‹ L'Espagne de l'ancien régime (volume 2)Chapitre 23 sur 30 · IV. — Le Jeu, la mendicité, la débauche · texte numérisé non relu

IV. — Le Jeu, la mendicité, la débauche

La fringale de plaisir quitr availlait la population des villes ne trouvait pas dans les fêtes publiques un aliment suf-

(1) Diario de Barceiona, 2 nov. 1802.

(2) Nov. Rec. Vil, xxxm, 7.

(3) Foy, Guerres de la Péninsule, IV, p. 30.

(4) Larramendi, Corografiade Guipuzcoat p. 294,

(5) Gorosabel, Bosquejo de las antiguedades de Tolosa, p. 294.

(6) Ram. Giron, Uistoria de Salamanca.

fisani. Il n'y avait pas tous les jours taureaux, théâtre ou bal masqué; Tartisan, misérablemeut logé, n'était pas retenu chez lui par Tamour du foyer; la taverne et le jeu absorbaient tous ses loisirs.

L'ivrognerie est stssez rare en Espagne. Ce serait cependant une erreur de croire que personne n*y boit jamais plus que de raison : « Les sérénos de Malaga disent qu'ils ne boivent pas « de vin ; non, mais avec le vin qu'ils boivent on ferait tourte ner un moulin (1). » Et beaucoup degens étaient semblables aux sérénos de Malaga. Beaucoup ne travaillaient pas sans avoir la bouteille en leur compagnie (2). Rare en Espagne, l'ivrognerie était très commune aux Indes. La police de Mexico ramassait les ivrognes dans des tombereaux, et les faisait travailler pendant trois jours au nettoyage des rues (3).

Le jeu faisait beaucoup plus de victimes que l'ivrognerie, car l'Espagnol estbeaucoup plus joueur qu'intempérant. Une ordonnance du 6 octobre 1771 énumère vingt-cinq jeux prohibés, et parmi eux le pharaon, la bassette, le trente et quarante, le biribi, les dés, le tric-trac, le billard, la toupie, les osselets, les jonchets, tout jeu de chance et de hasard (4). Il était interdit déjouer même aux jeux permis dans les hôtelleries, les auberges, les cabarets, les tavernes et les cafés. Dans les maisons publiques où l'on jouait au billard, sous la surveillance des fermiers du roi, on pouvait aussi jouer aux dames, aux échecs, au tric-trac et au jaquet, mais tout autre jeu était défendu. En aucun cas la somme risquée sur un coup ne devait dépasser unréal, etla valeur totale des enjeux ne pouvait être supérieure.à 30 ducats. Le corrégidor pouvait poursuivre en matière de jeu sur la simple dénonciation d'un particulier (5) ; les joueurs étaient punis d'une amende de 200 ducats s'ils étaient nobles, et de 50. ducats s'ils étaient roturiers ; un tiers de l'amende était attribué au

(1) Proverbe andalous.

(2) Larruga» Memonas economicas^ t. XXVI, p. 173.

(3) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne, I, p. 364.

(i) Nov. Rec, Xn, xxiit, 15. — OrdonDances semblablefl en 1720, 1724, 1739| 1756. 1764.

(5) Même dispoiition dans le Fuero de Vizcayay xxxv, 4.

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xiénbnciateur. Si les joueurs ne pouvaient payer Taniende, on les condamnait à dix ou vingt jours de prison. En cas de récidive, la peine pouvait aller jusqu'à une année de bannissement.

Le plus clair résultat de cette sévérité fut de multiplier les maisons de jeu clandestines, et le roi n'aurait point dû s'en étonner, car s'il prohibait les jeux de hasard, il contribuait lui-même à en répandre le goût par la faveur qu'il accordait aux loteries, le jeu de hasard par excellence.

La Loterie Royale fut établie en Espagne « à l'imitation de la Cour de Rome » par décret du 30 sept. 1763. Le produit devait servir à l'entretien des établissements charitables de Madrid; c'était en réalité un impôt. Pour prévenir toute concurrence, le roi prohiba la vente de billets des loteries étrangères (t), il défendit aux clercs et aux particuliers de faire sans sa permission des loteries d'objets comestibles dont les billets se vendaient à la porte des églises (2). Il défendit de jouer à la loterie avec des cartons ou des billets dans les cafés et les maisons publiques (3). Il défendit de remettre en loterie les numéros gagnants à la Loterie Royale (4). Les joueurs trouvaient moyen d'éluder les ordonnances ; les villes, les corporations, les confréries, les particuliers même obtenaient fréquemment la permission d'organiser une loterie.

En 1797 le roi autorise une loterie en faveur du Collège Royal de Médecine pratique (5). En 1802 la caisse royale d'escompte de Madrid organise une loterie de SOO millions de réaux ; (6) la municipalité de Barcelone a aussi la sienne avec lots de 500, de 150 et 75 livres (7). Chez les Pères des Ecoles pies de Mataro, les billets sont à deux réaux, et l'on peut gagner de 75 à 1000 livres catalanes (1,794 réaux), douze

(1) Nov. Bec, XTI, iiiii, 18. — 20 juillet 1774.

(2) Ibid., XII, zxiii, 2, et ordonnances du 23 sept. 1766, du 11 mars 1773, du 2 juillet 1780, du 3 nov. 1790.

(Z)Nov. Rec, XII, xxiii,17. — 23 avril 1800.

(4) Nov. Rec, XII, xiiv, 3.-2 juillet 1787.

(5) Diario de Zaragoza, 6 avril 1797.

(6) Diario de Barcelona, 15 férr. 1802.

(7)Ibid., U mai 1802.

erts et une grande cuiller d'argent, six chant! jenl, une pension d'un doiiro par jour pendant un a ernier lot devait èlre fort apprécié, car on le revoi ■ie municipale (2). Pour un réal on pouvait gagne •ie de Saint-Just et Saint-Pastor douze couverts e ide cuiller d'argent, et jusqu'à des pendants d'oreil lanls (3). Comme en Allemagne, on mettait en iotei riétésdontla vente eût été trop difficile. Au m( 1 1787 on vendait des billets à 20 réaux, et le ga nait propriétaire de deux maisons sises à Madrit lalajara; la première avait coûté 1,6H,398 réaux, ic dit pas ce qu'elle rapportait, la seconde donna nu de 30.000 réaux (4). On devine combien de lient se laisser prendre à l'app&t d'un pareil gain : fortune pour 20 réaux ! Ces loteries n'étaient on S' n encouragement officiel à la paresse et à l'i S.

Stait sur des coups de chance de cette sorte que ( t pour sortir de leur misère ces mendiants et ces s qui formaient en Espagne, au dire de Caraponi irmée de 140,000 têtes, alors que le nombre des s nécessiteux ne dépassait pas 30,000 personnes (3; elles places étaient encombrées de powdieusards •ros), de porte bourdon,de porte-reliques, de larnio; cmbloteurs, de faux imbéciles, de faux pères de fa t faux possédés {(1), tous plus ou moins voleurs, i eurs ou sorciers qui constituaient une plaie socia rai danger.

arles III eût voulu interdire la mendicité, rcnfi

Mario de Harcelona, IS déc. 1B02.

bld., 9 icpt. 1802.

bld., 10 oct. 180S.

Hario lU Zaragoza, 2G mars 1797.

Utiruea, i'Espagnt en ISOS. I, p. 301. — On complut quarutte • ndi&nU.

Parmi les varkléi les plus curieuses citoos les salutlaihres, qui posséder le secret de guérir en les léchaut les morsures des is. L'eiercice da leur profession leur fut interdit en Guipuzcoa [ junte générale eu HSI. — Guipu:coaiio intiruido, y' Saludadorei

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les femmes dans des maisons de travail, enrôler les hommes valides dans les armées de terre et de mer, et admettre les vieillards et les infirmes dans les hôpitaux; mais les difficultés financières empêchèrent de réaliser tous ces projets. L'enrôlement forcé donna des résultats piloyables, la masse de la nation voyait dans chaque mesure de police contre les mendiants un acte de tyrannie et presque d.'impiété : TEglise n'enseigne-t-elle pas que les pauvres sont les membres souffrants de Jésus-Christ ?

On a peine à croire que la mendicité avait pris en Espagne le caractère d'une véritable institution nationale, et cependant rien n'est plus vrai. Certaines catégories de mendiants formaient de véritables corporations reconnues par la loi. En 1788 la corporation des aveugles diseurs de prières de Saragosse [gremio de ciegos oracioneros) fit reconnaître à nouveau ses statuts par la municipalité ; elle existait légalement depuis 1648 en vertu d'une sentence de la Cour d'Aragon. La corporation était placée sous le patronage de la Transfiguration et de la très pure Conception de la Vierge. Les statuts comprennent 53 articles où sont définis lés droits des novices et des titulaires, les conditions de l'apprentissage, les quartiers attribués à chacun. La corporation entretenait une lampe dans une des églises de Saragosse, elle faisait célébrer des offices le jour de ses fêtes patronales, elle avait des revenus, provenant des cotisations de ses membres, elle se réunissait le 1" juillet en chapitre général (1). Les aveugles allaient même jusqu'à donner des fêtes. En 1802 les aveugles de Barcelone et de Valence offrirent un concert au roi et à la reine, lors de leur entrée dans ces villes (2).

Les efforts de la police ne réussirent pas mieux à contenir la débauche que la mendicité. Une ordonnance de 1623 avait supprimé toutes les maisons publiques de prostitution (casas de mancebia) (3). On supprima tous les privilèges de justice

(1) Archives municipales de Saragosse, Autos acordados, 1788.

(2) Diario de Barcelona, 26 nov. 1802, — Saldoni, Diccionario de musicos esp., IV, p. 249.

(3) Nov. Rec , XU, xxvi, 7, 10 fév. 1623.

pour Jes délits de proxénétisme (1). On interdit les charivaris, et jusqu'aux batailles de fleurs (2). Une loi de 1785, répétée en 1786 et en 1787, punit de huit ans de service militaire ou de détention les hommes ou les femmes quj feraient usage de tambours de basque, de timbales et de musettes, ou qui interpelleraient les passants pendant les nuits de fête de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre (3). Et malgré toutes ces lois, certaines villes d'Espagne n'étaient que de grands marchés de plaisir. « Toutes les filles de « Malaga, disait le comte de Fernan-Nufïez, se donnent « rendez-vous à Carrataca pendant la saison des eaux, de « sorte que les plus sains ne tardent pas à être obligés de « s'y baigner (4). » Il n'y avait pas de ville un peu considérable, qui n'eût son couvent de filles repenties {casa de arrepetidas) et son asile d'enfants trouvés {inchisa).

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