II. — Revenus da dergé
Les revenus de TEglise espagnole étaient si considérables qu'il y avait certainement disproportion entre la richesse du clergé et la richesse générale de la nation ; mais la répartition de ces revenus était fort inégale, et pour quelques prélats millionnaires, l'Espagne avait une foule de malheureux prêtres à portion congrue, qui étaient les premiers pauvres de leur paroisse.
L'Eglise tirait ses revenus de quatre sources principales : de ses biens territoriaux, de ses dîmes, des droits qu'elle percevait sur les fidèles, de leurs dons et de leurs aumônes (2).
Pendant longtemps les lois d'Etat s'étaient opposées au développement de la richesse immobilière du clergé : « C'est « une maxime du droit public castillan, dit JovcUanos, que « les églises et les monastères ne peuvent aspirer à la pro- « priété territoriale » (3). Les Cortès de Benavente pour le
(1) D. Alvaro Maria Guerrero, natif de la Fuente dei Maestre, dana le Diario de Barcelona^ 1797.
(2) A. Ferrer del Rio, Hîsioria de Carlos lll^, IV, p. 155. Inslruccion pat^a lajuntade Estado,
(3) Jovellanoy, Informe sobre la ley agraria, n» 170.
royaume de Léon (1176-1202) et celles de Najera pour le royaume de Castille (1138) avaient proclamé celte règle fondamentale qui fut répétée dans les chartes particulières de Tolède, Jaen, Cordoue, Murcie et Séville. On la retrouve encore dans les fors primitifs de Léon et de Sepulvéda (1020-1076), dans le Fuero de fijosdalgo^ ou Fuero viéjo de Castille (1138), dans le Fuero Real (1255) et dans un grand nombre defuerosmunicipaux(l). Du x® au xvi® siècle, les rois et les Cortès travaillèrent sans cesse à empêcher les peuples de s'appauvrir par une piété mal entendue, Tenrichissement de rÉglise en fut à peine retardé. Les plus vieilles chroniques vantent déjà les rois bienfaiteurs des monastères (2). Une inscription de 1358 parle avec honneur d'un évêqued'Avila qui laissa de grands biens au couvent de Saint-Benoît (3). L'obstination même avec laquelle les Cortès de Castille interdisent au clergé les acquisitions territoriales (4) prouve que ces acquisitions devenaient de plus en plus considérables. Au commencement du x-v® siècle, Jean II en reconnut définitivement la légitimité en les grevant d'un impôt d'un cinquième en sus de Valcabala, A la fin du xvi" siècle, les couvents et les chapellenies augmentèrent avec une rapidité extraordinaire ; le juriste Manrique disait en 1624 que le nombre des couvents d'Espagne ^vait doublé depuis cin-
(1) ' AlarcoD, Consuegra. Cuenca, Caceres, Badajoz, Baeza, Carmona Sahagun, Zamora, etc.
(2) c A todos haziendo limosnaSf a iglesias y monasterios, sefialadameote a a la Seu de Jaca, y a los monasterios de Santa Christiana, Roncesvallea, « San Salvador, e San Juan de la Peîlla. d — Ramirez Davalos de la Piscina Cronica de los Reyes de Navarra, ms. 1. I, c. vi.^
Donations à l'Eglise de Pampelune par les rois Don Sancho, Don Pedro. Don Garcia Ramirez, etc.. Elles consistent en châteaux, églises, paysans, vignes, pacages, redevanrcf*. On y voit des maisons à Calatayud, des vassaux à Guendulayn, des paîacios à Gazolaz, etc.. Archives de la cathédrale de Pampelune.
(3) Don Sancbo obispo de Avila, como iehoT honrado, Dio muy buen exemple, como fue buen prelado, Fizo este monasterio de San Bènito ilamado
Y diole muy grandes algos por do esta substentado.
ité par L. Velazquez, Origenes de lapoesia caslellana^ p. '23.)
) Certes de VaUadolid (1345), de Guadalajara (1390), de Tolède (1522), de
iladolid (1523), de Séville (1532), de Madrid (1534).
lante ans. On donnait aux églises par acte entre-vifs ou LF testament, on donnait pour accomplir un vœu, pour itenir une grâce; on donnait pour un deuil, on donnait lur une joie ; si modeste que fût l'offrande, l'Église lacptait. Recevant de toutes mains pendant des siècles, elle lit par acquérir la propriété d'un quart du sol cultivable de nombreuses maisons (1), Les enquêtes exécutées à la i du règne de Charles III dans les vingt-deux provinces de couronne de Castille montrèrent que le clergé y possédait en ens-fonds, troupeaux, cens et biens patrimoniaux un revenu inuel de 339,806,251 réaux. Canga Arguelles estime le venu total pour toute l'Espagne à 564 ,()21 , 400 réaux au début 1 xix' siècle (2). Le Censo de 1787 énumère 3,148 localités acées sous la seigneurie ecclésiastique (3), L'Eglise des Indes était peut-être plus riche encore que Ile d'Espagne. Humboldt évalue à 994,500,000 réaux la leur des biens d'Église au Mexique. Un écrivain postérieur,
Alaman, « qui avait entre les mains tous les renseignements qu'une longue participation au gouvernement lui ivait fournis, affirme que les biens, tant immeubles que meubles, du clergé mexicain no pouvaient, lors du voyage de Humboldt, s'estimer à moins de moitié de la valeur de toutes les propriétés foncières du pays (4), » Au contraire
clergé espagnol, l'Eglise mexicaine était plus riche en cent qu'en terres, elle plaçait ses capitaux sur hypothèques prélevait un intérêt de 6 0/0: elle jouait ainsi le rôle d'une aque de crédit, et contribua grandement aux progrès de
1) GënËral Foj, UUtoire de la guerre de ta Péninsule, II, p. 275. — Le :ége de Saint-Ignace de Pampeluoe possédait en 1761 53 mugoni dans les érentes villes de Navarre. (Archives de la Cathédrale de Pampetune, Arca D* 63.) — L'archevêque de Tolède était propTiéleire d'un grand nombre de i»onï de la ville, sur lesquelles on lisait cette devise : La Sanla Vù'gen ria tin pecado concebida. (Twisg, Voyage en Espagne, p. 212.) — Le Larrameudi énumËra 17 communautés d'hommes et 25 de femmes dans juipuzcoa : ■ On peut s'étonner, dit-il, de voir tant de couvents dans un rs si montueux et si pauvre, t [Corograpkia, p. 80.)
S) Canga Arguelles, Dicciouario de hac, y;Catmlro. — Clero de EepaHa. 3) 9 villes, 339 bourgs, 91S villages, 1093 feligresias, 52 hameaux, 125 injae, 188 coloredondos, 197 despoblados, 240 corregimienlas, l] Hicbel Chevalier, le Mexique, p. 313.
lagriculture (1). Les revenus des prélats du Nouveau-Monde leur étaient payés soit en argent, soit en nature. L'archevêque de Lima touchait 813,480 r., Pévêque d'Aréquipa recevait 199,380r. en argent, 1627jarres devin,1241 fan^guesdemaïs, 695 de blé, et 72 de patates (2). Dans les colonies les plus récentes, les évêques étaient payés sur les dîmes ou recevaient un traitement fixe du roi (3).
Les dîmes et prémices formaient une des plus grosses branches des revenus ecclésiastiques et pesaient lourdement sur Tagriculture. Un troupeau de 1000 têtes de bétail, donnant un profit net de 7,821 réaux, payait 4,798 réaux pour dîmes, soit plus de la moitié du bénéfice net (4). La valeur totale des dîmes montait, d'après les calculs de Canga Arguelles, à 418,000,400 réaux pour toute l'Espagne (5), et celle des prémices à 23^,000,000 (6) ; mais il s'en fallait de beau coup que tout cet argent revînt au clergé. Le roi percevait 24,000,000 de réaux sur les dîmes pour la contribution appelée excusado. Les patrons laïques des églises ou des monastères emportaient les deux tiers du surplus ; le clergé ne touchait pas plus de 200,000,000 de i\ pour dîmes (7). Deux huiles de Grégoire. XIII (18 juillet 1569) et de Benoît XIV (30 juillet 1739) avaient autorisé le roi à percevoir les dîmes des terres nouvellement défrichées ou irriguées. Charles III avait renoncé à ce privilège par acte du 18 novembre 1765 ; mais Charles IV Tavait rétabli le 8 juin 1796 (8). Les biens delà Compagnie de Jésus furent soumis au régime des dîmes après l'expulsion des religieux (9). Les moines tentaient souvent de soustraire à la<iîmeles biens qui leur étaient légués ; mais les évêques et le roi étaient intraitables sur ce point, lés dîmes étaient rigoureusement exigées de tout le monde.
(1) Humboldt. Essai sur la f^ouvelle- Espagne y ï, p. 440.
(2) Canga Arguelles, Diccionario de /lac, v' Obispados de America,
(3) Art de véj'ifier les dates, suppl., t. XIl, p. 71,
(4) Canga Arguelles, Diccionario de hac, v«> Ganaderia. (3) Id. ibid., y» Diezmos.
(6) Id. ibid., v* Primicias,
11) Td. ibid., v* Renias del clero.
I) Novisima Recopilacion, i, vi, 13, 14 et 15.
d) Id. ibid., I, VI, 12.
l'bspagnb.
50 l'espa,gne de l'ancien régime
Aux Indes, les dîmes, moins accablantes qu'en Espagne, rendaient encore de grosses sommes. L'évêché de Durango rapportait à lui seul 973,940 réaux (1) ; Humboldt évalue à 40 millions de réaux le produit annuel des dîmes de la Nouvelle-Espagne (2).
Aux revenus des domaines territoriaux et«ux dîmes il faut ajouter le casuel. Le clergé d'Espagne célébrait chaque année 13,433,186 messes, qui, à 4 réaux Tune, donnaient 53,732,744 r. (3). Un million de baptêmes, à 15 réaux Tun, rapportait 15,000,000 r. ; 250,000 mariages à 20 réaux donnaient7, 500,000 r. ; un million d'enterrements à 60 r. fournissait 60,000,000 r. Le luxe des funérailles, encouragé par le clergé, était poussé si loin qu'on disait communément que le mort avait au bout d'un an dépensé plus d'argent que s'il était resté envie. De ses messes et de l'administration des sacrements le clergé tirait un revenu de 136,232,744 r. (4).
L'Église percevait encore une foule de redevances qui lui avaient été accordées au cours des âges par les papes et les rois. En vertu d'une concession du Cid Carapeador, la chapelle du Saint-Christ des Batailles percevait un tribut sur tous les troupeaux qui traversaient la province de Salamanque (5)« Une moitié de l'Espagne payait une redevance particulière sur le blé à l'église de Saint-Jacques de Compostelle, en vertu d'un vœu de saint Ferdinand (6). Beaucoup d'églises prélevaient des droits sur le vin ou la viande vendiie au marché (7). Les chanoines de Pampelune recevaient chaque semaine deux charges de sel (8). Certains usages rappelaient les amusantes fantaisies du moyen âge. Chaque année, au moment de commencer l'office de Noël, les chanoines de Tolède faisaient appeler à haute voix le pape et le roi, membres-nés du chapitre ; comme ils ne venaient jamais, on leur
(1) Tamaron, Demoslraclon del vastisimo obispado de Durango, ms., p. 5.
(2) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne^ llf,p. 102.
(3) Canga Arguelles, Diccionario de kac, v» Misas.
(4) 1(1 ibid., v* Renias del clero.
(5) Id. ibid., V Ganaderia.
(6) Id. ibid., V' Voto de Santiago.
(7) Archives delà cathédrale de Pampelune, indice, p 128, 581, 657.
(8) Id. ibid., p. 170-ni.
imposait une amende de 2000 maravédis (1). L'évêque de Jaen héritait de ses chanoines morts sans testament. Le chanoine qui voulait tester devait se faire autoriser par le pape; même dans ce cas, l'évêque avait le droit de choisir lobjet le plus à sa convenance dans le mobilier du défunt : c'était le droit de luctuosa (2). En vertu d'une coutume assez récente encore au xviii" siècle, beaucoup d'Espagnols se faisaient enterrer en costume monastique, surtout dans rhabit de Saint-François. Les moines franciscains vendaient ces habits 3 ducats pièce et en tiraient un . revenu de 3,630,000 r. (3).
La mendicité n'a jamais déshonoré personne en Espagne : moines et clercs ne se faisaient pas faute de solliciter la générosité des fidèles. Les moines mendiants allaient quêter de maison en maison, et offraient à baiser aux passants une madone de cuivre, de bois ou de plâtre, un christ, un reliquaire, un chapelet. On évaluait à 53,122,830 r. la valeur des aumônes qui leur étaient faites chaque année (4). Les autres ordres n'avaient pas moins besoin d'argent et s'adressaient sans cesse aux municipalités ou aux riches corporations pour acheter du bois, du poisson, de l'huile ou du vin ; pour restaurer leurs monastères; pour déôorer leurs églises (5). En 1752, le Consulat de Cadiz donna 600,000 r. au couvent des Descalzas. En 1763, le même couvent reçut encore 60,000 r. En 1785, le Consulat contribua pour 100,000 r. à Tachèvement de l^église du Rosario (6). Le plus souvent, il y avait accord et échange de bons offices entre les couvents et lès municipalités; les régidors de Tolosa fournissaient à leurs moines le menu bois dont ils avaient besoin et les moines fournissaient à la ville un prédicateur pour le carême (7). Il arrivait aussi que les fidèles se lassaient des perpétuelles
(i) Twiss, Voyage en Espagne, p. 209.
(2) De Laborde. Itin.y II, p. 119.
(3) Canga Arguelles, v* Mortajas.
l^) Canga Arguelles, Diccionario de hac.y v» Mendicantes. ) Autos acordados de Valladolid, 1791.
y) Bibliothèque provinciale de Cadiz. -r- Archives du Consulat, Notables, •tSl.
Gorosabel, Bosquejo de las antiguedades de Tolosa^ p. 139.
S2 L ESPAGNE DE l'aNCIEN RÉGIME
demandes qui leur étaient adressées ; les clercs ne dédaignaient aucun moyen pour ranimer le zèle des populations. De 1722 à 1769, les Gaditans avaient donné 14,586,169 r. pour la construction de leur nouvelle cathédrale ; Téglise n^était pas achevée, et les souscripteurs tendaient à se faire rares : Tévèque de Cadiz sut intéresser le roi à l'œuvre inachevée, Charles IV s'en déclara protecteur € afin que personne ne pût refuser désormais d'y contribuer (1) ».
Non seulement l'Eglise recevait toute sorte d'offrandes, mais elle s'était fait exempter d'une partie des impôts qui pesaient sur les autres citoyens. Les clercs ne payaient ni alcabalas, ni cientos, et ne payaient qu'une partie des droits de consommation appelés mUlones{2). Ce privilège avait donné lieu à un système assez compliqué, dit du remboursement (refaccion). Les couvents et les clercs étaient taxés parles officiers du fisc; chaque ecclésiastique avait droit à telle quantité de vin, de vinaigre et d'huile et acquittait les millones comme un simple particulier; à la fin de l'année le montant des droits A'alcabala,^ cientos et millones qu'il avait payés indûment lui était restitué en espèces (3). La taxe accordait à chaque prêtre cinq charges de vin par an, et à chaque homme d'Eglise non engagé dans les ordres quatre charges et demie. Les ecclésiastiques se plaignirent d'être ainsi rationnés ; on les autorisa à déclarer par serment devant Talcalde et les régidors quelles quantités ils avaient consommées dans Tannée; la refaccion leur était payée sur leur déclaration à raison de 7 réaux 1/2 par charge (4).
Pendant longtemps les gens d'Église avaient possédé des débits de viande et de vin tenus par des frères lais, oii ils
(1) Décret royal du 8 juin 1793.
(2) Les millones étaient votés tous les six ans par la Diputacion del reyno pour une somme nominale de 24 millions de réaux ; le clergé ne payait sa part contributive que sur 19,500,000 réaux. De plus amples détails seront donnés au sujet des millones dans un ouvrage relatif aux Institutions de l'Espagne.
(3) Gallardo, Renias de la Corona, 11, p. 380. En 1793, la reff^ccion du couvent de San-Telmo de MaLiga montait à 21,710 rs.
(4) Guîpuzcoano i?istruido, v» Refaccion. — Jovellanos. Informe^ n« 315. Archives municipales deValladolid. Autos acordados^ 2 juin 1791.
venaient s'approvisionner et vendre les produits de leurs dîmes : un voyageur français qui vit encore de ces tavernes en 1787 en fait un tableau peu édifiant (1); elles finirent par disparaître à peu près complètement.
Pour avoir un tableau complet des richesses de TÉglise espagnole, il faudrait pouvoir évaluer les joyaux des églises. Les sacristies des cathédrales et des églises des villes renfermaient un nombre prodigieux d'objets d'orfèvrerie enor ou en argent, garnis de perles et de pierres fines, et l'imagination populaire voyait là un trésor inépuisable. Cependant, si considérable qu'ait été le capital ainsi immobilisé, la richesse métallique des Eglises n'atteignit jamais les proportions fantastiques que lui donnait le vulgaire. Une collecte générale fut faite en 1793, à une date où le zèle patriotique fut certainement très grand ; la fonte des ornements d'or et d'argent offerts par les Églises produisit seulement 1,043,719 réaux (2). En 1812, l'argenterie de la cathédrale de Valence fut fondue pour subvenir aux frais de la défense nationale, et l'on n'en retira que 1,200,000 réaux (3).
On voit par ce qui précède qu'il est très difficile d'évaluer exactement les revenus du clergé. Le produit des terres, les dîmes, le casuel, la subsistance des ordres mendiants représentent une somme de 933,977,990 réaux; mais les droits féodaux, les redevances de toute sorte, les libéralités des fidèles représentaient certainement une valeur considérable, et Canga Arguelles porte les revenus de l'Eglise d'Espagne à 1,101,753,430 réaux (4), soit une moyenne de 5,765 réaux par tôte.
La répartition de ces revenus était bien loin d'être équitable. Rien n'égalait l'opulence des grands prélats espagnols. Les évoques d'Orense, Lugo et Oviédu avaient 100 à 120,000 réaux de revenu, et ils étaient les plus mal rentes ; l'évoque de Tuy avait 500,000 réaux, celui de Siguenza 800,000 ; un régiment de dragons aurait pu loger dans son palais ;
{\) De Langle, Voyage en Espagne, \. p. 9.
(2) Canga ArgueUes, Diccionario de hac^V Alhajas de las Iglesias. 3) Id. ibid.
v4) Canga Arguelles, Diccionario de hac , v* Renias del clero.
54 i/espagne de l'ancien régime
révoque de Murcie touchait 2,200,000 réaux, Tarchevêque de Santiago 2,400,000, ceux de Valence et de Séville 2,800,000 ; larchevêque de Tolède était le prélat le plus riche de la chrétienté avec 12 millions de réaux de revenu (1). Les évoques des Indes étaient à peine moins bien pourvus. L'archevêque de Mexico avait 3,120,000 réaux (2), celui de Charcas 3,569, 840 réaux, révoque de Santa-Cruz de la Sierra 1,692,540 réaux, celui de Quito 620,380 réaux, celui de Paraguay 120, 380 (3).
Les chapitres cathédraux et collégiaux avaient encore d'assez bons revenus; le revenu moyen d'un dignitaire était de 20,788 réaux, celui d un chanoine de 15,943 réaux, celui d'un prébendier de 18,644 réaux;le semi-prébendier touchait encore 6,276 réaux (4). Certains grands couvents, comme celui de l'Escorial, avaient 2,160,000 réaux de revenu.
Mais à côté des riches prélats et des bonnes abbayes vivaient bien des prêtres besogneux. Le roi ne percevait aucun droit sur les bénéfices à résidence d'un revenu inférieur à 600 ducats (6,600 réaux) ou sur les bénéfices non astreints à résidence et d'un revenu inférieur à 300 ducats (3,300 réaux) (5) ; beaucoup n'atteignaient même pas celte valeur. La portion congrue était fixée à 50 ou 60 ducats (550 ou 660 réaux) et n'était pas toujours payée. En Guipuzcoa, les patrons laïques des églises levaient les dîmes, et oubliaient souvent de donner aux curés la portion congrue, ou leur donnaient si peu qu'ils seraient morts de faim sans l'assistance de leurs paroissiens (6). Les chapitres s'ingéniaient à augmenter le salaire des congruistcs, sans diminuer les émoluments des gros décimateurs. En 1797, le chapitre de Bilbao essaya de créer des ressources nouvelles aux curés pauvres en réglementant les enterrements, et convertissant en argent les offrandes de pain que faisaient les fidMes ; mais ces mesures soulevèrent une grande opposition, le Conseil de Castille
(1) De Laborde, Itin., pass.
(2) Ilumboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne^ 1, p. 440.
(3) Canga Arguelles, op. ciL^ \* Obispados de America» {i) Canga Arguelles, Diccionario de hac^ v^ Canongias.
(5) Coxe, U, p. 382. — Accord entre le pape et Philippe F (1713),
(6) Larramendi, Corographia, p. 109.
hésita très longtemps à proposer au roi la confirmation de Tarrêté du chapitre (1), les congruistes restèrent jusqu'à la fin de l'ancien régime à la merci des patrons de leurs églises.
Aux Indes, certains prêtres vivaient, dans une véritable misère ; il y avait de pauvres curés de villages indiens qui ne touchaient pas 2,000 réaux par an (2).