L^ENSEIGNEMENT PUBLIC
La province eut aussi ses sociétés savantes.
Dès la fin du xvii* siècle s'était formé à Barcelone un cercle littéraire sous le titre bizarre d'Academia de los descon/iados (qui doutent d'eux-mêmes) ; dispersée par la guerre de Succession, celle Compagnie reparut en 1729, sous le nouveau titre d'Académie des belles-lettres, et à la prière du comte de Perelada et du marquis deLlio, Ferdinand VI lui accorda, dès les premières années de son règne, le titre d'Académie royale. Elle se donna pour tâche d'étudier Thistoire de Catalogne, et publia en 1752 le premier volume de ses Mèmoires (1). L'Académie des belles-lettres de Séville reçut également en 1751 le titre d'Académie royale. Elle conçut le projet de publier une Encyclopédie universelle et le Conseil de Castille l'exhorta prudemment à traiter son sujet avec sagesse et discrétion (2).
Dans le dernier tiers du siècle, les Académies foisonnèrent : Académie de jurisprudence et de législation de Barcelone (1776) (3), — Académie de jurisprudence théorique et pratique de San-Carlos à "Valladolid (1784) (4), — Académie de mathématiques et beaux-arts de la Purissime Conception à Valladolid (1779) (5), — Académie de l'histoire nationale à Jerez (1790) (6), — Académie de médecine pratique de Barcelone (1770-86), etc., etc.
Mais les sciences restaient en dehors du mouvement ; on trouvait des théologiens, des juristes, des médecins même pour fonder des Académies, on ne trouvait ni mathématiciens, ni physiciens, ni naturalistes.
Le gouvernement tenta de ce côté un puissant effort. Charles III fopda l'Observatoire royal astronomique, Charles IV créa, en 1796, le Corps royal des ingénieurs cosmographes pour l'étude théorique et pratique de l'astronomie et la confection
(1) Memorias de la Real Academia de buenas lelras de Barcelonaf t. VIII) p. S, 7.
(2) Coxe, V Espagne sous les Bourbons, t. IV» p. 85 i*
(8) Pi y Arimon, Bar^eloîia antiqua y moderna^ t. II, p. 196.
(4) Sangrador, Hisloria de Valladolid, t. I, p; 629.
(5) Id. ibid., t* l,p. 628.
(6) Parada, Hombres iluslres de Jerez, p. lxxiv.
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des caries (1). En 1797, le Dépôt hydrographique donna à l'Espagne un institut géographique d'une réelle valeur.
Les sciences chimiques et naturelles furent enseignées, au Jardin botanique, par Ortega, Ruiz et Pavon, à TEcole royale de minéralogie, par Christian flerchen, au laboratoire royal de chimie, par Louis Proust (2). Le Cabinet d histoire naturelle, créé par Davilaet enrichi par Bowles, renfermait dès le commencement du xix« siècle de remarquables collections minéralogiques, ornithologiques, entomôlogiques et ethnographiques ouvertes au public deux j(Airs par semaine (3). s
L'enseignement de la médecine, si arriéré dans 1.^ Universités^ fut organisé de toutes pièces à Madrid avec un véritable luxe. Le collège royal de médecine (1795), l'école royale de médecine pratique, le collège royal de chirurgie de San-Carlos,la junte supérieure administrative de pharmacie (1804), l'école vétérinaire (1792-1802), donnèrent à l'Espagne des établissements d'un caractère vraiment scientifique, tels qu'elle n'en avait jamais eu (4). Cadix, Barcelone, Burgos, Santiago eurent aussi des écoles de médecine et de chirurgie. Des jardins botaniques furent créés pour la culture des plantes médicinales et l'acclimatation des végétaux utiles (5).
Tant d'efforts finirent par arracher les particuliers à leur habituelle inertie. En 1765, le comte de Pefia Florida et quelques gentilshommes biscayens fondèrent à Vergara la première Société économique des amis du pays (6). D'autres patriotes les imitèrent, et vingt ans plus tard l'Espagne comp-
(1) Le corps royal comprenait i directeur, 6 professeurs, 4 substituts, 12 aspirants ou élèves. On enseignait l'arithmétique, l'analyse et la géométrie, le calcul infinitésimal, la trigonométrie plane et sphérique, Toptique générale, l'astronomie synthétique, l'astronomie pratique, la construction des cartes, la météorologie, le dessin des plans, l'inspection du ciel. — Godoy, Mémoires, t. II, p. 279.
(2) Forasteros, 1804.
(3) Coxe, L* Espagne sous les Bourbons, t. VI, p. 192.
(4) Godoy, Mémoires, t. 11, p. 294, 293, 301. — Nov, Bec, VIlT, xii, 2, note 6.
(5) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos llï\ t. IV, p. 500.
(6) Id, ibid., t. III, p. 235.
tait plus de soixante sociétés de cette espèce {i) fondant des enseignements scientifiques, prodiguant des encouragements à l'agriculture el à J'industrie, instituant des concours, distribuant des prix. Les dames n'avaient pas voulu rester en arrière du mouvement, elles avaient créé des associations féminines {junias de damas) el s'occupaient entre elles d'oeuvres scolaires et charitables (2).
Ce réveil de l'initiative individuelle est peut-être le plus heureux symptôme qu'on puisse noter dans Thistoire intérieure du xviu® siècle espagnol. Il témoigne des progrès accomplis par l'esprit public et montre qu'à un moment l'Espagne fut vraiment en voie de guérison.