IV. — Les postes
Le transport de la correspondance des particuliers appartenait à l'Ëtat. Les courriers étaient protégés par la loi contre les violences des malfaiteurs (3) et contre les vexations des magistrats locaux (4). lis portaient sur la poitrine un écussonde cuivre jaune aux armes royales (5), l'usage des armes à feu de petit calibre leur était permis.
Les maîtres de postes avaient le droit de louer les mai- Ci) Nov. Rec, IX, IX, 5, 20 f^v. 1801. La vara = 83 centimètres, 6 millimè' très. ~ La fanega pour mesurer les grains = 55 litres — Varroba pour les liquides = 16 litres 13 centilitres.— Van*oha pourrhuile= 12 litres 56 centilitres. -^ Varroba de peso =^ 11 kil. 250 gr. Lb. libra = 450 grammes. Lanneau Rolland, Nouveau guide en Espagne, p. 34.
(2) Tanguas y Miranda. Die, de leyes, y^ Pesos y medidas,
(3) Nov, Rec, III, xui, 13.
(4) Id.. III, xm, 6.
(5) Id.» III, xm, 9. ^ Les courriers de cabinet portaient Técu d'argent.
sons inoccupées; dont les propriétaires ne pouvaient augmenter le prix arbitrairement. La veuve d'un maître de • postes pouvait présenter son lils ou son gendre à Tagrément
du roi pour continuer à exercer la charge de son mari. Les chevaux de poste ne payaient ni péages, ni portages, ni droits de bac ou de pont (1). La correspondance officielle était scellée du sceau de cire noire aux armes royales (2) et fut transportée en franchise jusqu'en 1799 (3), Il était interdit aux particuliers de mettre de l'argent ou des bijoux dans leurs lettres (i). Les agents du resguardo étaient présents à
\ Touverture de la valise des courriers. Les lettres adressées à
des prisonniers ou à des commerçants faillis étaient décache-
. tées par l'administration (5).
La taxe des lettres variait suivant la distance. Une lettre expédiée de Gadiz coûtait 6 ou 9 cuartos pour Madrid, 16 ou 24 cuartos pour Lisbonne, 51 cuartos pour Tétranger (6). Au commencement du xix® siècle, le service des postes
[;; commença à se moderniser. On installa à Barcelone quatre
% — ^ bureaux de quartier {estafeiillas) avec boîtes aux lettres. On
payait 1 cuarto pour indemniser le facteur, qui venait au bureau le mercredi et le samedi, jours de départ des courriers (7), Il y eut des bureaux semblables à Madrid et dans quelques autres grandes villes.
Les télégraphes aériens, connus en France dès 1792, attiraient l'attention des politiques espagnols; ils figurent au budget de 1797 pour une somme de 900.000 réaux (8), mais aucune ligne régulière ne fut établie en Espagne avant
(1) Nov. Rec, m, XIII, 10. — Ordenanza gênerai de Correos, 8 juin 1794.
(2) Id. ibid., 19.
(3) Id. ibid'., 20.
(4) Id. ibid., 17. La lettre était ouverte et brûlée si elle n'était pas impor- . tante ; elle était remise au destinataire, si elle paraissait importante, mais l'argent était confisqué au profit de l'administration.
(5) Id. ibid., 15.
(6) Archives du Consulat de Cadiz. Notables, 80.
(7) Dioi^io deBarcelona, 9 sept. 1802.
(8) Gang. Arg. Die, de hac,^ v« Fomento de la agricultura.
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V, — Canaux et chemins.
Les fleuves constituent dans certains pays d'excellentes routes de commerce. 11 n*en est pas ainsi en Espagne. L'Ebre est un fleuve capricieux qui roule 5.000 nnètres cubes en temps de crue, et seulement 50 mètres à l*étiage, et dont l'eau filtre à travers mille fissures (1). Le Duero, le Tage et le Guadiana sont encore plus mal partagés. Mal alimentés par des pluies insuffisantes, serpentant à travers d'étroits défilés, ils ne se prêtent à aucune navigation régulière (2), En 1558, des barques parties de Tolède arrivèrent en quinze jours jusqu'à Lisbonne, mais cette prouesse extraordinaire ne fut pas renouvelée (3). Le Guadiana n'est navigable que pendant 12 ou 14 lieues, d'Ayamonteà Mertola. Le Guadalquivir est encombré de bancs de sable entre Cordoue et Séville et n'est navigable qu'à partir de cette dernière ville. . De ces fleuves médiocres c'est folie de vouloir tirer des canaux. Les Espagnols l'ont cependant essayé. Sans parler des projets de canalisation de la Bidassoa et du Manzanares, ils ont tenté de joindre Ségovie à l'océan par le canal de Gastille, et Tudela à la Méditerranée par un canal latéral à l'Ebre.
Le canal de Gastille, projeté en 1752, devait emprunter les valléQs de l'Eresma et du Pisuerga, déboucher sur l'Ebre à Olivia et traverser la chaîne asturienne à la dépression de Reynosa, qui marque peut-être un ancien lit du fleuve. On y dépensa 69.800.000 réaux de 1753 à 1779 et il resta inachevé (4).
Le canal d'Aragon ou canal impérial fut concédé à la ville de Saragosse par Gharles-Quint en 1529, mais presque rien ne fut fait avant 1768, époque de la concession des travaux à l'ingénieur français Badin. L'entreprise française se ruina
(1) E. Reclus, Géographie générale, 1. 1, p. 820. (2)ld. ibid., p. 678.
(3) Coxe. VSspagne sous les Bourbons, t. IV, p. 3i0.
(4) Gang. Àrg. Die, de hac. Canal de Campos,
et en 1778, D. Ramon Pignatelli, chanoine de la cathédrale de Saragosse, fut chargé de reprendre et d'achever les travaux (1). On dépensa 138.422.564 réaux (2), on construisit sur le Jalon un magnifique pont-canal de 710 toises de longueur (3), et Ton donna au canal, depuis le Bocal del Rey jusqu'au Burgo, une longueur de 24 lieues d'Espagne, mais il fut impossible de dépasser El Burgo, le terrain mouvant engloutissait les travaux. En 1797, un coche d'eau circulait sur le canal (4).
Les routes d'Espagne n'existaient plus que de nom au début du dix-huitième siècle. En 1706, la reine mit dix>huit jours pour se rendre de Madrid à Burgos (5). En i725, le maréchal de Tessé, ambassadeur de France, fit en quatorze jours le voyage de Bayanne à Madrid, mais pendant deux jours son carrosse roula, traîné par des bœufs (6). En 1740, D. Bcrnardo de Ulloa constatait encore que l'absence de ponts obligeait les voyageurs à de longs détours et les forçait souvent à attendre que la baisse des eaux eût rendu les rivières guéables (7).
L'approvisionnement des villes souffrait de grands retards en hiver ; par suite du mauvais état des chemins, Madrid et les résidences royales manquaient parfois de pain (8).
La Ensenada fut le premier ministre à s'occuper des routes. Les corregidors furent chargés de remettre et de maintenir les chemins en bon état et de placer aux carrefours des poteaux indicateurs (9). Une belle route carrossable, construite en cinq mois à travers le Puerto de Guadarrama, mit les deux Gastilles en communication facile, même au cœur de l'hiver (10).
(1) Jean Bninhes, Irrigation, p. 117.
(2) Gang. Arg. Die. de hac.^ Canal impérial»
(3) GavaniUes, 06se;i;actonM,p. 95.
(4) Diario de Zaragaza^ 29 mars 1797.
(5) Goxe, V Espagne sous les Bourbons. Lettre de la reine à W^^ de Mainenon.
(6) Baudriilart, Philippe V et la cour d'Espagne, i, III, p. 165.
(7) Ulloa, Rétablissement des manufactures, 1. 1, p. 80.
(8) Compte rendu de Florida^Blanca, % 24.
(9) Nov. Rec, VII, xxxv, 5, 1749-1788.
(10) Elle avait 8,400 toises de long et 35 pieds de largeur ; eUe était tra-
Charles III consacra les revenus des gabelles à l'amélioration des routes. Une ordonnance royale du 10 juin 1761 décréta la construction simultanée de la route de Madrid à Barcelone (104 lieues d'Espagne ou 572 kilomètres), -^ de Madrid à Valence (63 lieues et demie, ou 349 kil.), — de Madrid à Gadîz (109 lieues, ou 599 kil.), — de Madrid à La Corogne (106 lieues, ou 583 kil.). Le roi donnait 100.000 réaux par mois pour les routes d'Andalousie et de Catalogne et 50.000 réaux pour la route de Galice. Celle de Valence était payée sur les impôts de la ville (1). Mais on avait trop entrepris à la fois, et neuf ans plus tard, on n'avait encore construit que 10 lieues sur la route de Valence, 10 lieues sur la route de Catalogne, 3 lieues sur la route de Galice et 1 lieue sur celle d'Andalousie; elles étaient si mal entretenues qu'on pouvait les regarder comme impraticables. Les chemins construits sous Ferdinand VI pour aller de Madrid aux résidences royales étaientdans le plus mauvais état, les routesdc Navarre et des Vascongades étaient détestables (2). Cependant le roi continuait à légiférer et soumettait à la double taxe « les véhicules à roues étroites, munies de clous en saitlie (3)».
En 1777, Florida Blanca fut nommé surintendant général des chemins. Onze ans plus tard, il avait réparé 200 lieues de routes anciennes, construit 195 lieues de routes neuves, bâti 322 ponts, 49 maisons de refuge pour les ouvriers, des auberges, des écuries pour les relais et des chapelles (4). Des travaux magnifiques avaient été exécutés par l'ingénieur français, Charles Le Maur (5), au Puerto del Rey dans la Sierra Morena (6). Un service de diligences avait été établi de
versée par 283 canaux d'écoulement et passait sur 1 ponts en pierre de taille.— Merct/rio historico politicOj 1749. — Ap. Rodriguez Villa, La Ensenada^ p. 143.
(1) Nov, Rec, VII, XXXV, 7, note 3, 10 juin 1761 .
(2) Compte rendu de Florida-Blanca, § 24.
(3)iVo». hec, VU, XXXV. 6. 1772.
(4) Compte rendu, loc. cit.
(5) Cabamis, Ëlogio del conde de Gausa, ap. zu.
(6) De Laborde, Itinéraire, t. II, p. 6. — Bourgoing, Tableau de l'Espagne^ t. III, p. 137. - Général Foy, Guen^es de la Péninsule, t. IV, p. 38.
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Madrid à Cadiz par Séville, Gordoue et Ecija, et un service hebdomadaire de Madrid à Irun allait être installé. Florida Blanca avait dépensé 90 millions de réaux.
La Navarre et les Vascongades avaient commencé leurs routes avaut la Gastille, en 1737 et en 1752 (1), mais n'avaient pas été plus vite en besogne. Le chemin royal du Puerto de San-Adrian, projeté en 1736, et voté en 1737, n'était pas encore construit en 1803 (2). Cette même année, la province de Guipuzt'oa se décida à faire un effort et emprunta 20.000 réaux pour le service des chemins (3).
En 1780, la Navarre avait proposé à la Gastille un plan général de réfection des routes, qui n'avait pas été accepté.
Les bureaucrates de Madrid avaient sans doute trouvé plaisant de se moquer des Navarrais et leur avaient demandé de mettre le long de leurs routes « des garde-fous, des bornes i< pour marquer les lieues et les quarts de lieue, des pyra- « mides de distance en distance avec des horloges horaires (( pour la commodité des voyageurs, ainsi que d autres aux ce frontières pour marquer Tentrée en ce royaume et la disa tance à la capitale et d'entretenir des surveillants et des « cantonniers, comme il y en a dans ces royaumes de Gas- « tille pour accourir promplement et faire les réparations « nécessaires » (4). Les Navarrais avaient décidé de réparer purement et simplement leurs chemins, en appliquant aux travaux une foule de vieux droits perçus sur les marchandises. Vers 1793, le chemin de Guipuzcoa était terminé; ceux d'Estella, de Logrono et de Sanguesa étaient toujours à construire et le commerce en souffrait grandement (5).
En résumé, le dix-huitième siècle vit commencer les routes d'Espagne, mais elles n'offraient encore que des tronçons bien entretenus^ séparés par de longues lieues de chemins affreux. Mangourit, premier secrétaire de l'ambassade de
(1) Guipuzcoano ertuUlo^ y» Camino de San Adnant Camino de coches, camino de Navarra,
(2) Indice Guip., sec. II, neg. 6, leg. 56, 1803.
(3) Id., sec. II, neg. 4, leg. 25, 1803-1804.
(4) Quadernos y Leyes, p. 231.
(5) Id., p. 213.
France, parcourut en 1795 la route de Bayonne à Madrid; il vante la beauté du chemin d'irun à Yitoria, il parle des « fontaines, des abreuvoirs, des bancs ornés d'arbres, de « gazons et de fleurs que Thomme pérégrinant trouve pour « se désaltérer et se délasser jusque dans les déserts ». De Burgos jusqu'à Madrid les voies royales « serpentent sur des (( terres presque abandonnées, et attestent le souffle dévora- « teur de la tyrannie (1) ».
Cette impression est confirmée parSprangzi dans ses .Souvenirs de la guerre (f Espagne . La route de Soria à Agreda est difficile pour les voitures, v néanmoins on y pasçe dans « la belle saison (2) ». — De Hinojosa à Agreda « on fait une « grande lieue sur des monceaux de roc (3) ». — Du côté de Gervera <c on est obligé de conduire les chevaux par la « bride (4) ». La route d'Orense est impraticable (5) ; celle d'Astorga à la Gorogne est magnifique : « Aucune chaussée « d'Europe n*est plus belle^ plus solide, ni mieux entrete- « nue (6)». — ASan-Chidrian la route n'est qu'un sentier passable à travers champs (7). — De Grajanegos à Madrid, route superbe (8). — De Sal vatierra à Tamames^ deux lieues de bon chemin etle reste détestable. — De Tamames àBejar, chemin montueux, praticable pour les charrettes du pays et seulement à demi-charge (9).
Il n'est pas étonnant qu'avec de telles routes, les blés de la Beauce coûtassent moins cher à Gadiz que les blés de Palencia à Santander(lO).
(1) Archives des Affaires étr, à Paris, Espagne, t. 639, f« 151.
(2) Sprangzi, Souvenirs^ p. 20.
(3)Id.ibid.,p. 21.
(4)Id.ibid., p. 22.
(5) Id. ibid., p. 66.
(6) Id. ibid., p. 62.
(T)Id. ibid., p. 40.
(8)Id. ihid.» p. 31-34.
(9) Id. ibid., p. 139.
(10) Jovellanos, Informe, p. 135, note 2.
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