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I. — Physionomie générale des villes espagnoles

L'Espagne comptait en 1786 143 cités et 4,308 villes, toutes avec titres et armoiries. C'étaient : la noble ville de Cestona, la très noble et loyable ville de Saint-Sébastien, la très valeureuse ville de Fontarabie, la très noble et loyale, bien méritante et généreuse ville dlrun, la très noble, très loyale, impériale et couronnée ville de Madrid. Cependant deux villes seulement dépassaient cent mille âmes, quatre ou cinq autres avaient plus de quarante mille habitants, l'immense majorité des villes n'atteignait pas dix mille habitants.

Le caractère commun à toutes ces villes était l'étrange entassement des églises et des couvents. Jovellanos appelle les cités espagnoles « des squelettes de villes, autrefois ce populeuses et pleines de fabriques, d'ateliers, de magasins « et de boutiques, aujourd'hui peuplées seulement d'églises, « de monastères et d'hôpitaux (1) ».

Quelques-unes de ces villes étaient de merveilleux musées ; presque toutes possédaient quelque édifice remarquable, cathédrale^ alcazar, hôtel de ville, ou de belles maisons seigneuriales décorées d'écussons gigantesques. Avec leurs ruelles étroites et tortueuses, leur pavé de galets (empedrado), leurs boutiques sombres, leurs marchés sordides et leurs promenades poudreuses, les villes d'Espagne paraissaient à l'étranger tristes et désagréables ; mais l'Espagnol y prome-

(1) Jovellanos, Informe, 266.

nait sans souci sa philosophique indolence et ne désirait les voir ni plus brillantes, ni plus animées.

Le nord de l'Espagne devait à son régime politique particulier un bien-être qu'on ne retrouvait pas ailleurs. Les villes les plus modestes étaient bien entretenues, et pourvues d'une police admirable.

Renteria était pavée de briques, et l'on ne devait pas y circuler en voiture de peur de briser le carrelaige des rues. Il était défendu de fumer sur la place de THôtel de Ville (1). Les maisons de Tolosa n'avaient pas de vitres à leurs fenêtres, mais la ville était éclairée la nuit (2). Lequeitio avait un bel hôtel de ville, projeté dès 1706, commencé en 1720, achevé en 1732 (3). Azpeytia et Azcoytia, Zumarraga, Villa Real de Urrech étaient régulièrement percées, bien bâties, bien fournies de beaux hôtels et de maisons nobles. Durango et El Goybar avaient presque la physionomie de petites villes industrielles. Orduôa avait reconstruit sa boucherie en 1753, son hôtel de ville en 1772; sa grand'place était entourée de portiques ; le Prado de S. Lazaro lui servait de promenade (4). Guernica avait achevé ses deux églises de Sainte- Marie et de Saint-Jean-Baptiste, pavé sa grand'place, réédîfié sa maison commune. Elle possédait un hôpital, une prison,' un médecin, deux pharmaciens, quatre chirurgiens, un maître d'école et un professeur de grammaire. On y voyait une boucherie, trois fontaines, un jeu de billard (juego de trucos) et un jeu de quilles (juego de bolos) (3).

Parmi les villes plus importantes, Pampelune l'emportait par sa population et la bonne tenue de ses rues (6), mais les étrangers la trouvaient triste. Saint-Sébastien et Vitoria n'étaient encore que de très petites villes de 7 à 8,000 âmes; Bilbao était plus peuplé, et beaucoup plus riche. Bilbao

(J) Archives municipales de Renteria, afio de 1*790.

(2) Du Rozoir, Description de l'Espagne y p. 111.

(3) Cavànilles, Lequeitio en 1857, p. 58.

(4) Uriarte, Historia de Nuestra Senora de Orduha la Antigua^ p. 35.

(5) Yturriza, Historia gênerai de Vizcaya, p. 556,

(6) Ordenanzas que establece la M. N, y M. L. Ciudad de Pamplona, cabera (lel reyno de Navarra, para la conservacion de la limpieza de sus calles, plazas y parages publicos y privados, Pamplona, 1772, in- 18, 67 pp.

L*E8PA0NB. U

210 l'eSPAQNE de l'ancien nÉGlME

comptait en 1793 près de 15,000 habitaiats: € Chaque jour y paraissait un jour de marché, et presque un jour de foire. » De superbes maisons à trois ou quatre étages bordaient ses rues étroites, abritées de la pluie et du soleil par la saillie énorme des toits. Les maisons étaient souvent construites en marbre jusqu'au premier étage ; la partie supérieure était décorée de peintures ou de dessins en ciment ; les rues, pavées de grandes dalles carrées, étaient parcourues par de petits traîneaux chargés de marchandises : deux cents lanternes éclairaient la ville pendant la nuit, et des rondes de police parcouraient les rues pour « empêcher les mauvaise tés que « pouvaient commettre les nombreux Français que les révoluce lions de leur malheureux pays attiraient chaque jour à « Bilbao». Un bel hôtel de ville réédifié en 1.680, une promenade plantée de tilleuls et ornée de bancs en pierre blanche avec dossier de fer peint vert et or, les deux belles églises de Saint-Antoine et de Saint-Nicolas, une boucherie d'ordre toscan donnaient à Bilbao une physionomie assez monumentale ; mais ce qui faisait la beauté de la ville, c'était le mouvement commercial, le nombre inouï des magasins et des entrepôts qui approvisionnaient l'Espagne tout entière de morue, de congre et de saumon salé, de sucre, de draps, de toiles, de quincaillerie, etc.. La foire aux tissus et aux fers établie en Ï765durait du 25 juillet au ISaoût. Elle altiraitdes marchands de toutes les parties de l'Espagne* L'argent abondait dans la ville, et le roi y avait autorisé douze maisons de jeu de billard. En 17901a ville fit élever un heaM fronton, pour le jeu de paume {pelota) (1).

Les villes de Tintérieur étaient loin de présenter un aspect aussi agréable. L'Espagne avait, comme notre Bretagne, sa ceinture dorée, et la vie semblait se retirer du centre pour se reporter vers les côtes. Les pays Castillans ne comptaient qu'une seule grande ville, Madrid, et renfermaient 1023 despoblados dont 289 dans la seule province de Salamanque et 127 dans celle de Tolède (2).

(1) Yturriaa, Historia gênerai de Vizcaya^ p. 323.

(2) Censode 1787.

LES VILLEvS 211

, Les anciennes grandes villes de Castille étaient toutes des ^3

villes déchues : Burgos, Valladolid, Ségovie, Avila, Tolède Ij

n'étaient plus que Tombre d'elles-mêmes (1). Les ministres l cherchaient à ressusciter les industries agonisantes ; mais les préjugés aristocratiques contre le travail, Tinintelligence des

municipalités, les caprices de la législation, le mauvais état :]

des chemins s'opposaient au développement de l'industrie et )

du commerce. 5

Cette torpeur générale n'excluait ni un certain degré «j

d'aisance, ni même un certain luxe. Les richesses acquises '?

s*étaient à peu près conservées, et comme Tofifre et la ^

demande avaient diminué dans les mêmes proportions, la ;if

condition générale des habitants n'avait pas sensiblement "à

changé depuis deux siècles. ^^

Valladolid, par exemple, offrait un aspect lamentable : un J palais royal démeublé et désert^des rues sales et mal pavées, beaucoup de maisons inachevées ou tombant en ruines (2) ; et pourtant Valladolid était une ville riche, on n'y comptait pas 4,000 feux et on y voyait 80 riches propriétaires roulant carrosse à deux ou quatre mules. Les denrées de première nécessité augmentèrent d'un tiers dans les soixante premières années du xviii^ siècle. La hausse des loyers contraignait

l'intendant et les membres de la Chancellerie à se loger |

dans dés maisons uiesquines et incommodes. Il étaitimpossible ^1

de reconnaître à l'habit un hidalgo d'un roturier. Valladolid J

n'avait ni commerce ni industrie, mais c'était encore une /}

capitale administrative. La Chancellerie étendait sa juri- -^

diction sur le tiers de l'Espagne, ses membres recevaient '^

du roi plus de 500,000 réaux par an. L'intendant, l'évêque, ^ les administrateurs généraux des finances laissaient dans

la ville la meilleure partie de leurs traitements et de scieurs revenus. L'Inquisition de Valladolid percevait des

dîmes dans toutes les provinces d'Espagne. L'Université /^

attirait des étudiants; les tribunaux attiraient des plai- }

(1) Burgos avait 8 à 9,000 habitants. Valladolid 21,000. Ségovie 10,000. Tolède 14,000.

(2) De Laborde, Itinéraire descriptif de VSspagne, 1, p. 351. — Fée, VEspagne à 50 ans d'intervalle^ p. 23.

21 â L^ESPAGNE DE L* ANCIEN RÉGIBlE

deurs (1). Tout cela entretenait à Valladolid une misère dorée vraiment digne d'une capitale déchue.

Les idées de progrès parvenaient quelquefois à pénétrer jusqu'au sein des ayuntamientos castillans ; maïs ces aristocratiques corporations avaient horreur des nouveautés, et lorsqu'elles se décidaient par hasard à faire quelque dépense, c'était le plus souvent d'une dépense de luxe qu'il s'agissait. Jusqu'en 1700 Valladolid n'eut pas de promenade plantée, on mit alors quelques peupliers le long du Pisuerga sur PEspolon Nuevo (2) ; mais le Campo Grande où se célébraient les fêtes et les autodafés resta nu entre ses treize églises, brûlé Tété par le soleil, balayé l'hiver par les vents furieux qui galopent à travers les Castilles. En \ 787 D. Jorge Astraudi, corrégidor de Valladolid, parla de planter le Campo Grande ; on lui répondit que les arbres attirent l'humidité et nuisent à la pureté de l'air (3). D. Jorge ne se tint point pour battu, planta dix-huit cents pieds d'arbres, et mit de distance en distance des bancs de pierre le long des allées (4). C'était fort bien, mais au moment où le corrégidor faisait planter le Campo-Grande la ville n'avait pas encore assez d'eau potable (5), et n'était point encore éclairée la nuit (6).

Les travaux publics étaient conduits avec une lenteur inimaginable. En 1750 la municipalité de Salamanque projeta d'ouvrir une promenade au pied des remparts ; rien n'était encore fait en 1780. L'évêque D. Felipe Beltran, n'ayant pu arriver en carrosse jusqu'à son palais, demanda aux régidors de réparer les chemins. On lui répondit qu'il n'y avait point d'argent. L'évêque donna 30,000 réaux de sa bourse, le roi permit de lever un impôt de deux cuai^tos par fanègue sur les avelines, les châtaignes, les noix et les pignons qu'on vendrait au marché, et l'on se mit à Toeuvre. Une commission, composée d'^n architecte, de deux chanoines et de deux

(1) Larruga, Memorias politico-economicasji.'^yi, p. i60. (î) Saagradorj Uistoria de Valladolid, \, p. 636.

(3) D. Miguel Iscar, qui a fait planter il, y a quinze ans les splendides jardins du Gampo-Grande, a eu à lutter contre les mômes préjugés. lA) Manual historico de Valladolid, p. 93.

(5) Archives municipales de Valladolid, Autos, 1791, juillet.

(6) Sangrador, Hisloriade Valladolid, p. 636.

régidors, dressa les plans ; on prit trente prisonniers, on loua deux cents journaliers et Ton aplanit le tour de la ville surune largeur suffisante pour le passage d'un carrosse, on planta 1800 pieds de peupliers noirs sur la nouvelle promenade ; mais le travail fut conduit avec si peu de soin qu'on démolit la belle tour arabe de la porte de Villamayor pour faire passer la route à sa place (1). Les travaux de la Plaza Mayor durèrent encore plus longtemps : commencés en 1707, ils ne furent achevés qu'en 1781, et cependant tous les impôts avaient été augmentés, les corporations, les couvents, les collèges, rUniversité, la ville avaient contribué à Tentreprise (2).

Si on marchait avec une telle lenteur dans les villes riches et puissantes, dans les petites on ne marchait plus du tout. Zamora était en 1802 criblée de dettes et réduite à la faillite. Les régidors suspendirent les travaux publics, supprimèrent l'éclairage des rues, et firent évacuer l'hôpital, où il ne resta plus que trois lits (3).

Les préjugés étaient parfois féroces dans les petites villes castillanes. A Tolède c'était Torgueil aristocratique, la bouderie stérile de Thidalgo ruiné qui mendie plutôt que de travailler (4). A Casar de Cacerès l'esprit d'égalité était poussé si loin qu'on n'eût même pas permis de mettre une épitaphe sur un tombeau (5). Le roi avait peu de prise sur les municipalités. Il voulut du moins leur donner l'exemple • il bâtit une ville modèle comme les grands seigneurs philanthropes bâtissaient une ferme modèle ou un rucher. Vers 1701 Aranjuez commença à aligner ses maisons blanches à contrevents verts le long des rues tirées au cordeau par les ingénieurs du roi, et Ton obtint une sorte de Potsdam rectiligne et ennuyeux (6), ayant quelque chose de la puérilité d'un jouet et delà symétrie barbare d'une caserne.

(1) Ramon Giron, Historia de Salamanca^ p. 487.

(2) Id. ibid, p. 443.

(3) Duro, Historia de Zamora, III, p. 228.

(4) Twiss, Voyage en Espagne y p. 208. — Fée, p. 207.

(5) Du Rozoir, Description de VEspngne, p. 243.

(6) Twiss, Voyage en Espagne, p. 214.

21!- l'espagne d£ l'ancien régime

Les villes aragonaises ne présentaient pas un bien meilleur aspect que les villes castillanes. A Saragosse, la basilique du Pilar, commencée sous Charles II, se continuait péniblement ; la saleté et l'abandon des rues et des quais faisaient en 1787 Tétonnement des étrangers (t).

Plus industrieuse et plus riche, malgré ses 304 despoblados (2j, la Catalogne avait dans Barcelone une splendide capitale. Cruellement bombardée en 1714, gardée à vue par trois forteresses : leMontjuich, les Atarazanas et la citadelle, Barcelone s'était peu à peu relevée de ses ruines ; les grands travaux de fortification avaient enrichi se^ entrepreneurs, le faubourg de Barceloneta avait logé ses pêcheurs, la liberté du commerce avec l Amérique avait rendu à ses intrépides habitants leur antique hardiesse ; dès la fin du xviii* siècle, Barcelone était redevenue la première cité de l'Espagne. Bien plus monumentale, bien plus active que Madrid, embellie de belles constructions comme la Lonja et le Palais Royal, éclairée dès 1752, ornée de belles promenadeg comme la Rambla et l'admirable muraille de mer (3), elle défiait toute comparaison. A mesure qu'elle sentait croître sa richesse, l'énergie lui revenait ; réconciliée avec la dynastie de Bourbon par les sages mesures de Charles III, elle arma d'innombrables volontaires pour la campagne de 1793, et quand les armées espagnoles furent rejetées au sud des Pyrénées, elle offrit de se charger à elle seule de la défense de la Catalogne.

Sur tous les points de la province les travaux publics étaient menés avec activité ; c'étaient le superbe château de Figuères, l'Université de Cervera, l'aqueduc de Tarragone ; Lérida descendait de son inexpugnable colline et s'installait commodément en plaine, Manrcsa comptait près de 1800 maisons. On put espérer un instant que l'Ebre allait s'ouvrir à la grande navigation et que le Canal Nuevo allait faire de Tortose et de S. Carlos de la Rapita deux grands ports de plus.

(1) De Laborde, Itinéraire descriptifs I, p 419.

(2; Censo de 1787.

V8) Pi y Arimon, Barcelona, 1. 1, p. 282, 287, 331 ; t. Il, p. 1098.

Valence profita comme Barcelone de la liberté du commerce avec TAmérique ; mais Tesprit violent de sa population Tempêcha de faire les mêmes progrès que sa rivale catalane. Les émeutes terribles de 1706, 1794 et 1808 attestèrent la turbulence des Valenciens, qui montrèrent moins, d'activité raisonnable que de fanatisme.

L'Andalousie, Murcie et Grenade étaient les pays de l'Espagne oii la population urbaine avait pris le plus grand développement. Lorca et Cordoue comptaient 30,000 âmes, Murcie 40,000,Malaga et Grenade près de SO,ÔOO,Cadiz 70,000, la Islade Léon 80,000, Séville 96,000. Une douzaine d'autres villes avaient de 10 à 20^000 habitants (1).

Presque toutes les villes du midi de l'Espagne étaient rian- 4

tes et agréables : il n'y taisait môme que trop bon vivre. Les V |

gens de Murcie passaient pour les plus nonchalants des Espa- :

gnols ; comme on pouvait vivre Tété pour 1/2 real par jour, les domestiques quittaient leurs maîtres dans la belle saison, S

disant qu'ils seraient bien sots de travailler quand ils pou- x^l

vaient vivre à ne rien faire (2). Avec un pareil idéal, les villes auraient présenté un aspect aussi misérable qu'en Castille si la douceur du climat, l'abondance de toutes choses, etrhumeur joyeuse des habitants n'eussent fait du sud de l'Espagne un séjour charmant, en dépit de la négligence des alcaldes et de l'apathie générale.

Il n'y ayait pas une ville andalouse qui n'eût sa promenade et Sa banlieue couverte de jardins et de blanches maisons de campagne {quintas). Ecija « la poêle à frire d'Andalousie j> .i*

avait des maisons peintes, une grande place entourée de portiques, une avenue de quatre rangées d'arbres ornée de statues (3). Cordoue aux rues tortueuses et aux maisons blanches élait comme Tolède une vieille cité aristocratique, Grenade était une ville de plaisir, Cadiz une ville d'affaires. Séville, l|

(1) Jerez 20,000 hab. — Antequera 20,000. — Andujar 14,000. — Baeza j,|

i5,000. — Ûbeda 16,000. — Puerto Real 10,000. — Arcos 12,000. — Ronda '

12,000. — Carthagène 30,000. — Alméria 25,000. — Ecija 10,000.

(2^ De Laborde, Itinéraire desciptif, II, p. 236.

(3) Td. ibid., II, p. 3^. — Fée, VEspagne à 50 ans d'intervalle, p. 60.

216 L ESPAGNE DE l'aN'CIEN RÉGIME

la cité merveille, faillit à deux reprises, sous Philippe V et sous Charles III, devenir la capitale de TEspagne.

Des raisons d'économie et des motifs d'ordre politique privèrent Séville de cet honneur, mais elle fut traitée en favorite. Le roi y fonda des académies de médecine, de belleslettres et de peinture, des écoles de dessin et de pilotage, il y installa une fonderie de canons, un arsenal, un hôtel des monnaies et une splendide manufacture des tabacs dont la construction coûta 37 millions de réaux (1). La société sévillane se donnait rendez-vous sur TAlameda. De six à huit heures du soir, c'était un incessant défilé de voitures ; de dix heures à minuit, c'était le moment de la promenade à pied ; les dames, escortées de leurs courtisans (cortejos)^ passaient et repassaient en jouant de Téventail, des vers luisants dans les cheveux (2).

Le général O'Reilly avait transformé Gadiz. Des maisons régulières remplacèrent les masures, les remparts furent réparés, une porte fut ouverte sur le quai, toute la banlieue jusqu'à rile de Léon fut mise en culture, les hospices furent réorganisés et la police se fit si exacte que dans dix quartiers sur quatorze on n'eût pu trouver un seul homme inoccupé (3). Gadiz était la ville là plus chère de l'Espagne ; les loyers y atteignaient un prix énorme, mais la richesse y était grande et la société très hospitalière. Il y avait un beau cercle, la Camorray un théâtre espagnol où l'on jouait quelquefois en français et en italien. Les grands négociants donnaient souvent des bals et des fêtes somptueuses (4).

Les grandes villes des Indes reproduisaient en les exagérant encore les traits caractéristiques des villes espagnoles.

La Havane ressemblait à une ville d'Europe par le raffinement du luxe, la beauté des équipages et la courtoisie de ses habitants (5).

Des travaux gigantesques, évalués à un milliard de réaux,

(1) De LabordOf Itinéraire descriptif. H, p. 43.

(2) Twiss, Voyage en Espagne jji. 344.

(3) Bourgoing, Nouveau voyage en Espagne^ 111, p. 164.

(4) De Laborde, op. cit,^ llï, p. 77.

(5) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne, I, p. 422.

avaient fait de la Vera-Cruz une place formidable, et le seul port du golfe du Mexique oîi pu3sent mouiller, les vaisseaux de guerre. La ville, bien bâtie, comptait 16,000 habitants, malgré les trop fréquentes visites du vomito prieto (1).

Dans l'intérieur du Mexique, Guanajuato présentait au milieu de misérables huttes d'Indiens de grands et beaux édifices; un propriétaire démines y avait fait bâtir &la lîn du siècle un hôtel « qui n'eût pas déparé les plus belles rues de Naples ou de Paris n (2). La Puebla de los Angeles, la seconde ville du Mexique, n'était encore en 1800 ni pavée, ni éclairée, mais le gouverneur avait commencé les travaux d'empierrement et d'éclairage (3). Durango possédait une cathédrale voûtée et toute bâtie en pierres détaille; la ville comptait 4,000 habitants de race blanche, et s'embellissait tous les jours ; les rues, arrosées d'eau courante, étaient propres ut fraîches, de beaux jardins donnaient avec tous les produits du pays tous les fruits et les légumes d'Espagne. Les jardins de l'évéché fournissaient assez de raisin pour faire du vin, de l'eau-de-vie et de la mistela, liqueur aromatisée & la cannelle dont les Mexicains se montraient très friands (4).

Dans l'Amérique du Sud, Porto Bello, défendu par trois forts et 240 pièces de canon, avait 400 maisons, deux églises, une douane, une bourse, et ses grandes foires attiraient jusqu'aux marchands du Pérou (5). Quito, Cuzco, Buenos- Ayres, Santiago de Ghile se développaient et avaient toutes de riches églises, de beaux monastères, une plaza mayor, des rues droites bordées de maisons basses et une promenade. Lima était une grande ville de plus de 50,000 âmes; sa rue principale, la Calle de Malambo, avait 20 mètres de large, les autres rues en avaient dix. La grand'place formait un carré de 145 mètres de côté ; la cathédrale, l'archevêché, le

(1) Kumboldt, Estai sur la Nouvelle-Espagne, 11, p. 209, IV, p. 70 et 139,

(î) Id. ibid., 111, p. 117.

(3^ Archives générales des Indes à Séville, Bsl, SS, caja S, leg. 13 (R&ppcrt du vice-rot Aiania).

(*) TamoTOD, Demostracion del obispado de Durango, mi. Bib. prOT. de Guipuzcoa, p. 7.

(S) Dmalles, Histoire générale des Antilles, [V, p. 40B.

palais du vice -roi élevaient sur trois de ses f&ces leurs façades monumentales. La cathédrale était une richissime église décorée de tableaux, de tapisseries et de magnifiques pièces d'orfèvrerie (1). <

Mais toutes ces villes le cédaient en grandeur et en beauté à la capitale de la Nouvelle-Espagne, à Mexico, qui était certainement à la fin du xvm* siècle la plus peuplée et la plus magnifique de toutes les cités américaines (2). Déjà orné de beaux monuments des xvi* et xvii* siècles, Mexico fut assaini et embelli au xviii*. Le lac menaçait la ville d'inondations incessantes, un déversoir {desagiie de Hnehuetoca) rejeta le trop plein des eaux sur le versant du Pacifique par une tranchée de 3500 mètres de longueur sur 30 mètres de profondeur. Un hôtel de ville fut construit (1722) ; le « Portail des Marchands » devint pour les Mexicains ce qu*était la Puerta del Sol pour les Madrilènes. Aux deux anciennes promenades de la Alameda et du Paseo de la Viga, le V. R. Bucareli ajouta le Paseo Nuevo, inauguré le 4 novembre 1778 (3). Une école des mines avait été fondée en 1774. En 1784 le roi autorigala création d'une Académie des beaux-arts, établie sur le modèle de TAcadémie de San Fernando à Madrid (4). Le 9 décembre 1803 on inaugura sur la Plaza Mayor une statue équestre de Charles IV due au sculpteur indigène Toisa. La statue occupait le centre d'un terre-plein de 4 pieds et demi de hauteur, dont les angles étaient ornés de quatre jolies fontaines (5). La décoration de la grand' place de Mexico eût fait honneur à plus d'une capitale européenne.

La propreté des rues était assurée par une abondante distribution d'eau. Deux aqueducs de 3,300 et 10,500 mètres de longueur y amenaient les sources de Chapultepec et des

(1) Lacroix, le Pérou (coll. de V Univers pittoresque)^ p. 340.

(2) Mexico avait, d'après Humboldt, 137,000 habitants. — Elle portait les titres de « Mut/ noble^ insigne, muy leal e impérial, tnuy religiosa^ pia y de^ vota ciudad de Mejico d. — Gazeta de Mejico, 28 janvier 1184.

(3) Marcos Arroniz, Manualdel viajero en Mejico, p. 109.

(4) Id.ibid., p. 126.

(5)Id. ibid.,p. 110.

montagnes de Santa-Fé (1). Les jardins des environs, bordés de haies de rosiers, fournissaient la ville de fleurs et de légumes (2). Le lac portait lui-même des jardins sur ThàeRux [chinampàs) à la manière de Chine (3).

Mexico n'était sans doute pas un foyer de lumières. Il y avait encore trop de couvents (4), trop d'hôpitaux (5), trop de mendiants. Vingt ou trente rml\e gueux {saràgates otjl guachinangos) presque nus, paresseux, amis du jeu, du vin de maguey {piilqué) et des disputes, rendaient la police si difficile que le V. R. Azanza s'estimait heureux d'avoir maintenu dans la ville un ordre passable {regidar) et ne pensait pas qu'on pût obtenir beaucoup mieux (6). Telle qu'elle était, la capitale du Mexique était certainement une grande et belle ville que TEspagne pouvait montrer avec orgueil à ses amis et à ses' ennemis.

. II, — Mœurs urbaines.

On vivait très heureux dans ces villes espagnoles du règne de Charles IV. Un écrivain optimiste nous trace ce joli tableau de la calme existence qu'on y menait : « A part « quelques guerres, extérieures peu avantageuses, le pro- « priétaire vivait doucement, lartisan avait du travail, le « pauvre trouvait sa subsistance à la porte des couvents, les « contributions étaient proportionnées à la richesse; on « respectait le prêtre, la hiérarchie ecclésiastique était plus « brillante que jamais, le trône avait de valeureux déten- « seurs, et les pouvoirs publics, sans tyranniser les gens, « protégeaient les choses utiles et les hommes de bien, en « châtiant d'une main vigoureuse tout ce qui méritait « d'être châtié. La volonté du roi se faisait sentir partout; (c seul il commandai}; et tous obéissaient... Nous vivions

(1) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne, U, p. 55.

(2) Td. ibid., Il, p. 90.

(3) Id. ibidr, loc, cit. — Arroniz. op, cit., p. 32.

(4) 40 couvents des deux sexes, Humboldt, IV, p. 293-94.

(5) 15 hôpitaux et hospices. Id., IV, p. 298.

(6) Archives générales des hides, Est, 88, caja 5, leg. 12. — Rapport d'Âzanza.

220 L*£SPAGNE DE L ANCIEN BÉGIME

« heureux et tranquilles, lisant tous les soirs le journal de <( Madrid, respectant dans les choses humaines l'autorité « du roi et dans les choses divines le pouvoir auguste de a Dieu (1). >»

Cette page résume très bien l'esprit du e bon vieux temps » espagnol, c'est-à-dire du gouvernement clérical avec ses bons et ses mauvais côtés. La religion présidait à tous les actes de la vie. On donnait aux enfants le plus grand nombre de noms possible pour leur assurer la protection d'un plus grand nombre de saints. On ajoutait toujours à leur prénom habitue] le nom du saint de leur jour de naissance, si baroque que fût l'association de tous ces noms (2). Si l'enfant tombait malade, c'était à la Vierge et à ses saints patrons que l'on demandait sa guérison. Ses premières fêtes étaient des fêtes religieuses ; il dansait devant le dais à Séville ; à Barcelone il allait à la cathédrale le jour de Noël, et ramassait les jouets et les bonbons que lui jetait « la tête du More », tête gigantesque en carton, suspendue à la tribune du grand orgue. Le dimanche des Rameaux, à Valence, il frappait les porte* des maisons à grands coups de maillet : tocar a Maria sola (3). Dans toutes les villes il figurait les anges dans les processions. Tous les soirs le rosaire était récité en commun par tous les membres de la famille (4). Quand l'Angelus sonnait, les promeneurs s'arrêtaient dans les rues, et se découvraient pieusement jusqu'au dernier son de cloche (5), les acteurs s'interrompaient dans les théâtres (6). A Tolosa, le veilleur de nuit sonnait la cloche dans les rues et criait : « Loué et béni soit le Très-Saint- Sacrement de Tautel ! » Il recommandait aux fidèles de réciter trois Pater et trois Ave pour les âmes du Purgatoire, pour les agonisants, pour les voyageurs et les marins (7). Tous les matins les femmes et bon nombre d'hom-

(1} M. Fernandez, la Hacienda de nuestros abuelos, p. 2.

(2) Fée, Souvenirs de la guerre d'Espagne^ p. 205.

(3) Boix, Historia de Valencia, II, p. 111.

(4) Ferez Gâ\do8, Episodios nacionales, I, Trafalgar, p. 45.

(5) Lacroix, le Pérou» p. 392.

(6) Twiss, Voyage en Espagne^ p. 356.

(7) Gorosabel, Bosquejo de las aiiliguedades de Tolosa, p. 285. Cet usage a persisté à Tolosa jusqu'en 1830.

mt entendre la messe pour retirer des âmes du B (i). A Séville, quand on frappait à la porto d'un un petit dialogue s'échangeait entre l'arrivHnt et la chargée d'ouvrir la porte : « Je vous salue, très ,erge Marie. — Conçue sans péché. Qui étes-vous ? de la paix. — Entrez, frère (2). » On émaîllait ation d'interjections dévotes : « Mon Dieu ! Jésus ! larie et Joseph ! Dieu soit loué ! Dieu me protège ! us garde ! sainte Marie I sainte Marie du Carmel ! !s sainte I » Il n'y avait pas de maison qui n'eût son la Yiei^e, son enfant Jésus, ses images de ptétéi int, pas déjeune fille qui ne portât quelque croix, nédaille miraculeuse. Dans certaines maisons, des des chapelles enrubannées, fleuries de roses de illantes de découpages d'or et d'argent, étaient insns une chambre, ou même dans le salon. Et en hypocrisie, l'afiinnation candide d'une foi proie doute n'avait jamais effleurée.

votion universelle n'dtait à la population urbaine n aspect pimpant et pittoresque, vers 1740 les hommes avaient conservé le vêtement la mode au xvii" siècle, et les femmes portaient esjupes longues cachant le pied (3). Mais à la Un du préjugés avaient disparu, et le tontillo avait fait paniers (4). Lt-s dames espagnoles n'avaient jamais mettre du rouge, ni à se poudrer ; seules les dames semaient sur leurs cheveux une farine jaunâtre qui . paraître blondes (5). La mode était aux couleurs IX habits brodés. Une réunion aristocratique avait che et galant qu'excellait à peindre Fortuny. ;es essentielles de l'habillement féminin étaient la ît la mantille. La basquine était une Jupe unie de ffetas ou de velours que l'on mettait par-dessus la

Voyage en Eupagne, p. 191.

MiiBniVs dt la guerre d'Espagne, p. 117.

a y GuariDt», RUtoria ilel lujo, 11. p. \Ti.

TO nomanos. Et antigiio Madrid, I, p. 261.

Voyage en Eapaqne, p. 311.

robe pour sortir, et que Ton quittait chez soi, ou même en visite (1). La loi défendait les basquines de couleur, frangées d*or ou d'argent (2), et les mantilles . brodées ou garnies de dentelles (3); mais il en était des basquines comme des mantilles, on en portait de toutes couleurs, et garnies de toutes sortes d'ornements (4). La mantille passait au Mexique pour une coiffure de cérémonie (S). En Guipuzcoa la mantille noire était seule en usage, et telle était la force du préjugé contre la mantille blanche que les dames de Saint-^Sébastien avaient forcé les femmes du corrégidor et des ofûeiers de la garnison à quitter leur mantille blanche à la mode de Gastille pour la noire à la mode de Guipuzcoa (6).

Les dames péruviennes remplaçaient la basquine et la mantille par la mya mantOj composée d'une jupe très étroite plissée à petits plis, et.d'une sorte de capulet dont on tenait les deux extrémités à la main pour croiser les deux bords devant la figure, de manière à ne laisser qu'un œil à découvert (7). Les Californiennes portaient un chapeau conique orné de fleurs et de rubans (8).

Quelques dames revêtaient par dévotion, ou par pénitence, un costume monastique, robe de bure et corde à la ceinture (9). Les reines elles-mêmes portaient souvent cet accoutrement sévère.

Le costume national masculin consistait dans la cape et le chapeau à larges bords {sombrero chambergo), A Saragosseon ne portait sous le manteau, ni habit, ni cravate, mais seulement de beaux gilets et de gros jabots qu'on laissait voir en rejetant la cape sur son épaule, et en la passant sous l'autre bras (10). Au lieu de la perruque poudrée, les Espagnols

(1) Anonyme, Nouveau Voyage^ II, p. 150.

(2) Nov, Rec, VI, xiii, 18 (1799).

(3) Nov. Recs, VI, xm, 17 (1770).

(4) Diario de Zaragoza, 1797.

(5} Arroniz, Manual del Viajero en Mejico^ p. 134,

(6) Larramendi. Corografia de Guipuzcoa, p. 187.

(7) Lacroix, le Pérou, p. 347.

(8) Frignet, la Califoniie, p. 64.

(9) Twiss, Voyage en Espagne, p :64.

(10) DeLaborde, Ilinéraire descriptif, I, p. 440.

i:e3 villes , 223

Dmber leurs cheveux dans une résille serrée par utour de la tète. Le grand chapeau et la résille

interdits aux étudiants ; la loi défendait depuis

porter à Madrid ou dans les résidences royales ;

était peu observée, puisque le roi jugeait encore

! renouveler les prohibitions eji 180i (I).

Bs espagnoles finirent par céder la place aux modes

Dès 1760 la noblesse de cour avait adopté l'habit ise ; en province les gentilshommes le revêtirent • jours de fête (2), puis il devint ridicule de L l'antique ; les fonctionnaires, les magistrats, les )ut ce qui tenait au monde officiel abandonnèrent le feutre à grands bords. Les employés de l'Etat t l'épée, le jabot, les manchettes de dentelle et les aux souliers. Les chefs de table et de section mt brillants de velours, portaient les chemises à is, les bas de soie, le tricorne et la perruque pou-

es françaises ne s'introduisirent pas sans opposinme on peut bien le penser les prédicateurs et les ne perdirent pas l'occasion de tonner contre le bcle. Le P. Larramendi se montre impitoyable es les fantaisies de la mode : « On veut, dit-il, se pied en cap à la française ou à l'espagnole. 11 faut lises, des camisoles, des jabots, des perruques, iquettes; chapeaux comme ceci, chapeaux comme la prussienne, à la Chambéri, chapeaux à trois lampion; vestes, casaques, justaucorps baleinés, !s, surtouts et roquelaures, tous noms qui vont se nt au sobre-lodo espagnol. Puis c'est la mascalapucboo, soua prétexte de se défendre du froid, ut des gants, des mitons, étroits ou libres, larges lés. C'est comme cela qu'à l'arrivée de Madame la e (4) parurent les gardes françaises sur la Bidas-

rde, op. cit., 11, p. 242.

tndez, la Hacienda de nuettros abuelos, p. 193.

atnâe, fille da Louii XV, mariée eo 1139 à l'Iniant D. Felip«.

224 L*ESPAGNB DE L^ÂNCIEN RÉGIME

€ soa, et tous les Espagnols riaient et se moquaient d'eux. « Dieu! quels soldats (1)! i>

Les femmes ne sont pas épargnées par le caustique jésuite : « Il leur faut habit d'été, habit d'hiver, habit du « matin, robes de toile, de soie, de perse, robes brodées, « robes de toile d'or ou d'argent, robes à fleurs, robes sans « fleurs. Elles portent des papillotes, des chignons roulés et « des épingles. Elles ont des joyaux, des bracelets de tom- « bac, des anneaux d'or et de diamants, des corsets, des « tours de gorge, des tournures en baleine et en fil de fer, « des devants de corsage, des voiles magnifiques, des pointes « de Flandre, des manchettes, des éventails, des montres, « des tabatières de pierres fines, d'écaillé, de tombac, d'or € et d'argent, des mules de toile, des bas à coins brodés d'or M et d'argent, des boucles d'or et d'argent, des gants, des « manteaux, des écharpes, des résilles, des coiffes, des rubans, « des lacets. » Et s'il n'y avait que les femmes riches à donner dans ces manies, a mais les servantes s'habillent mieux « aujourd'hui que ne faisaient les dames il y a cinquante « ans !» — « Les maris sont de grands sots, ajoutait le P. Isla, « de soufiFrir toutes ces choses en silence, car lorsqu'ils se « croient en compagnie d'une Andalouse ou d'une Castillane, « sans savoir comment, du soir au matin, la voilà devenue « Française, sous prétexte que c'est la mode! Elle se couche « contente de son titre de dofia^ et se lève Madame de Verce gogne ! Quand son nom de famille serait Vélasco, elle com- « mence à s'en dégoûter quand elle sait qu'en France c'est « la coutume des femmes d'épouser le nom de leur mari, et « d'être parfois plus fidèles au titre qu'au bonhomme (2) ! »

Le clergé ne se contenta pas de parler, il chercha par tous les moyens possibles à ridiculiser les mœurs étrangères. Aux processions de la Semaine Sainte, Judas paraissait vêtu à la dernière mode, et les enfants lui jetaient des pierres et -des trognons de chou (3). Mais rien n'y fit. Un élégant de 1792 portait un habit de drap anglais, un chapeau de Lyon, des

(1) Larrauicndi, Corografia, p. 184.

(2) P. Isla, Fray Oerundio. IV, viii, 28.

(3) Ramon Giron, Historia de Salamanca, p. 469.

LBS VILLES 225

boucles de Paris ; sa montre venait de chez Cabrier (1). Les breloques faisaient fureur. On portait àlachaiuede sa montre c des almanachs, des arrosoirs, des lanternes, des glands, n des violons, des harpes, des livres de comptes, des hou- (K letles, des clefs, des guitares, des cœurs, des cachets, des c grelots, des cages, des tambours, des poissons. » Toutes choses qui avaient un sens profond, et faisaient allusion aux succès mondains de leur propriétaire. Une spirituelle Barcelonaise conseillait de conserver les petits maîtres comme animaux d'agrément, sans quoi on se verrait obligé de faire venir des singes du Cap- Vert (2).

Les journaux de Tépoque contiennent sous la rubrique : objets perdus, ou dans les annonces des ventes, des listes interminables d'articles de modes. On y voit des bourses de soie à anneaux et perles d'acier, des montres à répétition, des châtelaines d*écaille, des mitaines de soie bleue brodées de soie rouge, des binocles, des souliers bleu céleste, et jusqu'à « un citoyen de futaine garni de velours incarnat (3) :». Presque tous ces objets étaient de provenance étrangère; les industriels espagnols avaient peu d'imagination, et leurs inventions n'étaient pas toujours heureuses. En 1802, un négociant de Barcelone ouvrait une souscription pour la fabrication de douze mouchoirs en toile de Laval, dont les dessins devaient représenter les principaux épisodes du voyage du roi et de la reine à Barcelone. Chaque mouchoir devrait coûter 40 réaux; on ne sait si la souscription fut couverte (4).

L'Espagnol tenait plus à être bien vêtu qu'à être bien logé. Celui qui n'avait point le bonheur d'être propriétaire louait à Tannée, ou même au mois (5), une maison sans apparence et sans confort, dénuée de cheminées, même dans les contrées les plus froides. Ce ne fut que très tard que l'Espagnol songea à décorer son appartement et à augmenter son mobilier. A la fin du xv!!!*" siècle, on commençait à voir dans les villes

(1) Diario de Barcelona^ 13 déc. 1792.

(2)Id., 21 déc. 1792.

(3) Diario de Zaragoza^ 1797. — Diario de Barcelond. 13 avril 1802,

(4) Diario de Barcelona, 6 nov. 1802.

(5) Nou. Rec, X, x, 7, 11 mars 1790.

l'ispaoxz. i^

2â6 L*£SPA6N£ DE L^ANCIB» RÉaiME

quelques marchands de papiers peints (1) et de meubles français ; on eut des tables à secret, des tables à pieds de biche, des canapës, des lits pliants, des armoires de noyer à deux et à quatre portes. Un ameublement de salon mis en vente à Saragosse en 1797 se compose de treize chaises et de deux canapés tendus de damas cramoisi, avec, tables, glaces et appliques assorties (2). On avait pour 650 réaux un service de faïence anglaise de 200 pièces (3). On vendait des lampes perfectionnées, des papeteries à secret en bois d'olivier, de fabrication allemande (4).

On vivait à bon compte. Le chocolat coûtait trois réaux et demi ou six réaux la livre à Valence en 1802, le sucre valait 90 à 100 réaux Tarrobe (25 livres), Thuile 47 réaux, les pois chiches 35 réaux, le riz 311 réaux la carga (5). On déjeunait d'une petite tasse de chocolat à Teau, avec une couple de mouillettes et un verre d'eau (6). Un poulet maigre, et aussitôt rôti qu'égorgé, faisait le régal des meilleurs jours. Le pucherOy un ou deux plats assaisonnés de safran et de piment, des melons verts de Valence, un verre de Valdepenas ou de tintillo de Rota, une tasse de café très léger: voilà un repas de fôte (7).

Fumer le cigare était déjà le passe-temps favori des Espagnols et des créoles (8J. On commençait à connaître l'usage des cigarettes (9) .

Peu à peu le goût français se fit sentir dans la cuisine comme dans la toilette. On eut des cuisiniers et des maîtres d'hôtel français (10). Les Anglais importèrent en Espagne le goût du thé (11) ; mais toutes ces innovations eurent en somme peu de succès ; les bourgeois continuèrent à manger le pu-

(1) Sempere y Guarinos, Historia del lujo, I[, p. 178.

(2) Diario de Zaragoza, 1797.

(3) Diario de Barcelona^ 13 déc. 1792. — Twiss, Voyage en Espagne^ p. 286.

(4) Diario de Zaragoza, 1797.

(5; Diario de Barcelona, 9 juin 1802.

(6) Ph. Gille, Mémoires d'un conscrit de iSOS, p. 49.

(7) Fée, Souvenirs de la guerre d'Espagne, p, 40.

(8) Lacroix, Le Pérou, p. 347.

(9) Twiss, Voyage en Espagne, p. 334.

(10) Bourgoing, Nouveau voyage en Espagne, H, p. 319.

(11> Diario de Zaragoza, 3 jaiiT. 1797. — Pièce de vers à la louange du tlié.

LES tlLLES 22?

chero^ le peuple à sucer des pastèques, et les pauvres gens de Mexico à frire les larves des insectes du lac (1).

Un peu moins mal servis que les grands seigneurs, les bourgeois étaient aussi plus exigeants pour leurs domestiques. La loi avait dû défendre de louer un serviteur à la journée ; on ne pouvait en louer pour moins de deux mois (2). Les prédicateurs tonnaient contre la friponnerie des valets « qui M sur la viande, le jambon, le beurre, le vin, les fruits, enfin « sur tout ce qui passe par leurs mains, prélèvent plus de « dîmes que les curés, et plus de tributs et de gabelles que M le roi. » Ils menaçaient du feu étemel les lavandières « qui «f comptent en savon ce qu'elles ont dépensé en coups de « battoir, et qui savent le maudit secret d'amincir le linge « fort. » Us damnent les servantes « qui font de la fontaine ;c salon et boudoir, ou qui vont à la boucherie sous prétexte « d'acheter de la viande, et peut-être pour en vendre (3)! » Les domestiques qui publiaient des annonces dans les journaux ne manquaient pas d'ajouter qu'ils avaient une mise décente et qu'ils offraient des répondants (4). Les nourrices indiquaient l'âge de leur lait (5).

La vie était en général très monotone, et eût été tout à fait désœuvrée si mille pratiques dévotes n'y avaient mis quelque semblant d'occupation ; mais l'église attirait surtout les femmes, les hommes allaient à leurs affaires et s'entendaient aussi merveilleusement à flâner.

Les gens de justice et les bureaucrates avaient assez de leur tâche quotidienne pour remplir leur journée.

Dans les petites villes, les médecins étaient fort occupés, car ils cumulaient les fonctions de médecin, de chirurgien et

(1) SahaguÀi HisL générale des choses delaNouvelle-Espagne, p. 853.

(2) Nov, Rec, VI, xvi, 4.

(3) « Con pretexto de comprar la carne, quiera Dios que no la vendan ! 3> Ap. Gaudeau, Fray Gerundio, p, 214.

(4) « En la pla^a de la Magdalena, casa de Bureta, hay dos hermanas que « desean acomodarse en clase de amas de Uaves o de doncellas, o en casa de « algun sefior ecclesiastico : saben coser, aplanchar, estan vestidas décente- <( mente, y tienen quien las abone. » -^ Diario de Zaragoza, 17 mars 1797.

(5) c En la calle de las armas n* 21 ay una nodriza de 23 afios, y de lèche « de 20 dias. » — Diario deZaragoza^ 1797.

d'accoucheur avec celles de barbier, de saigneur et de dentiste. Maître Esteban Vellanes y Peralba exerçait tous ces métiers à Toro en 1813; il avait trois pièces meublées avec un luxe croissant; dans la première il recevait ses clients comme barbier, dans la seconde comme chirurgien, dans la troisième comme médecin (1). Les commerçants attendaient tranquillement les clients dans leurs boutiques.

Les gentilshommes et les petits propriétaires remplissaient les conseils de villes, les sociétés économiques, les juntes de charité, les associations pieuses, faisaient la sieste, couraient aux nouvelles, les colportaient de maison en maison et se donnaient rendez-vous le soir à la promenade. Le P. Isla excelle à décrire ces sociétés d'oisifs, où la gravité n'excluait ni la malice ni la médisance : « Que dans un cercle « de graves barbons on se mette à louer celui-ci ou celui-là, « c'est plaisir de voir les mines des assistants ; les uns se « renversent sur leur chaise, croisent les jambes et con- « templent le plafond ; un autre tire sa tabatière, y donne « deux petits coups secs, et hume une prise de toutes ses « forces ; celui-là laisse tomber sa tête comme une figue a mûre, et après un long silence dit tout à coup : Oui, Mes- « sieurs, et à propos, que fait le Grand Turc ? * (2)

Comme bien on pense, les moindres faits et gestes des personnes un peu en vue étaient épiés et commentés avec passion, et les mariages étaient autant d'occasions dont profitaient les amateurs de bavardages. La loi contribuait à donner à ces sortes de questions un intérêt romanesque. Les fiançailles créaient un lien de droit entre les fiancés ; si la jeune fille se refusait à la célébration du mariage, le juge d'église pouvait ordonner son transfert dans une maison tierce, pour lui donner pleine liberté de s'exprimer (3). Le mariage religieux étant le seul connu, un grand nombre de fils de famille contractaientàl'insu de leurs parents des mariages clandestins avec des femmes de condition inférieure. Charles III avait

(1) Fée, Souvenirs de la guei*re d'Espagne, p. 231.

(2) Gaudeau, Fray Gerundio, p. 220.

(3) Nov. Rec, X, ii, 16. - 23 oct. i785.

recommandé aux auloriU'i.s d'ompôcliercea sorLes d'unions (i), et avait rendu obligatoire le consentementdespère et mère (2) ; mais Charles IV permit de nouveau aux fils majeursde SSans, et aux filles majeures de 23 ans, de se marier sans le consentement de leurs parents (3). Cette législation était faite pour les amoureux, et les mœurs s'accordaient très bien avec elle. Presque chaque jour amenait son roman, la chronique ne chômait jamais. C'était à l'église que les jeunes gens se rencontraient le plus facilement : » sa poétique et mystérieuse en- « ceinte fut toujours merveilleusement propre à ouvrir toutes a grandes à l'amour les portes de l'âme (i). » Le secret des amoureux ne tardait pas à être connu, on en jasait par la ville; des gens malintentionnés avertissaient les parents de la jeune fille, qui se voyait parfois soumise à une surveillance plus sévère, des rivaux se présentaient, les duels n'étaient pas aussi rares que l'eût voulu le roi ; tout finissait d'ordinaire par un mariage, comme dans les romans d'autrefois, et sans qu'il fût besoin de recourir à la fameuse t saccade du vicaire > dont parle encore Saint-Simon (5). On s'occupait aussi des intrigues et des aventures des femmes de théâtre (comicas). A la fin du xviu* siècle, on commença à parler politique, à fronder Iesa,bus; on attaquales préjugés,les idées prirent une tournure révolutionnaire (6).

Les amusements n'étaient ni variés, ni nombreux. Peu de gens aimaient lâchasse, personne n'aimait la campagne (7) ; on donnait trfisrarement àdiner. Les soirées {terttilias) étaient en général monotones et peu divertissantes. Les collations (refrescos) étaient entourées d'un cérémonial trop compliqué, pour qu'on s'y pûtamuser ; à l'arrivée des invités, on parquait les hommes dans une chambre et les dames dans une autre ; quand tout le monde était arrivé, on faisait entrer la compa-

(1> Sav. Rec. X, iiJ4 (1784) el 15 {1185).

(2) Ibid., X, II, 9 (mS).

(3)lbid., X, II, 18 (1803).

(*) Perei Galdos, Trafaigar, p, 40-*3,

(5) Sunt-Simoa, Hémoirea, éd. de BoUlisle, VIII, p. 518.

(6) Foy, Gueires dt la Péninsule, 11, p. 277.

(1) Souigoing, Nouveau Voyage, II, p. 310. — De Laborde, llinéraire descriptit, II, p. S3S.

gnie au salon où la maîtresse de maison recevait ses hôtes, grave comme la reine à un besamanos (l). L'apparition des rafraîchissements faisait épanouir tous les visages ; c'étaient de grands verres d'eau sucrée, du chocolat, des confitures, des biscuits, des massepains, des dragées, des pralines. On s'en régalait à cœur-joie, on en mettait plein ses poches, plein son mouchoir, plein son chapeau ; on en faisait porter chez soi par son domestique. La soirée se terminait par une partie de jeu ou par un bal. Il était bien rare qu'il y eût souper après la danse (2).

L'Espagnol ne connaissait pas ces jolis jeux où l'on s'embrasse par pénitence ; il n'y avait pas de mistletoë dans le salon pendant la bonne nuit de Noël ; on ne s'embrassait même pas au théâtre (3). Les réunions les plus amicales conservaient toujours un air de froideur et d'apprêt qui leur ôtait beaucoup de leur attrait.

Cependant ces remarques s'appliquent surtout aux pays castillans ; dans les autres parties de l'Espagne, et surtout aux Indes, le ton était beaucoup plus libre, la gaieté plus franche, et Ton savait organiser des fêtes charmantes.

En Andalousie, c'était la mode d'aller à la promenade après le spectacle ; les dames montaient dans leurs carrosses, les hommes se promenaient à pied, montant de temps à autre sur le marchepied des voitures pour causer plus commodément ; à la fin dé la soirée, on al J ait prendre des glaces au café (4). A certains jours, les Sévillanes allaient « plumer la dinde ^ [pelar la pava) sur l'alameda. La promenade était brillamment illuminée, des boutiques de confiseurs en occupaient les côtés, et les dames, bien cachées sous leur man-p

(1) En novembre 1792, Vancouver est reçu par le commandant espagnol du fort San Francisco. — € Nous trouvâmes, dit-il, sa femme bien vôtue, et «( selon l'usage observé ici par les Espagnoles lorsqu'elles reçoivent des vi- « sites, assise en face de la porte, les jambes croisées, sur une natte que « supportait une petite plate-forme de bois carrée, élevée de trois ou quatre a pouces au-dessus du terrain, et à côté d'elle ses deux ûlles et son fils proa prement habillés. » — Vancouver, Voyages, II, p. 8.

(2) Bourgoing, Nouveau voyage, II, p. 3i0.

(3)Id. ibid.,p. 300.

(4) Twiss, Voyage en Espagne, p. 261-262.

tille, accostaient bravement les cavaliers, et leur faisaient mille compliments qui se payaient en bonbons et en sucreries. Un divertissement semblable est tout à Thonneur du peuple qui peut se le permettre, car il suppose une égalité d'éducation extraordinaire, et une léserve qu'il serait imprudent de supposer à une foule qui ne serait pas une foule andalouse (1). Au Mexique les grandes fêtes religieuses étaient l'occasion de soirées interminables. Huit jours avant Noël commençait la fête des stations (/?05arfa5). D'après la tradition, la Vierge avait mis huit jours à aller de Nazareth à Bethléem ; plusieurs familles s'associaient pour célébrer la fête, et l'on désignait une maison pour y faire la première posada. Dans le salon était élevé un autel avec les images de la Vierge et de saint Joseph. Après avoir chanté et récité des prières devant Tautel, les invités prenaient les saintes images, se formaient en procession et allaient à la porte d'une maison amie demander rhospitalité pour la Vierge et saint Joseph. On répondait par des refus, puis on finissait par ouvrir, de mauvaise grâce, comme il avait été fait jadis à la Vierge en Terre Sainte. On portait les statues dans le salon où un autel se trouvait préparé pour les recevoir, puisla fête, si pieusement commencée, s'achevait gaiement par un souper et un bal. Le lendemain, la seconde posada était célébrée avec les mêmes cérémonies dans une autre maison, et il en était de même jusqu'à la nuit de Noël. Cette nuit-là, on célébrait la naissance du saint Enfant, et on lui choisissait un parrain et une marraine. La marraine allait prendre dans une pièce voisine un beau poupon de cire, et l'apportait respectueusement sur Taulel. Le bal qui suivait la cérémonie était le plus brillant de tous. Quelquefois on imaginait de faire « la loterie des compères » {Rifa de compadres). On mettait les noms des dames dans une urne, les noms des messieurs dans une autre, et l'on formait les couples en tirant un nom de chacune des urnes ; on trichait un peu pour mettre ensemble les amoureux, ou faire des couples grotesques, ou appareiller des personnes qui ne s* aimaient point.

(1) Fée, Souvenirs de la guerre d'Espagne, p. 130.

Un bal général donné aux frais do toutes les familles associées terminait ces fêtes si originales et si espagnoles (1).

Le jeudi saint, les dames de Taristocratie mexicaine paraissaient à pied dans les rues, les cavaliers s'empressaient autour d'elles, et leur faisaient cadeau de raquettes en or, en argent, en ivoire ou en cristal, qui remplissaient la ville d'un vacarme assourdissant.

Le vendredi saint, chacun dressait un reposoir dans son sa« Ion et offrait une collation à ses amis.

Le jour de Pâques, à dix heures du matin, les cloches de la cathédrale se mettaient en branle^ les voitures recommençaient à circuler parles rues, toute la ville semblait se réveiller en un instant, et Ton brûlait dans les carrefours des mannequins de carton représentant Judas.

Le jour des morts, les promenades de Mexico étaient bordées de confiseries funèbres où l'on achetait des croix, des couronnes, et jusqu'à de petits tombeaux en fort bon sucre. Aussi habiles à w plumer la dinde » que les Sévillanes, les dames de Mexico se régalaient de ces bonbons mortuaires aux frais de leurs admirateurs (2).

Jusque dans les régions les plus sauvages du Nouveau- Monde régnait le goût de la danse et du plaisir. Les colons de la Californie fêtaient par des bals et des banquets la nuit de Noël, le jour des Saints Innocents, la fête de Notre-Dame de Guadalupe. On dansait aussi pendant le carnaval ; les femmes et les jeunes filles brisaient sur la tête de leurs invités des coquilles d'œufs remplies d'eau de .Cologne jou de poudre d'or, qui recouvrait bientôt toutes les chevelures et tous les vêtements (3).

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