‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 20 sur 90 · X. — Statistique générale · texte numérisé non relu

X. — Statistique générale

En dépit de toutes les charges qui pesaient sur lui, malgré les avaries et les naufrages, les exactions des douaniers, les fraudes, les pirateries et les guerres, le commerce espagnol représentait sous Charles IV un chiflFre très supérieur à ce qu'il avait jamais donné.

Canga Arguelles estime le commerce intérieur de l'Espagne à 2.498.429.552 réaux (4); son commerce extérieur n'allait pas à la moitié. En 1789, ses exportations montaient à 289.973.980 réaux et ses importations à 717.397.388 réaux (5). En 1792, elle vendait pour 396.995.133 réaux, achetait pour

(1) Archives du consulat de Cadiz. Consulado. Notables^ 78, 13 (traite des nègres), 1803.

(2) Id. ibid., 78, 1803.

(.3) Le directeur de cette môme Compagnie se retira avec une commission de 551.100 réaux.

(4) Gang. Arg. Die. de hac.y y» Estadistica.

(5) Goxe, V Espagne sous les Bourbons, t. VI, p. 170.

714.898.698 réaux, et pour solde de la différence elle était obligée de payer en numéraire 317.903.565 réaux (1).

Si nous considérons ses relations commerciales avec l'Angleterre, nous voyons qu'en 1796 elle lui achetait pour 192.383.970 réaux et lui vendait pour 63.018.970 réaux (2).

La France lui achetait en 1787 pour 133 millions de réaux, et lui vendait pour 157 millions (3). En 1796, la France vend à TEspagne pour 184 millions et ses achats ne dépassent pas 31 millions. En 1801, la France vend pour 217 millions et achète pour 289 millions, parce qu'elle remonte son industrie et se réapprovisionne (4).

L'Espagne achetait à l'étranger de la bijouterie, des soies, des lainages, des toiles, des cotonnades, des cuirs et fourrures, des produits chimiques, des bois de construction, des comestibles et jusqu'à du blé. Elle vendait des vins, des eaux-de-vie, des fruits secs, de l'huile, de la soude, du kermès, du liège, de la garance, de la laine, du sel, du plomb, du tabac, de la vanille.

Le commerce de l'Espagne et de l'Amérique montait en 1786 à 199.636.809 réaux de marchandises espagnoles, et 182.313.787 réaux de marchandises étrangères exportées aux Indes, et 621.675.214 réaux de denrées américaines importées en Espagne. En 1796, le mouvement général représenta 304.747.392 réaux à l'exportation et 1.239.366.660 réaux à l'importation (5). En 1802, après la paix d'Amiens, le port de Gadiz reçut pour 1.626.770.940 réaux de produits américains.

L'Espagne exportait aux Indes du vin, des fruits secs, du beurre, des laines, des galons d'or et d'argent, des chaînes d'or, du cuivre travaillé, du fer, de la quincaillerie, des damas, des satins, des blondes, des bombasins, des couvertures, des gilets, des charretas d'or et de soie, des chemises.

(1) Gang. Arg. Die, de kac.^ to Balanza del comercio.

(2) Id. ibid., v« Amiens.

(3) Ce sont les chiffres officiels. On ne compte pas tout ce qui passe en contrebande.

(4) Gang. Arg Die. de hac, m° Basilea.

(5) Goxe, L'Espagne sous les Bourbons^ t. VI, p. 171.

des chaussettes, des caleçons, des bas de coton, de lin et de soie, des toiles, du fil, des mouchoirs de coton, de lin et de soie. Elle importait des laines d*alpaca, de vigogne et de huanaco, du sumac, du jalap, du quinquina, du poivre, du cacao, du sucre, du tabac, du bois de Gampéche, de Tindigo, de la cochenille, enfin des métaux précieux (1).

Les pays d'Amérique commençaient à peine à commercer les uns avec les autres. Guayaquil et Lima recevaient les vins du Chili et exportaient à Acapulco du cuivre, de l'huile, du sucre, du quinquina. Le Mexique exportait au Pérou quelques lainages de Queretaro, un peu de cochenille et quelques marchandises des grandes Indes importées en contrebande ^2). Le commerce de l'Espagne avec l'Asie montait à 32 millions de réaux seulement, tant à l'importation qu'à l'exportation (3j.

Si l'on réunit tous ces éléments, la moyenne du commerce général de l'Espagne pendant les quatre années 1787, 1788, 4 789 et 1792 représente le chiffre de 1.936.217.467 réaux à l'exportation et à l'importation (4). Mais dans ce total figup rent pour une grosse part les marchandises étrangères ache-

pi; tées par l'Espagne, et les piastres des Indes destinées non

I seulement à les payer, mais aussi à solder les traites an-

f. glaises qui représentent la valeur des marchandises de con-

; trebande introduites en Amérique par la Jamaïque et la Tri-

nité (5). Laborde porte le commerce actif de l'Espagne, dans ces mêmes années 1788-179?, à 667.311.284 réaux (6). Canga Arguelles fixe les gains du commerce espagnol & 466.363.516 réaux, représentant à peu près l'intérêt à 9 0/0 d'un capital de 5 milliards de réaux. Il ajoute que de 1787 à 1795 la valeur des exportations espagnoles passa de 1 à 4, et celle des importations de 6 à 8 (7).

(1) Gang. Arg. Die, de hoc., pass. '

(2) Humboldt, Essai sur la Nouvelle^Espagne, t. IV, p. 94. I

(3) Gang. Arg. Die, de hae., v« Estadisliea. ,

(4) Id, ibid., V'' Balanza del eomercio,

(5) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne^ t. IV, p. loi.

(6) De Laborde, Itinéraire, t. IV, p. 381.

(1) Gang, Arg. Die. de hae.^y^ Estadisliea.

Les progrès étaient donc manifestes, mais l'Espagne avait besoin de la paix, son intérêt évident eût été de garder la neutralité entre la France et l'Angleterre comme le voulait Aranda. Si elle n'était pas assez forte pour défendre sa neutralité, elle pouvait du moins s'attacher à un parti ; la polir tique absurde de Godoy la fit tour à tour amie et ennemie de la France et de l'Angleterre et la ruina. La seule place de Cadiz perdit 4S2 millions de réaux pendant la guerre contre la Convention, 1 .017 millions de 1796 à 1798 et 816 millions en 1804 (1). Que pouvaient les efforts des particuliers contre de pareils désastres ?

(1) Gang. Arg. Die. dehac, ▼• Cadiz.

Page 1