbons, IV, p. 560.
182 i/espagns de l'ancien régime
toutes les recherches de la police. Le ministre voulut agir à la Pierre-le-Grand, relever les chapeaux et couper les capes (1 ), mais les « manolos » n'étaient pas des moujiks, le peuple se souleva, se battît, se fit tuer pour la cape et le chapeau. Charles III crut sa couronne menacée, revint précipitamment à Madrid et fit sa paix avec son peuple en signant Texil d'Esquilache.
Madrid faillit payer cher sa révolte, le roi songea à se fixer à Séville ou à Valence ; Taniicci le détermina par des raisons d'ordre financier à renoncer à ce dessein (2). Madrid resta capitale, mais le roi nomma Gouverneur du Conseil de Castille le comte d'Aranda, qui reprit avec plus de prudence les projets d'Esquilache, et réussit là où lltalien avait échoué. Pour dégoûter les gens de porter le chapeau Chcunbergo (3), il le fit prendre au bourreau, et dès lors la mode commença de s'en perdre (4). Tous les fonctionnaires adoptèrent le tricorne {sombre7*o de très picos)^ les élégants les imitèrent, et peu à peu le chapeau séditieux passa pour mal porté. Aranda purgea la ville des fainéants et des vagabonds qui la troublaient, lui donna une garnison permanente, une police active et une nouvelle administration (5).
En 1798, les veilleurs de nuit furent installés à Madrid (6).
En 1802, la ville fut divisée en dix quartiers placés chacun sous la surveillance d'ui> alcalde de Casa y Corte (7).
Godoy commença à porter le marteau sur les masures et les maisons borgnes, il obligea les propriétaires de majorats et les couvents à vendre leurs terrains (8), et Madrid se transforma assez rapidement.
(1) Nov. Rec,^ 111, XIX, 13 (10 mars 1766). On rappelait dans l'édit les ordonnances précédentes de 1716, 1719, 1723, 1729, 1737, 1740 et 1745.
(2) Ferrer del Rio, Hiatoria de Carlos 111% t. II, p. 84.
(3) Ainsi appelé du régiment de Chamberga, créé par Charles II. «^ De Séjournant. Dictionnaire espagnol- français,
(4) Coxe, L'Espagne sous les Bourbons^ t. IV, p. 571.
(5) Id. ibid., V, p.lH.
(6) Nov. Rec, III, xix, 3 (6-9 déc. 1798).
(7) Voici les noms des dix quartiers : — Plaza,Palacio, Afligidos, Maravillas, Barquillo, Nuevo de S. Martin, S. Geronimo, Avapies, Nuevo de san Isidro, S. Francisco. — Nov. Ree,, III, xxi, 12.
(8) Les terrains à bâtir se payaient déjà 1 réal 1^2 le pied carré aux portes
Le beau plan de D. ïomas Lopez (1785) témoigne des grands progrès accomplis dès le règne de Charles III. Il restait cependant encore beaucoup à faire. Madrid gardait un air campagnard (villanesco), ^eu digne d'une capitale (1). Un soldat français nous le dépeint en 1809 comme « une ville « très digne d'être visitée, où tout est bien, convenable et « digne, mais où rien n'excède l'ordinaire, ne fixe l'attention M du voyageur ou ne l'étonné par la grandeur des propor- « tions (2). » Et c'est encore aujourd'hui l'impression que produit cette ville, propre et bien percée, mais pauvre en monuments et dénuée de pittoresque.
Il faut convenir aussi que Charles III et Charles IV poussèrent trop loin la sollicitude pour la propreté et le bon ordre. Ces souverains méticuleux voulurent soumettre les Madrilènes à une vie presque aussi monotone que celle qu'ils menaient eux-mêmes. Charles III comparait ses sujets à des enfants qui pleurent quand on veut les débarbouiller, il ressemblait, de son côté, à ces parents ennuyeux qui ont toujours quelque chose à blâmer ou à défendre, et qui empêchent tout jeu, sous prétexte que les enfants vont se salir et se déchirer.
Un faiseur de projets voulait immatriculer tous les employés du roi, tous les commerçants, tous les journaliers et tous les artisans ; forcer les propriétaires à donner chaque année la liste de leurs locataires, exiger un passeport de tous les allants et venants. Il s'étonnait qu'il y eût des douanes pour les marchandises, et qu'il n'y en eût pas pour les hommes (3).
Cet esprit de réglementation à outrance était celui du roi et des ministres. La loi voulait apprendre aux charpentiers à
de la ville, 12 réaux à la Puerta del Sol, 88 réaux Plaza Mayor. — Mesonero Romanos, I, p. 88. ^* La transformation eût été beaucoup plus rapide, sans les lenteurs de l'administration. On ne pouvait bâtir sans une permission de l'ayuntamiento qui mettait deux ans à raccorder. — Archives de la ville de Madrid, Registre des délibérations de ra3runtamiento. 1804.
(1) Mesonero Romanos, t. I, p. 108.
(2) Fée, Souvenues de la guerre d'Espagne, p. 34.
(3) Archives générales d'Alcalà de Hënarès, EstadOf leg. 3,559.
184 l'espaonb de l'ancien régime
dresser leurs échafaudages (1), et aux propriétaires à tendre les storep extérieurs de leurs maisons (2).
On ne saurait se faire une idée du nombre incroyable des choses défendues à Madrid. Il était défendu d*aller parles rues dans un carrosse à six mules, d*avoir des postillons vêtus de casaques courtes, de galoper, de trotter trop vite, d'avoir un cocher âgé de moins de 17 ans (3), de former les voitures en file (4), d'avoir plus de deux laquais (5). Défense aux revendeurs et regrattiers d'attendre les paysans dans les rues, et d'entrer avant midi au marché (6). Défense aux marchands de salades et de légumes d'avoir de l'eau pour les laver (7). Ordre aux marchands de morue de changer souvent Teau de leurs baquets. Défense de jeter cette eau à la rue (8). Ordonnances royales sur la manière de vendre les cardons (9), sur les ventes de meubles et de vieux habits (10), sur les revendeuses de suif, qui doivent être au nombre de 32 seulement pour tout Madrid, être veuves, etàgées d'au moins quarante ans (11). Défense d'établir dans la ville des fabriques de sparterie, des fours à plâtre ou à briques, des teintureries et toutes autres usines exigeant l'emploi du combustible (12).
La police des auberges et des cafés est des plus sévères. Il est interdit d*y fumer, d'y lire les gazettes et papiers publics, d'y avoir des conversations immorales, d'y parler politique, d'y faire des personnalités, d'y jouer aux cartes, au jaquet ou au billard. Ce dernier jeu est jeu royal, on peut y jouer dans certaines maisons moyennant rétribution^ et sous la surveillance personnelle du fermier du roi (13)/
(1) Nov, Hec, ni. XIX, 5 (1778-1782).
(2) Ibid., nixix«6(1784).
(3) Ibid., m, XIX, 23 (1789).
(4) Ibid., m, XIX, 24 (1792).
(5) Ibid., VI, XIV, 14 (1723.29).
(6) Ibid, m, XVII, 16 (1739-74).
(7) Ibid.) m, xvii, 18 (1792).
(8) Ibid., m, XIX, 1 (note 2).
(9) Ibid.. III, xvii, 19 (1803).
(10) Ibid., III, XIX, 28 et 29 (1799-1802).
(11) Ibid., m, XVII, 17 (1787).
(12) Ibid., III, XIX, 8, 9 et 10 (1803).
(13) Ibid., 111, XIX, 26 (1791).
Les cabarets autorisés par la Saia de Alcaldes de Casa y Corte doivent rester toujours ouverts sans qu'il soit permis d en garnir la porte même d'un voile en étoffe ; on n'y vend que du vin et des fritures, défense d'y servir des ragoûts ou même de la viande bouillie. Tout jeu de dés ou de cartes, permis ou prohibé, y est défendu. On n'y recevra ni ïemmes, ni ivrognes, et les jours de travail, ni employés, ni ouvriers, ni apprentis. La taverne n'aura qu'une issue (1). Les logeurs donnent à la police le nom de toutes les personnes qui descendent chez eux. 11 est défendu de loger personne, même par charité, sans en avertir le juge de quartier (2).
On croirait, à lire les ordonnances de police, que l'ordre moral n'était pas moins protégé que l'ordre matériel. Les blasphèmes, les jurements, les grossièretés sont punis de la prison (3). Il est défendu aux lavandières du Manzanarès d'interpeller les passants, de faire des gestes obscènes ou de s'attrouper autour des bourgeois paisibles (4). Il est défendu de siffler au passage les femmes vêtues de basquines violettes (5). Les filles qui seraient assez osées pour fréquenter les promenades publiques doivent être conduites à la Galera (6). Les oisifs toujours en quête de nouvelles, et occupés à arpenter les places et lès rues, seront arrêtés comme vagabonds (7).
Cependant les voyageurs qui ont visité Madrid au début du XIX* siècle sont très loin de le peindre comme le séjour d'élection de la vertu. C'est qu'il est plus facile de faire des lois que de changer les mœurs, et que tout défendre équivaut presque à tout permettre. Le monde officiel espagnol était grave et maussade, et s'entendait presque aussi bien que notre Louis XIII à s'ennuyer ; mais le peuple aimait la joie, les fêtes bruyantes et tumultueuses. Le roi avait beau
(1) Nov. Rec, III, XVII, 13 (1795). ^
(2) n)id., m, XIX, 25 et 27 (1788, 1796, 1799, 1801). '
(3) Ibid., 111, XIX, 14 (1789). — XII, xxv, 10 (1803) (4)Ibid.,IIl, XIX, li (1790). '
(5) Ibid., III, XIX, 19 (1802).
(6) Auto acordado du Conseil^ 24 mai 1704
(7) fiov Rec. 111, XIX, 12 (1766).
186 l'espagne de l'ancien kégimk
défendre aux jeunes fillesde s'habiller en « reines de mai » (1;, il avait beau prohiber les bals masqués dec la bonne nuit » de Noël (2), interdire les confetti pendant le carnaval (3), les feux de joie, les pétards, les fusées et les coups de fusil pendant toute l'année (4), il avait beau défendre aux Asturiens de' danser la danza prima au Prado del Corrégidor (5), et frapper de 100 ducats d'amende les maîtres à danser qui réuniraient des élèves des deux sexes, ou les particuliers qui donneraient une soirée ailleurs qu'en leur maison (6), le Madrilène se moquait des ordonnances, et courait au plaisir en dépit des juges et des sergents. Tout ce que le roi pouvait en obtenir était un peu plus d'hypocrisie, mais le diable n^y perdait rien.