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III. UniTeraitéfl

Les Universités partageaient avec les collèges renseignement du latin et préparaient à l'Espagne des théologiens, des canonistes, des juristes et des médecins.

Les Universités espagnoles étaient d'antiques corporations, investies par le pape ou par le roi du droit d enseigner et de conférer les grades, et vivant de leurs propres revenus.

L'Espagne en avait compté jusqu'à quarante et en avait encore vingt-quatre au xvm* siècle; trois grandes, Salamanque, Valladolid et Alcala de Henares, et vingt et une mineures, établies dans de grandes cités comme Saragosse, Valence, Grenade et Séville, ou dans de petites villes que

(1) Arch. de Alcala. InsL pub, L. 222, 6 nov. 1792.

(2) Arch. de Alcala. Ibid., 11 nov. 1199.

(3) /(/., janvier-févp. 1806.

l'enseignement public 187

Ton prétendait plus favorables au recueillement : OiSale, Ovièdo, Santiago, Avila, Toledo, Osuna, Almagro, Baeza, Osma, Siguenza, Orihuela, Gandia, Cervera (1), Huesca, Palma de Mallorca et Irache (2). Toutes souffraient d'un même mal : le manque de ressources. La science n'avait jamais été populaire en Espagne, les libéralités des particuliers étaient allées à des œuvres de charité ou d'ostentation plutôt qu'à l'œuvre du haut enseignement.

La plus riche des Universités espagnoles, Salamanque, avait 1.200.000 réaux de revenu (3) à répartir entre 80 professeurs; à Valladolid, l'édifice rachitique de l'Université disparaissait presque devant la masse imposante du Collège aristocratique de Santa-Cruz, comme l'Université d'Alcala devant le Collège de San-Ildefonso (4). Le capital du Collège de San-Ildefonso était estimé, en 1803, à 5.556.498 réaux.

Saragosse avait un revenu moyen de 50 à 60.000 réaux (5). Pampelune perdit, en 1770, le droit de conférer les grades parce qu^elle les donnait trop facilement et à trop bon marché, pour se procurer quelques ressources (6) ; à Onate les professeurs touchaient à peine 3.000 réaux et finirent par déserter la ville (7).

Les Universités étaient aussi mal administrées que mal rentées. Elles n'étaient pas toutes constituées sur un type uniforme, mais nulle part la direction scientifique des études n'était en de bonnes mains.

(1) L*Uiiiversité 4e Cervera, fondée par édit royal du 17 août 1717, avait remplacé les Universités de Barcelone, Girone, Lérida, Tarragone, Tortose et Vich. — Gil de Zarate, Instr, puhlica, t. II, p. 166. — Cf. R. Roig y Reig, Noiicias relativas a las antiguas Universidades de Levida, Vich^ Geronat TarrcLQona y Torlosa. — Revista critica de hist. y lit., 1899, p. 49-63.

(2) L* Université de Pampelune, créée en 1608 au couvent du Rosaire et incor^ porée successivement aux Universités de Saragosse et d'Alcala, perdit en 1770 le droit de conférer des grades, et fut réduite à 3 chaires de philosophie et 2 de théologie. La Fuente, Hist de las Univ., t. II, p. 447.

(3) Laborde, Itinéraire descriptif, t. II, p. 263.

(4) La Fuente, Hist. de las Universidades, t. II, p. 508-509*

(5) Borao, Hist, de la Univ, de Zaragoza, p. 66.

(6) La Fuente, II, p. 447.

(7) Arch. de Guip., sec. 4, neg. 6, leg. 10. — 1795. — La Fuente, IV, p. 230.

188 LBSPAONE DE l'âUGIBN RÉGIME

Salamanque était une véritable confédération anarchique. D'un côté, rUniversité soutenue par les couvents; de Tautre, les grands Collèges. Le recteur, étudiant nommé par ses camarades, était sans action ; l'assemblée des professeurs [claustra) n'avait que voix consultative ; l'autorité appartenait au chancelier et au chanoine écolfltre. L'Université était cléricale, mais les grands Collèges lui faisaient la guerre & coups de procès et ne songeaient qu'à maintenir leurs privilèges (1).

Alcala était une espèce de « République de Venise ». Le Collège de Sainl-Ildefonse était tout dans TUniversilé, et le recteur tout dans le Collège; c'était lui qui payait les professeurs et maniait les deniers, sans rendre compte ni au claustro, ni au chancelier.

Valladolid était plus démocratique ; le claustro y avait une grande influence et gouvernait l'Université avec 1 assistance du corps de ville et du chapitre cathédral (2).

A Saragosse, l'Université était placée sous le protectorat honorifique du Saint-Siège et sous le patronage de la cité. L'archevêque était chancelier-né ; il était assisté d'un recteur, choisi généralement parmi les chanoines ou les dignitaires du chapitre. Le claustro formait le Conseil de l'Université. Il comprenait un certain nombre de conseillers choisis dans toutes les Facultés, le recteur sortant, un fiscal, un receveur, deux secrétaires, un bedeau, un alguazil et un maître des cérémonies (3).

Cette organisation, assez simple et asse^ rationnelle, était considérée comme excellente, et le roi s'inspira des mêmes idées lorsqu'il établit, en 1717, l'Université de Gervera. Il se réserva seulement la nomination du chancelier (4).

Les Universités jouissaient en somme d'une large autonomie ; mais les mauvaises méthodes qu'on y suivait et le peu de valeur des examens et des concours peuplaient les

(1) La Fuente, t. II. p. 508.

(2) La Faente, t. II, p. 509.

. (3) Borao, p. 44.

(k)Real decreto, du 17 août 1717.

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clauslros de pédants paresseux, mettant leur pimto à maintenir les privilèges de leurs chaires et la routine de renseignement.

Le vice capital des Universités espagnoles résidait dans ridée même qu'elles se faisaient du savoir. Toutes les sciences étaient censées parvenues à leur con^plet développement et avaient été réduites en formules immuables, qu'il s'agissait uniquement de graver dans sa mémoire ; l'esprit d'initiative et d'invention, le goût des recherches (1), le sens critique^ la personnalité, le talent, tout ce qui distingue le professeur du rhapsode, était ignoré ou honni dans les claustros. Si quelque téméraire hasardait le bout du pied hors des sentier^ battus, il se rendait suspect à ses collègues et risquait d'être dénoncé au Saint-Office.

D. Graciliano Alfonso, professeur de droit canonique et civil à l'Université d'Alcala, fut l'objet d'une enquête de rinquisition à la fin du xviu'» siècle. Le commissaire répond c( qu'il était connu pour ses opinions risquées et son goût (( pour les livres défendus, que c'était un homme d'un talent « assez brillant et très appliqué, mais qu'il abusait de ses qua- « Utés... Il avait souvent des discussions avec les jeunes gens (c et essayait de leur inspirerses idées... Il est à craindre qu'il (( ait fait beaucoup de mal à la jeunesse (2) ».

On ne disait pas enseigner^ on disait lire la théologie ou le droit ; la maussade et endormante exégèse était à peu près la seule forme connue de l'enseignement.

Les programmes de l'Université de Cervera, créée de toutes pièces en 1717, représentent sans doute l'idéal que se faisaient d'une Université les conseillers du roi.

La Faculté des Arts compte quatre chaires de grammaire latine^ un des professeurs de latin fera aussi un peu de grec.

(1) Les instruments de travail faisaient presque partout défaut* En 1181 la bibliothèque de l'Université d*Alcala contenait 17.000 volumes, mais parmi tous ces livres, une cinquantaine seulement représentaient le mouvement contemporain. Gotarelo, Iriarie^ p. 241. — Valence avait une bonne bibliothèque que lui avait léguée Pères Bayer. Townsend, Voyage en Eepa» gne, t. III, p. 262.

(2) Archivo historiée nacional. Inquie. de Toledo, leg. i90> n<> 1.

190 l'bspagne de l'ancien régime

II y a une chaire de rhétorique et six chaires de philosophie. Celte dernière science paraît tout d'abord assez bien partagée ; mais comme le texte royal ajoute que trois professeurs appartiendront à Técole thomiste et trois à Técole suariste, on voit immédiatement de quelle philosophie il s*agit.

La Faculté de théologie compte sept chaires : deux thomistes et deux suaristes enseignent la théologie scolastique, un religieux franciscain a la chaire du subtil docteur (Duns Scol), un jésuite la chaire d'Ecriture sainte et d'hébreu. Il y a en plus une chaire de théologie morale.

Le droit canon a huit chaires. Cinq professeurs expliqueront en cinq ans les cinq livres des Décrétales [empezando todos los afios un catedratico el primer iibro^ y continuando los siguientes hasta cumplir el quinquennio). Il y aura en outre une chaire de prima (du matin), une du soir {de visperas) et une chaire du Concile de Trente.

Le droit civil occupe neuf professeurs, quatre pour les Instilutes, deux pour le Digeste, deux pour le Code, un pour le Volume, les Novelles et les Constitutions.

La médecine a une chaire de prima et une de visperas, une chaire de Pronostics^ une de Méthode, une de Pharmacie {desimpies) et une de Chirurgie et Anatomie. Le titulaire devait être un chirurgien latin.

Enfin le roi laissait prévoir rétablissement d'une chaire de mathématiques, quand on aurait trouvé un homme capable de les professer avec fruit {buscando para ella quien la lea con utilidad) (1).

Ce programme présente d'énormes lacunes. Ni l'histoire, ni la géographie, ni les langues vivantes ne sont enseignées à la Faculté des Arts : les sciences semblent ne pas exister. Le droit national est oublié pour le droit romain. Ce qui est plus triste encore, c^est que les matières enseignées s'apprennent dans des ouvrages beaucoup trop anciens ou dans des manuels d'une incroyable médiocrité (2).

(1) il. dccrc/o, du 17 août 1717.

(2) On croit généralement, disait un colon américain, que toute la science se trouve dans la grammaire latine de Nebrija, dans la philosophie aristotélique, dans les Insliiutes de Justinien, dans la Cvria philippioa^

l'enseignement public 191

La médecine était étudiée dans Hippocrate, dans Galien, chez Rhazès et Âvicenne ; c'est seulement vers le milieu du xviii« siècle qu'une traduction espagnole mit les Instiiutiones mediccB de Boerhaave entre les mains des étudiants (1). La superstition était si forte qu'un médecin de Mexico ayant demandé, en 1757, s'il ne ferait pas bien de se faire recevoir docteur en astrologie, le Conseil des Indes répondit qu'on ne pouvait être bon médecin si l'on n'était en même temps bon astrologue (2).

Dans les sciences, Àristote régnait sans partage, parce que « Newton^ Descartes et Gassendi ne font pas d'aussi bons « logiciens que le Péripatéticien » (3). Mais le respect qu'on avait pour Aristote n'allait pas toujours jusqu'à lire et étudier ses ouvrages ; la philosophie aristotélicienne était remplacée à Alcala par des questions subtiles et oiseuses (4). L'enseignement du système de Kopernik était interdit au début du xviii' siècle dans les Universités espagnoles (5), et Salamanque croyait encore, en 1764, que la nature a horreur du vide (6). Pour la plupart des étudiants, <( les mathéma* « tiques n'étaient qu'un tissu de mensonges et de sortilèges « semblables au jargon des bohémiens. D'autres soupçon- « naient que ce n'était pas à force de travail et de réflexion « que l'on étudiait ces sciences, mais à l'aide de la magie et « du diable (7). » On apprenait les mathématiques dans VAlmageste de Ptolémée et dans le Traité de la sphère de Sacro Bosco. Les seuls travaux que fissent paraître les mat- Ires étaient des sortes d'almanachs appelés Piscatores^ dans lesquels on insérait des anecdotes, des épigrammes et des énigmes dans le goût des Arabes (8).

dans la Théologie de Gonotet dans celle de Zaraga.* [Art de vérifier les dates. Supplément, t. Xll, p. 90.)

(1) Orden.deValladolid,\hp.2i.

(2) Arch. des Iodes. Est, 97, caj. 5, leg. 17.

(3) T^xe, L'Espagne sous les Bourbons^ t. VI, p. 185. — Ticknor, Rist» de la un. esp.^t nu p. 307.

(4) Ferrer del Rio, Hist, de Carlos III^, t. III, p. 191.

(5) Ticknor, III, p. 294.

(6) Baret, Hist, de la litt. esp., p. 576.

(7) Diego de Torres y Villarroel, Vida y aventuras,

(8) Goze, III, p. 590.

Id2 l'bSPAONE de L^ANCIEN RÉGIME

' L'étude du droit civil était peut-être la plus rebutante de toutes. L'enseignement consistait dans la lecture et le commentaire d'un certain nombre de traités particuliers que les étudiants voyaient solennellement défiler un à un devant leurs yeux. Il eût fallu trente-deux ans à un écolier de Salamanque pour parcourir le cycle complet des études (1). Le droit canon laissait encore plus à désirer ; un grand nombre dé ses dispositions étaient contraires aux lois du royaume, et il était enseigné par des moines dans un sens très ultramontain (2).

Tout avait été sacrifié à la théologie et la théologie ellemême agonisait. Gadaiso rapporte qu'on discutait à Salamanque en 1773 sur la langue que parlent les anges entre eux, ou si les cieux sont en métal de cloche ou liquides, comme le vin le plus léger (3).

« La scolastique, dit M. Menendez y Pelayo, était compté- « tement épuisée, et nous ne pourrions pas extraire une seule « idée utile pour notre étude, des nombreux cours de théo- « logie et de philosophie qui se publièrent en Espagne du- (( rant les cinquante premières années du xvin« siècle (4). » Elle eut cependant un maître en la personne du P. Luis de Losada, professeur de théologie à Salamanque, qui a laissé un cours complet de philosophie digne des meilleurs temps de la scolastique. Feijoo a dit que cet ouvrage avait ouvert les portes de Fécole espagnole à la philosophie expérimentale (5).

Personne n'a porté sur l'enseignement des Universités espagnoles un jugement plus sévère qu'Olavide et Jovellanos.

Olavide se plaignait que le caractère scolastique des études fit perdre en inepties et en frivolités le temps que l'on aurait dû employer à apprendre des choses sérieuses et pratiques (6) .

(1) Antequera, Hist.de la leg.,p. 382.

(8) A. Ferrer del Rio, HisL de Carlos III^, t. III, p. 191.

(3) Cotarelo, hHar*le, p. 128.

(4) Menendez y Pelayo, Ideas estelicas, t. lU, 1, p. 156. ^5) Gaudeau, Fray Gerundio, p. 37.

(6) Ferrer del Rio, op. cit., t. III» p« 188. Plan proposé au roi par Olavide pour la réforme de runiversité de SévUle.

l'enseignement public 193

« Les sciences, disait Jovellanos, ont cessé d'être pour « nous un moyen de chercher la vérité et se sont converties (( en un gagne pain. Les étudiants se sont multipliés à me- <c sure que baissaient les études, et à la manière de certains « insectes qui vivent de la pourriture et ne servent qu'à la « propager, les scolastiques, les pragmatiques^ les casuistes i< et tous les mauvais professeurs des facultés intellectuelles « ont entraîné dans leur corruption les principes, l'estime et « jusqu'à la mémoire des sciences utiles (1). »

Avec une pareille manière de comprendre la science, les examens et les grades ne pouvaient avoir aucune valeur; mais ils étaient si mal ordonnés qu'ils ne prouvaient même pas que le récipiendaire eût profité des médiocres études qu'il était censé avoir faites. Pour les étudiants pauvres, les grades n'étaient guère autre chose que des certificats d'assiduité ; pour les riches, c'étaient de simples parades.

Le baccalauréat était peut-être l'examen le plus sérieux. C'était le seul que possédaient, en 1770, la majeure partie des professeurs, des avocats et des médecins (2). Il avait ses règles particulières suivant chaque Université. On exigeait en général quatre ans de présence aux cours. L'examen consistait en interrogations sur les positions présentées à la Faculté par le candidat. Il y avait deux ou quatre professeurs argumentants, chacun d'eux pouvait interroger le candidat pendant un quart d'heure et discuter avec lui pendant un autre quart d'heure (3). Quelques Universités exigeaient du candidat qu'il eût pris part à une discussion académique d'apparat [auto mayor).

La licence supposait quatre ans de cours après le baccalauréat et un certain nombre de leçons et d'argumentations publiques faites au courant de ces quatre années (4). Quand on voulait gagner une année, on passait l'examen définitif

(1) Jov., Informe, n^ 342.

(2) Nov, Rec, VIII, viii, 1 (24 Janvier mo).

(3) Fullelo del maestro de ceremonias de Hirache, 1797.

(4) La licence en théologie à Alcala supposait 8 actes : Tentativa, Ado primeî*o, Aclo secundo, Ado lercero, Prindpio, Quodlibeio, Parva ordinaria. Magna ordinaria, Alfonsina, — La Fnente, Hist. de las Univ., III, p. 163.

l'bspaonb. — T. m. 13

194 l'espagne db j/angibn régime

« a claitstro pieno », devant tous les professeurs assemblés. Quand on avait fait ses quatre ans de stage, on passait devant un jury plus réduit. L'épreuve consistait en une argumentation sur un passage choisi par le candidat entre trois textes, tirés au sort par le président. Le candidat avait vingtquatre heures pour préparer son argumentation. On lui donnait une heure pour exposer la question et une heure pour répondre aux objections qui lui étaient posées (i). A Saiamanque, rcxamen définitif était dit « examen secret de la Chapelle Sainte-Barbe » parce qu'il se passait à la cathédrale, dans la chapelle de sainte Barbe, berceau de T Université ; on rappelait secret parce que l'étudiant n'en connaissait pas immédiatement le résultat, mais allait le lendemain le demander au recteur (2).

Le doctorat était moins un grade qu'un honneur (3). Après un simulacre d'examen, dont les matières étaient connues d'avance du candidat, il recevait la borla doctorale dans une cérémonie mystique qui présentait quelque analogie avec le sacre d'unévêque.

Dans la petite Université dlrache, le doctorat était conféré dans la chapelle de l'Université. On dressait dans le

(1) FolUlo de Hirache,

(2) La Fuente, op, cit., I pass.

(3) Voici le titre d'une thèse de Salamanque : At cum in scripturîè canoni^ cis per D. Paulum teslelur : Quid enim mihi de iis qui forts sunt jtidicare? disserendum venil an Ferdinando V et Elisabeth, ob eximiam religionem cafho» licis cognominalis S. P, Alexander VI, anno U9Z,Jure ac débite ex plomba" fia bulla commitlerel ut hos Indos hispanico subjicerent imperio et ad Christi fidem reducendos curarent ? Nos vevo habito respeclu ad dicta, non solum affimative verum et in bello indico ita processisse contendemus, prout ad catholicos decebat dijnaslas, — Hevue hispanique, t. î, p. 311.

Le P. Norberto Caimo, qui visita l'Espagne en 1755, assista h une thèse publique de théologie et décrit ainsi la cérémonie : c Pour vous donner une idée de la manière d'argumenter et de la force avec laquelle on le fait, je vous dirai seulement qu'on sent Tair s'a;?iter, les murailles trembler et tous les meubles frémir au bruit des tonnerres redoublés d'une multitude intarissable à'Ergo dont les décharges se suivent sans interruption. » Il s'agissait de savoir si la dévotion & Notre-Dame des Racines {Nuestra senoradeBaices) était, oui ou non, enracinée dans le cœur des Espagnols — Voyage d^Espa^ gne fait en l'année, 1755 (trad. du P. de Livoy). Paris, 1772, 2 vol. in-12. — Cité par G. Ueynier, La Vie universitaire dans Vancienne Espagne. Paris, Toulouse, 1902, in-12.

L^BNSËIGNEMBNT PUBLIC 195

chœur un buffet, sur lequel on plaçait une croix et deux chandeliers avec leurs cierges allumés. Au pied de la croix, le livre des Evangiles et un bassin d'argent contenant un anneau et un bonnet. Les assistants prenaient place de chaque côté du buffet, devant lequel était disposé un coussin pour le candidat. La cérémonie commençait par une prière au Saint-Sacrement, puis quelques professeurs posaient au récipiendaire une question à leur choix [giiod libet)^ le candidat répondait brièvement, en indiquant la solution adoptée par lui ou les solutions qui lui paraissaient probables. L'examen terminé, le maître des cérémonies amenait le candidat devant un petit pupitre décoré « d'un beau morceau de drap riche » et le candidat lisait sa profession de foi catholique. Puis le maître des cérémonies le prenait par la main gauche, le menait devant le recteur et demandait pour lui le grade de docteur. Le candidat s'agenouillait devant le recteur qui lui mettait la Bible entre les mains et lui disait : Accipe libnim utriusque tcstamenti Dei quod sit spéculum animœ /{«a?. Le candidat répondait : Sit. Le recteur prenait Tanneau dans le bassin d'argent et le passait au doigt du candidat en disant : Annulus iste sit signum conjunctionis animœ tuas cum sana doctrina Ecclesiœ catholicœ Dei, Le candidat répondait : Sit. Le recteur prenait le bonnet doctoral et en coiffait le candidat en disant : Authoritate pontificia et regia^ qiiâ in hac parte fiingor^ constitua te magistrum in artium facultate per hujus pilei ojmati impositionem, ut illam iiiterpreteris et doceas^ gaudeasque om7ubus priviiegits quitus gaudent qui hoc simili gradu condecorantur in hac aima Universitate.Quod cedat in laudem omnipotentis Dei Patris •{* et Filii f et Spiritus Sancti. Le nouveau docteur répondait : Amen^ et toujours à genoux, prêtait entre les mains du recteur, sur la croix et l'Evangile, un long serment de fidélité à l'Eglise, au roi et à T Université. Il se relevait, embrassait le recteur et tous les maîtres de l'Université, et après une prière au 3aint-Sacrement, le claustro se retirait avec la même solennité qu'à l'arrivée (1).

(1) Follelo de Biraçhe^

196 l'bspâgke de l'ancien ri^gimb

A Salamanque, le doctorat servait de prétexte à une fête qui durait trois jours et coûtait des sommes énormes au candidat. Ail début du xix* siècle, après plusieurs ordonnances de réforme, les frais d'un doctorat de Salamanque montaient encore à 20.000 rs, (1).

A Alcala, le nouveau docteur était armé chevalier, mais le Conseil de Castille se refusait à le considérer comme noble et lui accordait seulement Texemption des tailles roturières (2) .

Tout ce que Ton peut dire de mieux de ces examens, c'est qu'ils permettaient aux étudiants de faire montre d'ingéniosité, de faconde et de promptitude d'esprit, mais ces qualités, très communes en Espagne, ne suffisent pas à faire des savants.

Les concours pour l'obtention des chaires ne pouvaient donner de bien meilleurs résultats, puisque ceux qui y prenaient part y apportaient la science apprise à TUniversité et constatée par Texamen. Les concours étaient d'ailleurs rarement sérieux. La plupart des juges n'avaient que le grade de bachelier ; à Saragosse, les étudiants votèrent jusqu'en 1747 pour Tadmission des professeurs (3). Les jurys étaient remplis de parents et de commensaux du récipien daire. On lui tenait compte de ses relations, de sa docilité, de sa médiocrité même — car une science trop vaste eût senti l'hérésie — et la routine se fortifiait par les mêmes mesures qui devaient la combattre (4).

Dans ces Universités sans esprit scientifique, l'indiscipline des écoliers allait de pair avec Tignorance des maîtres. Les étudiants étaient soumis à un régime semi-ecclésiastique. Ils devaient porter la soutane et le bonnet et vivre dans les collèges dans une sorte de demi-internat ; mais la naissance et la fortune établissaient entre eux de telles différences,

(1) LaFuente, Hist, de las Univ., t. III, p. 237.

(2) Auto du 28 janvier ITIO.

(3) Dorao, Hist* delà Univ, de Zaragoza, p. 10!.

(4) En 1768, le Claustro de Salamanque voulait élire comme professeur de mathématiques un candidat qui ne savait ni arithmétique, ni algèbre et n'avait que trois mois d'études en astronomie. — R. Giron, Hist, de la ciudad de Salamanca, p. 464.

l'bnskignement public i97

et les riches gentilshommes donnaient à leurs camarades pauvres de si détestables exemples que personne ne vivait selon la règle.

Les fils de seigneurs étaient boursiers des six grands Collèges (Colegios mayores) de Saint-Barthélémy, de Cuenca, d'Oviedo et de FÀrchevèque à Salamanque, de Santa-Gruz à Yalladolid, de San-Ildefonso à Alcala (1).

Ces collèges avaient été fondés pour recevoir des étudiants pauvres, mais se prétendaient dispensés par le pape d'obéir à leurs constitutions primitives (2). La pauvreté était une cause d'exclusion ; et Ton recevait des étudiants ayant 500 ducats de revenu et davantage, possesseurs de riches majorats, pourvus de canonicats et de bénéfices sans charge d'âme de 40.000 rs. de revenu (3). L'heureux jeune homme qui obtenait une beca (4) dans un grand Collège avait huit ans devant lui pour préparer ses licences, et si, à l'expiration de ce délai, il n'avait pas encore gagné ses grades, ou s'il n'avait pas obtenu un poste à sa convenance, il restait comme hôte [uesped) dans le Collège, et travaillait à y maintenir les bonnes traditions, jusqu'au jour où il attrapait quelque place dans le clergé ou la magistrature. Administrant leurs revenus, choisissant et congédiant leurs serviteurs, nommant leur recteur, les colegiales étaient la plaie des Universités. Ils auraient cru déroger en suivant les cours de la Faculté, remplaçaient le certificat d'assiduité par une attestation de leur recteur, intentaient à T Université des procès insensés et lui faisaient à l'occasion les plus sanglants affronts (o).

Ils prétendaient acquérir la science par infusion et passaient ordinairement leur temps à jouer, à discuter, à discourir, sans ouvrir un livre et sans quitter un quart d'heure le

(1) Le coUège de Fonseca, à Saint-Jacques de Compostelle, était affilié à ceux de Saiamanque, le Collège impérial de Huesca à celui de Saint- Hdefonse.

(2) Coleccion de las reaies ordenesy II, p. 229.

(3) Ferrer del Rio, III, p. 193. RisL de Carlos ///<>, t. III, p. 193.

(4) Echarpe d'une forme particulière dont la couleur servait à distinguer les différents collèges.

(5) Cf. notre étude sur les Colegios mayores et leur réforme en 1771. — Rev, ^wp , t. vil (Paris, 1900).

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jeu, leur toilette, les soirées, le théâtre ou la table (1). Les anciens élèves devenus magistrats, chanoines ou prélats, restaient attachés à leurs collèges et formaient une vaste association, qui monopolisait les grandes charges au profit des familles aristocratiques (2). Les étudiants des petits collèges portaient le nom de manteistas^ h. cause du long manteau qu'ils devaient porter. II y avait parmi eux des jeunes hommes laborieux et rangés ; la grande masse étudiait peu — comme toujours, comme partout — et cherchait à singeries vices des riches colegiales. Au-dessous des élèves des petits collèges étaient les étudiants libres, vivant dans de misérables garnis, à Taffût de petits emplois, et comptant sur la soupe des couvents pour apaiser leur faim (3).

Les mœurs universitaires restèrent longtemps brutales. D. Diego de Torres se vante de n'avoir jamais vu dans sa classe ces bouffonneries, ces cris, ces insolences dont les élèves brouillons et mal élevés étaient coutumiers avec ses collègues. Mais il avait prévenu ses disciples qu'il « casserait la tète » au premier mauvais plaisant, et il s'emportaun jour jusqu'à lancer à la tête d'un impertinent un compas de bronze du poids de quatre livres ; l'étudiant esquiva le coup et les autres se tinrent désormais pour avertis (4).

D. Isidoro Ortiz, professeur à Salamanque, parle aussi avec amertume des étudiants, irréguliers, hautains, d*esprit léger et extravagant, sans respect pour les règlements ni pour l'enseignement, sans crainte des châtiments, sans désir des récompenses, qui se présentaient sans but et sans

(1) M. Fernandez, La hacienda de nuesiros abuelos^ p. 275. R. Giron, Hisi, de la ciudadde Salamancat'p, 483.

(2) Ferrer del Rio, llist. de Carlos 111°, t. IH, p. 196. — Charles Ilï nomma quelques manteistas conseillers de Castille, malgré l'avis de la chambre de Gastille et l'opposition évidente de Mufiiz. La reine écrivait & ce sujet à Tanucci (12 février, 6 mai 1759) que les colegiales étaient plus étroitement unis que les Trancs -maçons, et que leur union n'était d'aucune utilité pour la science, ni pour les arts. — Danvila y CoUado, Hislorxa de Carlos Ili^, t. II, p. 63.

(3) On les appelait pour cette raison sopones, — Ferrer del Rio, Rist, de Carlos IIIo, t. m, p. 198.

(4) LaFuente, Hist. de las Univ. y t. III, p. 314.

l'enseignbmënt public 199

intérêt à des cours où les professeurs exposaient leur réputation (l).

 Âlcaia, ]es étudiants en philosophie quittaient en tumulte les salles de cours pour aller dans la rue jeter des pierres aux passants.

A Saragosse, Suaristes et Thomistes s'attaquaient à coups de pierres (2) et se donnaient rendez-vous sur le pont de la Huerva pour dire des indécences aux dames (3).

Tout était prétexte à dissipation et à mascarade, la nomination d'un professeur, un auto mayor^ un doctorat, une fête nationale ou religieuse. On prêchait en vers dans les églises, on y jouait des mystères, on faisait défiler dans les rues des rosaires vivants, des cavalcades où figuraient les Sciences théologiques, les Hérésies, le Judaïsme, en caban vert et en bonnet jaune, le Jansénisme, le Quiétisme, la Morale relâchée et la Métaphysique ; le Bon Goût (castillan) portait sur un plateau du sucre, du sel, du piment et des épices (4). Et devant tant d'incohérence, de superstition et d'orgueil, les étrangers étaient peut-être un peu excusables d'appeler les Espagnols les sauvages de TEurope.

C'est ainsi que les jugeraient certainement nos critiques contemporains ; mais si l'on admet un instant que la vérité n'est pas de ce monde, que chacun peut la trouver où il la cherche et que le bonheur est après tout le dernier mot de la sagesse, on comprendra jusqu'à quel point ce baroque enseignement convenait au tempérament espagnol.

Impulsif et passionné, d'un individualisme intransigeant, l'Espagnol érige volontiers son caprice en raison, ses désirs en droits, et ne se reconnaît guère qu'un supérieur, qui est Dieu. Pourquoi donc irait-il se mettre au joug de l'étude, se condamner à l'ingrat et rebutant labeur, alors que toutes ces vaines sciences qu'on lui prône ne tendraient qu'à restreindre son indépendance, à gêner son initiative, à couper les ailes à son imagination ? Il n'y a pour lui qu'une science,

(1) La Fuente» HisL de las Univ,, t. III, p. 315.

(2) Borao, HisL de la Vniv. de Zaragoza, p. 97.

(3) Id.. p. 102.

(4) El P. Isla, La Juvenlud tnunfante, cité par Gaudeau, p. 44.

belle de rinconnaissable, la théologie, et il s'y jette avec la fougue qui lui est propre, soit pour s'élever avec les grands songeurs sur les cimes les plus vertigineuses de la pensée, soit pour s'amuser avec la foule des pèlerins aux longueurs et aux accidents du chemin. L'étude est pour quelques élus le chemin du ciel et pour tout le reste un jouet. On apprend à jongler avec les idées, on lance un argument comme la boule d'un bilboquet, et quand on est passé maître à ce jeu, on obtient les grades, et par les grades les places, les traitements, les honneurs, le droit à la considération et au farniente. Quelle philosophie vaut celle-là ?

Les ministres de Charles III étaient moins philosophes et plus pratiques et voulurent à toute force « mettre du scientifique » dans les Universités.

Ils crurent très sincèrement bien faire et luttèrent contre les obstacles avec un courage qui ne faiblit pas une minute pendant quarante ans« A ces corps immobiles qui s'appliquaient la parole : Non erit in te Deus recens, nec adorabis Deum alienum (i), ils imposèrent la tutelle royale, des réformes, de nouveaux enseignements et de nouvelles méthodes.

Le 14 février 1769, chaque Université fut soumise à un directeur nommé parle roi, qui eut la haute main sur le personnel, les programmes et renseignement (2). L'idée était bonne, mais la direction fut donnée à des conseillers de Castille, étrangers à l'Université, jugeant tout sur rapports, sans compétence spéciale et sans les loisirs nécessaires pour Tacquérir. Ces conseillers, presque tous anciens élèves des grands Collèges et intéressés à la continuation des abus, contribuèrent plus d'une fois à mettre les claustros en garde contre les réformes qu'ils décrétaient eux-mêmes comme législateurs (3).

Le 6 septembre 1770, le roi ajouta au directeur un censeur d'Université (4), chargé de surveiller l'orthodoxie reli-

(i) Ferrer de! Rio, HisL de Carlos III^, t. III, p. 190. . (2) Orden. de Vallad., I, p. 28. — Auto acordado du 2 décembre 1768. /ns^ruc^ion du 14 février 1769.

(3) Gil de Zarate, Instruccion pub , t. I, p. 55.

(4) Real prov., du 6 sept. 1776. — Nov. Rec, VllI, v, 4. 25 mai 1784.

L^BNSBIGNBMENT PUBLIC 20f

gieuse et politique des candidats aux grades. Le 28 novembre, ordre fut donné à toutes les Universités du royaume d'adresser au Conseil, dans le délai de quarante jours, un programme complet de refonte de l'enseignement. L'Université de Salamanque se montra la plus réactionnaire, celle d'Alcala la plus progressiste. Grenade ne remit son programme au Conseil qu'en 1776 et Valence qu'en 4787. Le roi n'attendit pas les réponses des Universités pour commencerles réformes.

Le 22 février 1771, les collégiales furent soumis à un rigoureux internat, les hospederias furent supprimées et les constitutions des collèges soumises à une commission de réforme (1). Comme les collèges de Salamanque ne voulaient pas céder, l'évèque D. Felipe Beltran, exécuteur des volontés royales, les fit fermer le l**^ juillet 1773 et y apposa les scellés. Pendant quatre ans il ne fut pas pourvu à une seule beca (2).

Ainsi se trouvèrent brisés en trois ou quatre coups les obstacles qui s'opposaient aux desseins du roi.

Le terrain déblayé, les réformateurs s'attaquent à la fois à l'administration, au personnel enseignant, à renseignement et aux examens (3).

Le rectorat est profondément modifié. Lo recteur est proposé par l'Université, qui doit le choisir parmi les docteurs ou licenciés ; il est nommé par le Conseil de Castille. Il est le chef naturel de la hiérarchie et le juge de tous ceux qui jouissent du fuero universitaire.

Il est assisté du claustroy composé des docteurs, licenciés et professeurs de l'Université. Le secrétaire tient les registres d'inscription, d'assiduité et d'examens ; le juge des revenus [juez de renias) procède comme juge royal contre les laïques débiteurs de l'Université, et comme juge ecclésiastique contre les clercs ou les débiteurs de dîmes. Le chancelier a la garde des privilèges universitaires. Le juge des études ou

(1) Ferrer del Rio, op. cit,^ III, p. 201.

(2) Falcon, Salamanca arUstica^p, 39.

(3) Orden, Vallad,

202 l' ESPAGNE DE l'aNCIEM RÉGIME

maître des écoles [maestrescuela) a la surintendance de l'enseignement. On voit encore à Salamanque un vice-secrétaire, deux bedeaux, un stationnaire de la librairie, un maître des cérémonies, un alguazil del silencio^ un bedeau des petites écoles, un comptable, un syndic, un sacristain de la chapelle Saint-Jérôme, un administrateur de Thôpital des études, un greffier des écritures, un obrero mayoty un appeleur, un horloger, un balayeur, deux notaires, deux grands clercs, deux dépositaires, deux receveurs, deux huissiers à verge, un fiscal.

Pour le recrutement des professeurs, l'ancienneté est supprimée et le concours devient la règle. Les chaires sont données à vie [en propiedad) ou pour deux, quatre ou six ans [en l'egencia). Le roi aurait voulu supprimer les chaires viagères, mais les titulaires firent une telle opposition à ce projet que le roi dut y renoncer (1). L'Université préside le concours et propose trois candidats au roi qui nomme le titulaire par l'intermédiaire du conseil (2). Le roi contrôle la composition des jurys, défend qu'on lui propose toujours en premier le candidat le plus âgé (16 septembre 1772) et ne permet plus Favancement qu'entre chaires de même ordre (9 mars 1773). En 1771, une chaire de philosophie morale étant vacante à Valladolid, TUniversité avait pour juger le concours un théologien, un juriste et un médecin (3).

Une retraite est accordée aux professeurs titulaires. Ils touchent la moitié de leur traitement après vingt ans de services, les deux tiers après trente ans.

L'enseignement, et c'est le point faible de la réforme, reste ôxégétique. Les réformateurs veulent instruire les hommes, mais ne veulent pas les émanciper ; ils veulent un enseignement pratique et professionnel, et la première vertu de l'étudiant est pour eux l'assiduité. Du 18 octobre au 25 juin, les professeurs doivent une heure et demie ou trois heures de

(1) Nov.Rec, VllJ, IX, 26, 18 oct. 1774.

(2) Nov. jRec, VIII, ix, 9. — 1769-1786.

{3> Ord. Vallad,, lî, p. 23.

l'enseignement public. . 203

cours tous les jours ouvrables. Les étudiants sont tous immatriculés et doivent suivre les cours du m«itin et ceux du soir ; ils ont en moyenne cinq heures de cours par jour, ce qui est tout à la fois excessif et insuffisant, parce qu'ils ne font rien en dehors de T Université.

Quelques progrès de détail sont réalisés.

Les écoles thomiste et suariste, qui divisaient la philosophie, sont supprimées (1).

Le droit national est enseigné concurremment avec le droit romain (2).

Les livres scolaires sont mieux choisis.

Les mathématiques ne sont plus enseignées d*aprës Pto*lémée, mais d'après Wolf et Newton.

Les livres de médecine sont empruntés aux étrangers : Boerhaave^ Haller, Van Swieten, Gorter, Daniel Leclerc.

Pour le droit, on se sert de l'ouvrage de Mora y Javara, Des erreurs dans le droit civile et du livre du savant portugais Barbadino sur la Véritable Méthode d'étudier^ où se trouvent des vues très saines sur la réforme de la législation (3).

La théologie se dégage peu à peu des subtilités de Técolc. Dès 1770, l'Université d'Alcala proposait de mettre entre les mains des étudiants les ouvrages de Gothi, de William Hessels, de Van Est et de Biîluart (4), qui font autorité encore aujourd'hui.

Gomme les bons livres classiques étaient rares, le roi engagea les professeurs à rédiger leurs cours et à les laisser à la bibliothèque de l'Université (5). Il proposa des prix et des pensions aux auteurs de manuels approuvés par l'assemblée des professeurs (6). Sous le règne de Charles IV,

(1) 23 déc. 1766. - Ferrer, IV, 296.

(2) Nov. Rec, VIII, iv, 7, 26 nov. 1802.

(3) Verdadero melodo de estudiai' para ser util a la republica y a la yglesia. — Valence, 1746.

(4)SMmmaS*' Thomas. Liège, 1746-175!.

(5) 5 nov. 1774.

(6) Ferrer, mst. de Carlos ni\ t. IV, p. 297.

204 L BSPAGNE DE L' ANCIEN RÉOrME

un grand nombre d'ouvrages français, anglais et allemands furent traduits et mis entre les mains des étudiants (1).

A côté des chaires d'enseignement, le roi établit des gymnases où les juristes et les canonistes s'exerçaient à la discussion sous la présidence d'un professeur [catedratico modérante). Les élèves de première année n'avaient pas le droit d'y prendre la parole (2).

Les actes solennels {autos mayores) furent conservés et gardèrent aux examens leur vieux caractère de joutes oratoires ; on se contenta de faire observer plus rigoureusement les règlements. On exigea le baccalauréat es arts de tout étudiant des Facultés majeures ; il fallut trois ans de cours pour obtenir ce baccalauréat.

Quatre ans de cours étaient nécessaires pour le baccalauréat en théologie, en droit canon et en droit civil. Les canonistes et les civilistes pouvaient gagner un an en passant à claustro pleno avec dix argumentants.

L'examen ne comprenait jamais qu'une épreuve orale.

Il ne fut rien changé aux programmes de la licence et du doctorat. Le roi se contenta de limiter les frais de celte dernière épreuve.

Charles III crut sans doute de bonne foi avoir restauré les études ; cependant les résultats de ses réformes furent peu considérables, parce que le personnel chargé d'appliquer les nouvelles méthodes demeura invinciblement attaché aux anciennes.

A peine rouverts en 1779, les grands Collèges se remplirent de nouveau d'étudiants orgueilleux et fainéants (3), cl l'état général des Universités laissait tant à désirer que le 31 août 1806, le roi demanda à chaque Université un rapport détaillé sur le nombre de ses [chaires et de ses étudiants, le chiffre de ses revenus, la durée des études et les livres suivis

(1) Mém. du Pr. de la Paix^ t. II. — Tableau de la situation de TEspa- «ne.

(2) Or(/.Fa//(M/., II, p. 21.

(3) Arch. hist. nac. — 19, 20, 20 bis. Instr. pub, Leg. 205. — !•' juillet 1112. Rapport de Don Pedro Diaz de RoJaSy visiteur du Collège de Saint^Ildefonse.

l'enseignement public ' 20K

dans les cours (i). Le 24 mars 1807, dix Universités n avaient pas encore répondu, et le 6 juin celle d'Osuna n'avait pas donné signe de vie.

Le 12 juillet parut Tordonnance de réforme, qui supprimait d'un seul coup onze Universités (Almagro, Avila, Baeza, Gandia, Irache, Onate, Orihuela, Osma, Osuna, Siguenza, Toledo), et enlevait le droit d'enseigner la médecine à celles qui ne pourraient pas créer un cours complet de médecine et de chirurgie. L'arithmétique, l'algèbre, la trigonométrie, la physique, la chimie et rhistoire naturelle entraient dans les programmes de la Faculté des arts. La médecine prenait un développement considérable. On lui attribuait neuf professeurs et l'on attachait un découpeur au cours d'anatomie. L'étude du droit civil exigeait dix ans, dont deux de droit romain et une année d'études pratiques. La théologie et le droit canon demandaient huit ans d'études, et le canoniste qui voulait devenir avocat devait faire quatre ans de droit civil avant d'être admis au barreau (2).

Cette fois les sciences envahissaient victorieusement les Universités ; mais en 1807 comme en 1771, le personnel manquait pour appliquer la réforme, et la routine avait encore de beaux jours en perspective quand l'invasion française vint licencier les Universités (4 mai 1808).

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