CHAPITRE PREMIER
L AGRIGULTCRE.
Si Ton en croyait les poètes, l'Espagne serait un véritable Eden : on n'entend dans leurs vers que ruisseaux, zéphyrs et rossignols. H s'en faut de beaucoup que la réalité réponde à leurs descriptions, et, choqué par le contraste, on est tenté de dire, avec un homme d'esprit, que TEspagne est c(un paradis pour les oreilles et un enfer pour les yeux ». Sans aller aussi loin, l'aspect du pays est, en général, peu séduisant. Les montagnes pelées et brûlées par le soleil, les rivières desséchées ou roulant des flots de boue rouge, les villages sordides, les églises carrées, et closes comme des bastilles, l'épaisse couche de poussière qui recouvre tout en été, la boue poisseuse où tout s'enfonce en hiver, donnent le sentiment d'une tristesse morne et accablante. Beaucoup d'étrangers restent sous cette impression, qui n'est pas absolument juste. Sous le soleil d'été, cette misère s,e mue en magnificence ; et la race têtue et passionnée qui habite le pays sait faire avec ces pierres du blé, de l'huile et du vin. Puis, Qà et là, dans une vallée de fleuve, dans un petit l'sspagnb. — t. m. i
bassin abrité, sur les bords de la mer, il y a des oasis d'une fertilité et d'une beauté sans égales (1). Partout où Teau coule, la terre donne une récoîfe (2), et le rendement serait bien plus considérable si la culture était moins arriérée, le paysan moins pauvre et moins routinier, la loi plus intelligente et plus libérale.