‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 12 sur 90 · I: Une pièce de drap de Ségovie de 35 varas de longueur · texte numérisé non relu

I: Une pièce de drap de Ségovie de 35 varas de longueur

ft revenait au fabricant à 1818 réaux 23 maravédis ; on la

p vendait 57 réaux la vara, avec bénéfice de 176 réaux 11°*'

f;'. sur la pièce (6).

K Les draps communs servaient à l'habillement des gens du

|> peuple, on ne prenait pas toujours la peine de les teindre ;

il y en avait de gris et de bruns. Les lainages ordinaires comportaient un grand nombre de variétés : le camelot et le bouracan étaient de solides étoffes, qui jouaient le drap. La ratine drapée [bayeta apanadà) avait longtemps servi à faire des soutanes, mais les draps légers de France et de Hollande l'avaient remplacée (7). La serge, lasempiter&e ou perpétuane habillaient les pauvres. L'étamine ou la ratine, ou revêche d'Angleterre [bayeta) étaient des étoffes solides et légères. Le molleton donnait des jupes chaudes aux paysannes. Les couvertures [mantas) n'étaient qu'une sorte de molleton très grossier.

L'Espagne fabriquait, en 1799, 3.543.655 varas de tissus

(1) Larruga, Memorias, t 3tXVI, p. 29.

(2) De Laborde, ojd. ciL, t. I* p. 367.

(3J Id. ibid., t. ÎIl, p. 85.

(4) Id; ibid.f loc, cit.

(5) Godoy^ Mémoires, t. Il* p. 348. Charles IH en avait eiiYoyé 20 pièces 6q cadeau au Grand Seigneur.

(6) Larruga« Metnorias, U XVI, p. 142;

(6) Id. ibid., U Xllj p. 258.

(7) Idi ibid., t. XII, p. 194i

l'industrie 97

de laine, représentant une valeur de 228.360.468 réaux (1). Cette production était loin de suffire à la consommation, mats la routine des fabricants et la jalousie des autorités apportaient au développement de l'industrie d'insurmontables obstacles. Les gremios de Madrid concurrençaient les draps de Ségovie avec ceux de San Fernando et de Guadalajara, qu'ils donnaient à 8 0/0 meilleur marché, parce qu'ils avaient affermé Talcabala dans ces deux villes, et ne la payaient pas (2). Les lavoirs à laine étaient souvent mal installés, les ateliers de tissage humides et sombres, l'alun était cher et mal préparé ; la (onte du drap se faisait mal ; la plupart des fabricants manquaient de soin et d'invention, « et restaient aussi férus des antiques méthodes que l'avaient K été leurs pères et leurs grands-pères (3). »

Le coton était cultivé en Andalousie et donnait, année moyenne, une récolte de 7,260 arrobes (4). L'Espagne en importait des Indes, de France, d'Allemagne, de Hollande et d'Angleterre, et quoiqu'elle restât Iributaire de l'étranger pour les filés et les tissus de colon, elle fabriquait aussi des indiennes, des mousselines, des bombasins (5), des pannes, des rubans, des mouchoirs, des bas et des bonnets. Il y avait des manufactures de cotonnades à La Corogne (6), Avila (7) et Jerez, à Tlle de Léon (8), au Puerto de Santa Maria (9), à San Lucar de lîarrameda(lO). L'industrie catalane commençait à prendre un énorme développement. En 1746, on ne fabriquait pas à Barcelone une vara de tissus de coton. D. Juan Pablo Canals, dans un voyage à Marseille, acheta Toutillage d'un fabricant tombé en faillite (H), et en 1767

(1) Cang. Arg. Die. de hac, v» Pafïos et lanas.

(2) Larruga, ^emùvias, L XII, p. 191.

(3) Id. ibid., t. Xll,p. 226.

(4) Cang. Arg. Dic.de hac, y^ Alqodon.

(5) Futaines sans envers.

(6) Du Uozoir, Description de l'Espagne, p. 137. [1; De Laborde, Itinéraire, t. I, p. 383.

|g) Ld. ibid., t. Il, p. 13i.

^U) Id. ibid., t. 11. p. 82.

^1(1) Id. ibid., t. IV, p. 328.

(il) Uasso, Espana. con industria fuerte y rica^ p. 75.

L'ESPAONE. — T III.

Barcelone comptait déjà 20 fabriques d'indiennes (l). Dès 1792 l'industrie cotoniiière occupait en Catalogne 80.000 ouvriers et l'exportation des indiennes catalanes en Araé rique atteignail 200 millions de réaux (2). Industrie nou velle, le tissage du coton n'était pas soumis aux règlements corporatifs ; le travail se faisait dans de grandes usines, pourvues de machines anglaises (3), même de machines à vapeur, et comptant jusqu'à 800 ouvriers (4). C'était la grande industrie qui s'annonçait.

Tout au rebours du coton, le lin et le chanvre se prêtaient à l'industrie domestique {casera). Campomanes voit dans le fuseau et le rouet l'occupation naturelle de la paysanne (5). Il y avait par les provinces d'Espagne une foule de petits ateliers disséminés ; celle de Yalladolid en comptait 550 (6), celle de Zamora 300 (7). Les quatre provinces qui travaillaient le plus le lin et le chanvre étaient la Catalogne, l'Aragon, la Galice et Valence, qui produisait à elle seule autant que les trois autres (8). Castellon de la Plana, Le Ferrol et La Corogne tissaient des toiles à voiles, moins estimées que celles de France ou d'Angleterre (9). Les cordages et agrès pour la marine se fabriquaient en Guipuzcoa, en Biscaye, à Santander et en Galice. Les corderies absorbaient 3i.407 arrobes de chanvre (10). La Corogne fournissait le linge de table en usage dans les maisons royales (11). L'Aragon, les Asturies, Grenade, Jaen, Ségovie, Séville et Zamora donnaient des toiles fines (12), auxquelles les éléganls préféraient les toiles de Hollande. La valeur totale des tissus de chanvre et de lin, des rubans et dentelles de fil et des

{l)Pi y Arimon, Barcelona antigua y moderna^ t. Il, p. 96. (2)Gasso, op. cil.^ p. 37.

(3) Townsend, Voyage en Espagne, t. 1, p. 60.

(4) Gasso, op. ci/., p. 75-

(5) Campomanes, Fomenlo, p. xxiv.

(6) Larruga, Memorias, t. XXVI, p. 41.

(7) Fernandez Dure, Mem hisl. de Zamora, t. HT, p. 177. (8)Cang. Arg. Die. de /lac, v» Lino y caUamo.

(9) De Lnborde, Itinéraire, t. IL p. 22:..

(10) Gang. Arg. Die. de hae.,\'* Jarcia, r

(11) De Laborde, loc. cil.

(12) Gang. Arg. Die, de hoc., y Lienzos de tino.

l'industrie 99

articles de bonneterie montait en 1799 à 192.768.483 réaux. Le grand art de la soie avait été, dès le temps des Mores, une des richesses de TEspagne. Au début du xviii* siècle, il n'était plus qu'un souvenir. Tolède, qui avait encore 685 métiers en 1695, n'en avait plus que 100 en 1708 (1). Les droits ; royaux sur la soie, qui avaient rapporté à Séville jusqu'à } 800.000 réaux, n'en donnaient plus que 16.000 en 1721 (2). « Valence était réduite à 800 métiers en 1718 (3). ^

Le gouvernement lit les plus grands efforts pour restaurer cette industrie.

L'Espagne finit par récolter environ 1.600.000 livres de soie grège (4), dont les étrangers, surtout les Français, venaient acheter plus de la moitié sur ses marchés (5). Le ^

reste était travaillé dans un assez ^rand nombre de villes (6), et surtout dans cinq grands centres : Tolède, Talavera, Séville, Murcie et Valence.

Tolède lutta héroïquement contre la mauvaise fortune pendant tout le xviiie siècle. Réduite à 100 métiers en 1708, elle en avait 300 en 1712 et 70 seulement en 1715. A force de privilèges et de faveurs elle était remontée en 1738 à 543 métiers, mais 264 seulement travaillaient, pendant que chômaient les 279 autres. En 17S2, elle possédait 610 métiers. En 1793,1e chiffre était retombé à 193, et Tolède ne fabriquait plus guère que des soieries de rebut, dont le roi autorisait l'exportation en Amérique. Tolède était victime de sa situation géographique. Elle devait faire venir à grands frais la soie que Séville et Valence trouvaient à leurs portes ; Larruga en conclut très sagement que Tolède aurait dû renoncer à la soie et se tourner vers la draperie, mais un sedista aurait cru déroger en se faisant drapier (7).

(1) Larruga, Memorias, t. VII, p. 2i2.

i2) Townsend, Voyages en Espagne, t. II, 292.

(3) Id. ibid., t. III, p 267.

(i) Gang, Arg. Die. de hac, v« Seda.

(S) BourgoJng, Nouveau voyage en Espagne, t. III, p. 75. — Townsend, op. rîLj t m, p. 276.

[il; Alonforle en Galice, Santiago dans la Manche, Grenade, Jaen, Cordouo, San l-ucar, Cadiz, Malaga, Saragosse, Barcelooe.

^7) Lâprugii, MemoriaSj t. VII, p. 242.

100 i/eSPAGNB de L^ANCIBN RÉGIME

Murcie récoltait beaucoup de soie et en travaillait une partie. Ses rubans étaient mal teints et mal lustrés, ses velours et taffetas de qualité supérieure, mais elle avait 1.200 métiers à rubans et une usine pour le moulinage dirigée par la compagnie des Gremios mayores de Madrid (1).

Séville pouvait montrer en 1779 jusqu'à 2.318 métiers en activité et fabriquait des bas, des soieries légères, des gazes et des rubans (2).

Valence était la véritable métropole de la soie. La province comptait à la fin du xviii® siècle 3.300 métiers à étoffes et 1.700 petits métiers à bas, mouchoirs, filets, rubans et galons, qui employaient chaque année plus de 600.000 livres de soie (3). Les soieries de Valence ne pouvaient être comparées aux soieries françaises pour la finesse du grain, ni pour Téclat des couleurs, ni pour le goût du dessin, mais on les vendait à 30 0/0 meilleur marché (4).

Les soieries manufacturées en Espagne alteignent en 1799 une valeur de 34.193.910 réaux, représentant environ le tiers de la. valeur de la soie brute récoltée dans le royaume (5).

L'orfèvrerie avait été, comme la soie, une des gloires de rindustrie espagnole, mais e!le était tombée dans une décadence plus profonde encore. En 1613, Valladolid comptait encore 40 maîtres ciseleurs sur or et argent, et à la fin du xviii* siècle c'est à peine si la corporation des argentiers pouvait se soutenir (6). A la même époque, l'Espagne ne renfermait plus que 4.012 plateros (7), et l'exportation d'orfèvrerie espagnole aux Indes ne montait plus qu'à 3.939 onces (8). Valladolid, Madrid, Cordoue, Séville, Valence et Barcelone étaient les principaux centres de fabrication.

{{) De Lahorde, Itinéraire, t. II, p. 225.

(2) Id. ibid., t. Il, p. ni'K

(3) Cavanilles dit même 1 million de livres.

(4) Townsend, Voyage en Espagne, t. III, p. 267 et 276.

(:») Gang. Arg. Die. de hac.,\o Seda. 1.600.00011 à 68 rs la livre donnent 108.800.000 rs.

(6) Sangrador, Hisl. de Valladolid, t. I, p. 620. {1} Gang. Arg. Die. de fiac, v*» Plateros, (8) Id. ibid., V /'/a/a labrada.

l'industrie 101

La bijouterie était,en général, d'aspect assezlourd^maisd'une grande richesse. Les voyageurs parlent de parures et de nœuds de diamants, de pendants d'oreilles, de montreset de tabatières, ornées de pierres fines, offertes en présent par les rois et les princes. Les bagues sont parfois d'un travail très gracieux ; l'or et l'argent s'y trouvent combinés pour mettre en valeur, de la meilleure façon, les pierres, ou même de minuscules éclats de diamant, sertis dans le métal avec une merveilleuse adresse. Les princes espagnols, captifs à Valençay, portaient des bijoux, boucles, bagues, épingles, poignées d'épées dont la beauté excitait les convoitises du prince et de la princesse de Talleyrand (1). Godoy possédait une immense collection de reliquaires, de chapelets, de croix, de bénitiers, de statuettes de piété, d'armes de parade et d'objets de toilette, dont l'inventaire peut donner une idée du luxe et du goût d'un grand seigneur espagnol de 1808 (2).

Les chapeaux se fabriquaient surtout à La Corogne, Valladolid, Zamora, Cordoue, Séville, San Lucar, Valence et Barcelone. La Corogne avait trots usines, dont une pour chapeaux fins, qui produisait chaque année 22.000 chapeaux (3).Les manufactures de Valladolid étaient eu décadence et ne fournissaient plus en 1791 que S. 518 chapeaux (4). Celles de Séville étaient les plus importantes d'Espagne (5). Les chapeaux fins se faisaient en poil de lapin et de lièvre, môles de laine de vigogne ; les qualités plus ordinaires, en poil de lapin et de chameau, avec mélange de laine de mérinos ; les sortes tout h fait communes, en laine du pays (6). Dans Tannée de plus grande fabrication^ T Espagne produisit

(1) D. Juan Ferez de Guzman, Fernando VII en Valençay, [La Epoca,) KsrWaoût 1901.

(2) Arch, hist. nac. de Madrid. — Consejo de Caslilla, 1808, VJI, 1. — (Invenlario, — 32 pp. in-fo.)

On peut citer comme exemple de caprice le jeu de cartes d'argent conservé au musée archéologique de Madrid. M. Florencio Janer croit ifull a été exécuté en Amérique et offert au roi pour son Cabinet d'histoire naturelle. Museo de antiguedades.

(3) De Laborde, Itinéraire^ t. II, p. 226.

(4) Larruga, Memonas, t. XX VI, p. 103.

(5) Campomanes» ilpenc/ice, t. III, p. 91.

(6) Larruga, Memorias, loc. ciL

744.000 chapeaux qui, au prix moyen de 33 réaux, représentaient une somme de 24.S52.000 réaux (1).

L'industrie des cuirs avait élé poussée très loin par les Arabes ; bon nombre de leurs secrets s'étaient perdus ; cependant les tanneries et corroieries d'Espagne avaient conservé une grande réputation et travaillaient les gros cuirs, les cordouans, les maroquins, les cuirs de vache et de veau, les basanes, les sonats, les chevreaux et les chamois (2). Saragosse, Calatayud et Iluesca préparaient chaque année 25.000 peaux, Brea 40.000 (3). En 1793, les 65 tanneries de la province de Valladolid donnaient 170.555 peaux (4). Les Vascongades, l'Andalousie, la Catalogne avaient aussi de nombreuses fabriques. La Catalogne exportait à elle seule dans le reste de l'Espagne et aux Indes 700.000 paires de souliers (5). En 1799, plus de 40.000 peaux étaient employées à la fabrication du parchemin (6). Léon avait des manufactures de gants de peau (7) ; Duenas des fabriques d'outrés (8). Les excellents produits de Tusine de Melgar de Fermentai, fondée en 1771 par D. Antonio Tome, méritèrent l'approbation du roi (9). Les 2.500.000 pièces de cuir préparées chaque année en Espagne représentaient une valeur de 45.496.523 réaux (10).

6. Industries de la construction et du mobilier, La brique crue servait à faire les murs de clôture [tapias) et même bien des maisons rustiques \ cuite, elle entrait dans la construction de presque toutes les maisons urbaines. La tuile courbe couvrait les toits. L'Espagne possédait d'innombrables briqueteries et tuileries. La seule province de Valla-

(1) Gang. Arg. Die, de hac.yV^ Sombreros, 241.704 chapeaux étaient exportés aux Indes.

(2) Larruga, Memorias, t. XXVÏ, p. 91.

(3) Do Laborde, Itinéraire, X, I, p. 475.

(4) Larruga, loc, cil.

(5) De Laborde, op, cit., t. IV, p. 329.

(6) Gang. Arg. Die, de liae., \o Pergaminos.

(7) Du Rozoir, Description de VEspagne, p. 261.

(8) Id. ibid., p. 248.

(9) Ferrer dei Rio, lUst. de Carlos III; t. IH, p. 230. — De Laborde. Ilinéraire, 1. 1, p. 384.

(10) Gang. Arg. Die, de fiaCj v* Suela curlida.

l'industrie 103

dolid^ avec ses 60 fabriques, moulait chaque année un million de tuiles ou de briques (1).

La poterie commune donnait des produits grossiers, parmi lesquels on ne peut guère ciler que les carafes en terre appelées alcarazas^ dont la forme élégante et la belle couleur rouge rappellent les poteries antiques. Chinchilla fabriquait des creusets pour fondre l'or et l'argent (2).

L'Espagne avait d'excellentes terres à faïence et les Mores avaient porté l'industrie faïencière à un haut degré de perfeclion. Leurs carreaux de terre émaillée, leurs majoliques sont universellement admirés (3). Là encore il y avait décadence, et décadence profonde; cependant Valence et Manises fabriquaient encore des azulejos, dont on continuait à revêtir les murailles des maisons et les marches d'escalier (4). Le secret de lamajolique se conservait à Manises (5). En 1763, le comte d'Aranda fonda à Alcora une manufacture de faïence et de porcelaine (6) ; il fit venir de Moustiers le faïencier Oléry, et Alcora fabriqua du Moustiers (7). Townsend vante la beauté do ses carrelages, qu'il préfère à ceux de Hollande (8). Zamora (9), Burgos (10), Valîadolid (11), rivalisaient avec Alcora : Séville imitait Savone, et Talavera de laReina donnait aussi des produits intéressants (12). L'Espagne fabriquait S4. 566. 549 pièces de faïence fine ou commune, valant 20.722.968 réaux (13).

La porcelaine se fabriquait à Sargadelos en Galice et à Alcora ; mais la pâte était grise et le décor assez grossier.

(1) Larruga, Memorias^ t. XXVI, p. 93,

(2) Du Rozoir, Descinption de V Espagne, p. 175.

(3) Ch. Davillier, Histoire des faïences hispano-moresques ^ 1861.

(4) Bourgoing, Nouveau voyage en Espagne, t. III, p. 96. — Schubart, Lettres d^un diplomate danois, p. 44.

(5) De Laborde, Itinéraire, t. IV, p. 331. —Th. Deck, La Fa'ience, p. 34.

(6) Gailardo, Rentas de la Corona, t. II, p. 254.

(I) Deck, op. cil,, p. 161.

(8) Townsend, Voyage en Espagne, t. III, p. 268.

(9) Femandez Duro. Mem. hist. de Zamora, t. III, p. 178.

(10) Larruga, Memonas, t. XXVI, p. 233.

(II) Id, ibid., l. XXVI. p. 93.

(12) Deck, La Faïence, p. 161.

(13) Gang. Arg. Die. de hac», \' Loza,

IM L*ESPAGNE DE l'aNCIEN RÉGIME

La verrerie ne donnait que des produits très communs : Pajarejo et Racuenco fabriquaient du verre blanc (1) ; Alfamen, PenalvaetJaulin, des verres foncés; Ulrillas, des verres fins ou demi-fins (2). Palma, Mataro, Barcelone avaient un peu plus de réputation (3). L'archevêque de Tolède Lorenzana avait pensé à reconstituer la fabrique de vitraux qui avait existé autrefois près de la métropole (4), mais ce projet original n'avait pas reçu d'exécution.

Le mobilier d'une maison espagnole n'était en général ni bien riche ni bien compliqué, les menuisiers et chaisiers suffisaient aux besoins courants et exportaient même en Amérique. On considérait comme une bonne année celle où Ton expédiait 35.000 pièces de mobilier aux Indes (5).

Les plus beaux meubles des palais royaux étaient de vieux style espagnol ou provenaient de l'étranger, comme la merveilleuse chaise à porteurs de Philippe V conservée au musée archéologique (6). On peut citer cependant une fabrique de marqueterie à Palma (7) et la fabrique de meubles et de marqueterie de D. Luis Hennequin à Madrid (8).

L'Espagne avait quelques bons fabricants d'instruments de musique : D. Jorge Boscli construisit les orgues de la chapelle royale (9) et refit, en 1794, l'un des orgues de la cathédrale dcSéville, fort admiré des étrangers pour la suavité de ses sons et la douceur de son clavier (10). D. Tomas Risueîïo avait une importante fabrique d'orgues à Madrid (H ). Victorino Montells, organiste à Tarragone, construisit des orgues à cylindres, capables de jouer tous les airs qu'on lui indiquait, fussent-ils à plusieurs voix (12). Les bons pianos

(1) De Laborde, lUnéraire, 1 1, p. 367.

(2) Id. ibid., t. I. p. 475.

(3) Id. ibid., t. III, p. 464. DuRofoir, Description de l'Espagne^ p. 53-ÎJ4.

(4) Ponz, Viage de Espana^ I, p. 85.

(5) Gang. Arg. Die. de hac, v* Muebles,

(6) Museo de antiguedades, t. iX.

(7) T>\iB.ozoir, Description de VEspagne, p. 363.

(8) Godoy, Mémoires^ t. Il, p. 346.

;9) Gaceta de Madrid, 19 fév. 1719.

(10) Cean Bermudez, Die, sub verbo,

(11) Gaceta de Madrid, 24 oct. 1783.

(12) Id., 23 nov. 1785.

l'industrie 105

venaient de chez Cirilo Gros h Carthagl'ne (1), de chez Juan del Marmol, àSéville(2), ou de chez Francisco Flores, à Madrid (3). Fernando Llop (4) et TAllemand Louis Rolland (3) avaient dans la même ville des fabriques d'instruments de musique.

L'argenterie de table était un des grands luxes de l'Espagne. Les assiettes^ les plats, les coupes, les bassins, les plateaux, les aiguières ne Gguraient pas seulement sur les buffets des salles à manger princières, mais dans les salles de réception des palais et jusque dans le chœur des églises, les jours de fête. Tous ces objets étaient d'ordinaire travaillés au repoussé, dans un goût plus somptueux qu'élégant. Godoy vante son grand service d argenterie, œuvre de Torfévrc Martînez, «oîi étaient habilement représentées les plus belles a productions des deux règnes animal et végétal que TEs- « pagne et l'Amérique fournissent à nos tables (6) ». On conserve au Grand Trianon un surtout de table, offert par Charles IV à Napoléon, qui ne donne pas une idée très avantageuse du style espagnol d'alors.

C'était surtoutpourleséglisesque se faisaientlespiècesd'art. Figueroa avait exécutéen 1 700 la custode d'argent de la cathédrale de Saint-Jacques, les pilastres de la niche [camariii) du saint apôtre, et un groupe du Père Eternel et des Anges, dans les nuages, pour le maître-autel (7). Dominguez et Zurreïïo avaient exécuté pour l'horloge de la cathédrale de Tolède une copie des portes de la façade des lions (8). Martinez avait soumis en 1754 à l'Académie de Santa Barbara de Valence un bas-relief représentant l'ivresse de Noé (9). Cordero construisit l'horloge de la cathédrale de Séville (10). Mais on

(1) Oo6.oy, Mémoires^ t. II, p. 316.

(2) Gaceta de Madrid, 6 mai 1783.

(3) Gaceta de MadHd.Ti oct. 1784, 16 mai 1786, 2 mai 1787.

(4) Id. , 11 mars 1785.

(5) Godoy, Af<fm., t. II, p. 316.

(6) Id. ibid., t. II, p. 346.

(7) Bermudez., Die, y* Figueroa,

(8) Id. ibid., v* Dominguez.

(9) Id. ibid., v<» M ar liriez,

(10) Id.ibid., V Cordero. L'horlogerie ûi quelques progrès à la fin du siècle.

lî 106 L ESPAGNE DE l'aNCIEN RÉGIME

[y aurait vainement cherché en Espagne des ciseleurs compa-

¥ râbles à Gressent, à Caffieri, à Messonnier, à Goulhière et à

P^ Riesener.

I Les tapis des manufactures royales étaient pour les palais;

i les maisons bourgeoises ne connaissaient guère que le sparle,

|;: dont on revêtait chaque hiver le carrelage des appartements.

^ Avec le sparte on fabriquait des sandales, des paniers, des

^i nattes, des tapis, des toiles d'emballage (i). On exportait en

1^ année moyenne 49.068 arrobes de sparte brut et 187.459

if, arrobes de sparte ouvré (2).

^• Les murs des maisons étaient le plus souvent blanchis à

t la chaux ou recouverts de stuc. Vers la fin du xviii*^ siècle

ij apparut Tindustrie des papiers peints. Giroud de la Villetle

r- établit vers 1780 une manufacture à Madrid (3). Barcelone

^' en compta bientôt trois, et fabriquait pour les Indes (4). De

nombreuses usines fabriquaient du papier de chiffons, du

i papier de fil, du papier à cigarettes [papel de encigarrar). La

i.' Catalogne avait, en 1800, plus de 200 papeteries, Alcoy en

l avait 48 (S). La production totale en 1799 atteignait 300.000

rames de papier blancet 1 09.000 rames de papier de chiffons (6).

^, Les cartes à jouer étaient fabriquées par Tadministration.

1^ La fabrique de Macharabiaya en Andalousie travaillait pour

I l'exportation aux Indes (7). On y vendait très cher des caries

|i^ affreuses, et Townsend vit 4.000 caisses de 4.000 jeux chacune

'Ç restées en souffrance sans trouver d'acheteurs (8).

D. Manuel de Cirela, horloger du roi, publia en 1793 son Horlogerie universelle. En 17951e roi fonda l'Ecole d'horlogerie, et en donna la direction aux frères Philippe et Pierre Gharrost. — Godoy, Mémoires, t. H, p. 345. <1) De Laborde, Ilinérairey t. Il, p. 227 et t. IV, p. 341.

(2) Gang. Arg. Die, de hac, v* Esparlo,

(3) Godoy, Mémoires, t. Il, p. 345.

(4) De Laborde, op, cil., t. IV, p. 330.

(5) Id. ibid., loc, cil,

(6) Gang. Arg. Die. de hac.y v<» Papel blanco. Papel de estraza. Ges chiffres sont certainement au-dessous de la vérité, puisque le même auteur évalue à 253.243 rames la quantité de papier exportée aux Indes. Il ne resterait que 150.000 rames pour la consommation intérieure, ce qui semble bien peu. De Laborde {loc. cil.) évalue h 400.000 rames la quantité de papier fournie par la seule province de Gatalogne.

(7) Gang. Arg. Die. de hac.y v^ Naipes.

(8) Townsend, Voyage en Espagne, 111, p. 42

l'industhib 107

En résumé, l'industrie espagnole s'était notablement relevée au cours du xviii* siècle, sans arrivera suffire à la consommation nationale, ni à donner à ses produits le fini cl la variélé qui distinguaient les produits similaires venus de Télranger. Canga Arguelles évalue son rendemcnl général à 1 . 1 38.rH0.943 Féaux en 1799 (1) et à 1.152.660.707 réaux en 1803 (2). 7^ L'industrie aux Indes.

L'Espagne avait voulu faire de ses colonies un grand marc\i6 d'achat de matières premières et prétendait leur vendre tous les produits manufacturés dont elles avaient besoin. Elle leur interdisait toule industrie, mais celle prohibition n'avait pu se maintenir. Laissée à elle-mAme pendant de longues périodes de guerre, l'Amérique avail appris à mettre en œuvre ses propres richesses. Un tableau succinct de Tindns- Iric mexicaine suffira à montrer que le Nouveau-Monde s'éveillait à la vie active.

On recueillait le sel rouge des lagunes de TAnabuac [(equcsquile) pour l'amalgamation des minerais d'argent (3). On raflinail le carbonate de soude à Mexico (4). On fabriquait chaque année pour 2.196.000 réaux de savon (5).

Les eaux-de-vie de canne du Mexique étaient très recherchées (6).

Guadalajara etQueretaro possédaient des manufactures de draps (7), L'industrie de cette dernière ville donnait en 1803 un produit annuel de 2.400.000 réaux (8). On tissait le colon à Guadalajara, à Uuerelaro, à Lagos, dans l'intendance de Guanajualo (9)» Puebla fabriquait des cotonnades rayées, Mexico imprimait des toiles peintes, ïéhuanlépec teignail le coton en pourpre (10).

(1; Gang. Arg. Op, cil.^y^ Manufacturas.

(2; Id. ibid., v® Arles mecanicas,

(3) Sahagun, Uisloire générale des choses de la Souvelle Espagne^ p. 856.

(4) Humboldt, Essai sur la Nouvelle- Espagne ^ t. Il, p. 14'i.

(5) Id. ibid., III, p. 59.

(G) Id. ibid., IV, p. 69.

(7) Id. ibid.. II. p. 17.

(8) Id. ibid., IV, p. 8.

(9) Id. ibid., t. Il, p. 145.

(10} Id. ibid., IV, p. 7.

I ' Le Mexique ne travaillait ni le lin^ni le chanvre, mais une

^' chenille indigène lui donnait de la soie et il fabriquait quel-

f ques étoffes soie et colon (1).

^' Les plus petites villes du Mexique avaient des orfèvres ;

I l'Académie des Beaux-Arls, les Ecoles de dessin de Mexico

^ et de Jalapa avaient répandu le goût des belles formes. Le

I Mexique fabriquait des services d'argent de 600 à 800.000

|. réaux. De 1798 à 1802, la vaisselle plate fabriquée à Mexico

l^ employa 385 ma.rcs d'or et 26.303 marcs d'argent (2).

^ La valeur des cuirs corroyés atteignait en 1802 jusqu'à

f 8.380.000 réaux (3).

^^ Le Mexique travaillait les bois indigènes, fabriquait^ de la

f^ carrosserieet des meubles. Durango avait même une fabrique

f- de clavecins et de pianos. Les Indiens excellaient dans la

• bimbeloterie (4).

La valeur totale de la production industrielle du Mexique

V atteignait 32 millions de réaux par an (5). C'était assurément

Iv peu, si l'on compare les ressources naturelles du pays au parti qu'on en savait tirer. Tel quel, ce chiffre montre

i quels résultats on eût pu atteindre en pratiquant mieux la

^. maxime de Gandara : Claudere apertum^ aperire clansttmy

\ c'est-à-dire en donnant pleine liberté à l'industrie dans tous

F les domaines d'Espagne et en décourageant la contrebande

% par l'abondance de la production nationale.

(1) Ilumboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne^ t. IV, p. 10. t' (2) Id. ibid.. IV, p. 21. — Ganga Arguelles (v« Plaleria) donne 134.024

marcs.

(3) Humboldt,o/). ci/., m, p. 59.

(4) Id. ibid., IV, p. 31.

(3) Id. ibid., IV, p. 6.

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