‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 17 sur 90 · VI. — Les voyages · texte numérisé non relu

VI. — Les voyages

. Les voyages étaient chers et fatigants. Les voitures publique^ étaient de ms^uvaises diligences à quatre roues, tratliées par quatre ou six mules, et transportant six voyageurs(l ). Le prix était fixé à 4 réaux par lieue sur la route de Madrid à Barcelone et à 5 réaux sur la route de Madrid à Gadiz (2). En 1798, on ne payait plus que 240 réaux dlrun à Madrid (3). En 1804, on pouvait prendre son billet à Madrid pour toutes destinations. Il y avait deux départs par semaine pour les provinces ; le courrier d'Italie partait deux fois par mois* On préférait le plus souvent s'accommoder avec quelques personnes pour louer une voiture à frais communs ; les journaux étaient remplis d'oifres et de demandes de cette sorte (4)« Si Von voulait voyager seul, les prix étaient formidables. Townsend dépensa 3,390 réaux pour aller de Madrid à Barcelone, et mit quatorze jours à faire le voyage (5).

Les voyageurs économes louaient des mules et des muletiers « On allait ainsi en huit jours de Bayonne à Madrid (6). Une mule se payait 40 réaux par jour, mais il fallait arrêter très exactement avec le muletier toutes les conditions du contrat ; sinon le muletier mettait dix jours, au lieu de huit, obligeait le voyageur à lui payer une indemnité de retour, se faisait promettre le tabac et en achetait à chaque auberge pour tous ses amis. Avant d'accepter la mule qu'il avait louée, le voyageur devait s'assurer qu'elle n'était ni boiteuse,

(1) Twiss, Voyage en Espagne, p. 224.

(2) Ferrer del Rio, Historiade Carlos 111% t. III, p. 231.

(3) Fischer, Voyage en Espagne t t. II, p. 317.

(4j Avis : Une personne respectable qui doit se rendre à Barcelone pour la fin de ce mois désirerait trouver un ou plusieurs compagnons pour prendre une voiture ou pour louer une place S'adresser au bureau du journaL — Diario de Zaragoza, 22 fév. 1797. — Trois personnes, descendues à Tauberge de la Croix de Malte, près de San Gil, désirent trouver une voiture de retour pour Madrid et offrent la quatrième place à toute personne connue. Elles partiront dimanche prochain. Id. ibid.

(5) Townsend, Voyage en Espagne, 1. 1, p. 279.

(6) En 1798, le baron do Schubart, ministre de Danemark, mit dix jours pour aller de Bayonne à Madrid. Lettres d'un diplomate danois ^ p. 8.

ni aveugle, ni rétive. Il faisait sagement de traiter à forfait avec le muletier pour les repas à Tauberge ; il n'avait pas ainsi Tennui de marchander avec Thôte (1).

Les auberges étaient rares, parce que les seigneurs s'étaient réservé le droit d'en autoriser l'établissement sur leurs fiefs et faisaient payer très cher les licences qu'ils accordaient (2). Elles étaient^ en général, fort inal tenues (3). Le Journal de Barcelone décrivait en 1802 l'itinéraire que devaient suivre le roi et la reine de Saragosse à Barcelone. Des villages de 500 habitants n'ont pas une auberge. Penalva, quiaiOOâmes^ possède une mauvaise hôtellerie, avec écurie pour 70 chevaux et 2 chambres à trois lits. Venta de Fragaa une écurie pour 90 chevaux et 2 chambres à quatre lits. Fraga, ville de 4,000 âmes, a une auberge assez considérable, mais mal distribuée. Bellpuig, gros bourg de 1.000 habitants, n'a pas d'auberge. Esparraguerra en a deux passables et une douzaine de maisons où Ton peut se loger (4). Et il ne s'agit que de l'Aragon et de la Catalogne. En Castille, il y a moins de ressources encore ; aussi le roi a-t-il fait établir des auberges le long des routes royales. Ces maisons (yenlas) sont affermées à des tenanciers, qui jouissent de fortes remises sur les alcabalaset cientos (5), mais n'ont le droit de vendre de denrées qu'aux voyageurs, et moyennant un prix tarifé par les autorités locales (6). Quelques-unes de ces ventas élaient bonnes. A Roblar, dans le royaume de Valence, Townsend trouva des écuries pour 330 chevaux, 14 chambres avec des lits excellents, garnis de linge fin ; on lui servit le chocolat dans de la porcelaine du Retiro (7). Il se déclare également satisfait de la posada de La Carolina, tenue par un Français, qui le traita somptueusement (8). A Almuradiel, au contraire, le gérant s'occupait peu de ses hôtes, et l'Anglais dut deman-

(1) Fischer, Voyage en Espagne^ t. lï, pi 311,

(2) Ulloa, Rétablissement des manufactures^ 1. 1, p. 78.

(3) Lettres d*un diplomate danois^ p. 8, 9, 20, 44.

(4) Diariode Barcelona, 2. H sept. 1802.

(5) Gàllardo, Bentas de la Corona^ t. III, p. 412.

(6) Nov, Rec, VII, xxxvi, 9, 1680-1804 ;— 10, 1749 ; — 11, 8 juin 1794.

(7) Townsend, Voyage en Espagne, t. III, p. 242.

(8) Id. ihid., p. 252.

134 l'espagnb de l'ancien régime

der qu'on lui mît des draps propres à son ]it (1). La plupart des gens ne faisaient point tant les difficiles, et les autorités basques se refusaient à faire les frais des « auberges somptueuses » dont les commissaires royaux leur traçaient le plan (2).

Le brigandage avait été longtemps une des plaies de l'Espagne et n'était pas devenu absolument un mythe (3). En 1780^ on arrêta en Guipuzcoa Martin de Osoro Zubia, dit Ghiqui, et JuanicoChiqui, chefs de brigands^ qui terrorisaient la province, au point que les habitants n'osaient plus sortir de chez eux (4). En 1802, la province deZamora était infestée de voleurs. Ils s'étaient organisés en quatre bandes, comptaient parmi leurs affiliés des magistrats et des ecclésiastiques, et avaient poussé l'audace jusqu'à commettre un vol au couvent des Salesas reaies de Madrid (S). En 1805, l'arrivée de l'amiral Rosily à Cadiz fut retardée par les précautions que voulut prendre l'ambassadeur de France pour assurer sa sécurité le long de la route d'Andalousie (6).

Page 1