‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 28 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le droit de parler et d'écrire librement est admis depuis si peu de temps par les législations européennes, et parfois avec tant de restrictions, qu'on ne peut reprocher à l'Espagne du xviiï* siècle de l'avoir méconnu ; mais il est certain que Técrivain était assujetti en Espagne à plus d'entraves qu'en France, en Angleterre, en Hollande, ou même en Prusse, et que ce défaut de liberté doit être considéré comme l'une des principales causes de Tinfériorité de la science espagnole.

Cette infériorité n'est d'ailleurs que relative, et les érudits castillans ont eu parfaitement raison de protester contre les assertions injurieuses des de Langle (1), des Masson (2), des Tiraboschi (3), dos Bettinelli (4) et autres hispanophobes de la fin du xviii' siècle. La culture espagnole a progressé à cette époque ; TEspagne a fini par posséder un certain nombre d'hommes éclairés, qui eussent figuré avec honneur dans n'importe quelle autre société européenne. Elle acompte beaucoup d'hommes instruits et laborieux. Il reste vrai seulement que son action sur le progrès des sciences proprement dites a été presque négligeable. Elle a beaucoup travaillé pour s'élever au niveau de la culture générale, certains Espagnols y sont parvenus, mais il n'en est pour ainsi

(1) Marqiiis de Langle, Voyage de Figaro en Espagne, 1784.

(2) Encyclopédie méthodique. Géographie moderne, t. I, p. S54, 568, art. Espagne, Paris, 1772.

(3) Tiraboschi, Sloria délia lelteratura italiana, Florence, 1774 et années suivantes. Id. Diario de Modena.

(4) Bettinelli, Risorgimento d'italia negli studii, nelle arti e nécostumi dopo il mille. Bassano, 1775.

dire pas qui aient été des hommes d'avant-garde ; l'Espagne du xviii'' siëcle a compté quelques savants, et presque pas d'initiateurs (1).

Page 1