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II. » L'argent

L'Espagne a pris naïvement l'argent pour la richesse même. Elle s'est attachée à entasser chez elle les métaux précieux, elle a tout fait pour les empêcher de sortir, et avait réuni au commencement du dix-neuvième siècle un capital vraiment fabuleux, D. Manuel Lamas l'estimait en 1772 à 4.886.229.132 réaux. Il montait en. 18U, après la guerre de l'indépendance, à 6.473.476.842 réaux (3).

Le système monétaire de l'Espagne avait présenté pendant longtemps une extrême confusion (4). On distinguait les

(1) Mémoire anonyme rédigé en i782 par un Contador de la Contratacion de Gadiz. Arch. du cons. de Cadiz. Administracion, î. -

(2) Gampomanes, Cartas polilico econotnicaSf Garta III.

(3) Gang. Arguelles, Die. de hac, V Estadistica, dinero circulante,

(4) Gf. D Mateo Fernandez de la Ferreria, Nuevo tralado de reduccion de monedas efectivas e imaginavias de eslos reinos a reaies de vellon, Madrid, 1166, in-80.

monnaies de compte, ou imaginaires, les monnaies royales de Castille, les monnaies provinciales, les monnaies royales des Indes. Un compte d'un trésorier de marine est évalué en pesos fuertes^ en pesetas cohtmnarias^ en pesetas provinciales^ eu réaux d'argent et réaux de billon, en billon double ou simple, en pesos français et en vales royaux (1). Les Américains comptaient par p^505, les Castillans par réaux, les Aragonais, les Navarrais, les Catalans et les Majorquins par livres (2). •

En 1742 on frappa une nouvelle monnaie d'or d'une valeur de 20 réaux. En 1747 Thôtel des monnaies de Ségovié frappa des maravédis ; cette monnaie ayant presque enlièrement disparu de la circulation (3). Enfin les pragmatiques royales du 5 et du 29 mai 1772 ordonnèrent une refonte générale des monnaies pour éviter les contestations sans cesse renaissantes au sujet de la valeur des monnaies anciennes (4).

L'unité monétaire fut le real de vellon (0 fr. 26 centimes) divisé en 34 maravédis. Les monnaies furent frappées au titre de 22 carats pour Tor et de 11 deniers pour l'argent. Il y eut des pièces d'or de 20 réaux [esciiditos)^ de 40 réaux {escudos de oro)^ de 80 réaux [doblones de oro)j de 160 réaux [doblonesde quatro)eiAe 320 réaux {doblones de ocho escudos). Les pièces d'argent valurent 4 réal {real de vellon), 1 réal 8 maravédis 1/2 {medio real mejicdno)^ 2 réaux {real de plata)yi véOfMTL {peseta provincial)^ 5 réaux {peseta columnafia), 8 féaux {reaide à quatro), 10 réaux {medio peso)^ 16 réaux {real de à qcho) et 20 réaux {peso fuerte) (5). Les pièces de cuivre valurent 1, 2,i et 8. maravédis (6).

On peut adresser plus' d'une critique à ce système nàohétaîre incommode et suranné.

Le maravédis, égal aux 7/10 de notre centime, était une

(1) Arch. de.Alcala de Benares. Tesorerias de rnarina, leg. Î5. " (2) La livre aragonaise valait 18 réaux 28 maravédis, la navarraise 3 réaux i^marayédis, la catalane 10 réaux 25, la valencienne j5 réau^^ 2, lamajorquina 13 réaux 9 maravédis et 13/17.

(3) Nov. Rec., IX, xvii, 9 {3 juillet 1742) et M (2 février 1747) .

(4) Ferrer del Rio, Historia de Carlos III^, t III, p. 227.

(5) Gang. Arg. Die. de Aac, y^Monedas. •

(6) Nov. JRec, IX, xvii, 13, 5 mai 1772. • >'

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monnaie minuscule et sans importance pratique. Le réal, d'usage assez facile, variait du simple au double, suivant qu'il s'agissait de réaux de vellon ou de réaux d'argent, ce qui prêtait à d'innombrables fraudes dans les marchés. La valeur des pièces d'or était bien calculée en progression arithmétique, mais on avait multiplié outre mesure les pièces d'argent, et laissé subsister, à côté de la monnaie nationale, des pièces comme le demi-réal mexicain, dont la réduction en réaux était presque impossible. Comme si la complication d'un pareil système n'était point encore assez gênante, les commerçants avaient gardé l'habitude de compter en monnaies imaginaires, qu'il fallait réduire ensuite en réaux pour avoir une idée nette de leur valeur. On employait ainsi pour le commerce intérieur ]e doblon senctllo de 60 réaux, le peso sencillo de 15, le diicado deplata de 20 réaux 25 maravédis, ledticado de vellon, de H réaux, le ducadode cabeza^ ou doble^ de 14 réaux 9 maravédis, et Y escudo de vellon^ de 10 réaux. Pour le commerce étranger c'étaient encore d'autres monnaies idéales : le doblon de oro^ de 75 réaux 10 maravédis, le doblon deplata ou de cambio^ ou pistole^ de 60 réaux 8 maravédis, le peso escudo^ de 15 réaux 2 maravédis, le rf«cado de plata^ de 11 réaux 1 maravédis, le real antiguo^ de 1 real 30 maravédis (1).

La Navarre et les provinces aragonaises conservaient l'habitude de compter avec leurs anciennes monnaies. Quand un Catalan ou un Navarrais parlaient de réaux, ils n'entendaient point parler de réaux castillans ; le Catalan comptait en reaies de ardue, qui valaient 1 réal 2 maravédis, et le Navarrais en reaies navarros, valant 1 réal 30 maravédis de Castille (2).

Le gouvernement finit par sentir la nécessité d'une simplification. Il supprima la monnaie d'argent particulière aux Canaries (3), il n'autorisa plus les monnaies de cuivre valenciennes que dans l'intérieur du royaume de Valence (4), il

(1) Cang. Arg. Die, de kac, ▼• Monedas,

(2) Id. ibid., lùc. cit.

(3) Nov. Rec, TX, xvu, 17, 20 mars, 20 avril 1776.

(4) Id., lX,xvii, 16, 29 juillet 1777.

démonétisa en il86Vescuditod'or de 21 réauxeti quartillo pour ne laisser subsister que Vescudito de 20 réaux(l). Il aurait dû aller beaucoup plus loin, et surtout ne pas fixer arbitrairement la valeur des monnaies, comme il le fit encore en 1779, quand il augmenta de 1/16 la valeur légale de toutes ses monnaies d'or, sans rien changer à leur poids, ni à leur titre (2).

Les lois d'Espagne avaient défendu, sous peine de mort, l'extraction des monnaies d'or et d'argent et l'importation en Espagne des monnaies de cuivre étrangères (3).

Cependant, comme TEspagne achetait beaucoup plus qu'elle ne vendait à l'étranger, elle devait lui payer chaque année un solde de 362.908.000 réaux (4), qui donnait lieu à un commerce clandestin extrêmement actif (5).

On finit par permettre l'exportation du numéraire, moyennant des licences spéciales et le paiement d'un droit de 3 0/0 sur toutes les sommes déclarées (6), mais la contrebande continua aussi active, aussi ingénieuse, aussi effrénée ; c'était une habitude prise. Douaniers et fraudeurs vivaient en bonne intelligence. De temps à autre, pour se faire bien venir des chefs et obtenir de l'avancement, on appréhendait quelque pauvre homme, quelque marchand étranger. Gomme tout voyageur élait suspect aux yeux de la douane, personne n'était sûr de son argent. Â chaque instant, un caprice d'un agent pouvait amener une saisie et commencer un gros procès (7), Les archives du consulat général de France à Madrid

(1) Nov. Rec, IX, XVII, 19, 8 février 1786.

(2) Bourgoing, Tableau de PEspagne, t. II, p. 87. — Nov. Rec, IX, xvu, 15 ]uiUet 1779. — Cabarrus, Elogio del conde de Gausa, p. 37 etap. xxviu.

(3) Pragmatique royale du 14 octobre 1624. -^ Pragmatique de Saragosse du 31 août 1642. — Cédule royale du23déc. 1642. —Décret royal du 26 mai 1660. — Décret royal du 20 décembre 1681.

(4) Ganga Arguelles en déduit la valeur des denrées américaines, et le réduit h 56.157.000 réaux en argent, mais ce chiffre est beaucoup trop faible. La France tirait annuellement de l'Espagne 50.000.000 de livres en numéraire. Boiteau, Etat de la France en 1789, p. 515.

(5) Gasso, Espana con indusiria, p. 120.

(6) Rodriguez Villa, El marques de la Ensenada, p. 102.

(7) Ganga Arguelles en rapporte de curieux exemples pour Tannée 1799. Pablo Feliu^ conduisant 22.000 duros de Grenade à Barcelone, avec acquit-à-

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abondent en plaintes contre Tinintelligence, la rapacité et la brutalité des douaniers espagnols.

Les habitants des provinces basques étaient souvent obli^ gés de s'approvisionner en France ; ils demandèrent au roi l'autorisation d'emporter du numéraire en France pour payer lés marchandises qu'ils achetaient (1); chaque année, le roi déterminait la somme dont l'extraction serait permise (en moyenne 250.000 pesos), et comme il était à craindre que les fraudeurs ne missent à profit latoléran,ce royale pour envoyer dé l'argent en France, tout l'argent qui passait de Castillé sur le territoire des Vascongades devait être enregistré aux douanes de Viloria, Orduna et Balmaseda. Toute somme non déclarée était Confisquée. Les porteurs de l'argent devaient se munir d'un laissez-passer, où l'on mentionnait la formalité de l'enregistrement, le nom du propriétaire de l'argent et le lieu de son domicile. Ils s'eugageaient à rapporter, au dos du laissez-passer, le reçu du destinataire dans un délai donné (2). En 1780, le roi autorisa les voyageurs qui se rendaient dans les provinces basques à emporter librement un peu de numéraire pour leurs menues dépenses. Les coipmer-: çantsconnusexirent le droit d'eip porter jusqu'à 2.000 réaux(3), mais tout le surplus devait payer le droit à'indnUo (4).

Cette stupide législation doit être considérée comme un des plus formidables obstacles qui aient été opposés au libre développement du commerce espagnol (5).

caution, est arrêté pour avoir transporté plus de '20.000 réaùx à la fois. ~ Domingo Gonzalez, revenant de Geuta avec 11.000 réaux et un acquit à-caution, oublie de se présenter à la douane de Séville ; son argent est saisi. — Juan Martel entre à Séville avec 5 onces d'or sans acquit-à-caution; ilest saisi. — Gang. Arg. Die. de hac, y^ Bxlraccion de la moneda.

(i)*Archîves de Guipuzcoa. Sec. 1, neg. 9,leg. 9 (1753); — leg. 10 (1754); — leg. 14 (1761); — leg. 15 à 54 (1762 à 1809).

(2) Nov, Rec, IX, xiii, 16, 4 juillet 1767.

(3) Nov. flec, IX. XIII, 18, 5 mai 1780. •

(4) Id., IX, xiir, 20, 2 octobre 1787.

(5) Cf. Memoria de laR, Sociedad economica de Mallorca sobre hs ohstaculot que encuentra la circulacion intei^ior delà moneda en Espanat 1784. Gabarrus, Elogio del conde de Gausa, Ap. xxviii.

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