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III. — Fôtes publiques

Les fêtes publiques ont été invejntées pour faire danser ceux qui n'ont pas le moyen de payer les violons. Chez les peuples tristes, elles sont simplement officielles et ennuyeuses ; en

(1) Àrroniz, Manual del viager o en Mexico ^ p. 141.

(2) Id. ibid., p. 14.

(3) Frignet, la Californie, p. 66.

Espagne, Tentraîn est en raison inverse de la situation sociale ; la noblesse s'amusait plus que le roi, la bourgeoisie plus que la noblesse, et le peuple mieux que nobles et bourgeois réunis.

Le génie théâtral et magnifique du peuple espagnol donnait aux fêtes officielles elles-mêmes un entrain qui les rendait intéressantes lorsque le peuple consentait à y prendre part. Comparons deux fêtes du même genre, dont Tune fut purement officielle et la seconde vraiment populaire, la différence sautera aux yeux.

Le H mars 1724 eut lieu la proclamation de Louis P' à Barcelone.

C'était la première cérémonie de ce genre qu'on y célébrait depuis la guerre de succession, et l'on n'était pas sans inquiétude sur les sentiments de la population. On fit des patrouilles dans les rues, les canons de la citadelle et du Montjuich furent braqués sur la ville. Le cortège se' rendit dans un appareil tout militaire sur la place du Palais ; le portrait du roi fut exposé sous un dais au balcon du château, on arbora l'étendard royal, et le roi d'armes cria par deux fois : « Caslille et Catalogne pour notre sire le roi D, Luis P*", que « Dieu garde! » Le peuple répondit Amen et vivat y l'alguazilmayorjeta à la foule des médailles commémoratives, et la fête se termina par un office solennel à la cathédrale, un feu d'artifice, deux banquets officiels, et un bal offert par la ville à l'aristocratie barcelonaise dans le salon des Cent Jurats à l'hôtel de ville (1). En somme, rien de plus froid et de plus banal que cette cérémonie.

Au mois de septembre 1789 eut lieu à Barbastro la proclamation de Charles IV. Cette fois l'allégresse était générale. La dynastie était établie, le roi était populaire, la population tout entière voulut prendre part à la fête, et au lieu d'une parade militaire nous avons une fête locale vraiment charmante. Toutes les rues, toutes les places sont ornées « comme le jour de la procession du Corpus w, les maisons sont tendues de velours, de damas, de brocatelles, ou d'étofi'es aux joyeuses

(1) Pi y Arimon, Barcelona antigua y moderna^ II, p. 361.

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couleurs. A midi le carillon de la cathédrale et les cloches des paroisses donnent le signal de la fête, on tire des pétards et des coups de fusil, la musique des milices urbaines remplit les rues du bruit de ses clairons et de ses timbales. A trois heures les députés du Commun et le porte-enseigne de la ville [Al ferez- May or) se rendent à cheval à Thôtel de ville pour recevoir des mains du corrégidor la bannière de la cité. 3ur la place, la cavalcade organisée par les corporations attend Tordre de se mettre en marche; les commissaires de la fête, montés sur de beaux chevaux, et parés de superbes habits, brillent « comme un bouquet d'étoiles ». L'ordre est donné, le cortège s'ébranle, précédé par des géants et des nains, une compagnie de dragons d'Almansa, les timbaliers et les clairons de la ville. Chaque corporation a son groupe ou son char. Les passementiers sont habillés en soldats de la garde espagnole, les cordonniers en hussards hongrois, tels qu'on les comprend à Barbastro : casaque d'indienne marron, à galons blancs, coutures et applications de gaze d'argent, manteau bleu galonné d'argent, pendant sur une épaule, bonnet de taffetas bleu avec revers rouge et « panache de fleurs artificielles ». Les corroyeurs sont en blanc avec des ceintures roses; les fabricants de chaussures de corde figurent encore des Hongrois, mais ils ont un général et un étendard. Les drapiers représentent les guerriers de Tantique Aragon, les formidables almogavares ; ils ont de brillantes armures, des nez immenses et de terribles moustaches. Les forgerons, les cordiers, les chapeliers et les maçons sont habillés en Turcs avec un caftan bleu orné de gaze d'argent, une ceinture rose ornée de fleurs artificielles, un croissant au turban, et des sabres recourbés. Ils sont commandés par l'empereur du Maroc en personne. Les charpentiers se sont vêtus à la romaine « avec des cottes de mailles et des morions » ; les spectateurs « instruits » ne leur ménagent pas les applaudissements. Les tailleurs sont à l'antique espagnole. On voit encore « les braves « enfants de la déesse Cérès conduits par le vieux Chronos », la musique du régiment de Flandre avec quinze instruments à vent, les portiers et les massiers de la cité, le corps de ville en grand costume, les rois d'armes et le seigneur Corrégidor

en uniforme. Les fêtes durent cinq jours. Il y a illuminations, courses de taureaux, et Tévôque, quoique très malade, fait servir chaque matin et chaque soir un bon repas aux pauvres de rhospice et môme aux prisonniers. Il faut que tout le monde fête Tavènemenldu nouveau roi (1).

Les villes plus riches que Barbastro se donnaient dans les grandes solennités le luxe d'un feu d'arlifice. Les ressources de l'artificier étaient déjà très variées. On voyait des cascades de feu, le bonnet du Grand Turc, le combat des serpents et des plats d'étain, le caprice des femmes, les roues de la confusion, le combat des deux soleils, la grande cascade chinoise, couronnée d'un bouquet de fusées. Des transparents représentaient le portrait du roi et de la reine, des allégories, des métamorphoses comiques (2).

Cependant le goût du public n'était pas là. Il y avait trois choses que l'Espagnol préférait à toutes les autres: le bal, le théâtre et les tçros !

Masqué ou non masqué, le bal était réellement le divertissement national. Dans certaines villes, on s'arrangeait pour danser d'un bout à l'autre de l'année. Vitoria avait des fêtes de rue {/testas de calle) qui se donnaient aux frais des habitants de la rue. Le matin on célébrait une messe en Thonneur du saint patron de la rue ; à trois heures de l'après-midi on • fermait les boutiques et Ton dansait au son du /â^mionV jusqu'au son de r Angélus. La nuit venue, on illuminait la niche du saint patron, les enfants allumaient un feu de joie, et chacun offrait une collation à ses amis devant la porte de sa maison. Il n'y avait pas moins de trente fêles semblables dans l'année, sans préjudice des grandes fêtes delà Vierge blanche, qui duraient quatre jours, et des nombreuses assemblées villageoises des environs de Vitoria (3).

A Tolosa les Français établis dans la ville donnaient un bal chaque année le jour du Mardi gras ; et jusqu'en 1764 l'alcalde offrait la collation à tous ceux qui avaient dansé. La

(1) Novoa. Historia de Barbastro, p. 408. — Cf. Diario de Barcelona, 31 oct. 1802. Cavalcade offerte à LL. MM. par la ville de Girone.

(2) Diario de Barcelona, 1802, 26 sept., 3 et 16 oct.

(3) Bengoa, El lihro de Alava, p. 218.

danse nationale de Tolosa était la danse des bourdons {bor- ^on^onjsa), établie en 4321, en mémoire de la bataille de Béotibar. Jusqu'en 1777 les danseurs achevaient la danse dans l'église (1).

En Gastille, on dansait la guaracha ; àValence la danse des bâtons ; dans les Vascongades la danse des épées et le zortzico\ en Andalousie X^soAatenOj le cachirueloy le célèbre olé Gaditano^ les seguidillaSy le boléro, et toutes ces danses se réunissaient dans la danse nationale par excellence, le fandango, « que David avait dansé devant l'arche, et dont Thésée raflfo- <c lait (2)».

Le fandango n'admet que deux danseurs, un homme et une femme, qui exécutent les figures l'un en face de l'autre, sans jamais se toucher, même de la main ; l'air est toujours le même, toujours joué sur la guitare, toujours accompagné du bruit des castagnettes ; et cependant les Espagnols ne peuvent l'entendre de sang-froid et ne se lassent jamais de le redemander, parce que le fandango n'est pas une danse, c'est une pantomime que varie sans cesse la fantaisie des artistes; c'est un poème sans paroles oîi les mouvements rythmés expriment toutes les véhémences de la passion, comme fait la musique dans l'opéra. C'est un thème vague que chacun interprète à sa manière (3).

Les bals publics étaient mal vus de l'autorité. Cependant Charles IV se montra moins rigoureux que son père et se contenta de réglementer ces sortes de divertissements, au lieu de les interdire. Dans le seul mois de février 1802, il n'y eut pas moins de vingt-quatre bals publics à Barcelone, Le l*' février, deux bals travestis furent donnés au théâtre et à la Bourse de commerce. Le prix d'entrée était de 3 pesetas au théâtre et de 2 à la Bourse. Le travestissement ne devait imiter ni costumes religieux ni costumes officiels; il était

(1) Gorosabel, Bosquejo de las antiguedades de Tolosay^, 291.

(2) De Langle, Voyage en Espagne^ I, p. 146. — Au mois d'août 1787, la Yille de Barcelone fêtait le seigneur Ahmed- Vasif-Efendi, ambassadeur du sultan ; le bon Turc redemanda le fandango. ^ Saldoni, Diccionario de musi' C08 espanoleSf IV, p. 249.

(3) BauBset/ Afémoire«y I, p. 351.

: hommes de s'habiller en femmes, et aux femmes l'habit masculin ; on recommandait de ne pas ijoux dont on pourrait regretter la perte ; il était fumer, de sifûer ou d'applaudir bruyamment, de iolentcs poussées, de lancer des quolibets ou des IX danseurs. Le buffet était tarifé, ainsi que la . un médecin était à la disposition du public dans iservé (1). Le 4 novembre 1802, un nouvel avis pelait aux danseurs qu'ils devaient se comporter lis grande décence, et cependant l'autorité avait tiques jours auparavant, les farces les plus sine 23 octobre, à l'issue d'un bal public travesti j le cirque des Toros, on avait vu paraître nmes, le visage couvert d'un masque sans nt un grelot au cou et un fouet à la main, alors lâché dans l'ar&ne un pourceau qui porun grelot de même timbre que ceux des hommes, ait commencé une course folle : les hommes couins après les autres; quand ils croyaient entendre 1, ils lui envoyaient un coup de fouet, mais lecoup plus souvent sur les épaules d'un de leurs compa- }mme 11 fallait donner trois coups de fouet au porc :re le propriétaire, la bataille dura longtemps au rires, des cris et des huées de la foule (2). 'e avaitcontre lui les autorités civiles et religieuses. 1 avait pensé à l'interdire complètement, l'arche- 'alence avait fait cesser pendant dix ans toutes les lions dans sa ville archiépiscopale. Les ordonnances de 1763 semblent n'autoriser qu'à regret un plaine, et cherchent à introduire au théâtre la disciiollèges. Mais rien ne prévaut, môme en temps de absolue, contre l'opinion de tout un peuple; non le théâtre subsista, en dépit de l'opposition de la l'Église, mais il acheva de se dégager dcl'influence [ue, il était entièrement laïcisé à la fin du xvni*

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Dès celte époque les plus grandes villes avaient une salle de spectacle. Il y eu avait à Se ville, à Grenade, à Saragosse. L'un des théâtres de Barcelone date encore de cette époque. Les acteurs étaient beaucoup moins méprisés qu'en France ; rÉglise bénissait leurs mariages et leurs funérailles, un fils d'actrice pouvait devenir prôtre(l). Françoise l'Advenant, une des comédiennes les plus célèbres du siècle, est enterrée dans l'église de Burjasot près de Valence (2).

Les provinces ne paraissent pas avoir produit d'auteurs dramatiques originaux ; les pièces, ou du moins les plus en vogue, venaient de Madrid.

A la fin du siècle, des spectacles d'un genre tout nouveau commencèrent à paraître en Espagne. L'influence italienne, française et anglaise se fit sentir, au moins dans les grandes villes.

De véritables concerts commencèrent à s'organiser, et initièrent le public à la musique italienne et allemande. Le 22 octobre 1802, une française, M*"* Gail, donnait à Barcelone, avec huit exécutants, un concert de piano et violoncelle Un sieur Lamotte, premier musicien de la chapelle de Louis XVI et des concerts de la reine, jouait sur la trompe des airs de sa composition (8).

On allait voir dans le môme temps «l'horloge qui écrit»

(1) Pellicer, Origen y progresos de la comedia, IT, p. 119.

(2) Voici son épitaphe :

Âqui yace Francisca L'Advenant, de edad de veinte y dos aflos y ocho dias, inmortai por su agudisimo talento y admiracion unica en su profesion.

Murio en once de Abril 1772 dando especiales muestras de fervorosa contri' cion ; rueguen a Dios por ella.

[Souvenu Voyage en Espagne, 1, p. 98.)

(3) Diario de Barcelona, 20 oct. 1802.

et « la fille invisible > de Tltalien Liichini (1), Taérostat de Lunardi(2), les portraits au physionotrace (3).

Le seigneur Martin, professeur de physique, d'optique et de mécanique, annonçait l'ouverture de ses salons : « 11 ne « voulait, disait*il, entrer dans aucun détail, pour ne pas « imiter ces charlatans qui se parent de titres presque toujours « usurpés — no7i verbis sed operibiis probantur artes. — Il se « bornait à dire que son théâtre avait obtenu le plus grand « succès dans les villes et les capitales du nord, qu'il avait « joui pendant longtemps à Paris de la plus avantageuse a réputation. Les papiers publics étaient remplis de son éloge, « son théâtre unissait à la décence la plus scrupuleuse la « variété la plus étonnante. Le salon était magnifiquement « orné, éclairé à la cire, et disposé pour la plus grande com- « modité des spectateurs. Le prix d'entrée était d'une pié- « cette seulement (4). »

Barcelone avait encore des prestidigitateurs, des faiseurs de tours de cartes, des montreurs d'ombres chinoises, des équilibristes et des gymnasiarques d'une étonnante habileté. La Lyonnaise et la AomamVa dansaient sur la corde raide, la Espaholeta faisait le moulinet turc ayant dans sa bouche une pièce d'artifice, la Griega faisait le grand moulinet sur la corde lâche, avec pièces d'artifices sous ses pieds, le petit Payaso (Paillasse?) jouait du bâton (5).

Tout cela n'était rien encore à côté de la Pantomime de Marlborough exécutée par deux compagnies équestres. On voyait pour une demi-piécette la bataille, le duel des deux généraux, la mort de Marlborough, la prise d'assaut du château et l'enterrement du général (6).

Si curieux et si nouveaux que fussent ces spectacles d'importation étrangère, rien ne valait aux yeux d'un véritable Espagnol une belle course de ^oro5 de muerte. Malheureuse-

(1) Diàrio de Barcelona^ 20 oct. 1802.

<2) Id., 3 oct.

(3) Id., 20 sept.

(4)Id., 19 oct.

(5)Id., 49-26 sept.

(6) Id., & avril iS02.

ment le roi aimait encore moins les toros que les spectacles et les bals masqués. Il fallait une fête bien solennelle pour qu'il permît de donner une course (1), et les amateurs devaient se contenter à Tordinaire des émotions d'un combat de coqs, le spectacle favori des gitanos (2).

Ce fut pourtant au xviii* siècle que les toreros commencèrent à former une classe particulière, et à fixer les règles de leur art. Pendant longtemps les combats de taureaux avaient été un jeu aristocratique. En 1680, aux fêtes du mariage de Charles II, le duc de Médina Sidonia, le marquis de Camarasa, les comtes de Rivadavia et de Kônigsmark combattirent le taureau à cheval, la lance à la main (3). Saint- Simon cite encore parmi les toreros les plus renommés de son temps le comte d'Arcos, grand écuyer de Philippe V. Le dédain que manifestaitle roi pourXîes sortes de spectacles découragea peu à peu l'aristocratie d'y prendre part, et la lance passa aux mains d'hommes du peuple qui firent de combattre le taureau leur unique métier. Les gens à pied, qui n'avaient eu jusque-là qu'un rôle effacé, virent leur importance grandir quand ils purent traiter d'égal à égal avec les picadors, et dès la fin du siècle les courses commencèrent à prendre l'aspect qu'elles ont aujourd'hui (4).

On ne comptait encore en 1773 que quatre amphithéâtres permanents dans toute l'Espagne, ceux de Madrid, d'Aranjuez, de Grenade et de Séville (5). Mais chaque ville avait sagrand'placc. On établissait des barrières tout autour, les propriétaires des maisons qui donnaient sur la place cédaient leurs balcons du second et du troisième étage, et l'on obtenait ainsi une sorte de cirque passablement commode (6).

(1) En 1791, l'agent en cour de la ville de Valladolid rencontre les plus grandes difficultés pour obtenir une permission de ce genre. Les licences sont systématiquement refusées. — Autos acordados de Valladolid^ 23 juillet 1791. — Cf. Arch. munie, de Bilbao, 1797.

(2) Fée, Souvenirs de la guerre d'Espagne, p. 90.

(3) Mesonero Romanos, El aniiguo Madrid^ I, p. 278.

(4) Cf. la Toromaquia de Goya.

(5) Twiss, Voyage eti Espagne, p. 216. — Celui de Barcelone venait d*être achevé en 1802. Diario de Darcelona, 15 sept. 1802.

(6) Autos acordados de Valladolid, 1791.

LES ViLLBâ 241

Il est Impossible de se figurer T enthousiasme que soulevait dans une ville espagnole l'annonce d'une course de taureaux. Le ministre' Campillo disait que les gens de Saragosse vendraient leur chemise pour y assister (1). Un proverbe affirmait que s'il y avait des corridas au Paradis, tous les Guipuzcoans seraient des saints pour les aller voir (2). Vers 1780 les plus célèbres toreros étaient PepeHillo, Romero et Costillares. Il y avait des romeristes et des costillaristes (3) !

Les taureaux venaient d'Andalousie, de Castille ou de Navarre. Leur entrée en ville était déjà une occasion de réjouissance. Une foule énorme sp pressait sur leur passage, les jeunes gens les suivaient à cheval, les femmes se mettaient aux fenêtres, agitant leurs mouchoirs et leurs mantilles. Au cirque, les places atteignaient des prix fous ; on payait une loge 15 douros, une place à Tombre 1 douro, une place près de la barrière 6 piécettes (4) .

Le taurçau avait à lutter comme aujourd'hui contre les picadors, les banderillei^os et les capeadores ; Vespada lui donnait enfin le coup mortel, mais les règles de Fart n'étaient pas encore aussi sévères qu'elles le sont devenues depuis ; les courses étaient assurément beaucoup plus pittoresques. On interrompait la course par une danse et une pantomime (5). Un picador qui avait blessé le taureau pouvait descendre de cheval et tuer l'animal d'un coup de poignard (6). Un Indien, le fameux Ramonde la Rosa, posait les banderilles et tuait le taureau sans descendre de cheval (7), il attendait le taureau à la porte du toril, sautait sur son dos, jouait de la guitare, et forçait la bête à marcher en mesure (8) ; il se plaçait sur une table en face du taureau, les pieds enchaînés, ot sautait pardessus l'animal quand il venait pourse jeter sur lui (9).Ramon

(1) Rodriguez Villa, Patino, p. 160.

(2) Larrameadi. Corografia^ p. 195,

(3) Bourgoing, Nouveau voyage en Espagne^ 11, p. 282.

(4) Diario de Barcelona, 16 sept. 1802.

(5) Diario de Zaragoza, 17 avril 1791.

(6) Duchesse d'Abrantès, Scènes de la vie espagnole^ p. 155.

(7) Diario de Barcelona, 28 sept. 1802.

(8) M., 24 oct.

(9) Id., 5 oct.

l'espagke. 1 ()

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de la Rosa avait trouvé ua émule dans le torero Alarcon ; ils exécutaient ensemble un exercice vraiment prodigieux. Alarcon paraissait dans la piste, monté sur un char attelé d'un cheval. Quand le char était arrivé sous la tribune des autorités, Ramon dételait le cheval et on lâchait un taureau dans l'arène ; à ses cornes pendait un bout de corde que l'Indien saisissait rapidement; en une minute le taureau était attaché à un pieu, harnaché, attelé ; l'Indien sautant sur son dos conduisait autour du cirque le dangereux équipage. Un nouveau taureau était alors introduit, Ramon et Alarcon le criblaient de coups de lance et de banderilles, et quand la bête était arrivée au paroxysme de la rage, Alarcon sautait du char et tuait le taureau avec un admirable sang- froid (1). Malgré l'incroyable popularité de ces jeux sanglants, Charles IV les prohiba dans tout le royaume par décret du tO février 1805(2), et les arènes ne se rouvrirent que par ordre du roi Joseph (3). Il fallut jusque-là se contenter de courses de bouvillons(7iomV/a(/â:5), semblables à celles qui réjouissaient les paysans. Les écarteurs basques, déjà renommés, attendaient le taureau en face, et lui posaient les banderilles, sans se servir de la cape (4). A Tolosa, tous les dimanches après vêpres, on lâchait un bœuf dans les rues; et les enfants s'amusaient à courir après lui et à le dépister (o) . Le 25 août 1806, une grande novillada fut donnée à Salamanque pour l'inauguration des bustes du roi et de la reine à l'hôtel de ville : 27 vaches furent abandonnées aux taquineries des jeunes gens, et réjouirent la foule de leur gauche résistance et de leurs lourds ^bats (6).

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