‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 18 sur 90 · VII. — Le oommerce et les commerçante · texte numérisé non relu

VII. — Le oommerce et les commerçante

Avec de pareilles mœurs et de pareilles routes, il est aisé de comprendre que le commerce fût assez languissant. Presque tous les transports se faisaient à dos de mulet ; les marchandises lourdes étaient voiturées dans des chars à bœufs ; le roulage était l'exception, le portage était la règle (7). Le muletier [arriero) était Télément irréductible du commerce espagnol. Il se mêlait parfois de vendre dans les foires et

(!) Townsend, Voyage en Espagne, t. IIF, p. 246.

(2) Guipuzcoano inslruido., v® Posadas (1776).

(3) Fischer, Voyage en Espagne, t. Il, p. 217. -^ Lettres cT un diplomate danois, p. 8.

(4) Juntas générales de Guipuzcoa^ 1779, p. 93.

(5) Fernande^ Duro, Memorias de Zamora, t. III, p. 227.

(6) Archives du ministère de la Marine à Paris, ^ Campagnes, 1805, t. 234, f« 139. Beumonville au ministre.

(7) A Rio Seco, en 1808, D. Sébastian Romanez, marchand de vins en gros, et fournisseur des troupes françaises, employait 50 mules à transporter ses marchandises. ^ Mémoires d'un conscrit de i808, p. 50.

marchés les marchandises qu'il transportait ; il prenait alors le nom de traginero ou iraginante.

L'exercice du commerce était généralement considéré comme incompatible avec la noblesse, et la langue aristocratique de l'Espagne s'entendait presque aussi bien que le français à marquer la distance qui sépare le simple fripier [ropavejero] du revendeur [revendedor)^ du boutiquier {tendero), du marchand (traiante), du commerçant {mercader)^ du grand négociant (lonjista, comerciante) et du courtier en marchandises [corredor de lonja). Ce dernier office était même tenu pour noble (1).

Le petit commerce était régi par d'antiques et étroites ordonnances et mangeait en procès le plus clair de ses bénéfices. Madrid, que nous choisirons pour exemple, comptait 53 corporations d'artisans et de petits marchands, se gouvernant chacune d'après ses propres lois, et localisées dans un certain quartier (2). Ce ne fut qu'en 1787 que le roi abolit la distinction entre les tiendas demarcadas, établies dans la zone attribuée à la corporation, et les tiendas dispersas (3). Madrid était rempli de gens, fort peu recommandables pour la plupart, qu'on appelait frelons (zanganos) ou huches {tumb(mes]y qui s'improvisaient agents d'affaires et se mêlaient de toutes sortes de négociations (4). On appelait cajoneros les petits étalagistes qui vendaient au détail sur la Puerta del Sol, et cajoneros del Palacio ceux qui débitaient leurs marchandises dans la cour du Palais. Les premiers furent supprimés par les Grands Corps (gremios mayores) sous Ferdinand VI, et vingt-quatre familles se trouvèrent du même coup réduites à la misère (5). Les seconds, au nombre de cinq ou six seulement, furent transportés vers la fin du dixhuitième siècle dans la cour du Palais des Conseils. Ils

(1) Archives du Consulat de Cadiz, Notables, 82 (1770).

(2) Lamiga, Memorias, t. I, p. 20.

(3) Id. ibid., t. V, p. 24.

(4) Id. ibid., t. I, p. 370.

(5) Larruga, Memonas, 1. 1, p. 327. — L'auteur ajoute très judicieusement : « Quelle décoratl^ii des édifices, quelle propreté des rues peut équivaloir à la ruine d'un pareil nombre de citoyens ! »

136 l'espagnk de l'ancibn régime

vendaient surtout de vieilles montres et de vieux livres (1).

Tous ces petits marchands avaient essayé de se réunir en gremio (2) ; mais les gremios mayores avaient fait dissoudre leur association, et le 27 juin 1763^ le roi réunit chacune de ces petites industries à une corporation reconnue. Les ca« joneros ne purent vendre que des bagatelles : mèches, pierres à fusil, cilices, disciplines, tambours moresques, marionnettes, bonnets, chaussettes de fil, bas de laine, etc., dont le prix même était tarifé (3).

Un peu au-dessus de ces camelots et de ces étalagistes venaient les douze « courtiers du change, des rentes (juros)^ des héritages et autres affaires de Madrid », qui n'étaient, parait- il, ni fort instruits, ni fort honnêtes (4). Les changeurs comptaient si peu sur leurs gains qu'ils ajoutaient généralement un commerce de lainages à leur bureau de change (5).

Les quatorze courtiers de magasin {corredores de lonja) remontaient à 1596 ; leurs offices appartenaient à des communautés religieuses, à des œuvres pies ou à des particuliers, qui n'exigeaient des titulaires aucune instruction (6).

Parmi les corporations marchandes, il y en avait d'infimes^ comme les revendeurs de ferraille [chapuceros) de la place de la Cebada, et d'importantes, comme le corps mineur de la joaillerie, mercerie, épicerie et droguerie, appelé vulgairerement « le corps de l'huile et du vinaigre », qui avait le monopole de la vente au détail de toute sorte de menues marchandises, telles que sucre, confitures, caramels, cerises sèches, cannelle, biscuits, raisins de Oorinthe, pignons^ olives, moutarde, petits palus, sel, ail, oignons, papier, en« cens, fil, aiguilles, épingles, torches, chocolat, cartes &

(1) Lamiga, Memorias, t. f, p. 329.

(2) Gremio de mercaderes de las Covachuelas, de roperia, de vidrio y Mdriado, tenderos, cajoneros, mauleros, corredores de lonja y cambio, xanganos y tumbones de Madrid.

(3) Larruga, Memorias^ 1. 1, p. 321.

(4)Id. ibid.,t.I, p. 367.

(5)Id.ibid..t.I.p. 97.

(6) Id. ibid., t. I. p. 363

LE GOMMERCG 137

jouer, encre, mèches de lampe (1). Dans tous lés corps régnait le même égoïsme et le même esprit processif. Les verriers avaient permis aux fabricants et marchands ambulants de vendre des vases de terre, mais s'étaient arrogé le monopole des verreries de Talavera(2). Les marchands de confections [mercaderes de roperia) s'étaient séparés des tailleurs et avaient payé leur autonomie 34,100 réaux (3). Le corps de Thuile et du vinaigre avait forcé en 1 777 tous les petits boutiquiers libres à s'agréger au gremio. Il y en avait alors 784 ; presque tous avaient refusé et s'étaient vu confisquer leurs marchandises (4).

Les cinq corporations majeures de Madrid [los cinco gre^^ mios mayorcs) représentaient le haut commerce de la capitale. Une ordonnance royale du 23 mars 1686, modifiée et complétée en 1726, 1741 et 1783/ avait réuni en confédération les joailliers, — les marchands d'étoffes de soie, d'or et d'argent, — les drapiers, — les toiliers, — les épiciers et droguistes. Pour entrer dans l'un des Grands Corps comme apprenti, facteur ou commissionnaire, il fallait être vieux chrétien et de bonne race {limpio de toda mala razà)^ n'avoir exercé aucun métier vil, n'avoir jamais été frappé d'une sentence du Saint-Office. Au bout de dix ans d'apprentissage^ si Ton justifiait d'un capital de 45,000 réaux, et si l'on élait agréé par le Conseil des Corps, on était admis aux honneurs du patronat ; on tenait boutique ouverte dans le quartier du gremio ; on participait aux glorieux privilèges des Corps ; on était justiciable en première instance des lieutenants du corrégidor de Madrid ; on avait un droit de préférence sur les maisons du quartier, à rencontre de ceux qui n'étaient pas du gremio ; on avait le monopole de la vente au détail d'un grand nombre de marchandises. Le Conseil des Corps nommait des inspecteurs qui veillaient avec un soin jaloux au maintien de toutes ces prérogatives. La veuve du maître pouvait continuer le commerce de son mari ; le fils de maître,

(1) Larruga, Memorias, 1. 1, p. 354.

(2) Id. ibid., t. I, p. 340.

(3) Id. ibid., 1. 1, p. 339.

(4) Id. ibld.. t. I,p. 354,

138 l'espagna de l'ancien régibos

âgé de dix-huit ans, et élevé dans la boutique paternelle, pouvait devenir patron. Par contre, la discipline des Corps était très sévère. Aucun négociant ne pouvait avoir plus d'une boutique, elle devait être située dans le quartier réservé au gremio, claire et bien aérée. Le marchand devait s'y tenir, en personne, tous les jours ouvrables ; la loi lui interdisait la vente des marchandises étrangères, et l'obligeait à tenir cinq registres de commerce. Il pouvait être exclu de la société pour faute grave, ou s'il mettait le trouble dans le gremio (1). Ce régime peut sembler tyrannique, mais il avait donné aux Grands Corps une cohésion et une honorabilité, dont peu de sociétés espagnoles offraient le modèle. En 1777, les Grands Corps comptaient 375 membres et représentaient un capital de 210 millions de réaux (2).

Les bénéfices de l'association avaient engagé un certain nombre de gremios à former de véritables sociétés coopératives pour l'achat en gros des matières premières ou des marchandises. Dès le règne de Ferdinand VI, Tolède, LaZarza, Séville, Grenade, Saragosse avaient des associations semblables (3). La loi les déclarait licites et ne défendait que l'accaparement (4). En 1748, les drapiers de Madrid réunirent un capital d'un million de réaux et établirent un magasin général (5). En 1757, les toiiiers et les droguistes suivirent leur exemple (6). En 1767, les épiciers et merciers formèrent une Compagnie pour le commerce du cacao, du sucre et de la cannelle et l'établissement d'un magasin général à Madrid. La Compagnie s'engagea en 1768 à transporter 300 barils de farine par chaque paquebot qui se rendrait aux Indes. Elle fonda des factoreries à Tolède, elle fit construire des navires pour commercer directement avec l'Amérique, mais elle fut ruinée par une série de naufrages (7).

Bien autrement puissante fut la Compagnie générale des

(1) Larruga, Memonas, t. I, p. 107.

(2) Id! ibid., t. 1, p. 247.

(3) Gampomanes, Fomenlo, p. 70.

(4) Larruga, Memorias, 1. 1, p. 312.

(5) Id. ibid., t. I, p. 289.

(6;Id. ibid., t. l, p. 284 et 301.

(7) Id. ibid.. t. 1, p. 295.

LE GOHMEBCE 139

cinq Grands Corps de Madrid, érigée le 6 octobre 1763 sous le vocable de Notre-Dame du Rosaire et de saint Fran«^ois d'Assise. Fondée au capital de 15,000,000 de réaux, elle porta son capital à 30 millions, se fit bâtir à Madrid un splendide hôtel (i),prit des armoiries (2), et se donna pour tâche de fomenter Imdustrie nationale et l'exportation des produits espagnols aux Indes. Elle entretenait des manufactures de soieries à Valence et à Talavera (3), les fabriques de lainages de Guenca et d'Escaray (4). Elle perçut jusqu'en 1800 rimpôt sur les brebis connu sous le nom deFeriade Torrejon de Velasco (5). Elle réunit les capitaux nécessaires à l'exécution du canal d'Aragon (6). Elle eut le monopole des vivres et de rhabillement pour les armées. Elle envoya des vaisseaux en Amérique (7). Elle s'occupa de l'approvisionnement de Madrid (8). Les guerres et les gaspillages du règne de Gharles IV la ruinèrent comme tant d'autres institutions du même genre.

Si l'on cherche à se représenter le commerçant espagnol de cette époque, on trouvera certainement plus d'un tetidero « vendant à faux poids, mêlant dans sa boutique « obscure la terre au tabac, l'eau au vin, le cacao.de Caracas « à celui des Indes, prêt à calomnier ses confrères, et adres- « sant les naïfs Galiciens à de mauvaises auberges, où on « leur fait payer très cher des marchandises de rebut (9) ». Mais on verra aussi s'éveiller chez les négociants l'esprit d'initiative et l'ingéniosité. Ils commencent à comprendre les avantages de la réclame. Les grandes villes comptent des hommes d'aiïaires d'une habileté consommée et du plus noble

(1) La Banque d*Espagne Ta payé 3,350,000 réaux en 1845. — Mesonero Romanos, 1. 1, p. 308.

(2) D'azur au cinq colonnes d'argent accompagnées d'une chatne en orle, reçu timbré de la couronne royale. — Larruga. Memorias, 1. 1, p. 265.

(3) GaUardo, Renias de la Corona, t. Il, p. 398. -^ L'nyclopédie méthodigue. Commerce, t. II, v» Espagne,

(4) GaUardo, op. cit., t. II, p. 393.

(6) Larruga, Memorias, t. I, p. 265.

(l) Encyclopédie méthodique, loc. cit.

(8) Gang. Arg. Die. de hac, v* Gremios mayores.

(9) Gaudeau, Fray Gerundio et son auteur, p. 216.

140 l'espagnr de l'ancien régime

caractère, comme D. José Soler, habitant de Minorque, dont les trois fils commerçaient à Tunis et à Tripoli et négociaient avec le bey, au nom du roi (1), — comme ce D. Juan Antonio Miquel y Ferté, fabricant de soieries à Valence, qui tenta en 1808 de tirer Ferdinand VII de Valençay (2). Les plus enragés aristocrates comprenaient que le commerce peut être réellement un office noble, et les membres de la Société des commerçants de Barcelone portaient Tépée (3).

. VIII. — Le commerce avec rétrangor*

L'Espagne n'ayant qu'une faible population et une médiocre industrie, les étrangers y étaient naturellement attirés et le gouvernement favorisait lui-même leur établissement dans la Péninsule, mais il eût voulu que cet établissement se fît sans esprit de retour, que ces étrangers devinssent pour lui des sujets : le négociant étranger résidant en Espagne, mais demeuré fidèle à son pays d'origine, lui faisait Teffet d'un simple exploiteur, venu pour concurrencer les marchands nationaux et pour exporter des piastres. Les traités de commerce lui apparaissaient comme des pièges. Ce n'est que contraint et forcé qu'il se résignait à les accepter. Charles III était opposé à tout traité de commerce à long terme. Il faisait observer que TAngleterre et la France avaient une législation douanière très dure et ne faisaient presque rien pour TEspagne en lui accordant le traitement de la nation la plus favorisée, tandis que TEs pagne, obligée en des temps malheureux d'accorder de grands privilèges à la France et à l'Angleterre, à la Hollande et aux villes banséatiques, donnait beaucoup trop (4).

L'Espagne soutint contre l'Angleterre une lutte diplomatique interminable pour obtenir l'abandon de VAsienlo de

(1) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos IIP, p. 8.

(2) Ferez de Guztnan, Fernando VII en Vaïen^ay. {La Kpoca^ 1902, art. 14.)

(3) Pi y Arimon, Barcelona antigua y modernaf t. II, p. 17,

(4) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos III\ t. IV, p. 204.

LE GOMMEnCE 141

negros, et du droit de couper du bois le long du rio Hacbia. Elle alla en 1750 jusqu'à offrir une indemnité de 10 millions de réaux à la Compagnie de VAsiento pour renoncer à son privilège. En 1786 elle refusa de signer un traité de commerce avec la Grande-Bretagne (1).

Avec la France elle se gêna beaucoup moins ; sachant que le gouvernement français n'en viendrait jamais à une rupture ouverte, elle adopta à son ^gard un système de vexations et de tracasseries qui mit à une rude épreuve la patience des négociants et des agents consulaires français (2). La défiance

(i) Coxe, L'Espagne sous les Bourbons^ t. V, p. 370.

(2) Au temps de Patiûo,tout ministre et ambassadeur de France était regardé comme sujet d'un pays qui devait tout passer et ne rien exiger. Masson de Plissay à Chauvelin, 22 juillet 1734. Ap. Baudrillart, Philippe V, t. IV, p. 253.

Les négociations de 1739 en vue d'établir un traité de commerce entre la France et TEspagne échouèrent parce que le roi d'Espagne ne voulut jamais abandonner le droit de modifier ses tarifs a dans les cas fortuits et urgents ». — Id. ibid., t. IV, p. 538.

En 1743, La Ensenada faisait saisir des vaisseaux français à Cartbagène et à Alicante, arracher les armes de France de la porte des consulats et disait c qu'il fallait savoir qui était le maître en Espagne, du roi ou des commerçants français j>. Id. ibid., t. V, p. 177.

De 1768 à 1770, Charles III prohiba arbitrairement l'importation en Espagne des cotonnades, des indiennes, des mousselines et des étoffes mélangées de coton. Nov. Rec, IX, xii, 19, 20 et 21.

En 1786, Florida Blanca écrivait à l'ambassadeur d'Angleterre « que les Français sont encore moins raisonnables que les Anglais et réclament, en vertu du pacte de famille, les mêmes privilèges dont jouissent les nationaux, tandis qu'ils refusent de contribuer aux charges publiques. » Coxe, L'Espagne sous les Bourbons, t. V, p. 371.

En 1788, l'importation des draps français aux Indes est prohibée : « Comment concUier, disent les négociants de Cadiz, un ordre aussi absolu qu'imprévu avec le droit des gens, qui est la base des traités 7 » Archives du Consulat français de Cadiz. R. N. L., t. II. Lettre au duc de la Vauguyon, 2 sept.

En 1793, l'Espagne profita de la déclaration de guerre pour ruiner les commerçants français établis sur son territoire. Ils furent chassés de leurs maisons en plein jour, virent leurs magasins fermés, leurs biens saisis, et durent attendre de longues années un semblant de justice. Mémoire cT Augustin QueneaUt banquier français, au Directoire exécutif. Archives des Aff, étr. Espagne, t. 639, f« 109.

En 1797, on poussa la mauvaise foi jusqu'à faire mutiler dans un couvent toutes les images des saints, « pour pouvoir attribuer ce méfait aux Français. La populace ne manqua pas de se porter & mille violences, et cependant les

142 l'bspàgne de l*àiccibn régime

envers les traités de commerce était telle que Gasso déclare le commerce avec la France nuisible à TEspagne, parce que la France n'achète rien à l'Espagne et lui vend ses frivolités (( qui Tenchantent et qui la ruinent » (1). Canga Ârguelles écrivait encore en 1823 « qu'un gouvernement bien avisé ne « doit jamais signer de traités de commerce, et ne doit coni- « naître d'autre principe que l'intérêt national (2) ». C'était seulement avec quelques puissances peu redoutables au point de vue de la concurrence économique que TEspagne s'était aventurée à traiter (3).

L'Espagne entretenait des consuls généraux à Lisbonne, Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Constantinople, Smyrne, Alexandrie, Tripoli, Tunis et Philadelphie, et des consuls dans un grand nombre de villes (4).

C recherches du consul français n*ont laissé aucun doute sur les Téritables

t auteurs du délit ». Fischer, Voyage en Espagne, t II, p. 207.

Kv n n*est que juste d'ajouter que les Espagnols les plus éclairés blâmaient

L' hautement ces brutalités. Salazar déplore les persécutions de 1793, les res-

L . trictions mises à Timmigration française et les secours donnés à une foule

i- . d'aventuriers qui ne pouvaient être qu'onéreux à TEspagne. Salazar, 1. 1, p 54^^

^ (1) Gasso, Espanacon industria, p. 127.

g (2) Die, de hac, v* Tratados de comercio.

•^ (3) Traite' avec la Porte, 24 déc. 1782, — Pnvilège accordé à la F.ustie pour

l le commerce des vins, 26 fév. 1783. — Traité avec le bey de Tripoli, 10 sept.

Jt; 1784, — avec le dey d Alger, 14 juin 1786.

Ç . (4) A Madère et aux Algarves pour le Portugal.

A Bayonne, BorJeaux, Nantes, Rouen, Dunkerque, Marseille, Celte et la Corse pour la France.

A Anvers pour les Pays-Bas.

A Amsterdam pour la Hollande.

A Hambourg.

A Elseneur pour le Danemark.

A Odessa pour la Bussie.

A Raguse et & Trieste pour l'Autriche.

f^ A Venise et h. Zante pour les Etats vénitiens.

A Naples, Palerme, Terracine et Nettuno pour le royaume de Naples.

A Ancône, Rome et Civita-Vecchia pour les Etats romains.

A Porto-Longone et à Livourne pour la Toscane.

A Gènes, à Nice et en Sardaigne pour les Etats sardes.

A Gibraltar.

A Tanger.

A New- York, Boston, Baltimore, Norfolk et Charlestown pour les Etats- Unis.

Guia de Forasteros, 1804.

LE GOMMERGB ii3

Elle voyait d'autre part avec peu de faveur les étrangers établir des consulats sur son territoire. Elle chercha à maintes reprises à obtenir la suppression du consulat général de France à Madrid (1). Elle faisait souvent de grosses difficultés pour accorder Vexequatur aux consuls nommés par le roi de France (2). Elle leur refusait le privilège d'exterritorialité, et même la permission de placer à leur porte un écu fleurdelisé (3). Les consuls de France étaient exempts du logement des gens de guerre, et exempts de la juridiction ordinaire, sauf le cas de crimes atroces ; mais la loi ne voyait en eux, comme dans tous les autres, que de simples agents commerciaux. On leur reconnaissait le droit de veiller à la sécurité des navires français et de s'occuper des intérêts de leurs nationaux; mais pour peu que Tautorité espagnole soupçonnât de fraude un commerçant français, elle procédait à la visite domiciliaire sans attendre Tassentiment du consul (4).

Les archives du consulat français de Gadiz rapportent à cet égard un fait caractéristique. En 1778, un sieur Pessacq fut accusé de fraude et demanda à établir son innocence par témoins. Les commerçants français consul tèrent Tun des plus fameux avocats de Gadiz, qui les dissuada de rien tenter de pareil. Il eût fallu, en effet, s'adresser à la juridiction militaire pour que Taudilion des témoins fût autorisée. Si le juge militaire avaitconsenti à instruire l'affaire, la requête aurait été transmise aussitôt à son assesseur financier, qui aurait immédiatement réclamé l'envoi du dossier. Le juge civil, déjà saisi de la cause, aurait réfusé de remettre les pièces, et ce conflit de juridiction n'aurait pris fin qu'à Madrid. Pessacq, poursuivi avec un redoublement d'animosité, aurait vu ses biens confisqués et n'aurait sans doute jamais pu se disculper. « L'avocat

(1) Arch. nat. (Anciens fonds de la marine. — Corresp. du consul général Partyet avec le ministre de la marine.)

(2) Archives de Guipuzcoa, sec. Il, neg. 22, leg. 107 (1787), — 112 (1799), — 115 41805), — 116 (1806).

(3) Nov. Rec, VI, 11, 6.

(4) Guipuzcoano instmido, v* Con8ule$, — Gallardo, Renias de la Corona, t. II, p. 58.

144 l'espagnb de l'ancien régime

\< nous a prévenus, disent les négociants, que dans les afifaires c< de cette nature, et suivant le plan de persécution adopté « en secret depuis quelque temps, pour inquiéter tout Je (( monde indistinctement, sur de simples apparences ou « soupçons de vieilles fraudes, nous ne pouvons pas nous « flatter de trouver un notaire qui ose fournir un testimonio^ « ou un avocat qui ose nous servir (1). »,

Dans une autre lettre, les négociants déclarent à M. de Sartines « que la politique de TEspagne a été d'accorder « aux autres cours les privilèges qu'elle sentait ne pouvoir « leur refuser, et de donner en même temps à ses repré- « sentants des ordres peu expliqués, qui leur permissent « d'en éluder l'exécution. De tous les étrangers, les Anglais « sont ceux qui s'y trouvent le moins exposés, parce que « leur nation use de peu de ménagements avec la cour de a Madrid, et il en reste que les administrateurs et les bu- « reaux de justice craignent plus de leur manquer et sont « plus circonspects à leur égard (2) ».

Mais, dira-ton, les Français se plaignent toujours, et, par leur impertinence, ont dû mettre souvent les torts de leur côté. Cela a bien pu arriver quelquefois ; cependant les documents conservés aux archives du consulat de France à Cadiz et la longue correspondance du consul général Parlyet avec le ministre de la marine nous permettent d'affirmer que les négociants français d'Espagne se montrèrent, en général, courtois et respectueux des usages reçus dans le pays. En 1726, le consul de Cadîz a été obligé de quitter l'Espagne sur l'ordre du roi; l'assemblée des négociants français n^envote pas moins les présents d'usage aux autorités gaditanes (3). En 1727, nouveaux présents à M. le gouverneur, à son alcalde-mayor^h, son secrétaire, et aux autres «pour le bien du service de la nation » (4). En 1789, le consulat de Cadiz décide de faire chanter un Te Dct^m en l'honneur de l'avènement de

(1) Lettre des négociants français h M. Boyetet & Madrid, déc. ms. — Archives du consulat français de Cadiz. R. N. L., t. H.

(2) Id. ibld., 21 oct. 1777.

(3) Arch. du cons. fr, de Cadiz. Assemblée du 16 janvier 1726.

(4) Id. Assemblée du 4 janvier 1727.

Charles IV ; on lui fait observer qu'un Te Deum serait considéré comme inopportun, il y renonce et propose de doter douze jeunes ouvrières de la ville. On élève de nouvelles difficultés, et il convertit les dots en secours aux pauvres (1).

Les vexations des fonctionnaires n'empêchaient pas Madrid' d'être inondé de marchandises françaises et italiennes (2) ; Cadiz, en 1791, comptait 8.734 étrangers (3); on trouvait jusqu'à des juifs dans les grandes villes (4) et, dès 1772, la Junte de Tunique contribution estimait à 4.600.000 réaux les bénéfices des 79 maisons françaises de commerce de gros à Cadiz (5). En 1790, 237 négociants français de Cadiz souscrivirent pour 334.600 réaux de dons patriotiques (6).

Page 1