L ENSEIGNEMENT PUBLIC
^\ L*Espagne a eu, au xvi* et au xvu* siècle, une période
I d'admirable activité intellectuelle. Sa gloire littéraire a pré-
cédé celle de la France et les théories morales de ses grands ^- théologiens ont préparé dans une large mesure le mouve-
|: ment philanthropique du xvm* siècle (i).
1^ La culture espagnole a toujours été d'ailleurs aristocra-
rç tique et catholique, faite pour le petit nombre, asservie à
I? l'orthodoxie, et par conséquent de caractère conservateur
^: et traditionaliste.
^' Elle alla en déclinant pendant le règne de Charles IL
-;: Aucun effort sérieux ne fut tenté pour la relever avant
l Tavènement de Charles III, mais de 1760 à 1808 s'opéra
h dans toutes les parties de renseignement public un éner-
\\ gique et patient travail de rénovation, qui avait amené
f ; de réels progrès, lorsqu'il fut arrêté net par l'invasion
r française.
En 1760, l'Espagne n'avait presque pas d'écoles élémentaires. Quelques couvents de Franciscains et de Récollets avaient ouvert des cours de latinité, la jeunesse provinciale allait aussi dans les séminaires ecclésiastiques étudier le latin, au risque d'entendre beaucoup de théologie. Les '^ Universités, trop nombreuses et trop pauvres, distribuaient
en des cours moroses et interminables, un enseignement suranné, sans valeur scientifique. Les Jésuites possédaient quelques grands établissements comme le Collège impérial
(\) }Mtlo\(}SB.^ Influencia que iuvieron en el derecho publico de su patria, y singularmenle en el derecho pénal los filosofos y teologos espanoles ante- *: riores à nueslro siglo. Madrid, 1890, in-S®.
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de Madrid, et faisaient de bons humanistes. On eût cherché vainement dans toute l'Espagne un cours de sciences naturelles, ou de philosophie, ou d'histoire, ou même de droit castillan.
En 1808, le vieil édifice scolastique était éventré de toutes parts. On avait établi des écoles primaires, des asiles pour orphelins, des ouvroirs, des écoles d'apprentissage. N'osant encore organiser un enseignement officiel, Charles III avait du moins fondé des instituts modèles destinés à donner l'exemple des réformes. Les Universités avaient été reconstituées en 1772 et en 1807. Le grec, l'hébreu, l'arabe avaient retrouvé des chaires, le droit national avait pris sa place à côté du droit romain, l'enseignement des sciences expérimentales était entré dans les Universités. En dehors de ces grands corps, toujours réfractaires aux nouveautés, le roi avait encouragé les progrès d'un enseignement nouveau, d'allure plus scientiiique et plus moderne. Les Sociétés économiques des amis du pays ouvraient des cours et des laboratoires, traduisaient les meilleurs ouvrages étrangers, publiaient des livres nouveaux, distribuaient des encouragements à tous les travailleurs.
La médecine et la chirurgie cessaient d^étre des routines et prenaient le caractère de sciences. L'enseignement des Beaux-Arts était fondé. Enfin, au-dessus des Universités, des grandes écoles, des écoles libres, le roi avait créé et doté de nombreux et magnifiques instituts scientifiques, littéraires et artistiques qui auraient été admirés dans les pays les plus civilisés.