II. — Ecoles de grammaire
L'enseignement secondaire était moins mal partagé en Espagne que les études élémentaires, parce qu'il ne soulevait pas les mêmes appréhensions et que ses programmes ne donnaient pas encore matière à discussion.
Si beaucoup de gens pensaient que le paysan et Tartisan en savent toujours assez, tout le monde estimait Tinstruclion indispensable au fonctionnaire, utile au bourgeois et bienséante à Thidalgo. Il n'était pas encore question d^étendre outre mesure les programmes ; ni les sciences, ni les langues étrangères n'étaient enseignées ; le grec était presque partout laissé de côté ; Thistoire était négligée ; la philosophie se bornait à un catéchisme aristotélicien ; le latin constituait à peu près toute la matière de renseignement secondaire, considéré comme une préparation aux disciplines spéciales des Universités.
La grammaire, la rhétorique et la logique, les trois degrés du vieux trivium scolastique, s'enseignaient dans un nombre infini d'endroits. Il y avait des maîtres de grammaire enseignant librement ou chargés d'un cours municipal (2). A certaines époques il y eut en Espagne plus de chaires de latin que d'écoles primaires (3). Même après des réformes répétées, certains couvents de Dominicains, de Franciscains
(1) Arch. de Incitas, ibid,, 10 mai 1802, 6 ocl. 1803.
(2) Le maître de latinité de Tolosa avait, en 1789, 4.975 rs de traitement* Gorosabel, p. 355. — La chaire de grammaire de Molina de Aragon rapportait, on 1797, 6 rs par jour ; chaque élève donnait au maître 4 rs par mois ; un bénéfice simple, agrégé à la chaire par la Chambre royale, assurait au titulaire 550 rs de revenu. — Diario de Zavagoza, avril 1797. — La chaire de latinité de Ciudad-Real rapportait 3.300 réaux à son titulaire. — Gaceta de Madrid, 8 avril 1808.
(3) Gil de Zarate, Inslr. pub., II, p. 25.
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et d'Augustins conservaient une ou deux chaires de latin (1).
Quelques Ordres possédsfient de véritables collèges.
Les séminaires, établis en exécution des décrets du concile de Trente, servaient aussi de collèges aux jeunes gens qui se destinaient aux carrières laïques (2).
Enfin, les Facultés des Arts dans les Universités enseignaient le latin aux futurs théologiens, canonistes, juristes et médecins.
La plupart de ces collèges étaient fort misérables. Le Collège Saint-François, à Tolosa, institué en 1611 parDonaYsabel de Idiaquez, était installé dans une salle du couvent des Franciscains et avait 5.500 réaux de revenu (3). Les Collèges des Irlandais et des Ëcossais à Yalladolid avaient chacun 2 régents et 15 ou 16 élèves (4). A Saragosse, le Collège de la Très-Sainte-Trinité avait 10 élèves, celui de Saint-Vincent- Ferrier, 6 ou 8, celui de Saint-Jérôme était réservé « à la famille du fondateur » (5). Les séminaires étaient un peu moins mal installés ; quelques collèges d'Ordres faisaient seuls grande figure.
Les Jésuites avaient des collèges à Saint-Sébastien, Bilbao^ Compostelle, Cadiz, Gandia, Orense, Salamanque, Valladolid, Alcala, Baeza, Séville, Palma, Alicante, Valence, Tarragone, Tortose, Segorbe, Vich, Manresa (6). Leur Collège impérial de San-Isidoro, à Madrid, avait la plus vaste église de la ville. Ils dirigeaient les séminaires nobles de Madrid (7), de Calatayud, de Barcelone et de Valence (8). Ils possédaient 16 maisons au Mexique (9) et avaient littéralement couvert l'Amérique méridionale de leurs établissements (10).
(1) Ferrer del Rio, Bist. de Carlos m\ t. III, p. 183.
(2) f^ov. Rec, VIII, VII, 15. Notes 8 à 11.
(3) Gorosabel, Basquejode las antiguedades de Tolosa, p. 149»
(4) Twiss, Voyage en Espagne, p. 10.
(5) Borao, Historia de la Universidad de Zaragoza, p. 86.
(6) Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, III, p. 275-276.
(7) Galle de S. Bemardino, aujourd'hui hospice militaire.
(8) La Fuente, Hist, de las Universidades, t. III, p. 363-365-366.
(9) Id. II, p. 495.
(10) Id. III, chap. XL.
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. Ils étaient certainement à la tête de l'enseignement, tant pour la bonne tenue de leurs maisons que pour la valeur de leurs professeurs et même pour la variété de leurs programmes. Tandis que beaucoup de gens se mêlaient d'enseigner le latin sans même bien savoir Tespagnol, et bornaient letir enseignement à une connaissance mécanique de la grammaire (1), les Jésuites introduisaient dans leurs écoles nobles l'étude des mathématiques, de la physique, voire même de la nautique et de la balistique, et faisaient une part à la danse, à Tescrime et à Tart de découper à table {arte cisoria)^ tous talents qui contribuaient à former un cavalier accompli.
Malgré ces velléités progressistes, l'enseignement était extrêmement routinier et se réduisait en général à farcir la mémoire des jeunes gens de règles et de préceptes de grammaire, de rhétorique et de poétique, empruntés à des manuels, à des formulaires, où les maîtres croyaient naïvement toute la science enclose (2). On s'exerçait à parler latin. A manier sans une science suffisante une langue aussi difficile, maîtres et élèves perdaient bien vite toute élégance et toute correction.
L'expulsion des Jésuites entraîna tout d/abord une baisse très notable de l'enseignement ; mais le roi fut amené à s'en occuper, et ses conseillers affirmèrent les tendances scientifiques et pratiques que les philosophes français avaient mises à la mode. Un grand mouvement se produisit, qui eût fini par amener une véritable renaissance.
Le roi déclara que les biens confisqués à la Compagnie de Jésus seraient appliqués à la fondation et à l'entretien d'écoles nouvelles. La province de Guipuzcoa demanda l'achèvement du couvent de Loyola, destiné jusqu'alors à servir d'asile aux jésuites infirmes, et proposa d'y installer un
(1^ La Fuente, Hist, de las Univenidades, t. III, p. 340.
(2) iovellanos, Reglamento por et colegio de Calatrava, Ohras I, p. 193. — M. Menendez y Pelayo critique aussi amèrement l'emploi continuel, qui dégénère souvent en répétition mécanique, des libros de texto et y voit une des causes principales de la décadence des études en Espagne. — Prologue à l'édition espagnole de VRistoire de la LiUéraiure espagnole de M. Fitz Maurice Kellv, p. VI.
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collège avec chaires de mathémaliques, de navigation et de pilotage (1). Le Conseil des Indes se montra favorable à la création d'une Académie de mathématiques pour l'enseignement de la nautique (2). Le Collège de San-Gregorio de Mexico, confisqué aux Jésuites, se rouvrit sous le nom de Collège-Séminaire de San-Carlos et fut destiné à Tinstruction des fils des principaux caciques indiens (3). On commençait à comprendre que l'instruction est le plus puissant moyen d'assimilation*
Le règlement élaboré en 1780 par Jovellanos pour le Collège impérial de Calatrava, à Salamanque (4), nous renseigne très exactement sur les progrès désirés par les réformateurs les plus instruits.
Les humanités, dont le but est d'apprendre à bien penser, à bien parler et à bien écrire, restent la base de l'enseignement. Au lieu de les apprendre dans les vieux traités, véritables livres de cuisine avec recettes pour assaisonner toutes sortes de morceaux, on les étudiera sur les modèles et on s'assimilera les règles en les voyant appliquées par les maîtres
La liste des classiques comprend César, Térence, Cicéron, Tite-Live, Salluste, Tacite et Pline le Jeune, Sénèque et Columelle, Qui nti lien ; Virgile, Horace — les odes honnêtes — et des morceaux choisis tirés des œuvres de Catulle, TibuUe, Properce, Ovide, Sénèque, Juvénal et Perse. Tous les autres poètes, même Lucain, sont exclus, comme pouvant corrompre le goût. Tout ce qui dans les auteurs anciens se rapporte à l'Espagne et à son histoire, sera étudié avec un soin particulier. On mettra entre les mains des élèves le De ritibus et moribus Romanorum, de Newport, et son petit Traité de mythologie.
La langue castillane sera suivie depuis ses origines jusqu'à son complet développement. Jovellanos fait lire à ses étudiants des passages des Pariidasy le Comte Lucanor^ le
(i) Guip, inslr., v* Loyola.
(2) Arch. de Indias. Est. 145. caj. 7, leg. 12 (1785).
(3) Id., ibid.
(4) Obraa I, 168-229.
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Centon épistolaire du bachelier Fernân Gômez de Cibdareal (1) et les Trescientas de Juan de Mena.
Il veut qu'on leur donne une idée des règles du genre historique, et il range parmi ces règles la fidélité et la critique; il yeutque l'historien tienne compte de la chronologie, p connaisse la géographie, étudie la religion, les lois et les
^^ mœurs des peuples dont il parle. La classe matinale sera
consacrée chaque dimanche à la lecture et à Texplication de la Bible. Le professeur exposera l'histoire des livres saints d'après le Compendium du séminaire de Padoue ; les institutions hébraïques d'après la Bible de Du Hamel ; l'Histoire des peuples d'Orient d'après VApparatus de Lami (2) et le Dictionnaire de la Bible^ de D. Galmet (3).
I; Dans un autre ouvrage (4), Jovellanos vient à traiter la
question des langues. Il conseille le latin à l'ecclésiastique, à l'avocat, à celui qui veut suivre les cours des Universités ; au militaire, au marin, au diplomate, au commerçant, il donne le choix entre le français et l'anglais et définit admirablement le mérite propre à chacune de ces langues. La française offre une doctrine plus universelle, plus variée, plus méthodique, plus agréablement exposée, et surtout en rapports plus intimes avec les intérêts actuels et les relations politiques de l'Espagne; l'anglaise contient une doctrine plus originale, plus profonde, plus solide, et généralement parlant plus pure et plus conforme au génie espagnol (5).
Enfin, dans son Plan général d'instruction publique (6), il formule le programme scientifique de l'enseignement idéal qu'il a conçu. Laissant le haut enseignement philosophique aux Universités, il maintient les sciences mathématiques et
(1) Oavrage apocryphe, composé au xvi« siècle, probablement par Gil Gonzalez de Avila. (Fitz Maurice Relly, Hisloria de la lit, esp,^ p. 455.) Jovellanos s'y laissait encore tromper.
(S) Apparatuê Biblicus. Grenoble, 1687, in-f*.
(3) Dictionnaire critique et historique de la Bible. Paris, 1722, 4 vol. in-f«.
(4) Memoria eohre la educacion publica o sea tratado teoriço practico de ensenanza. — Obi'as I, p. 230*267.
(5) Obras l, p. 248.
(6) Bases para la formacion de un plan gênerai de instruccion publica» — Obras l, 268-276. — Cf. les plans simUaires d'Olavide (1767) et de Trigueros.
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expérimentales dans les attributions de renseignement secondaire, qu'il complète en instituant des cours de dessin^ de morale pratique et de commerce.
Les théories de Jovellanos étaient celles de son siècle entier ; l'Etat lui apparaissait comme l'éducateur naturel de la nation. Charles III n'osa pas créer de toutes pièces un enseignement officiel, il voulut du moins instituer deux établissements modèles qui donneraient aux instituts libres l'exemple de tous les perfectionnements et de tous les progrès. Il réforma le Séminaire des nobles de Madrid et ouvrit pour les roturiers les Etudes royales de Saint- Isidore .
Le Séminaire des nobles avait été institué le 21 sept. 1725 par Philippe V, et doté d'une rente de 2 maravédis par livre de tabac consommé en Espagne (1). Ferdinand VI et Charles III lui accordèrent une subvention annuelle de 2.000 doublons d'or (320.000 rs.) sur les vacantes de la Nouvelle- Espagne (2). Le programme des études comprenait l'instruction religieuse, l'espagnol, le français, le latin, la géographie, l'histoire, la poétique, la rhétorique, la logique, la métaphysique, l'hisloire naturelle et la morale (3). Le régime de la maison était l'internat, dont on s'était promis merveille pour inculquer le goût du travail à la jeunesse dorée de Madrid.
L'expulsion des Jésuites enleva au séminaire presque tous ses maîtres ; le roi prétendit que l'institution n'en souffrirait pas, et pour accentuer le caractère militaire de cette école aristocratique, il en confia la direction au premier mathématicien de l'Espagne^ à l'ingénieur de marine D. Jorge Juan. Mais beaucoup de familles nobles étaient attachées à la Compagnie de Jésus et boudèrent. Le collège bénédictin de Sorèze au diocèse de Toulouse devint la maison à la mode pour l'éducation des jeunes nobles (4). D. Jorge Juan connaissait mieux l'astronomie que la pédagogie, il
{\)Nov.Rec., VllI, III,!.
(2) Ârch. d*Alcala. Instr. pub., leg. 328.
(3) Goxe, L'Espagne sous les BourbonSf t. III, p. 648.
(4) Morel Fatio, Etudes, t. II, p. 252.
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avait soixante ans ; sous sa direction le Séminaire déclina. A sa mort (1773), le roi convertit le Séminaire en une sorte d'école palatine pour les enfants de ses serviteurs, et pendant dix ans le collège traîna sans gloire sa médiocre existence. En 1785, Charles III reprit Tidée d'en faire nue pépinière d'officiers. Il y avait quarante-deux placés et le prix de la pension variait de 8 à 14 réaux par jour ; encore pouvait-on obtenir des réductions.
Les revenus du collège passèrent de 785.300 rs. en 1774 à 1.080.278 rs. en 1792 (1). Malgré tous les efforts du roi, la décadence continua (2).
En 1793, Charles IV chargea D. Manuel Abad y La Sierra, archevêque de Selimbria et inquisiteur général, d'inspecter le Séminaire, et à la suite de cette inspection, un plan de réforme fut établi. Le directeur serait un ecclésiastique nommé par le roi, sur la présentation du premier secrétaire d'Etat ; il devait habiter le séminaire et visiter tous les jours les classes et les études. Il avait la haute main sur tout le personnel, élèves, domestiques, professeurs. L'internat était rendu de plus en plus rigoureux. Pas d'autres vacances que les dimanches et jours fériés, pas de sorties, sinon en cas de maladie des parents, pas de visites en dehors des heures de récréation, défense aux femmes de monter dans les chambres des directeurs d'études. Tout était prévu et se devait faire mécaniquement — comme au temps de la Compagnie.
Lever de 6 h. à 6 h. 1/2, prière et toilette. — 7 h. 1/2, chocolat. — 8 h., messe. — 8 h. 1/2 à 9 h. 1/2, étude. — 9 h. 1/2 à H h., classe. — H h. à midi 1/2, récréation. — Midi 1/2 à 2 h., repas et repos. — 2 h. à 3 h., récréation. — 3 h. à 4 h., étude. — 4 h. à 5 h., classe. — 5 h. à 6 h., chapelet, collation et repos. — 6 h. à 7 h., catéchisme et histoire de la religion. — 7 h. à 8 h., cours d'éducation et de politesse par les directeurs de salles. — 8 h. à 9 h. 1/2, étude des leçons. — 9 h. 1/2, souper et coucher.
(1) Arch. d'Alcala. Insti\ pub. y leg, 327.
(2) En 1194 les ressource? du Sémiaaire n'atteignent plus que 312.797 réaux et ses dépenses montent à 375.963 réaux. — Ibid., loc, cil,.
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On réglait jusqu'à la ration de chocolat des directeurs des salles [maîtres d*études] (1).
- Mais ce beau plan ne fut pas appliqué, et le 30 nov. 1798 un nouvel inspecteur, Tarchevêque de Burgos, dénonce les abus les plus criants.
Les bâtiments du collège sont en bon état, les domestiques se conduisent bien, les professeurs ne donnent lieu à aucune espèce de plainte, mais Fadministration, représentée par le directeur et Taumônier, ne vaut rien.
L'aumônier, labbé Scuditti, est étranger et parle un espagnol tellement mélangé d'italien que les élèves ne peuvent probablement pas le comprendre ; il ne se considère comme soumis à aucune règle générale, passe pour avoir une conduite légère, et se contente de faire ce que lui dit le directeur. Il prétend avoir deux ou trois fois demandé l'application des statuts de 1794; le directeur a répété après lui : « Les statuts I les statuts !... » L'abbé n^a pas insisté davantage.
Le directeur,* D. x\ntonio de Lara y Zufiiga, ancien chanoine de San-Ildefonso et inquisiteur à Séville, est rempli de l'esprit de domination, très vindicatif et sans la moindre probité. Il est à couteau tiré avec les professeurs. D. Blas Garcia, maître primaire, s'est une fois trouvé mal après une algarade du directeur. Ce haut fonctionnaire n'a'pas inspecté les études depuis quatre ans, et ne sait ce qui s'y pa«se que par les délations de son frère, grossier calomniateur dont la présence est un scandale dans la maison. Il n'a d'autre ami que le professeur d'histoire, D. Antonio Garbonell, qui s'est fait son âme damnée, est peu instruit, négligent, dort en classe, accepte des élèves des douceurs et même de l'argent, a vendu des livres de la bibliothèque, mais sert d'espion au directeur (2).
Instruit du fâcheux état où se trouvait le Séminaire, le roi promulgua le 28 juillet 1799 une ordonnance de réforme qui fut cette fois exécutée (3) et qui donna au Séminaire une réelle prospérité.
(1) Arch. d'AIcala. Instr. pub,, leg. 328. Mai 1794.
(2) Arch. d'Alcala. Instr, pub,, leg. 328.
(3) Nov. Rec.y VIII, m, 3.
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La direction fut rendue à un militaire, D. Andres Lopez y Sagastizabal, colonel de cavalerie. Il eut à côté de lui un second directeur, régent des études et secrétaire, un premier et un second directeur spirituel, 7 directeurs pour les sept divisions et un directeur surnuméraire Toutes les chaires furent mises au concours. Les professeurs, au nombre de 22, touchaient de 8 à 12.000 réaux et habitaient le séminaire « quand ils n'avaient pas Tinconvénient d'être « mariés (1) ». Outre les matières enseignées dès 1727, les programmes comprenaient la physique expérimentale , Tastronomie, la géographie, la chronologie, le dessin, la musique [piano et violon] (2). Le Séminaire ainsi reconstitué se peupla rapidement et comptait 347 élèves en 1806. La guerre de l'indépendance amena sa ruine.
Les Etudes royales de Saint-Isidore paraissent avoir été établies sur un plan mieux conçu et n'avoir point passé par les mêmes vicissitudes que le Séminaire des nobles.
Gréé en 1770, le nouveau collège fut organisé sur un plan très original et très intelligent. Les professeurs, tous nommés au concours, et pourvus d'un traitement de 6.600 à 11.000 réaux, formaient une sorte de chapitre autonome et gouvernaient le collège avec le concours d'un secrétaire, d'un comptable et d'un trésorier, chargés du matériel. Des maîtres répétiteurs à 3.500 et 5.500 réaux venaient en aide aux professeurs les plus chargés.
Les chaires étaient au nombre de 14 : Rudiments de latinité, — Préceptes de la syntaxe, — Qualités de la bonne version et propriété latine, — Poésie, — Rhétorique et éloquence, — Langue grecque, — Langue hébraïque, — Langue arabe, — Logique, — Mathématiques, — Physique expérimentale, — Philosophie morale, — Droit naturel et droit des gens, — Discipline ecclésiastique, liturgie et rites sacrés (3).
Le premier concours, présidé par deux conseillers de Gastille, fut très brillant. On en écarta les réguliers, à cause
(1) Diario de Barcelona^ 13 uillet 1802.
(2) Guia de forasterosp 1804.
(3) Ferrer de! Rio, BisL de Carlos III*. t. III, p. 212.
l'bnseignëmënt public 18S
de leurs opinions ultramontaines ; les professeurs des Universités vinrent concourir et Ton poussa le libéralisme jusqu'à confier les chaires de droit naturel et de discipline ecclésiastique à des gens suspects de jansénisme.
La chaire de poésie fut disputée par deux des plus iins littérateurs de Tépoque : Nicolas de Moratin et Ignacio Ayala. Ce dernier obtint la chaire et n'en resta pas moins Tami de son concurrent.
Les cours s'ouvrirent le !•' octobre 1171 par une séance solennelle où D. Manuel Blanco de Valbuena, professeur d'éloquence latine, fit en un latin élégant l'éloge du roi, restaurateur des études, et la critique vifulente et peu généreuse de la Compagnie de Jésus. Ayala lut un poème latin oîi il promettait de veiller en gardien fidèle sur les sanctuaires de Phébus et de chanter les lois et les droits imprescriptibles des Muses, qu'il engageait à oublier les fontaines du Parnasse pour les eaux du Manzanares.
Peu de jours après la rentrée eut lieu, en grande pompe, le transfert des reliques de saint Isidore et de sainte Marie delà Gabeza dans la chapelle des Reaies estudios.
Avec son personnel à demi laïque, ses chaires de sciences, sa philosophie débarrassée de la scolastique, son enseignement de tournure janséniste, le nouveau Collège prospéra rapidement; il avait 387 élèves en 1785; il en eut jusqu'à 400 un peu plus tard, presque autant que l'Université d'Alcala (1).
Mais les hommes lui manquèrent et il languit, victime des misérables habitudes d'incurie et de tripotage qui ont ruiné tant de belles choses en Espagne.
Le roi avait créé près de son Collège une bibliothèque formée avec les livres des Jésuites et l'avait confiée à un bibliothécaire appointé à 10.000 réaux. Au bout de peu de mois, le bibliothécaire était remercié; jusqu'en 1785, la bibliothèque resta dans l'abandon. Le roi décida alors qu'elle recevrait un exemplaire de tout ouvrage publié en Espagne et la fit ouvrir au public le 20 janvier 1786. En 1788, la
i) Ferrer del Rio, /oc. ctï. .. (
nomînalion de D. Joseph Villarroël comme bibliothécaire excita la jalousie des autres professeurs. Villarroël acheta -des livres, collectionna des médailles, mais trouva chez ses collègues une si violente opposition qu'il dut se retirer (l). D. Miguel de Manuel, son successeur, laissa tomber la bibliothèque dans un état lamentable. Les manuscrits se perdaient, rangés à la hâte dans une pièce dont le plancher menaçait de se rompre ; les élèves venaient lire des romans et des ouvrages prohibés, mêlaient leurs livres avec ceux de la bibliothèque et les emportaient ; le second bibliothécaire, D. Gandido Maria Trigueros, chef du département des médailles, en faisait le commerce ; son adjoint, Salcedo, limait les pièces d'or et d'argent (2). Une nouvelle inspection, dirigée en 1806 par l'inquisiteur général, démontra la persistance des abus ; au lieu d'y remédier, l'inspecteur imposa deux leçons de catéchisme par jour aux élèves et ordonna le rétablissement de la messe quotidienne à la chapelle (3), mesures assurément très louables, mais qui ne remettaient en ordre ni la bibliothèque, ni le médaillier.