I. — Les corps de métier
En Espagne, comme dans les autres pays européens, les artisans des villes avaient formé des associations pour maintenir les traditions de leurs métiers, défendre leurs intérêts professionnels et venir au secours de leurs confrères malheureux.
Les corporations {gremios) étaient très anciennes. A Barcelone, les tailleurs formaient gremio depuis 1229, les argentiers depuis 1249, les cordonniers depuis 1270, les éperonniers depuis 1290, les portefaix depuis 1298. Les couteliers, les droguistes, les loueurs de mules remontaient au XIV* siècle ; les tisseurs de lin, les souffleurs de verre, les peintres sur verre, les imprimeurs, au xve (4). Les ordon-
(1) Larraga, MemoHas, t. VII, p. 42.
(S) Négociâmes, Tarragona, in-4% sans date. — Bib. nat. de Paris. Oc. 1583 pièce, l/es physiocrates anglais et français n*éti|â(Nit pas plus favorables à l'Industrie. .^
(3) Diteurso sobre la educacion popular, p. 20.
(4) Gampomanes, Apendice III, p. 155,
L*B8PA0NB. — T. III. 4
l'espagnr de l'ancien régime
nafices de Séville^ imprimées pour la première fois en 1527, mentionnent 54 corps de métier, dont quelques-uns très anciens. Les entrepreneurs portent encore le nom arabe à'alarifes. Il y a à Séville des cordonniers à la mauresque [borceguineros)^ des gaufreurs et doreurs sur cuir [guadamacileros). Les drapiers inscrivent dans leurs statuts que les marchandises de rebut ne pourront être vendues qu'au pays des Mores {en tierra de Moros). La confrérie de Saint- Ëloi des argentiers date de 1376. Les brodeurs ont reçu leurs statuts en 1431 ; les tisserands en 1453.
Cependant TEspagne avait été longtemps Tun des plus libres pays de l'Europe, et il avait fallu des siècles de tyrannie avant que l'Espagnol s'habituât aux entraves des ordonnances et des règlements. Le régime corporatif était contraire au tempérament national, et beaucoup de juristes assuraient même quMl était contraire à la loi. En 1552, Charles-Quint avait prohibé toutes les associations exclusives et ordonné leur dissolution (1). Sous Philippe II, des réclamations énergiques se firent encore entendre ; les députés du royaume, en autorisant pour la cinquième fois la levée des milloneSj y mirent pour condition la suppression de tous les monopoles autres que les monopoles royaux (2). Mais peu à peu, par la force des choses, lesgremios se constituèrent en associations puissantes, devant lesquelles Tindividu n'eut plus de droit.
Charles-Quint avait ouvert lui-même la porte aux abus en permettant aux gremios de rédiger des ordonnances pour le bien des métiers (paraeluso de los oficios). Au seizième et au dix-septième siècle, la coutume industrielle se fixa, se figea, pour mieux dire (3), et devint tyrannique et oppressive. Charles-Quint avait soumis les corporations au double contrôle des municipalités et du Conseil de Castille; mais les magistrats s'entendaient en économie politique c comme un
(1) Que las cofradias que hay en estos reynos de oûciales se deshagon, j no las haya de aqui adelante aunque estén por Nos confirmadas. — Nueva Recopilacion^ VIII, xiv, 4.
(2) Campomanes, Apendice, t. III, p. 74. .
(3) Ordonnances de Grenade, 1552. Ordonnances de Tolède (règne de Philippe lli).
L*1NDUSTRIE 51
vieux général à jouer un rôle de jeune femme » (1), et sous leur autorité inintelligente et tracassière,les ordonnances des métiers allèrent sans cesse se compliquant ; Campomanes ne les condamne pas moins expressément que Turgot.
Il reproche aux corporations d'opposer un obstacle presque invincible au progrès des arts. Elles constituent des coteries, dont les membres recherchent avant tout leur avantage particulier et ne s'intéressent pas au perfectionnement de l'industrie nationale'. Les corporations n'ont jamais cherché à éveiller l'émulation entre les artisans. Elles ont toujours été contraires aux innovations et à l'esprit d'invention. Elles tendent à monopoliser la fabrication et la vente dans un petit nombre de mains. Elles sont envahissantes, se mêlent de ce qui ne les regarde pas et multiplient les atteintes à la liberté des individus. Elles prélèvent sur le travail national dés taxes onéreuses et parfaitement illégales (2). Campomanes fait remarquer que toutes les ordonnances corporatives réservant expressément les droits des tiers {sin perjiiicio de tercero)^ les corps de métier n'ont, en réalité, qu'une existence provisoire ; ils sont tolérés plutôt que reconnus par le gouvernement, et le grand économiste conclut hardiment à leur suppression (3).
Capmanj, au contraire, défend les corporations comme iofititutions de bienfaisance. Il pense qu*elles maintiennent l'émulation entre les industriels, qu'elles ont conservé les traditions des arts, créé et gardé la probité industrielle et relevé la condition des travailleurs (4).
L'auteur d'un Mémoire sur les corporations, publié dans \^Semanario erudito de Valladares, est persuadé que «les arts « ne peuvent être honorés, enseignés et maintenus que par « les corps qui les soutiennent et en opèrent la classificaw tion, et que les ouvriers ne peuvent obtenir ni propriété.
(1) Bl viejo de la capa azul.
(2) Campomanos, Apendice.t HI, p. 56 et 160.
(4) Capmany, Memonas^i. I,p. 34-37. En France, Tavocat général Séguier avait invoqué les mêmes raisons en faveur des corporations lors de la discussion des Edits de Turgot au Parlement.
L*£SPAG>B DE l'aNGIEN RÉGIMB
<( ni sécurité, ni bien-être^ sans le code des lois grémiaies qui « les protège et les rend constamment heureux. »
L'étude des règlements corporatifs ne permet pas de partager cet optimisme et confirme bien plutôt le jugement de Gampomanes.
Le gremio est régi par ses statuts particuliers {estatutos gremiales). Certaines grandes villes ont codifié leur législation industrielle : Séville en 1527 et 1632, Grenade en 1552 et 1672, Tolède au début du xvii® siècle ; presque partout, les corporations se contentent de garder leurs statuts dans leurs archives. Ces statuts sont souvent très anciens, et remplis de prescriptions surannées et inexécutables. Quelques gremios interdisent toute association entre fabricants et commerçants (1). A Tolède, les doreurs ne peuvent ouvrir boutique sans avoir déposé aux mains des contrôleurs une caution de 40.000 maravédis (2). A Valence, il est défendu aux lanterniers de se servir de forges (3), et aux chaisiers d'employer des outils de menuisier (4). Les fabricants d'aiguilles de Tolède ne peuvent vendre d'aiguilles fabriquées ailleurs, mais les merciers de Tolède peuvent parfaitement vendre des aiguilles étrangères (5).
De temps à autre, on revise les statuts ; les nouveaux ne sont ni moins prolixes, ni moins routiniers que les anciens. Les ordonnances des tailleurs de Saragosse, réformées en 1774, comptent 76 articles (6). Celles des fabricants de bas de soie (1770) fixent le poids légal des bas, des gants et des bonnets (7). En 1730, l'industrie de la laine à Ségovie est répartie entre sept corporations spéciales : cardeurs et trieurs, — tisserands, — décatisseurs, — foulons, — sécheurs, — tondeurs, — teinturiers. La laine est divisée en quatre sortes : surfine, fine, brute etjnférieure,et chacune de
(1) Gampomanes» Apendice, t. III, p. 256.
f2) Id. ibid., p. LU.
(3) Gruilles, Los gremios de Valencia, p. 84.
(4) Id., op. cit., p. 71.
(5) Gampomanes, Apendice, lil, p. xli.
(6) Arch. municip, de Zaragoza. Gremios, 1775.
(7) Real ceduîade Ordenanzas concedidas al gremio de fabricantes de médias de scda de telar de la ciudad de Zaragoza (1770).
l'industrie 53
ces laines est affectée à certaines espèces de drap, à Texclusion de toutes les autres (1).
Le gremio élit ses chefs par cooptation, par vote direct, par tirage au sort ou par ensacidacion. Ils sont confirmés par les autorités municipales (2). Les corporations barcelonaises sont gouvernées par des consuls (3). Les brodeurs de Séville ont des alcaldes veedores (4) ; les tailleurs de Grenade, deux alcaldes et deux contrôleurs [veedores) (5). Les fabricants de bas de soie de Saragosse ont un majordome, deux contrôleurs, un député et un commissionnaire [llamador) (6). Les tailleurs ont 2 majordormes, 2 conseillers, 2 receveurs, 4 contrôleurs, 2 fiscaux, i professeur [maestro de lecciones)^ 1 secrétaire (7). Les officiers des corporations s'appellent encore alamines^ prieurs et prud'hommes (8). A Valence, le président du gremio s'appelle massier [clavario] (9).
Malgré toutes les précautions prises contre la brigue, les offices corporatifs ont une tendance marquée à s'immobiliser dans certaines mains : à Tolède, en 1758, sur 72 maîtres en soieries, huit ou dix gouvernent la corporation et se partagent tous les emplois (10). A Valladolid, en 1773,1a corporation des tailleurs est divisée en deux confréries rivales, dont Tune opprime l'autre et nomme tous les officiers du gremio ; le subdélégué s'étant avisé de nommer de sa propre autorité deux contrôleurs pris dans les deux confréries, la confrérie prépondérante demande son renvoi (H).
Dans certaines villes, certaines corporations sont soumises au contrôle direct de la municipalité, ou d'agents spéciaux
(1) Larruga, Memorias, t. XIÏ, p. 168.
(2) Autos acordadosde Valladolidy 14 janvier 1791. Ordenanzas de Toledo^ Ut. XXXVI, ap. Campomanes, Apendice, t. III, p. xlvi.
(3) Capmany, Memorias, I, 3, p. 56-62.
(4; Campomanes, Apendice^ III, p. L3cxxviii.
(5) Id. ibid., p. cxiv.
(6) Arch. munie, de Zaragoza. Gremio*, 1771.
(7j Arch. munie.de Zaragoza. Gremios^ 1775.
(8) Gampomanes, Apendicefi. III, p. xcix et ceux.
(9) CruHIes, Losgremiosde Valeneia Cordoneros, corregeros, cuberos. borneras, tejedores de lino.
(10) Larruga, Memorias, t. VII, p. 396.
(11) Id., t. XXVI, p. 163.
si l'espagnb de l'ancien régime
sur lesquels elles n'exercent aucune influence. L'ayuntamiento de Saragosse édicté en 1731 un véritable code de meunerie pour les maîtres-meuniers de la ville (1). Les marchands de soie de Grenade sont contrôlés par des officiers ministériels, propriétaires de leurs offices, les gelices de la alcayceria (2). A partir de 1747, les gremios de Tolède se voient dépouillés de la juridiction en première instance, qui est donnée à un juge royal, avec appel à la Junte générale du commerce (3).
Là où elles jouissent de toute leur autonomie, les autorités corporatives défendent les privilèges de la corporation, contrôlent la qualité des produits manufacturés, examinent les candidats à la maîtrise et gardent pieusement les traditions du corps.
Il s'agit avant tout de délimiter le champ d^opérations de chaque industrie et de déjouer les tentatives d'empiétement des autres corps. Pendant longtemps les industries avaient tendu à se multiplier. Dans le courant du xvii^ siècle, Séville avait vu apparaître les corporalions nouvelles des fabricants de dames-jeannes [tinajeros\ des passementiers (pasamaneros), des savetiers [zapateros de viejo) (4). Les cordiers formaient trois corps distincts :cordiers pour navires (cordoneros de jarcia)^ cordiers cordants, et cordiers pour filets {cordoneros de las redes) (5). A Valence, l'industrie de la carrosserie se partageait entre les fabricants de caisses de voitures, de trains pour voitures et de marchepieds (6). A Valladolid, les vanniers en sparte formaient un corps distinct des vanniers en jonc [estereros de junco) (7). D'autre part, les transformations économiques et sociales, les changements de la mode amenaient peu à peu la disparition de
(1) Arch. mun, de Zaragoza. Insti^ucciôn hecha por la ciudad de Zaragoza para el govierno de lot molinos y maestros molineros de ella y sus barnos,
(2) Gallardo, Renias de la coronay t. TU, p. 295.
(3) Larruga, Memorias, t. V, p. 109.
(4) Campomanes, Apendice, t. lll, p. cxxviii.
(5) Id.ibid., t. III, p. lxiv.
(6) Gruiiles, Los gremios de Valencia, p. 91.
(7) Larruga. Memoriais, t. XXVI, p. 163.
l'industrie 58
certaines industries. Les fabricants de cuirasses de Barcelone avaient disparu avec l'usage de l'armure, les doreurs sur cuir (guadamacileros) avec la mode des cuirs gaufrés, les corailleurs avec la vogue du corail (1). Valladolid n'avait, plus en 1773 qu'un seul fabricant de collets de buffle (cofctero) (2) ; les fabricants d'épées {espaderos)^ réduits à trois, ne fabriquaient plus que des fourreaux (3). Les métiers subsistants n'en sont que plus âpres à défendre leurs privilèges. Ils se sont emparés petit à petit du droit exclusif d'approvisionner les villes ; ils écartent les marchands du dehors (4), ils. intentent procès sur procès (S) aux corporations rivales, et si les procès de ce genre sont moins nombreux en Espagne qu'en France, cela tient à ce que les gremios espagnols sont moins riches que les métiers français (6).
Investis du droit de décerner les lettres de maîtrise, les chef&de métier tendent naturellement à limiter le nombredes concurrents et à égaliser entre eux les conditions du travail.
On débute dans la vie industrielle comme apprenti. L'apprenti est lié envers son patron par un contrat léonin, dont lecorrégidor assure au besoin l'entière exécution (7). La durée de l'apprentissage varie de trois à six ans (8) ; il est rare
(1) Capmaay, Memorias, t. I, 3, p. 68.
(2) Larruga, Memorias, t. XXVI, p. 163.
(3) Id., loc, cit.
(4) Id., loc. cil.
(5j Les tanneurs de Valence soutinrent contre les cordonniers un procès qui ne dura pas moins de 35 ans (1719-1754). Cruiiles, Los gremios de Valeu' cia. Zurr adores.
Un fabricant de bas de soie de Valence fut attaqué par les filateurs de soie, parce qu'il avait donné de la soie à filer, et que Touvrage n'avait pas été exécuté conformément à Tordonnance. Il représenta à la Société des amis du pays que la fabrication mécanique des bas de soie n'étant pas connue au moment où avaient été rédigés les statuts des lorcedores, on n'avait pu prévoir le genre de filage nécessaire à ce métier. (Tramoyers, Jnslituciones gremiales, p. 413.)
(6) Gampomanes, Apendice, t. III, p. ccxxvi.
(7) Nov. Rec, VU, xxiii, 16, 15 mai 1788.
(8) 3 ans chez les chapeliers de Séville (Gampomanes, Apendice, t. lll, p. xci), — 4 ans chez les menuisiers, les boulangers, les savonniers et les drapiers de Valence, — 5 ans chez les maîtres de la soie (Gruilles, Los gremios de Valencia, pass.), — 6 ans chez les fabricants de bas de soie de Saragosse. {Ordenanzas, 1771, art. 8.)
S6 L*ESPAGNE DE l'aNCIEN RÉGIME
que l'apprenti soit appointé. Les Ordonnances du commerce général de Tolède ( 1 772) reconnaissent au maître le droit de faire travailler l'apprenti pendant six ans, sans lui donner aucun salaire. Chez les tailleurs de Saragosse, le maître fixe lui-même le salaire de Tapprenti, et lui donne chaque année une note, que le majordome de la corporation recopie sur ses registres. L'intéressé et ses parents peuvent en demander une expédition, dont le coût est de 8 réaux (1). Le nombre des heures de travail n'est pas déterminé par les ordonnances. A Séville, il est défendu de faire travailler les apprentis avant 4 heures du matin et après 8 heures du soir (2). Larruga voudrait faire travailler les ouvriers de Guadalajara de 6 heures du matin à 6 heures du soir en hiver et de 5 heures du matin à 8 heures du soir en été (3). Dans la pratique, les journées sont moins longues. Le règlement de 1771 pour les sécheurs de drap à Ségovie fixe la journée de travail à 11 heures (4). Les ouvriers de la manufacture des tabacs travaillent 9 heures (5). La journée est de 7 heures à Barcelone (6).
L'apprentissage terminé, l'apprenti devient compagnon {mancebo). Il ne peut encore travailler pour son compte, mais il peut louer ses services à la journée [jornalero) ou à l'année [anero). La durée minima du compagnonnage varie de deux à quatre ans suivant les corps. Chez les tailleurs de Saragosse, le mancebo qui a travaillé deux ans devient o/!cta/ (•employé) et doit travailler deux autres années en cette qualité avant de se présenter aux examens de maîtrise (7). Quelques compagnons voyagent de ville en ville: les tailleurs de Saragosse accordent huit jours de travail à l'ouvrier de passage (8).
(1) Estaiuto de saslres, art. 61-62.
(2) Gampomanes, Apendicey t. III, p. xci.
(3) Larrtiga, Memorias, t. X VI, p. 121.
(4) Id. ibid., t. XII, p. 195.
(5) Swinburne, Voyage en Espagne, p. 341.
(6) Towasend. Voyage en Espagne, t. I, p. 62.
(7) Estatuto de sastres, art. 63-6 i.
(8) Ibid., art. 68.
l'industrie 57
Quelle que soit son habileté, le compagnon n'a le droit ni d'ouvrir boutique, ni de travailler à son compte, soit en chambre, soit chez un autre maître. Le chambreland n*est pas poursuivi avec moins d'âpreté par les maîtres espagnols que par les maîtres français. Chez les tailleurs de Saragosse, chaque contravention est punied'une amende de 60 réaux (1).
Les grèves sont interdites et sévèrement réprimées. Sous le règne de Charles III, les boulangers de Madrid, ayant cessé le travail^ courent comme des malfaiteurs chercher asile dans Téglise Saint-Sébastien (2). La loi permet seulement aux ouvriers qui se croient lésés par les maîtres de leur intenter un procès devant le corrégidor, et Larruga remarque que les ouvriers sont toujours prêts à se saigner aux quatre veines quand il s'agit de plaider contre les patrons (3).
Les lois corporatives d'Espagne ne limitent pas en général le nombre des apprentis et des employés, mais ne permettent pas h un même patron d'avoir plus d'un atelier (4) ; presque partout le nombre des compagnons et apprentis est limité en fait par Texiguïté des logis et par la modicité des ressources du petit fabricant (5).
Les salaires varient beaucoup d'un métier à l'autre. Les journaliers ordinaires gagnent à Séville, en 1786, 4 réaux et demi, les charpentiers 7 à H réaux ; les tisserands actifs peuvent se faire jusqu'à iS réaux, et les bons menuisiers jusqu'à 2o (6). La journée moyenne à Barcelone est de 8 réaux (7).
(1) Estatutode sasires, art. 31, 40, 41, 42 et 45.
(2) Ferrer del Rio, HisL de Carlos III, t. IV, p. 88.
(3) Larmga, Memorias, t. VII, p. 244.
(4) GruiUes, Los gremios de Valencia, Carpinleros : Cerrageros.
(5) Les Calceieros de Valence n'avaient droit qu'à un apprenti. Les cuberos n'avaient droit qu'à deux. — Gruiilcs, op, cit., Calceteros, Cuberos,
Les ouvriers en soie de Tolède, ayant voulu empocher les maîtres d'employer plus de deux apprentis chacun, perdirent leur procès. — Larruga, Memarias. t. VU, p. 244.
Les ordonnances de Grenade défendaient à un même maître d'avoir plus de quatre métiers chez lui. — Campomanes, Apendice, t. IN, p. cvii.
Les Colcheroê de Tolède ne pouvaient employer plus d'ouvriers que ceux qui pouvaient trouver place dans leur maison. — Id. ihid., p. ilix.
(6) Townsend, Voyage en Espagne, t. II, p. 317.
(7) Id. ibid., t. I, p. 62.
S8 l'espagne de l'ancien régime
Gomme partout, le travail des femmes est misérablement rétribué. En Galice, une femme et une petite fille peuvent, en une journée, arriver à tisser 7 à 8 varas de cinta casera à 6 maravédis la vara, ce qui donne i réal et demi pour elles deux (1). A Yalladolid, les fileuses de laine gagnent 1 réal et 14 maravédis (2).
Dans un pays où le pain de 2 livres et demie vaut 1 réal 18 maravédis, et la livre de bœuf 1 réal 2 maravédis (3), ces salaires ne sont pas aussi dérisoires qu'ils semblent Tétre au premier abord. Larruga estime à 900 réaux la somme indispensable à l'entretien d*une famille pendant un an (4). Townsend donne pour Barcelone le cbifTre de 260 livres françaises ou 1040 réaux (5). Les jours fériés ayant été réduits à 93 par Benoît XIV, il restait 272 jours ouvrables (6), qui donnent 1088 réaux pour le simple journalier à 4 réaux par jour, et 2176 réaux pour l'ouvrier barcelonais. Les salaires sont donc théoriquement suffisants ; mais ne faut-il pas compter avec les fêtes locales, les pèlerinages aux fêtes voisines, les mille et une occasions de plaisir dont l'ouvrier n'est que trop enclin à profiter ? Ne faut-il pas compter avec ses instincts de paresse et d'indépendance, avec ses caprices, et aussi avec les chômages forcés et les maladies ? Gependant, grâce à la vie facile et frugale d'Espagne, l'ouvrier d'alors est moins esclave du travail, et partant plus heureux que l'ouvrier d'aujourd^hui. Ge qui constitue le côté pénible de sa situation, c'est qu'il y est enfermé, sans espoir de s'en évader jamais.
Après avoir passé par l'apprentissage, le compagnonnage et Tofficiat, le jeune ouvrier peut devenir candidat à la maîtrise ; mais ce titre, qui le fait patron et lui donne le droit d'ouvrir boutique, ne s'obtient qu'après examen passé devant les chefs delà corporation. Ges examens sont chers et les
(1) Campomanes, Fomenlo, p. 64.
(2) Ortega, Historia de Valladolid, t II, p. 144.
(3) Id. ibid.
(4) Larruga. Memorias, t. XVI, p. 121.
(5) Townsend, Voyage en Espagne, t. I, p. 62.
(6) Campomanes, Fomento, p. 64.
l'industrie K9
faveurs accordées aux fils de maîtres les rendent presque inabordables aux simples ouvriers (I). Aucune disposition légale ne limite lenombre des maîtres danschaque ville, mais l'intérêt des maîtres est de ne pas multiplier les concurrents, et s'ils se montrent faciles pour le fils qui succède à son père, pour l'ouvrier qui épouse la veuve de son patron, l'ouvrier qui prétend ouvrir un nouvel atelier ne doit pas s'attendre àtrouver grande bienveillance chez ses juges.
Les tailleurs de Saragosse exigent que le futur maître soit capable et nche, pour subvenir aux dépenses de la corporation. Il doit prouver qu'il est né de parents catholiques, et qu'il a travaillé comme ouvrier pendant deux ans au moins (2). Puis il verse 600 réaux àlacaisse du gremio, ou seulement 300 s'il est fils de maître, ou marié & une fille ou une veuve de maître (3). On lui donne un délai de 20 jours pour parfaire son instruction.il se rend soir et matin chez le professeur du gremio {maestro de lecciones)^ qui lui apprend à aulner (/a reduccion delà bara)^ à couper et à coudre. Il donne 80 réaux au maestro et 20 réaux à la caisse du métier, ou seulement moitié s'il est privilégié. Il débute par un exercice de couture ; il met lui-même une pièce à un habit ; s'il présente un travail fait par un autre, Texaminateur, complice de la fraude, paie 80 réaux d'amende (4). Après cette première épreuve, le candidat est admis à passer l'examen proprement dit. Il se présente devant les contrôleurs, sans chapeau, ni cape, ni épée, et déclare s'il concourt pour le vêtement d'homme, ou le vêtement de femme, ou pour Tun et l'autre. On le fait travailler à huis clos dans la spécialité qu'il a demandée ; les examinateurs empêchent le maestro de lecciones et le parrain choisi par le candidat de venir l'aider de leurs conseils. Ils peuvent demander au postulant de tracer jusqu'à trois patrons d'habit, et ne peuvent lui en demander moins d'un. Le candidat paie 16 réaux de gratification à chacun de ses examinateurs, à son parrain,
(1) Campomanes, Apendice, t. III, p. clx.
(2) Estatuto de saaires^ art. 24.
(3) Id., art., 25.
(4} Id.» art., 26.
aux employés de la junte du gremio, aux trois fiscaux du chapitre, aux domestiques du gremio ; les privilégiés ne paient toujours que moitié. Le conseil de la corporation se réunit enfin pour discuter les mérites du candidat. S'il est regardé comme insuffisant, on le lui fait entendre »dela meilleure manière qu'il se peut ». S'il est tenu pour bon, il jure de défendre le mystère de Tlmmaculée Conception (/a pureza de Maria Sanlisima)et d'observer les règles du corps, et il est inscrit sur le livre des maîtres (i). Il a dépensé de 400 à 800 réaux.
Chez les fabricants de bas de soie de Saragosse, Texamen coûte 677 réaux (2).
A Tolède, le grade de « maître de la soie » coûte 600 réaux à l'étranger, 450 réaux au Tolédan, 300 réaux au gendre ou au fils de maître (3).
A Barcelone, le maître corroyeur paie 275 réaux (4).
A Valence, les droits sont de 1.500 réaux pour l'étranger et de 750 réaux pourleValencienchezles savonniers. Chez les boulangers, le fils de maître paie 15 réaux, le Valencien 450, lerégnicole 675 et l'étranger 950 réaux (5).
Les droits payés et Texamen heureusement passé, le compagnon devient maître, mais que d'obstacles s'opposent encore à sa libre activité ! Une semble pas juste aux politiques d'alors qu'un industriel étende démesurément ses affaires aux dépens de ses confrères. Il est interdit au négociant d'attirer la clientèle par l'appât du bon marché. Toutes les marchandises sont taxées (6) et se vendent le même prix, qu'elles soient de façon grossière ou soignée Peu de lois ont contribué plus puissamment à la décadence de l'industrie espagnole.
L'idéal des chefs de métier est de maintenir les bonnes traditions de l'art. Les ordonnances corporatives tracent avec
(1) Estât uto de sas très, art. 29.
(2) Ordenanzas de fabricant es de médias de seda de Zaragoza [iTKi),
(3) Larruga, Mémorial, t. VII, p. 353.
(4) Gapmany, Memorias, I, 3, 62.
(5) Cruilles, Los gremios de Valencia, Jaboneros, tahoneros.
(6) Campomanes, Apendice, t. III, p. cxxxi.
L*INDUSTR1E 61
une précision minutieuse toutes les règles de la bonne fabrication. Les chapineros de Tolède apprennent à faire les chapins noirs, les chapins ouverts, les chapins fermés, les chapins à nez pointu, les chapins d'argent à semelles et à pièces d'étain (1). Les tailleurs de Séville donnent tout au long la description des habits en usage au temps des rois catholiques (2). Le titre XVI des ordonnances réformées de Séville décrit la fabrication de la toile pour faire des cols à la Wallonne (ccniarf^rojoam Valona) (3). Les ordonnances de Grenade vont jusqu'à défendre de planter des mûriers blancs {moreras) et n'autorisent que les plantations de mûriers noirs (mortf/^5) (4).
Pour maintenir l'exacte observation des ordonnances, les contrôleurs de chaque métier inspectent les ateliers et boutiques et saisissent les ouvrages défectueux (5), dont le magistrat peut ordonner la destruction.
Ces mesures ont surtout pour résultat d'éteindre chez les fabricants tout esprit d'invention.
Larruga constate qu'à Yalladolid les cordonniers castillans ne peuvent lutter contre la concurrence de la cordonnerie catalane. Les passementiers fabriquent des tissus étroits {de cinteria) qui sont très loin de valoir les produits français de même espèce. Les ébénistes, huchiers, chaisiers et tourneurs sont presque tous très ignorants ; les plus habiles n'ont que le tour de main professionnel. Les teintureries sont mal installées et mal assorties. Les faïenceries ne donnent que des produits tout à fait grossiers. Les orfèvres ne font guère que des boucles, des rascamofîos et autres menus objets, dont le
(l)Gampoinanes, Apendice, t. III> p. lxxii.
(2) Id. ibid.f p. Lxiii.
(3) Id. ibid., p. cxxvm.
(4) Id. ibid., p. cviii. — On remarquera que le mûrier blanc est Tarbre de beaucoup le plus répandu en Europe, et que la soie de Chine provient tout entière du mûrier blanc. Cependant ce préjugé n'était pas entièrement inconnu en France, où l'on crut longtemps la soie de Nankin moins propre que les autres & la fabrication des soieries.
(5) Capmany, Memorias, I, 3., p. 56 et 66. — Aixh, munie, de Zaragoza, tnstruceiôn de molinos (1731), art. 3. — Ordenanzas de fabricanles de médias deseda (art. 10). Eslaluio de sasires (1775), art. 32 à 38.
62 l'kspagnb db l'ancien régime
dessin est imparfait, le goût antique et le bruni grossier. Il y a trois arquebusiers de grand mérite, mais ilsn*ont pas d'élèves ; quelques bons couteliers, mais sans goût et sans élégance ; un bon batteur d'étain, mais ses modèles sont vieux et mauvais (1).
Les inventions sont très rares et peu importantes. Rien qui ressemble aux grandes découvertes de Watt, de Jacquard ou de Philippe de Girard. D. Blas Lopezy Arroyo invente une machine à faire de la passementerie (2) ; D. Juan Alvarez Lorenzana, un rouet à filer le lin (3) ; Francisco Ros, ar* gentier de Valence, imagine des fers spéciaux pour le tissage des velours (4) ; le marquis delà Romana construit une machine qui met en mouvement 4 moulins à blé et 32 scies à scier le marbre ; Joachim Ardid invente une balance qui marque à la fois les poids de Castille et ceux d'Aragon ; D. Juan de Prado perfectionne la teinture des soies et le blanchiment des laines; Miguel Redondo perfectionne le métier à tisser le drap (5). Mais ces inventions ne se répandent pas, et quand on les examine de près, leur mérite semble disparaître. En 1749, un fabricant de Ségovie, Francisco Mesa, invente un nouveau métier à tisser et une nouvelle navette. Son métier pèse 6 arrobes au lieu de 15, et un enfant peut le mettre en branle. Sa navette permet de tisser sans jamais faire de nœud. Son drap est si large qu*une vara et demie suffit pour faire une cape. Mis en demeure de prouver ses dires, l'inventeur commence par déclarer qu'il ne peut faire plus de 9 capes avec 20 varas d'étoffe, parce qu'il n'a pas parlé du col de chaque cape. Sa navette casse peut-être le fil un peu moins souvent que Tancienne, mais quand il se rompt, il est beaucoup plus difficile à renouer (6). Mesa était peut-être sur le chemin d*une découverte ; trop vite satisfait, il n'a su présenter qu'une invention incomplète et défectueuse.
(1) Larruga, Memorias^ t. XXVl, p. 163.
(2) GaUardo, Renias de la Corona, t. Il, p. 406.
(3) Campomanes, Fomento, p. xxiv.
(4) Ferrer del Rio, HisL de Carlos III^, t. III, p. 231.
(5) Cavanilles, Observaciones sobre el art, Espana de la Nueva Enciclopedia^ p. 42.
(6) Larruga, Memorias, t. XII, p. 173.
l'industrie 63
II devait en être de même des « pastilles substantielles » fabriquées en 1792 à BuenosAyres pour l'usage de la marine (1), et de Fart de fondre le platine découvert par D. Alexis del Bosque (2).
A défaut d'inventeurs, l'Espagne abonde en rêveurs qui croient résoudre, d'un trait de génie, les problèmes les plus insolubles. D. Pedro Angel de Albison ne demande qu'un million de réaux et une matinée pour enseigner à conduire toute espèce d'embarcations contre le vent et la marée (3). D. Manuel SoUach de Rojas trouve le secret du mouvement perpétuel (4). Un certain Bottineau invente la « Nauscopie », ou Tart de découvrir les vaisseaux et les terres à des distances immenses (5).
L'amour-propre aveugle les plus humbles, l'ouvrier le moins maladroit se prend pour un savant. Ségovie, métropole delà draperie espagnole, n'avait pas un sefil bon remouleur de ciseaux à tondre le drap. En 1775, un maréchal ferrant vétérinaire s'intitule magnifiquement maestro esmolador de tixeras de tundir et demande rétablissement à Ségovie d'une « Académie d'affûtage de ciseaux à tondre le drap (6) x>.
Le seul bon côté du régime corporatif est l'esprit charitable qui règne entre les membres d'un même gremio.
Considérée comme association de bienfaisance, la corporation change de nom et forme une ou plusieurs confréries, placées sous l'invocation d'un saint. Les ciriers de Saragosseont pour patron saint Julien évêque(7), les fabricants de bas de soie sainte Lucie (8), les tailleurs saint Antoine de Padoue, saint Mathias et saint Sébastien (9). Les tailleurs de Valence ont pour patron saint Vincent martyr, et pour avocat
(1) Diario de Barcelona, !«' oct. 1791.
(2) GaYanilles, Observctciones, p. 42.
(3) Cansulado de Cadiz. Notables, 82. 6 juillet 1804.
(4) Archioo de Alcali de Renares, Estado, leg. 4,818. — 1794.
(5) Id. ibid.
(6) LaxTUga., Memorias, t. XII, p. 201.
(1) Diario de Zaragoza, 28 janvier 1797.
(8) Ordenanzas (1771), art. 13.
(9) Eslatuto de saslreSy art. 1.
64 L^BSPAGNE DE l'a^CIEN RÉGIME
céleste San Homobiieno, fils de tailleur (1). En 1775, l'Espagne comptait 25.581 associations de ce genre (2).
Les confrères se doivent mutuellement assistance. Certaines confréries possèdent un hôpital où sont soignés leurs malades (3). D'autres donnent des secours en argent. Les tailleurs de Saragosse donnent 1 réal par jour au maître ou à la veuve de maître que l'indigence oblige à se faire soigner à Thôpital (4).
Mais c'est surtout aux enterrements qu'éclate la magnificence des gremios. Chez les tailleurs de Saragosse, l'enterrement du maître pauvre se fait aux frais de la corporation (5) : quarante maîtres suivent le corps, porté par les huit plus jeunes. Les membres du conseil portent 12 cierges de cire à Tenlerrement d'un maître, de sa femme, ou de sa veuve, 8 cierges à renterrementdes confrères spirituels, 4 à Tenterrement de leurs fils. On célèbre cinq messes chantées pour chaque membre défunt. Tous les mois ont lieu deux offices, et même quatre pendant le mois de novembre pour tous les défunts de la corporation. Il y a office solennel des morts le lendemain de la fête patronale de saint Antoine de Padoue (6).
La confrérie du glorieux patriarche San Joaquin, instituée en 1722 au couvent des Carmes Déchaux de Pampelune, assiste ses membres malades, se fait représenter à leurs obsèques, célèbre chaque année une messe solennelle pour les confrères défunts, et a obtenu du pape de grandes indulgences pour assurer le repos de leur âme (7).
Les partisans des confréries estiment qu'on ne peut payer trop cher de semblables avantages; les économistes pensent, d*autre part, que les confréries, très respectables dans leur principe, répondent mal à leur but et seraient remplacées avec avantage par des monts-de-piété. Elles coûtent
(1) Grailles, Los gremios de Valencia. Sastres,
(2) Campomanes, Apendicej t. H, p. 186.
(3) Id. ibid., t. 111, p. lxxxvi.
(4) Estaluto de sastres, art. 53.
(5) Kstatulo de sastres, art. 56 57.
(6) Id., art. 6.
(7) Santa-Maria. Devocion al excelso pafriarca san Joaquin^ p. 333.
L^INDIJSTRIB 68
fort cher(l) et rendent peu de travail utile. La cotisation annuelle est peu de chose en elle-même (2), mais chaque réception de nouveaux membres, chaque élection de dignitaires est pour les artisans une occasion de dissipation et de dépense. A Valladolid, pendant les processions de la Semaine Sainte, chaque image de saint est accompagnée d'un corps de métier, qui fait la dépense de la cire. Le porte étendard régale à ses frais toute la corporation; s'il refuse, on le laisse tout seul à la procession^ et beaucoup de pauvres artisans ont préféré quitter la ville que de se soumettre à cette humiliation ou de se ruiner (3).
La fête du saint patron est marquée par des réjouissances extraordinaires. On tire des pétards, il y a collation ou banquet. On pousse parfois la folie jusqu'à donner des courses de taureaux (4). En 1738, les fripiers de Valence donnent une fête avec cavalcade et illumination (5). En 1755, les chapeliers construisent un char en forme de tour et jettent à la foule 300 chapeaux (6). En 1763, l'ayanlamiento de Valence se plaint avec amertume du luxe des gremios et voit « avec grand chagrin que de pauvres gens comme le « sont les maîtres et ouvriers de Fart du lissage prennent « part aux cérémonies publiques, vêtus comme des nobles (( très riches, et font montre d'un luxe général dans tous les tt gremios » (7).
La vanité rend les confrères chicaniers. Les confréries soutiennent les unes contre les autres, contre les particuliers, contre les villes, d'interminables procès (8), qui vont jusqu'en Conseil de Caslille (9), et Ton prétend que la
(1) Campomanes esUme & 11.687.861 réaux la dépense annueUe des confréries. Apendice, t. II, p. 186.
(2) 6 réaux pour Us maîtres tailleurs de Saragosse* — Estatuto^ art. 7. (^) Larruga, Memorias, t. XXVI, p. 180.
(4) Devocionai^o^ p. 333.
(5) Cruilles, Los gremios deValenciai p. 181.
(6) Id. ibid., p. 211.
(7) Tramoyers, ImLituc'ones gremiales, p. 399.
(8) Larruga, Memorias, t. XXVf, p. 247.
(9) Concordia y reglamento solemne celebrado enlte la M. N. y M. L. villa de Bilbao y la cofradia de S. Gregono Nacianceno^ de los herederos propietario8 de su distrito y dezmatorio»,. en razon de prefinir y delermxnat* precios
l'bspaonb. — T. m. 5
66 L^BSPAGNfi DE L^ANCIEN BÉGiME
comptabilité des hcrmanos-mayores laisse fort à désirer (1).
En 1783, le roi se décide à essayer une réforme. Le Conseil de Casiille ordonne de procéder à une revision générale des confréries existantes et de supprimer toutes 'celles qui manqueraient à l'esprit de leur institution.
Dans la seule ville de Yalladolid, 61 confréries sont supprimées du même coup et leurs biens sont donnés à \Bicasa de misericordia (2). Mais il n'est pas sûr que les pauvres en aient été beaucoup mieux assistés, et Ton n'aaucune raison de croire que les administrateurs des hospices aient été plus scrupuleux que les dignitaires des confréries. G*est une réforme administrative bien plutôt qu'un progrès.
II. — Efforts tentés par le gouvernement pour restaurer rindustrle espagnole.
Le gouvernement des Bourbons a soutenu contre l'apathie nationale la lutte la plus honorable et la plus persévérante et n'a pas complètement échoué.
Les lois altribuaient à l'Etat le rôle de prolecteur et de régulateur de l'industrie. La première chambre de gouvernement du Conseil de Castille avait la police générale de l'imprimerie, érigeait les corporations elles confréries, donnait force de loi à leurs règlements, déterminait les conditions d'admission des maîtres nationaux ou étrangers dans les corps de métier, confirmait la nomination des autorités corporatives. Les conteslalions relatives à l'interprétation des ordonnances étaient Jugées par la Sala de alcaldes et, en appel, par la première chambre du Conseil (3).
La juridiction du Conseil s'étendait sur les plus petits
a la cosecha de vitio chacolin de et heredamiento propio de dichos cofra* des,., 1721. — Escriptura de ajuste y convenio olorgada entre los mismos 11 de Febrero 1772. — AUende Salazar, Biblioteca del Bascofilo, p. 149 et 243.
(1) Ferrer del Rio, Historia de Carlos 1II\ t. IV, p. 93.
(2) Sangrador, Hisioria de Valladolid, t. If, p. 229.
(3) Escolano, Practica del Consejo, t. I, cap. 32, 35, 36, 37, 42, 43, 44. — Arch. hist, nac. de Madrid, Consejo. Mairie ula de pleylos^ leg. 768.
L^INbUSTRlE 67
incidents de la vie industrielle. Un apothicaire demandait à prendre le Don (i). Un confiseur réclamait contre un concurrent qui avait ouvert boutique trop près de lui (2). Les tripiers demandaient la permission de vendre à part le bout des langues de bœuf et de mouton (3). Il semblait qu'il n'y eût si mince détail dont le roi ne dût connaître.
Investi de pouvoirs aussi étendus, il fut naturellement conduit à demander à la France, que Golbert avait faite si industrieuse, le secret du relèvement de l'industrie espagnole, et le colbertisme régna en Espagne avec toutes les minuties de sa réglementation.
En 1703, Philippe Y ordonne à tout négociant de s'inscrire à une corporation (4). En 1737, il oblige les commer* çants en gros à tenir au moins quatre livres de comptes : un brouillon, relié et paginé avec soin^ un grand-livre, un livre-copie de lettres, un registre pour les commissions, les factures, et les reçus (5). Charles III réglemente la fabrica^ tion des molletons (6), et défend de faire des mantilles en toute autre matière que la laine ou la soie (7). Charles IV ne permet de faire le savon que dans des chaudières munies d'un robinet (8) ; il détermine les dimensions légales des tonneaux en chêne et des tonneaux en châtaignier (9).
Cependant, vers la (in du dix-huitième siècle, les économistes commencèrent à attaquer le colbertisme, et la période qui s'étend de 1753 à la Révolution fut marquée en France par une série de mesures libérales. Ces idées passèrent bientôt les Pyrénées, et comme TEspagne avait pris à la
(1) Escolano, Varias legdjos, aâo de 1797.
(2) Id., Matricula de pleyios, leg. 815.
(3)Id. ibid., ieg. 1042.
(4) Nov, Rec, VIII, xxiii, 5, 2 juin 1703.
(5) Nov, ReCf IX, iv, 14, 1737-1805. ~ Ces exigences de la loi parais^ saient tellement exagérées que la seigneurie de Biscaye obtint dispense expresse de les observer. {Nov, Rec, IX, iv, 15, 1745.) D'après un négociant français établi en Espagne depuis de longues années, il n'y aurait pas un négociant espagnol sur cent qui tint régulièrement sa comptabilité.
(6) Nov. Rec, VllI, xxiv, 11. — 16 nov. 1760.
(7) Grailles, Gremios de VaUncia, p. 232.
(8) Nov. Rec, VIII, xxiv, 12, note 14, 16 nov. 17»3.
(9) Diario de Barcelonù^ 24 juin 1802.
68 L^BSPÂGiNK DE L* ANCIEN RÉGIMK
France sa réglementation outrancière, elle lui prit ses principes libéraux et s'inspira à son tour du <i laissez-faire, laissez-passer ».
En 1777, le roi permit la vente des tissus de laine et soie qui n'auraient pas la marque, les dimensions ou le poids fixés par les ordonnances de 1590, 1593, 1675 et 1684 (1). En 1778, il permit de fabriquer des tissus de soie ayant en largeur un doigt de moins que ne le voulait l'ordonnance ^2). En 1784^ il abrogea les anciennes lois qui réglementaient la fabrication des toiles de lin et de chanvre (3). La savonnerie (4), le filage de la soie (5), la préparation des goudrons (6) devinrent des industries libres.
Le régime corporatif lui-même fut battu en brèche. Le bâlard ne fut plus exclu des corps de métier (7). Les femmes et les filles purent s'instruire dans tous les travaux propres à leur sexe, « nonobstant toutes ordonnances contraires des corporations » (8). Les veuves d'artisans, même remariées à des hommes d'une autre corporation, purent conserver l'atelier et la boutique de leur premier mari (9). Les apprentis purent passer leur examende maîtrise dans la ville où ils voulaient s'établir; en cas d'échec, ils eurent le droit d'en appeler au corrégidor (10). On permit même à tout ouvrier d'une habileté reconnue d'exercer son métier sans passer d'examen (11). Le cumul des métiers fut autoVisé après examen (12). Un tanneur put être aussi cordonnier (13). Les tisseurseurentledroitd'ouvrir unnombreillimitéd'ateliers(l4),
(1) Nov. Rec, VIII, XXIV, 5.
(2) Id. ibid., ii, 8 mars 1178.
(3)ld. ibid, 7, 14 déc. 1784. (4^ Id. ibid., 12, 2 déc. 1768.
(o) Id. XXIII, 12, 2 janvier 1793.
(6) Id., Supîemento, VIII, xxiv, 1, 23 mai 1806.
(7) Id. VIII, XXIII, 9, 27 mars 1784.
(8) ïd. ibid., 14,16nov. 1778.
(9) Id. ibid , 13, 19 mai 1790.
(10) Id. ibid., 7, 24 mars 1777.
(11) iîefl/ orrfen du 26 mai 1790.
(12) Nov, Bec, VIII, xxiii, 11, 4 déc 1797.
(13) Id. ibid., 10, 13 août 1791.
(14) Id. VIII, xxiv, 9, 10 mai 1787.
l'industrie 69
d'inventer de nouvelles étoffes, d'imiter les tissus étrangers et de les diversifier à leur fantaisie (1).
L'industrie finit ainsi par se débarrasser presque entièrement de ses antiques entraves.
Les mesures adoptées par les hommes d Etat pour fomenter riodustrie espagnole répondent à quatre ordres d'idées distinctes : Propagande et enseignement, — Erection de manufactures royales, — Encouragements à l'industrie nationale, — Prohibition des marchandises étrangères.
l** Propagande et enseignement. — Les économistes et les patriotes s'attaquèrent résolument au préjugé populaire contre le travail. D. Bernardo de Ulloa donna en 1740 son Rétablissement desmanufactures et du commerce d' Espagne (i) ; D. Geronimo Ustâriz, sa Théorie et pratique du commerce^ de findustrie et de la marine (3) ; l'abbé de la Gandara adressa à Charles III ses Notes sur le bien et le mal d'Espagne (4). En 1774, le Conseil de Castille publia le beau livre de Campomanes : Discours sur les moyens de réveiller Vindustrie populaire (5), où il recommande de répandre dans les campagnes Tusage de filer et de tisser le lin, le chanvre et le coton, et oppose les avantages de la petite industrie à tous les inconvénients du régime corporatif. L'année suivante, Campomanes donnait au public son Discours sur l'éducation populaire des artisans (6), et le faisait suivre d'un appendice en quatre volumes où il résumait la législation industrielle, dressait, pour chaque métier, la liste des meilleurs ouvrages parus en Espagne et à l'étranger, et réimprimait les curieux mémoires économiques d'Osorio y Redin et de Martinez de la Mata sur l'industrie et le commerce de l'Espagne au temps de Charles II (7). En 1776, D. Francisco Bruna, doyen
(1) Nov. Rec, VIII, XXIV, 10, 11 oct. 1789.
(2) Edition française h Amsterdam, 1153. 2 vol. in-12.
(3) Traduction française. Paris, 1753.
(4) Publiées au tome l®' de VAlmacen de ftniios literarios. Madrid, 1820, in-18.
{h) Discurso sobre el fomenlo delaindîistriapopular, Madrid, in-18, 1774.
(6) Discurso sobre la educacion popular de los artesanos y su fomenio Madrid, 1775, in-18.
(7) Godoy fit ajouter plus tard un supplément à V Appendice à Véducaiion
deTAudience de Séville, chercha dans ses Réflexions sur les Arts /w^crtmyt^^i à réhabiliter le travail manuel. En 1778, D. Antonio de Capmany fit paraître, sous le pseudonyme de Ramon Miguel Palacio, son Discours économico-politique en défense du travail mécanique des ouvriers. D. Antonio Javier Ferez y Lopez, avocat de Cadix, écrivit un 1780 un Discours sur l'honneur et le déshonneur légal, où se manifestait le véritable mérite de la noblesse du sang^ et où il était prouvé que tous les métiers nécessaires et utiles à l'Etat sont honorables.
Des prêtres comme Artela de Monteseguro et Hernandez de Larrea, des hommes d'Etat comme Jovellanos et Gampomânes, de grands seigneurs comme le comte de Pena Florida, le marquis de Peîiafie], le marquis de la Hinojosia, le marquis de Panes, concoururent à rétablissement de ces Sociétés économiques des amis du Pays (I), qui couvrirent bientôt toute TEspagne, et se donnèrent pour tâche de combattre l'oisiveté et la misère et de fomenter les arts utiles (2).
La Société de Madrid favorisa l'établissement de nombreuses écoles techniques : école de la rue Saint- Bernard, pour toutes sortes de machines et pièces d'horlogerie, école d'horlogerie de la rue du Barquillo, école de tournage de la rue San Marcos, école de la rue de Jésus-et-Marie, pour la fabrication des machines à vapeur. Une collection de machines modèles fut réunie au cabinet royal du Buen Retiro ; on en
populaire avec deux discours de Christophe de la Mata récemment découverts. — Mémoires du Prince de la Paix^ t. Il, p. 283.
(1) SocLedad vascongada. Sociétés à Baeza, Toledo, Vera, Grenade, Siguenza, Saragosse, Tarrega, Tudela, Valence, Murcie, Séville, Grande- Canarie, Tene* rife, La Gomera, Soria, Almuflecar, Majorque, Zamora, Talavera, Osuna, Chinchon, Ségovie, Oviedo, Âstorga, La Baneza, San-Lucar, Ciudad-Rodrigo, Lucena, Jaca, Léon, Cuenca, Vailadolid, Lugo, Santiago, Velez-Malaga, Puerto-Real, Baza, San Clémente, Medina-Sidonia, Alaejos, Requena, Médina de Rio Seco, Constantina, Motril, Tordesiilas, Truzillo, Avila, Jerez de la Frontera, Benavente, Tarazona de la Mancba, Jaen, Aguilar de la Frontera, Médina del Campo, Herrera del Rio Plsuerga, Rioja Castellana, Tarragona^ Cabra, Malaga, Cantabria, Bujalance, Alcald de los Gazules, Burgo de Osma. — G. de Forasteros, 1804.
(2) Cf. Sociedad Tudelana de los deseosoe del bien publico. Hisloria yestaluos. Por Joseph Miguel de Ez^erro. Pamplona, 1778, in-4°.
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publia des catalogues descriptifs vendus par livraisons, et l'acquisition des machines fut facilitée aux particuliers (!)• La Société alla jusqu*à émettre le vœu que tous les laboureurs apprissent à lire, à écrire et à compter (2). . La Société royale aragonaise organisa des cours de botanique et de chimie (3), et publia les travaux économiques de D. Joaquin Vicenle Cubeles y Alegre (4).
La Société de Zamora établit une école de filature pour filles (5), une école de dessin et trois écoles d'enseignement industriel et agricole (6).
La Société de Benavente distribuait des prix institués par révoque d'Oviédo (7), celle de Xerez fonda des écoles industrielles. Le marquisde Panes, son directeur, ouvrit sa bibliothèque au public (8).
Toutes les Sociétés n'étaient pas aussi activés. Certaines villes semblent avoir été réfractai res à toute idée de progrès : à Murcie, la Société des amis du Pays avait eu toutes les peines du monde à se former et ne se réunissait jamais (9). Dans beaucoup de petits endroits, tant valait le président, tant valait la Société, et l'ignorance générale des propriétaires rendait les bons présidents assez rares (10). La vanité s'était fait sa large part dans les Sociétés ; les procès-verbaux des séances sont remplis des titres mirifiques dont se décorent les plus minces personnages (11) ; les sceaux et emblèmes des
(1) Godoy, Mémoires^ t. II, p. 345-347.
(2) Jovellanos, Informe^ § 353.
(3) Diario de Zaragoza^ 2 mai 1797.
(4) Discurso sobre la infeliz siluacion y constUuciôn en que se hallan los maestros^ oficiales y demas Irahaj adores del arle de la seda en Zaragoza, en el ano de 1784 hasta et de 1785. — Punlos générales para la legislacidn gremialen la economica. — Sobre lanqueza minera de la provincia de TerueL — Cf. Hcrranz y Lain, Economistas aragoneses, p. 47.
(3) Vers la môme époque (1794), D. José de Lapayesse publiait à Valence son traité sur la filature de la soie. Cruilles, Los gremios de Valencia, p. 197.
(6) Fernandez Duro, Memorias hisloricas de Zamora, t. III, p. 183.
(7)Id. ibid., p. 185.
(8) Parada, Hombres ilustres de Jerez, p. lxxi.
(9^ De Laborde, Itinéraire descriptifs H, P» 236.
(10) JoTellanos, Informe, § 347.
(11) Le journal de Saragosse, du2 mars 1797, mentionne: D. Pedro Gregorir»
72 l'espagnk de l' ancien régime
compagnies sont parfois de vrais chefs-d'œuvre de mauvais goût et de prétention (1). Les concours eux-mêmes étaient souvent puérils. Le 19 décembre 1805, la Société de Madrid décernait à une fillette de quatre ans et demi un Catéchisme historique richement relié, en récompense de ses progrès en doctrine chrétienne, lecture et tricot (2).
Mais, en dépit de ces petitesses et de ces niaiseries, les Sociétés économiques n'en constituent pas moins des centres d'études et d'expériences, réhabilitent le travail, le mettent à la mode et réveillent peu à peu l'activité nationale en arrachant l'Espagnol à son mutisme et à son isolement.
2° Erection de manufactures royales. — Le roi ne se contenta pas de faire prêcher à ses sujets le travail et l'ingéniosité. Il se fit lui-même industriel, pour leur donner le bon exemple, comme Tavait fait le roi de France.
Dès 1712, il essaya d'établir à Madrid une fabrique de cristaux (3).
En 1718, Âlbéroni créa une imprimerie religieuse et établit à Guadalajara une manufacture de draps et de toiles fines à la façon de Hollande (l).
En 1720 fut fondée la manufacture royale de tapisseries de Madrid (5); ea 1728 la manufacture de glaces de Saint- Udefonse (6).
Le roi eut encore des fabriques de draps [à Ségovie (7), de chapeaux à San Fernando (8), de cotonnades à Avide Echeandia, du Royal Collège des Apothicaires de Saragosse, son juge examinateur, ex-inspecteur des apothicaires de ce royaume (d'Aragon) et correspondant du R. Jardin Botanique de Madrid.
(1) La société de Tudela avait un sceau représentant une figure de femme/ tenant d'une main un caducée, et de Tautre une corne d'abondance. Un cœur, d'où paraissent jaillir des flammes, semble illuminer cette légende :
Ardiente aspiro y anhelo Al bien demipatrio suelo»
AUende. Salazar : Biblioteea del Bascofilo, p. 305.
(2) Gacela de Madrid, 3 janvier 1806.
(S) Goxe, VEspagne sous les Bourbons, III, p. 558.
(4) Id. ibid.. II. p. 486.
(5) Du Rozoir, Description de l'Espagne, p. 322.
(6) Coxe, L'Espagne sous les Bourbons, III, p. 5S8.
(7) Larruga, Memorias, t. XU.
(8) Gallardo, Renias de la Corona, II, p . 405.
l'industrie 73
la(l), de laiton à Alcaraz (2), de porcelaine et de marqueterie à Madrid (3).
Ces manufactures donnaient incontestablement de beaux produits. Sit, fondateur de la manufacture de Saint-lldefonse, obtint du roi un grand cylindre à aplanir, en bronze, du poids de 4 à 500 arrobes, avec lequel il fabriquait des glaces coulées de SO à 60 centimètres de longueur sur 34 de largeur. Il exécutait sur la surface libre du verre de magnifiques gravures à la poudre de diamant : les Quatre Saisons ^ le BonSetneur^ le Grain de Sénevé^ des Batailles^ ^tc. Après lui, le Suédois Eder, le Hanovrien Brun, T Irlandais Dowling et l'Espagnol D. Félix Ramos, dirigèrent la manufacture (4). Dowling avait inventé une machine à polir les glaces, qui en polissait 48 à la fois (S). La manufacture de Saint-Ildefonse fabriquait aussi des verreries communes, des bouteilles, des gobelets, des objets de fantaisie en émail et en verre gravé (6). Charles III, qui avait établi dès 1736 une fabrique de porcelaine tendre à Capo di Monte près Naples (7), transporta cette industrie en Espagne et installa ses ouvriers italiens au Buen Retiro. La manufacture prit bientôt le nom de la China et produisit une belle porcelaine tendre, qui a élé souvent comparée à celle de Sèvres, et une porcelaine à base de magnésie, analogue à celle de Yineuf (8). Le palais royal de Madrid et les résidences royales, les collections du comte de Yalencia de Don Juan, du duc de Santoria, du comte de Gomar et du marquis de La Puente possèdent encore un grand nombre de porcelaines du Retiro. Au palais d'Aran- Juez existe une petite pièce entièrement revêtue de plaques de porcelaine. A l'Escorial, le pavillon de Charles IV est orné de camées à la Wedgwood, blancs sur fond bleu, de
(!) Ganga Arguelles, Dtc. de hac, y» Fabricas reales.
(2) Gallardo, op, ciL^ II, p. 401.
(3) De Laborde, Itinéraire descriptif, t. IV, p. 341.
(4) Museo de antiguedades, IX, p. 516. —Art. deD. Manuel Rico y Sinobras, professeur à la Faculté des sciences de Madrid.
(5) Twiss, Voyage en Espagne, p. 108.
(6) Ph. Gille, Mémoires d^un conscrit de 1808, p. 62.
(7) G. Vogt, La porcelaine^ p. 88.
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74 L^ESPAGNE DE L^NCIëN RÉGIME
médaillons à paysages, et de bas-reliefs à sujelâ mythologiques. Le musée archéologique de Madrid renferme des vases décoratifs exécutés au Betiro et très habilement imités des modèles dé Sèvres (1).
La Dàanufaclure royale de tapisseries avait été créée à Madrid en 1720 par le Hollandais Van der Goten, et était dirigée en 1786 par un Français (2). Elle a compté Goya au nombre de ses dessinateurs et produit de nombreuses tapisseries aux couleurs vives et joyeuses.
La manufacture royale de Guadalajara fabriquait seule en Espagne les tissus en laine de Buenos-Âyres appelés vigognes^ que le roi envoyait en présent aux souverains étrangers (3).
Malgré leur mérite artistique, les fabriques royales avaient des résultats désastreux au point de vue financier. La manufacture de cotonnades d'Avila coûtait annuellement 963.647 réaux (4). La CAina dépensait beaucoup et ne pouvait lutter contre les produits de Sèvres ou de la Saxe (5). La compagnie royale de draps fins de Ségovie avait été fondée au capital nominal de 999.000 réaux; mais il en avait été souscrit seulement 578.500. Les dépenses de premier établissement étaient montées à (65,615 réaux. Il avait donc fallu marcher avec 41 2,885 réaux ; aussi, au lieu de 20 métiers que Ton devait entretenir, on n'en avait encore que 8 en 1775, et si peu d'ouvrage à leur donner que sept d'entre eux étaient restés cinq mois sans travailler (6). La manufacture de Guadalajara était l'orgueil des ministres. Le roi vint la visiter au mois de mars 1791 ; il y trouva 300 métiers pour draps fins, 350 métiers à serge et 2.400 ouvriers ; 15.000 fileurs ou fileuses travaillaient pour le compte de la manufacture dans les provinces de Tolède, Cuenca, Ciudad-Real, Soriaet Ségovie (7). Mais les employés supérieurs coûtaient chaque année
(1) Breton, Céramique, p. i8-26.
(2) Townsend, Voyage en Espagne, I, p. 199.
(3) Du Rozoir, Description de l Espagne^ p. 314.
(4) Ganga Arguelles, Die. de hac, v® Fabricas reaies.
(5) Id. ibid.
(6) Larruga, Memorias.i. XII, p. 254.
(7)Id. ibid., t. XVI, p. 108 et 87.
l'industrie 75
350.000 réaux au roi (1). Le directeur Vallejo avait dépensé des sommes énormes en constructions, la comptabilité était mal tenue, la laine payée trop cher, le drap fabriqué mal vendu (2). Par mauvaise administration, la fabrique avait des chômages, et ne rendait pas ce qu'elle aurait dû donner. On constatait en 1784 un déficit de 738 pièces de drap et de 8.000 pièces de serge. Le produit atteignait à peine la moitié du chiffre prévu (3). La manufacture coûtait au Trésor, en 1798, S.805.748 réaux (4).
3<» Encouragements à rindustrie nationale, — Bien avant de songer à créer lui-même des manufactures, le roi avait essayé par toutes sortes de moyens de ranimer l'esprit d'industrie chez ses sujets. Dès 1713, Philippe V offrait les droits de naturalité aux étrangers établis comme marchands en Espagne (5). En 1718, Albéroni les exemptait des impôts de consommation (6). Riperdâ promettait son appui à quiconque établirait en Espagne des fabriques de fil, de toiles et de papier (7). La Ensenada favorisait l'immigration des ouvriers irlandais (8). Le nombre des ouvriers français établis en Espagne au milieu du dix-huitième siècle était assez considérable pour attirer Tattention de notre con* sul général à Madrid (9).
Le gouvernement espagnol protégeait les ouvriers étrangers contre la malveillance des nationaux (10), et allait parfois jusqu'à leur concéder de véritables monopoles. Un tanneur étranger fut installé à Séville dans Tancien couvent des
(1) Larruga, Memorias, t. XVI, p. 90.
(2) Id. ibid., t XVr. p. 104.
(3) Id. ibid., t. XVI, p. 88.
(4) Canga Arguelles, Die. de Aac, v« Fabricas reaies,
(5) Arch. Nat. de France. Fonds provenant des archives de la marine, B% 450.
(6) Coxe, L'Espagne sous les Bourbons, t. lil, p. 557.
(7) Id. ibid.
(8) Ant. Rodriguez Villa, D. Cenon de Somodevilla, marques de la Ensenada, p. 143.
(9) Arch. nat. de Paris. Cor. de M. Partyet, B"^ 368 —28 avril et 30 juin 1749.
— - — — — B7 369. — 4 août 1749.
- — — — — B7 373. — 12 sept. 1750.
(10) Id. ibid., — Anciens fonds des archives de la marine, W 442.
76 l'espagne de l'ancien régimb
Jésuites ; on lui donna? acres de bonne terre, libre de tout cens, le droit de choisir les meilleurs cuirs de Buenos-Ayres, le droit de couper des arbres à tan dans les forôts royales, et même dans les propriétés particulières, et il obtint encore le monopole de la fourniture des bottes et des baudriers pour la cavalerie (1).
Deux négociants français, Louis et Henri Suleau, natifs de Lyon, avaient fondé à Madrid une fabrique de soieries et une école de dessin, peinture et broderie. Le roi leur accorda toutes les faveurs dont jouissaient les fabricants espagnols et les autorisa à mettre Técussonde ses armes sur leur maison (2).
Le roi finit même par permettre aux étrangers non catholiques de s'établir en Espagne, et les garantit contre les recherches de l'Inquisition^ à la seule condition de respecter les coutumes publiques (3).
Les Espagnols laborieux eurent pari, eux aussi, à la bienveillance royale. Rouvrir les anciennes manufactures, en créer de nouvelles était le premier devoir des corrégidors et des magistrats locaux (4). Le roi prodigua les faveurs et les privilèges à tous ceux qui consentirent à s'adonner h l'industrie. Les fabricants et leurs employés furent dispensés en partie des impôts de consommation (5). Les fabricants de Tolède, Séville, Grenade, Saragosse et La Zarza furent exemptés des charges municipales, du recrutement, de la milice et du logement des gens de guerre (6). Le privilège particulier accordé à ces villes s'étendit, plus tard, à certaines industries (7). Les fabricants de salpêtre reçurent le droit de porter des armes ; ils ne pouvaient être saisis ; leurs causes criminelles étaient dévolues à un juge spécial (8). Jusqu'en
(1) Townsendf Voyage en Espagne, II, p. 294.
(8) Gallardo, Rentas de la Corona, II, p. 400, 15 juillet 1789.
(3) Nov. Bec, VIII, xxiii, 7, note 4.
Archiva histôrico nacional de Madrid, Inquisicion de Toledo,\eg, 15,2.
(4) Nov, Rec, VIII, xxiv, 3, 4 déc. 1705.
(5) Gallardo, op. cit., II, p. 386, 30 mars 1753.
(6) Id. ibid.
(7) Nov. Rec, VIll, xxv, 11, 8 mai 1781.
(8) Nov. Rec, VI, ix, 11, 19 août 1766 ; - 12, 16 janvier 1791 ; - 13, 15 oct
L*INDUSTRlfe 71
1804 les négociants aveugles furent soumis à la juridiction ecclésiastique (1). La grande industrie fut permise aux nobles (2), et quelques-uns profitèrent de la permission (3).
Le roi alla jusqu'à accorder des primes à la construction et à l'armement des navires, et à l'exportation de denrées espagnoles sous pavillon national (4).
Le plus souvent il se contenta d'accorder de nombreuses remises d'impôts.
Un droit très onéreux, la bolla^ paralysait les industries textiles en Catalogne. Toutes les fois qu'un tisserand commençait une pièce d'étoffe, le bollero venait la marquer d'un sceau de plomb; quand la pièce était finie, le bollero y apposait un second sceau, et chaque fois qu'il en était vendu une palme, le bollero plaquait son sceau de cire sur l'étoffe et percevait un quinzième du prix de vente (5). En 1770, Florida Blanca abolit la bolla^ et la remplaça par un droit de douane sur les denrées et marchandises étrangères (6).
Suivant le conseil de Campomanes, le roi accorda l'entrée en franchise aux matières premières venues de l'élranger (7). Il exenvpla de tous droits les lins et les chanvres bruts, les métiers et outils pour la filature et le tissage (8), le fleuret non filé, destiné aux manufactures d'Espagne (9), les chiffons, les cuirs verts (10), le soufre et le salpêtre nécessaires à la fabrication de l'eau-forte (11), l'ivoire, l'écaillé, la pierre ponce, le tripoli et l'émeri employés par les ébé-
{1; GaUardo, op. cit., H, p. 62.
(2) hov, Rec, VIII, xiiv, 1, 13 déc. 1682.
(3) Sous Charles lll, le comte de Guevara avait des manufactures de soie au Puerto de Santa-Maria ; D. Antonio Tome, une fabrique de cuirs ouvrés à Melgar de Fermentai. — Ferrer del Rio, Eist» de Carlos III^, t. III, p. 23Û.
f4) Nov Rect IX, viii, 7, 13 avril 1790. Diario de Barcelona, 11 mai 1802.
(5) Ferrer del Rio, Hist, de Carlos HIo, t. IV, p. 137.
(6) Pi y Ârimon, Barcelona antigua y moderna, t. Il, p. 338.
(1) Campomanes, Fomenio, p. 20. — Toutes ces mesures sont inspirées des législations douanières de la France et de TAngieterre.
(8) Noi>, Rec, VlIKxxv, 3, 12 fév., 6 avril 1775.
(9) îd., VIII, XXV, 12, 18 avril 1789.
(103 Id.. VUI, XXV, 9, 26 oct. nSO.
^1} M,, VIII, XXV, 14, 7 oct. 1784.
78 l'ëSPAGNË de L^ANGIEN RÉGUllS
■^ nistes (1), les drogues dont se servaient les teinturiers (2),
^. les machines, instruments, effets et outils indispensables au
p perfectionnement de l'industrie (3).
I Certaines matières premières, de provenance espagnole,
^. obtinrent le libre transit à rinlérieur du pays. Les fers des
f s: montagnes de Burgos entrèrent en franchise en Castille et
h'- en Aragon (4), les fers de Léon et de Castille furent trans-
it portés en franchise de port à port, sous pavillon espa-
;; gnol (5). Le lin et le chanvre récoltés en Castille circu-
i lèrent librement dans toutes les provinces de la couronne
f: de Castille (6). En 1790, la Galice obtint le droit d'exporter
1 son lin et son chanvre lians les Âsturies, sans payer
h- de droits de transit (7). Les droits de circulation perçus
^ sur la soie furent modérés (8), puis enfin abolis en
I. Si Ton facilite le commerce des matières premières de pro-
'■ venance espagnole, on en défend, par contre, Texportation. Il
y" faut qu'elles demeurent dans le pays pour servir à sa consom-
mation ou pour être transformées parTinduslrie nationale{10). K II est défendu d'exporter le bétail el les chevaux (14), l'huile,
\:. le bois (12), les chiffons (13), la garance (14), le sparte (15), les
peaux de lièvre et de lapin (16). L'exportation des laines et des soies est rendue très difficile : les fabricants espagnols ont le droit de racheter les laines et les soies déjà vendues
(1) Nov. Rec , VIII, XXV. 15, 25 juin 1787.
(2) Gallardo, Renias de la Corona, t. II, p. 403, 22 mars 1191.
(3) Id., op. cit , t. II, p. 405, 27 mars 1792, et p. 40i, 30 janvier 1794. - Cf. Nov, Rec, VIII, XXV, 18, 9 déc. 1789.
(4) Gallardo, op. cit,, t. II, p. 411.
(5) Id. ibid., t. Il, p. 412, 14 avril 1802.
(6) Nov, Rec, Vllf, xxv, 6, 17 mars 1785.
(7) Gallardo, op. cit., t. 11, p. 418.
(8) Id. ibid., t. II, p. 397.
(9) Id. ibid.. t. Il, p. 423, 18 février 1803, et p. 414, 14 sept. 1803.
(10) Campomanes, Fomenlo, p. 91.
(11) Jovellanos, Informe, n» 270.
(12) Nov Rec, lX,xvi,13, 18 août 1724.
(13) Id. ibid., 14, 14 mai 1756.
(14) Id. ibid.. 15, 25 nov 1768, et 16, 11 nov. 178B. ^
(15) Id. ibid., 17, 17 juin 1783.
(16) Ind. Guip.y sec. Il, neg. 21, leg. 61, 1750.
L^NDUStRIE 19
au marchand étranger (1). Le commerce des laines grossières et ordinaires est interdit en 1699 (2). Les droits sur les laines fines et mi-fines sont augmentés en i 783 (3). En 1789, l'exportation est limitée aux seules laines fines ; elle ne peut se faire que par certains ports et dans certains marchés. La laine ne peut circuler sans « laissez-passer » dans une zone de quatre lieues autour des frontières et des rivières navigables (4). L'exportation de la soie, interdite en 1699 (5), est autorisée en 1760, mais seulement pendant six mois chaque année (6) ; les ballots devront être ouverts à la douane, la soie sera pesée et les ballots seront refermés et scellés par les agents du roi. La soie paie en 1801 un droit de sortie de 9 réaux par livre pour rentes générales, 8 maravédis pour droits d'amirauté, et 6 réaux pour la caisse de consolidation des vales (7).
Toutes ces mesures étaient assez sages et n'avaient guère d'autre défaut que de n'être niassez générales, ni assez stables.
Les produits manufacturés bénéficiaient, comme les matières premières, d'un grand nombre de remises d'impôt. En 1756, Ferdinand VI affranchit des alcabalas et cietitos dans les premières ventes en fabrique [al pie de fabrica) une trentaine d'articles de grand luxe ou de première nécessité (8). Ce privilège reçut encore de nouvelles extensions en 1778 (9) et en 1781 (10), et bientôt aucune usine ne se fonda
(1) Canga Arguelles, Dic. de kac, vo Tanteo.
(2) Nov. HeclX, XVI, 6 et 7, 1751, 1752, 1767.
(3) Nov, Rec, IX, xvi, 8, 18 juillet 1783.
(4) Id. ibid., 9, 22 avril 1789.
(5) Id. ibId., 2, 23 juia 1699.
(6) Id. ibid., 4, 13 mai 1760, et 5, 13 février 1772.
(7) Real Orden du 13 janvier 1801.
(8) Tissus de soie, or et argent, soieries larges, mouchoirs et bas de soie, di*ap3, sempiternes, écarlates, escots, serges, camelots, droguets, bouracans et molletons, chapeaux de castor, demi-castor, vigogne et lapin, faïencerie fine genre Alcora, Séville, Talavera ou Ségovie, verres fins, tissus larges de lin et de coton, peints ou estampés, maroquins, cuirs à la façon de Pozuelo de Aravaca, papiers, cardes, ciseaux à tondre le drap, métiers à bas, et, en général, toutes machines destinées à faire progresser l'industrie. Nov. Rec, Vill, XXV, 1, 18 juin 1736.
(9) Id. ibid., 4,10 mai 177T.
(10} Id. ibid., 10, 16 juin 1786, et 11, 15 février 1781.
sans obtenir l'exemption des alcabalas sur les premières ventes (1).
4o Prohibition des marchandises étrangères. — Les mesures favorables au développement de l'industrie nationale furent complétées par une série de lois prohibitives, destinées à arrêter la concurrence étrangère.
On frappa d'une interdiction absolue les toiles, les colonnades et les soieries de la Chine (2), les indiennes et toiles imprimées (3), les mousselines (4), les bonnets, les gants, les chaussettes et tous les objets de bonneterie en lin/ chanvre, laine ou coton (5), les mitaines, les boutons de chemise et de gilet, les galons de fil ou coton, les poignets brodés pour chemises, les galons de fil et soie, les rubans de fil, les dentelles^ les chenilles, les bourses, les résilles, les dessus do lit en filet, et les bas tricotés (6).
On défendit les boucles de souliers avec imitation de pierreries en acier (7), on prohiba les poupées avec corps en peau et têtes et mains de bois (8) ; il fut interdit d'introduire en Espagne des livres reliés (9).
Gomme les manufactures nationales ne savaient guère fabriquer d'objets élégants, le roi prêcha la simplicité à ses sujets ; il défendit de border de galons d'or les carrosses, voitures, étuves (40), litières, berlines et calèches, d'y figurer en peinture des personnages, des marines, des bocages, des fleurs, des mascarons, des entrelacs, des armoiries ; il permit seulement les faux marbres et les faux jaspes d'une seule couleur et quelques sculptures simples (H). Charles III
(1) Gallardo (Renias de la Corona, t. Il) ea cite de très nombreux exemples.
(2) Nov. Rec, IX, xii, 17, 1718.
(3) Id. ibid., 18, 1728, et 19, 1768.
(4) Id. ibid., 20, 1770, et 23, 1793.
(5) Id. ibid., 30, 1778.
(6)Id. ibid., 31, 21 déc. 1779 et 24 juin 1783. (7)lb. ibid., 34, 8 fév. 1792.
(8) Id., Supplément, IX, m, 24, 28 sept. 1803.
(9) Id., IX, XII, 28, 1778.
(10) Carrosses bien fermés pour voyager l'hiver : Séjournant, Die.
(11) Museo de anliguedades : Pragmatique du 5 nov. 1123.
L*INDUSTRIE 8l
défendit de porter des vêtements brodés fabriqués à l'étranger (4). Mais dans le même temps que le roi condamnait le luxe, il prohibait la bijouterie en faux (2), fixait le titre des bijoux d'or et d'argent (3) et ne consentait qu'en 1790 à se relâcher un peu de sa sévérité (4)
Le principal effet de ces prohibitions fut de gêner le commerce régulier et de favoriser la contrebande. Les bonnes intentions du roi échouèrent devant Thabitude invétérée de la fraude et le peu d'initiative des fabricants espagnols (5).