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V. — Les Universités des Indes

Le Nouveau-Monde bénéficia des progrès de la culture dans la Péninsule.

L'enseignement n'avait pas été absolument négligé aux Indes. Il avait bien fallu apprendre le latin et la théologie aux prêtres, le droit aux procureurs et aux avocats, la médecine aux médecins. On avait donc fondé des Universités en Amérique. Celles de Mexico et de Lima étaient de création royale et dataient de 1551 (3). Puis le roi s'était désintéressé de la question et avait laissé le champ libre aux ordres monastiques.

Divisés entre eux et disciples des trois écoles rivales, thomiste, scotiste et suariste, les Franciscains, les Dominicains, les Jésuites luttèrent de zèle à qui gagnerait le plus d'âmes

(1) (C. R. Florida, §17.) Rehfues, L'Espagne en 1808, t. I,p. 163,

« Elles ont leurs défauts, dit Gabarrus, mais leur effet sur Topinion est incalculable ; on doit à leurs rapports d'avoir fermé la porte à beaucoup d'erreurs ; sans elles les grandes questions de la loi agraire, des majorats, des monts de piété, de la liberté des arts et tant d'autres n'auraient pas été discutées ; l'art d'écrire avec méthode, de prêter la force de Téloquence aux sujets les plus arides» en un mot de s'expliquer avec exactitude et propriété doit ses progrès à cette institution. » — Elogio del conde de Gausa, Âp. xxxi.

(3) Goxe, L'Espagne sous les Bourbons, t. VI, p. 109.

(3) Antequera, HisL de la legislacion, p. 476.

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à la bonne doctrine, à qui fonderait le plus de collèges, le plus de séminaires. Il résulta de cette rivalité que l'Amérique comptait, à la fin du xviii* siècle, dix-neuf villes d'Université (Santo-Domingo, Habana, Mechoacan, Guadalajara, Mexico, Chiapa, Mérida de Yucatau, Guatemala, Santa-Fé de Bogota, Caracas, Quito, Guzco, Lima, Guamanga, Cbuquisaca, Santiago de Ghile, Gordoba del Tucuman, Buenos- Ayres , Manila) , et offrait le spectacle unique de villes pourvues de deux et même de trois Universités rivales (1).

Trop nombreuses, les Universités des Indes étaient aussi pauvres que celles de la métropole. L'Université royale de Santa-Fé de Bogota n'avait que 55.000 réaux de revenu pour 15 professeurs (2). Au collège royal de Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Ildefonse de Mexico, un avocat avait enseigné le droit civil et le droit canon pendant trois ans sans traitement, et avait reçu en récompense deux rations quotidiennes et l'emploi de laquais du vice-recteur (3). L'Université de la Havane avait obtenu, en 1767, un million de pesos sur le temporel des Jésuites, mais n'avait encore rien touché de ce cbef en 1802, et demandait un secours annuel de 2.000 pesos pour payer ses maîtres (4). L'Université de Guadalajara, en Nouvelle-Espagne, fondée le 18 novembre 1791, était dotée avec un impôt de i à 2 ^ sur les cures des évêchés de Guadalajara, Valladolid et Durango. On promettait aussi quelques chapellenies aux professeurs. Guadalajara donnait 150 pesos par an, Tévèque 20.000 pesos, le chapitre 10.000. Pendant huit ans on devait réserver à l'Université le produit des grades majeurs, on l'installait dans le collège des Jésuites et l'on prenait des chanoines et des moines pour enseigner la théologie (5).

Mexico et Lima étaient restées les grands centres d'in-

(1) Santa-Fé de Bogota en avait deux, Quito, Lima et Santiago de Ghile en avaient trois.

(2) Art de vérif., les dates. Supplément, XH, p. 88.

(3) Arch. des Indes. Est. 145, caj. 7, leg. 12.

(4) Id. ibid.. 27 fév. 1802.

(5) Arch. des Indes. EsL 143, caj. 7, leg. 12, 18 nov. 1791.

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struction. A Lima, F Université de Saiot-Marc, fondée par Charles-Quint, enseignait la théologie, le droit et la médecine. Le grand collège de Saint-Philippe et le collège de Saint-Martin (jésuites) s'unirent en 1767 pour fonder le Real y Mayor Convictorio de S. Carlos^ qui enseignait la philosophie, ]a théologie, le droit et la médecine. Le séminaire diocésain avait des chaires de philosophie et de droit civil ; jusqu'en 1767, les Jésuites possédèrent à Lima un noviciat et une maison professe, les autres ordres y avaient six collèges ; le roi y fonda, le 23 juillet 1753, un amphithéâtre anatomique (1).

L'Université royale et pontificale de Mexico (2) habitait un vrai palais terminé en 1776. Elle avait, comme les Universités d'Espagne, scm colegio Mayor, le collège de Notre- Dame de tous les Saints^ déclaré Mayor en 1701 (3). Sept autres collèges : collège de S. lldefonse (1573), — collège des enfants, fondé en 1726, pour les enfants de chœur, — collège de Santo-Domingo de Porta Ca?li, — collège de S. Gregorio, — collège de S. Pablo, — collège de S.-Jean de Latran, fondé en 1529 pour les Indiens, — colUige de S.-Bonaventure (4), gravitaient autour d'elle. Les programmes étaient les mêmes qu'en Espagne, mais plus grande encore était l'importance donnée à la théologie (5).

En 1768, le roi fonda à Mexico une école de médecine. L'école des mines (1791) était le plus bel édifice de toute la ville, avec 7 cours intérieures, 11 fontaines^ 13 escaliers et 238 pièces de toutes dimensions (6).

Le recteur, le vice-recteur, les conseillers et le secrétaire de l'Université delà Havane devaient être des religieux (7).

(1) LaFuente, Hist. de las Univ., 1. 111, p. 342.

(2) Arch. des Indes. Est, 97, caj. 5, leg. 17.

(3) Arch. des Indes, Est, 145, caj. 7, leg. 12.

(4) Arroniz, Manunl del viajero en Mexico, p. 76, 77, 78, 123.

(5) Caracas avait deux chaires de philosophie — quatre de théologie » deux de controyerse — une de philosophie morale — une de théologie positive — une de droit civil — une de droit canon et une de médecine. {Art de vérifier les dates, suppi. XII, p. 88*)

(6) Arroniz, p. 123.

(7) U Fuenle, III, 335.

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Les professeurs des Universités des Indes étaient nommés directement par le roi (1) ou désignés par les vice-rois. Dans ce cas, ils devaient obtenir la confirmation du Conseil des Indes dans un délaide cinq ans (2).

L'enseignement présentait les mêmes défauts qu'en Espagne; les cours n'étaient que d'interminables dictées ; les examens de simples certificats d'assiduité, délivrés parfois sur l'attestation de deux camarades (3). Les autos mayor^s étaient encore plus vides qu*en Espagne. On vit, en 1784, l'Université de Mexico épuiser tous les honneurs universitaires pour récompenser un jeune bachelier de 24 ans, qui avait argumenté avec le plus grand talent contre les professeurs en exercice et en retraite, les doyens des Facultés et les maîtres des Ordres religieux agrégés à l'Université (4).

Il y eut cependant de beaux travaux exécutés dans ces Universités du Nouveau-Monde. Les Jésuites établirent les dictionnaires et les grammaires de la plupart des dialectes américains (5). Des naturalistes recueillirent de riches collections de plantes, d'oiseaux et d'insectes (6).

La Mineria de Mexico réussit à améliorer la législation minière, l'exploitation des mines et le traitement des minerais (7).

A la fin du xviii® siècle, quelques symptômes d'activité se manifestent : deux professeurs de Caracas abandonnent la philosophie aristotélique et donnent les premières leçons de philosophie moderne (8} ; des écoles de dessin et de musique s'ouvrent dans différentes villes.

L'archevêque de Mexico établit une chaire de chimie à l'hôpital de S.-Andres (9). Un observatoire astronomique se fonde à Santa-Féde Bogota (10). Mais l'Inquisition contrarie tous

(1) Arch. deslnde8. E$tAk^, caj. 7, leg. 12, 30 mai 1115.

(2) Arch. des Indes. Bsl. 97, caJ. 5, leg. 17» 1758. (8) Id.ibid.,1758.

(4) Id.ibid., 1754.

(5) La Fuente, UisL de las Univ., t. III, p. 338.

(6) Humboldt, Essai polilique sur la Nouvelle-Espagne, 1. 1, p. 428.

(7) Chevalier, Le Mexique, p. 306.

(8) La Faente, III, p. 341.

(9) Arch. des Indes. Est. 145, caj. 7, leg. 12.

(10) La Fuente, Hisi. de las Univ.^ loc, cil.

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les progrès. Elle surveille étroitement rimprimerie, elle ferme les Indes espagnoles aux livres étrangers (1), elle persécute les professeurs suspects de libéralisme, comme Abad yQueipoet Rojas (2); les colons qui voyagent rapportent dans leur pays l'amer souvenir de la liberté dont ils ont joui à l'étranger; la culture officielle ne leur suffit plus. Ils commencent à ne plus avoir foi en l'Espagne, à ta moins respecter et à la moins craindre.

(1) Chevalier, Le Mexique, p. 286.

(2) Chevalier, id.» p. 324.

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