L INDUSTRIE
Servie par son climat, favorisée par la fertilité de son sol et retendue de ses colonies, TEspagne avait, malgré sa nonchalance, gardé une grande richesse agricole, mais la richesse industrielle lui avait échappé, parce qu^elle vit de I travail acharné, de science inventive et de vigilance toujours
I en éveil, toutes choses très opposées à la gravedad espahola.
Le travail, et surtout le travail mécanique, était considéré par les ecclésiastiques comme un châtiment du ciel, et par la plupart des laïques comme un déshonneur (1). Les 1^ métiers de tailleur, de mégissier, de charpentier, de tailleur
I de pierres, de maréchal -ferrant, de tondeur, de barbier, d'é-
^ picier, de revendeur et de savetier furent tenus ofriciellement
^ pour vils et abjects jusqu'en 1783 (2). Le roi les déclara alors
^ licites et honnêtes, mais lauteur d'un pamphlet intitulé
Febrero reformado prétendit que la loi nouvelle était atteni: latoire à la dignité des Ordres militaires et de la noblesse
r espagnole, et le 4 septembre 1803, le roi crut devoir déclarer
qu'il n'entendait p3.s égaler les métiers mécaniques aux prer mières charges de l'Etat. Il avait seulement voulu dire que
(1) En AragoQ, le père noble doit une pension alimentaire à son fils, qui ne saurait travailler sans déroger. Cuando no le fuere decoroso el trabajar.
^ D'iQste y amenez, Diccionario del derec ho civil avagonés, v<> Afimentos,
(2) Novisima RecopilacioUy Vlll, xxiii, 8. — Le dépeçage des viandes et du poisson était tenu pour un office bas. Un dépeceur de Valence, s'étant porté adjudicataire du quint du roi sur le poisson, prétendit s'asseoir à la poissonnerie sous le dais aux armes royales ; les Jurats lui intentèrent un procès, qui alla jusque devant le Conseil de Cas tille. Une cédule royale du 13 nov. 1169, sans donner précisément gain de cause au dépeceur, ordonna de ne rien changer aux usages établis — Cruilles, Losgremios de Fa/encûz, p. 163.
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ces métiers étant nécessaires n'avaient par eux-mêmes rien d'avilissant.
Larruga trouve absurde que Tétat de drapier soit tenu pour noble, et Tétat de tailleur pour abject ; mais il lui paraît que le boucher et le crieur public exercent des offices réellement aussi vils que celui de bourreau (1).
D'après un pamphlet catalan du commencement du XIX' siècle, Findustrie ne peut exister que dans les états très peuplés où la terre ne suffit pas à nourrir tout le monde. Les industriels sont « d'insignes malfaiteurs, qui attirent « les laboureurs à la ville et font renchérir les denrées. Le « gouvernement devrait empêcher la croissance démesurée « des villes et combattre Tesprit mercantile qui est tout ce « qu'il y a de plus mauvais et de plus opposé au patriote tisme (2) ». En face de ces préjugés sauvages, on comprend le cri de colère de Gampomanes : « Le véritable c étranger, c'est Toisif (3). »