III. — Sciences morales et politiques
T/iéologie. — S'il y avait une science libre en Espagne, ce devait être la théologie à laquelle toutes les autres avaient été subordonnées et sacrifiées. Elle paraît avoir été l'objet d'une sorte de culture intensive et Ton s'attendrait à lui voir prendre un développement inoui. Seul arbre du jardin, elle devrait, ce semble, le couvrir tout enlier.
La théologie espagnole a eu, en ciïet, son heure de gloire; mais, au xviu* siècle, cette heure est passée, l'Eglise espagnole ne compte pas à cette époque un seul grand docteur. L'ouvrage théologique le plus considérable qui ait alors paru est l'Encyclopédie théoloyico-scolastique du jésuite Gêner, qui devait embrasser le dogme, la polémique, la morale, l'histoire des conciles et des hérésies, donner la liste de tous les écrivains et de tous les monuments religieux. Seuls, le prodrome %i les six premiers volumes ont paru (3).
(1) Dessalles, Histoire générale des Antilles, i, IV, p. 103.
(2) Gazeta de Guatemala, 20 fév. 1797.
(3) Menéndez y Pelayo, Cieneia espanola, t. III, Teologia.
230 l'espagn£ de l'ancien régime
Le temps n'était plus à ces grands ouvrages. Les hommes d'Etat voulaient briser le vieux moule scolaslique et aristotélicien et renouveler renseignement théologique. Ils cherchèrent à détruire les rivalités qui divisaient les écoles thomiste, scotiste et suariste et à remplacer les vaines subtilités par une étude sérieuse et précise du dogme, de l'histoire et du droit ecclésiastique (1).
Le P. Scio de San Miguel traduisit la Bible (2). Le jésuite Diosdado Caballero étudia la langue évangélique (3), d'autres publièrent d'intéressantes monographies (4). D. Félix Amat écrivit une Histoire ecclésiastique (5). Fr. Agustin Cabades et le P. Villeroig composèrent des bistittitions théolo^ giqiies à l'usage des écoles. Jean-Baptiste Munoz publia son traité : De t usage légitime de la philosophie nouvelle dans la théologie. On traduisit quelques ouvrages étrangers (6). On
(1) « Notre enseignement théologique est à reprendre par la base », disait en novembre 1901 un chanoine catholique allemand.
(2) Le P. Sarmiento ne connaissait encore que deux traductions espagnoles de la Bible : Tune faite par les Juifs, imprimée à Ferrare en 1553, et une autre faite par les calvinistes. Il ajoute que les versions de la Bible en langue vulgaire sont prohibées en Espagne. — Semanario erudifo, t. V, p. 141.
(3) De lingua evangelica (1798).
(4) D. Pablo Ignacio de Dalmases y Ros, DUertacion sobre la verdadera patria de Paulo Orosio que fue Tarrapona en Catalufia, y no Braga en Portugal. Barcelona, 1702.
— El P. Girves, De sectapriscillianislarum ^mer/a/io. Roma, 1753.
— Perez Bayer, Damasus et Laurenlius Uispanis assei'ti et vindicati. Roma,
— Faustino Are val o, Prudentiana (excellent commentaire sur la vie et les œuvres de Prudence, en tête de l'édition de Rome, 1788).
— Id. Prolegomena in carmina Dracon/ii (en tôte de l'édition de Rome, 1791).
— Id. Introduction aux œuvres de Juvencus et à THymnodia hispanica.
— Id. Isidonana (riche et étendu commentaire en tête de l'édition de Rome, 1792).
M. Menéndez y Pelayo, Ciencia espanola, 1. 1, p. 92.
(5) Resumen d indice su7nario del tralado de la Iglesia de J. C, 6 hislona eclesiastica,
(6) La Passion de J.-C. du P. Steinhurst, traduite par Berguizas. Collection des anciens apologistes de la religion chrétienne, traduite par
D. Manuel Ximeno. i
Considérations sur les ouvrages de Dieu dans Vordre de la nature^ de Tallemand Stume.
Les sermons de Jérôme de Trente^ traduits par D. Joseph Marcos de Vieros.
Godoy, Mém,,X, II, p. 292 et 332.
LA SGIBNGB 231
publia quelques apologies et traités de polémique populaire (1). D. Joaquin Antonio del Gamino put combattre ouvertement la légende du vœu de saint Jacques, et son travail fut publié au tome IV des Mémoires de l'Académie de rhistoire (2).
Philosophie, — La philosophie commença de s'émanciper tant soit peu de la théologie. La vieille scolastique continua encore à être enseignée (3). L'école lullienne trouva un érudit défenseur en la personne du jésuite Jayme Custurer (4). D. Gregorio Mayans, D. J. B. Munoz et D. Andres Piquer (5) continuèrent les traditions de Técole de Vives. Mais les écoles étrangères eurent aussi leurs représentants en Espagne. D. Luis Antonio de Vernei, archidiacre d'Evora [el Barhadino) et D. Antonio Eximeno firent connaître le sensualisme (6). D. Valentin Foronda traduisit la Logique de Gondillac (1789). D. RamonGampos, dans le Système logique et dans le Don de la parole (180i), se révéla comme un disciple de Destutt de Tracy. D. Tomas Lapefia publia en 1806 un Essai sur l'histoire de la philosophie^ qui n'est guère qu'une traduction de Y Encyclopédie, D. Andres Maria Santa-Gruz s'inspira de la théophilanthropie dans son Culte de l'humanité^).
Toutes ces nouveautés ne passèrent pas sans protestations. Le cistercien D. Antonio Rodrigue/ fit paraître en 1776 son Ami de Dieu [El Filoteo). Fr. Fernandez de Geballos écrivit ses études sur la Fausse Philosophie (1775-76), le Jugement final de Voltaire^ l'Analyse de /'Emile, les Causes de l'inégalité
(1) Jaan Pablo Forner, Presei*vativo contra el ateismo.
Le P. Calatayud, El magistetHo de la fe y de larazon, i761. Valcarcel, Los desengafios filosoficos, 1787, 4 vol. Olavide, El Evangelio en triunfo, Valencia, 1797.
(2) Lafuente, Hist. de Espafîa, t. XVI, p. 139 et 147.
(3) Cours du Franciscain Gonzalez delà Pefia, du Jésuite Luis de Losads, du P. Biedma, du P. Aguilera, de Félix Amat, archevêque de Paimyre. Traités du P. Ravago. — Menéndez y Pelayo, Ciencia espanola (Filosofia).
(4) Diserlaiiones hislôncas en defensa de Raimundo Lulio, 1700,
(5) LogicOt Filosofia moral. Opusculos,
(6) La Dialectique d'Eximeno fut publiée en 1793 par ordre du roi.— Godoy, Mémoires, t. II, p. 328.
(7) Menéndex y Pelayo, Ciencia esp., t. I, Filosofia,
232 l'espàonk de l'ancien régime
entre les hommes. Fray Francisco Âlvarado donna ses Lettres du philosophe rance {Cartas del filosofo raîicio). Mais, à côté des polémistes passionnés, on peut citer quelques auteurs auxquels la science étrangère a certainement ouvert des horizons nouveaux. D. Antonio Javier Ferez y Lopez, de l'Université de Se ville, publia à Madrid en 1785 son Nouveau système philosophique, ou principes de tordre essentiel de la nature, établis comme fondements de la morale et de la politique et comme preuve de la religion. C'était un ouvrage hardi qui tendait & établir un système de morale fondé sur la simple loi naturelle (1). D. Juan Francisco de Castro étudia également les lois du monde physique et du monde moral dans son grand ouvrage : Dieu et la nature (2), Arteaga publia de curieuses Recherches sur la beauté (3). Le P. Lorenzo Hervas y Panduro, préfetde la bibliothèque du Quirinal, écrivit sous le titre à'Idée de FUnivers un immense ouvrage rempli de précieux documents linguistiques (4).
Jurisprudence. — La science juridique présente au xviii® siècle un développement beaucoup plus large et beaucoup plus intéressant que la théologie. L'Espagne a eu des jurisconsultes d'une haute valeur, dont les travaux ont amené la législation espagnole à un état de perfection très avancé.
Pendant longtemps le droit national ne fut pas enseigné dans les Universités (5) ; il finit par s'y faire sa place entre le droit romain et le droit canon.
L'histoire du droit donna naissance à de nombreux travaux. Le Code hermogénien fut commenté par D. José Finestre, professeur à Cervera (6).
L'Académie espagnole commença^ dès 1784, à préparer sa
(1) Ferrer del Rio, HIH, de Carlos 111% t. IV, p. 430.
(2) Dios y la naturaleza. Madrid, 1780-81, 7 vol in-4*,
(3) Menéadez y Pelayo, Ciencia espanola^ 1. 1, p. 13.
(4) Idea deW Universo che contiene la storia délia vila delV uomo^ elementi cosmografici, viaggio estalico al mundo planelaiHO e storia délia /erra. Cesena, 1778-87, 21 vol. in-4o.
(o) « En las catedras de las Universidades, no se lee por otro texte que el Godigo, Digesto y Volumen, que solo tratan del derecho romano. » — Ant. Rodriguez Villa, La Ensenada, p. 133.
(6) Commentaria in Hermogeniani J. C, Juris epilomarum Hbris VL
belle édition du Fuerojitzgo (I).Le P. Andres Burriel découvrit à la bibliothèque archiépiscopale de Tolède un grand nombre de documents juridiques, qui furent publiés, bien longtemps après sa mort, dans la Collection canonique hispano-gothique (1823). Le même savant, dans une lettre écrite en 1751 à D. Juan Amaya, donne d'intéressants détails sur le Fuero de Leon^ le Fuerode los fijosdalgo^ le Fuero viejo, le Fuero real^ et V Ordonnance de Montalvo (2). D. Ignacio Jordan de Assoy del Rio et D. Miguel de Manuel y Bodrigucz éditèrent en 1771 le Fuero viejo et en 1774 V Ordonnance d'Alcala(3). Le Fe/ero r^a/ fut réimprimé à Madrid en 1781 en 2 volumes in-folio. L'Académie de l'histoire donna, en 1807, une édition des Sietepartidasen 3 volumes in-8o. Une nouvelle édition des Ordonnances de Montalvo (1485) parut en 1779. D. Juan Alvarez Posadilla écrivit des Commentaires sur les lois de Toro (1505), selon leur esprit et celui de la législation espagnole, Jovellanos étudia r origine et F autorité légale des Codes espagnols dans une de ses lettres au docteur Pardo. D. Francisco Martinez Marina publia en 1809 son Essai historicO'Critique sur la législation et les principaux corps de loi des royaumes de Castille et de Léon, spécialement sur le Code desSiete partidas. Cet ouvrage est un des plus savants qui
(1) Fuero juzgo en latin y casteltano, cotejado con los inaa anliguos ypreciosos coàices por la H. Academia espaSola. Madrid, 1815, in-4o. u^e édition du Fuero juzgo par Âlonso de Viliadiego avait paru à Madrid en 1600 et avait été réimprimée en 1792.
(2) La Sema y Montaiban, Elementos del derecfto, 1. 1, p. 219.
(3) Cet ancien code de la noblesse castillane parait avoir eu pour lointain ancêtre le Fuero de los fijosdalgo, o Fuero de las fazaîias y antigua costumbre de Espana, institué en 1118 aux Gortès de Najera par l'empereur Alphonse VII» et dont le texte n'a pu être encore retrouvé. Pendant tout le cours du xiii* siècle, et la première moitié du xiv*, les nobles réclamèrent à différentes reprises la confirmation du Gode de Najera par Tautorité royale. Ils ne Tobtinrent que par la loi 1 du titre XXV II I de l'ordonnance d'Alcalâ de 1348, et sous une forme très vague et très peu précise. {B porque los fijosdalgo de nuestro reyno han en algunas comarcas fuero de alvedrio, e otros fueros por que se judgan ellos e sus vasallos, tenemos por bien que les sean guardados sus fueros.) Le texte publié par Asso et Manuel paraît être Tœuvre d*un particulier et n'avoir Jamais été revêtu des sanctions légales. — Cf. Marina, Ensayo sobre la legiS' lacion^ lib. IV, § 48-56. La Sema et Montaiban, Elementos de derecho, t. I, p. 83. Antequera, Hist. de la legislacion, p. 143-159. — Altamira, Hist, de BspaHa, t. H, p. 83.
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aient été écrits sur le droit castillan. La Nueva Recopilacion de Philippe II fut éditée à nouveau en 1713, 1745, 1772f 1775 et 1777. Un volume à part donna les lois nouvelles parues depuis 1745. En 1786, D. Manuel de Lardizabal proposa au roi Timpression d'un nouveau supplément en trois volumes ; le Conseil, effrayé des dimensions que prenait le premier Gode du royaume^ refusa le permis d'imprimer, et en 1798 le roi donna Tordre de procéder à une refonte générale de la. Recopilacion. D.Juan de la> Régnera Yaldelomar, rapporteur à la Chancellerie de Grenade, fut chargé du travail, et la Novisima Recopilacion parut en 1805 en 5 volumes in-4*. Elle contenait 4.020 lois, et dès 1809 un supplément contenant 122 lois était prêt à être imprimé. La compilation de D. Juan de la Régnera fut Tobjet de quelques critiques de Marina dans son Essai; Fauteur crut devoir protester devant le Conseil,et en 1819 Marina répoudUparson Jugement critique de la Novisima Recopilacion où il fit preuve d'une profonde connaissance de l'ancien droit et d'un sens critique acéré.
La législation forale ne fut pas absolument oubliée. Les Fueros de Catalogne furent édités à nouveau en 1704, ceux d'Aragon en 1727. La Navarre eut en 1735 sa Novissima Recopilacion. Macanaz composa des Traités historico-critiques sur les Fueros d'Aragon et de Valence. D. Pedro de Fontecha y Salazar écrivit en 1747, sous le titre bizarre à*Ecu de la plus constante foi et loyauté^ une excellente histoire du droit biscayen (1).
L'enseignement du droit national, si mal compris encore au milieu du siècle (2), fut facilité par la publication de manuels sur le modèle des Institutes de Justinien (3).
(1) Réimprimée en 1866 par D. Juan Delmas, sur Tordre de la Députation de la province.
(2) ASalamanque, on lisait six heures par jour : 2 de Digeste, 2 de Code, 2 de Décrétales. — Antequera, Hist. de la legisL^ p. 381.
(3) Martinez Galindo, Phœnix jurispnidentiae hispanicae^ 1115.
D. Antonio de Torres, Institutiones hispanae praclico Iheorico commentaiae,
Maimo y Rives, Romani et hispani jurîs institutiones ad usum scholarum et fori, 1717.
Danvila, Comentarios de Amoldo Ftnto, 1779.
Juan Pablo Fomer, P^an deunas instituciones dederecho espanol^ 1796.
LÀ SGIBNCB 235
Les meilleurs travaux dans ce genre furent les Instiiutions pratiques du droit civil de Castille des docteurs Asso et Manuel (1771) (1), et les Institutions romano-espagnoles de D. Juan Sala, professeur à TUniversilé de Valence (2). Jovellanos a laissé des Lettres sur la manière d'étudier le droite et a choisi pour sujet de son discours de réception à TÂcadémie de Thistoire : La nécessité d'unir à l'étude de la législation l étude de [histoire et des antiquités nationales.
Les juristes commencèrent à sortir de la routine exégétique, à se préoccuper de Torigine des lois (3), à en faire la critique (4) et à préparer les éléments d'une législation nouvelle (5)1
Le droit pénal profita grandement des progrès de Tesprit critique. D. Juan Alvarez Posadilla exposa les Principes de la pratique criminelle. D.Miguel de Lardizabal montra dans son Discours sur les peines^ d'après les loispénalés d'Espagne^ une grande connaissance de la législation pénale, et professa des doctrines plus rationnelles que celles qui régnaient alors dans la théorie et la pratique (6). D. Miguel de la Iglcsia Castro défendit la légitimité de la peine de mort contre Beccaria (1770). D. Juan Pablo Forner écrivit des Observations sur [incertitude de la torture^ complètement tombée en désuétude en Espagne, dès la fin du xvin* siècle.
Le droit administratif inspira quelques bons ouvrages. D. Melchor Macanaz écrivit une Explication juridique et his-
(1) D. Miguel de Manuel se proposait d'écrire une histoire de la législation civile de FEspagne, et la poussa jusqu'au temps des Goths ; il ne se crut pas assez libre pour continuer. — Coxe, L* Espagne sous les Bourbons, t. IV, p. 203.
(2) Insliluliones romano-hispanae, abrégé de son Vinnius castigaius, et ad usum tironum hispanorum accommodalus. On a de lui Digeslum romano-hispanum. — Iluslracion del derecho real de Espana.
(3) D. Andres Cornejo, DiccionaHo historico forense del derecho real de Espana. — Sempere, Historia del derecho espanol.
(4) D. Juan Pablo Mora Jaraba, Errores del derecho civil y abusos de los jurisperitos, — D. Juan Francisco de Castro, Discursos criticos sobre las leyes.
(5)D. Alonso Maria de Azevedo, Oiscurso sobre la necesidad de abreviar los pleylos, — Proyecio o idea de un nuevo cuerpo légal. (6} L& Sema et Montaiban» Elemenios del derecho^ t. I^ p. 219.
torique de la Consulte que fit le Conseil de Castille relative^ ment à son autorité et à ses attributions^ D. Antonio Martinez Salazar une Collection de mémoires et notices sur le gouvernement général et politique du Conseil (1764), D» Pedro Escolano de Arrieta sa Pratique du Conseil dans F expédition des affaires (1). D. Félix de Abreu écrivit son Traité juridique et politique sur les prises de mer (1 740).
Le développement de lautorité royale, lerégalisme, comme disent les Espagnols, commença avec {'Information de Macanaz sur les abus de la curie romaine (1713) (2), provoqua ï Examen du Concordat de 1735 et les Observations sur le Concordat de 175$ de D. Gregorio Mayans y Siscar, VHistoh^e légale de la bulle In coma Domini de D. Juan Luis Lopez (1768) et inspira les grands travaux de Campomanes : le Traité du droit royal d'amortissement (1765) (3), et le Juge-ment impartial sur le Monitoire de Parme (1768 et 1769) (4), qui marquèrent Tapogée du système régalien.
L'intervention royale dans les affaires ecclésiastiques amena quelque changement dans renseignement du droit canon. Van Espen traduit remplaça le Vallensis (5) dans les tribunaux d'Eglise, et les canonistes purent étudier dans la traduction de D. Joaquin del Gamino les Institutions de droit ecclésiastique deBérandi. D. Pedro Murillo y Yelarde, le moins régaliste des écrivains du xvui* siècle, publia en 1763 son Cours de droit canonique^ hispanique et indique (6).
Enfin Thorizon des juristes s'élargit; on étudia le droit étranger, et les principes du droit naturel et du droit des gens (7).
(1) Madrid, 1196, 2 vol. in-f».
(2) Macanaz a exposé ses idées politiques dans ses Auxilios para bien gobernar vna monarquia catolica {Setnanario eruditOf t. V, p. 215).
(3) Tralado de la regalia de amorlizaciôn (1765). Florida Blanca lui donna publiquement son approbation dans sa Caria apologelica sobre el tralado de la regalia de amorlizaciôn.
(4) Juicio imparcial sobre las lelras en foima de brève contra el duque de Parmay 1769.
(5) Godoy, Mémoires, t. II, p. 333.
(6) Menéndez y Pelayo, Ciencia espanola^ t. III. Derecho canonico.
(7) D. Pedro ?eTez\elienie, Apparatus juris publiciunivei*si, 1751. p.Joaquim Marin y Mendoza, Historia del derecho natural y de gentes, 1776.
Les écrivains juridiques du xviii* siècle ont fait œuvre assez considérable pour qu'il soit impossible de toucher à l'histoire du droit espagnol sans consulter leurs travaux.
Economie politique. — Les tendances utilitaires du siècle favorisèrent les études économiques, et sur ce point encore TEspagne présente de grands et beaux travaux d'ensemble.
Macanaz, si cruellement abandonné par Philippe V, publia dans le Scmanario erudito un certain nombre d'études touchant à la situation deTEspagne^ à la dépopulation du royaume, aux remèdes qui pouvaient être apportés à ses maux.
La Ensenada remettait périodiquement au roi (1747-1748- 1749-1751) des mémoires détaillés sur l'état des différents services et les améliorations qui lui paraissaient réalisables. Ses rapports et ses réponses aux questions du roi contiennent de précieux renseignements sur Tétat économique de l'Espagne au temps de Ferdinand VI (1).
Le Mémorial de Florida Blanca (1788) est un document de même ordre, plus complet et plus intéressant, parce quil appartient à une période où le rôle de TEtat s'est prodigieusement accru.
Le Mémoire sur les intérêts du commerce espagnol^ rédigé au moment des négociations d'Amiens, et inséré par Ganga Arguelles dans son Dictionnaire des finances^ donne une idée très nette de l'industrie espagnole en 1802.
Les Mémoires du prince de la Paix sont une œuvre apolo gétique, mais renferment d'intéressants détails et un bon chapitre sur Thistoire agricole, industrielle, scientifique et littéraire de TEspagne pendant le ministère de Godoy.
Les Lettres politico-économiques^ attribuées à Campomanes par M. Rodriguez Villa, appartiennent certainement à un homme très au courant des affaires d'Espagne, d'intelligence très ouverte, d*esprit très hardi et très original. Le résumé du règne de Philippe II, qui occupe une partie de la première lettre, est un excellent morceau d'histoire. Ge petit livre est le livre espagnol le plus vivant et le plus intéressant que nous ait laissé le xviu® siècle.
(1) D. Ant. Rodriguez Villai El marques de la Ensenada.
238 l'espagne db l^akcien régime
A côté des ministres et des hommes d'Etat se placent d'honorables écrivains, comme le marquis de Santa-Cruz Marcenado (1), D. José de Campillo y Cossia (2), D. Bernardo Ward (3), D. Antonio Arteta de Monteseguro (4), D. Vicente Alcala Galiano (5), D. Lorenzo Norman te y Carcaviella, qui se livrent à l'étude des questions économiques (6).
L'Aragon fournit aussi quelques économistes distingués : D. Ignacio de Aso écrit une Histoire de f économie politique de t Aragon^ D. Miguel Génères des Réflexions politiques et économiques sur la population, l'agriculture et les fabriques du royaume d'Aragon, D. Tomas de Anzano étudie le paupérisme dans ses Eléments prélirhinaires pour former un système de gouvernement de F hospice général (1781). Son travail servit de base aux instructions officielles pour Tadministration des maisons de bienfaisance.
Les Mémoires de Capmany sur la marine, le commerce et les arts de Barcelone^ complenl parmi les meilleures éludes de ce genre.
L'immense ouvrage de D. ËugeniodeLarruga (7) est une mine inépuisable de renseignements qui n'a de comparable que le Catastro exécuté en vue de l'établissement de la contribution unique, et le Cejiso de frtttos dont Canga Arguelles a tiré une bonne partie de son dictionnaire.
Les économistes espagnols étaient au courant des meilleurs travaux parus à Félranger (8) et pouvaient, sans désavantage,
(\)Rap8odia economico^politicamonarquica^ 1732.
(2) Nuevo slstema de gobierno economico para America, — Lo que hay de mas y de menos en Espana. — Espana despierta.
(3) Proyecto economico, 1762,
(4) Discurso instimciivo sobre las ventajas que puede conseguir la industria de Aragon con la nueva ampliacion de puerlos coticedida por S. M. para el comercio de America, 1779.
(5) Memona^sobre la industria en gênerai, 1781. — Sobre la economia po- Itlica, 1783.
(6) Discurso sobre la utilidad de los conocimienlos economico-polilicos y la necesidad de su esludio melodico, 1784.
(7) Memorias polilico-economicaS sobre los frutos nalurales, comercio^ fabricas y minas de Espana. Madrid, 1780, 45 vol. in-8*.
(8) Godoy, Mémoires, t. II, p. 283.
soutenir la comparaison avec les plus savants spécialistes des autres nations.
Histoire. — L'histoire, telle qu'on l'entend aujourd'hui, exige une absolue liberté de jugement, et cette histoire-là, il ne peut en être question dans TEspagne du xvin* siècle ; mais un grand nombre d'érudils ont patiemment inventorié et classé les richesses historiographiques de l'Espagne et ont fondé la science historique dans ce pays.
Le sens critique était si complètement aboli que bien des gens se faisaient un jeu de composer de fausses chroniques, d'éditer des textes forgés de toutes pièces, et de collectionner des pièces fausses, fabriquées sur leurs propres indications.
En 1738, un membre de l'Académie de l'histoire, D. Francisco Xavier Manuel de la Huerta y Vega, osa publier, sous le titre de V Espagne primitive (1), un recueil d'absurdités et de fables grossières ; la liste des rois d'Espagne commençait à Tharsis, l'Espagne envoyait des colonies espagnoles en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et jusqu'en Amérique, dominait toute la Lybie, donnait des rois aux Celtes et aux Troyens et fondait la ville de Rome (2). L'Académie de l'histoire eut la faiblesse de protéger cet effronté hâbleur contre les rigueurs bien méritées de la justice.
Un peu plus tard, un certain D.Juan de Flores, prébende de la cathédrale de Grenade, se mit à exploiter un gisement d'antiquités découvert à Grenade dans le quartier de l'Alcaçaba. Il s'agissait probablement de l'emplacement d'une basilique de l'ancienne ville romaine d'IUiberis. On amena au jour des chapiteaux, des débris d'architecture, des inscriptions, mais le chanoine fit de son gisement un trésor, d'où il tira les documents les plus étranges, et les monuments les plus merveilleux. Il en fit sortir des écrits de saint Jacques et de ses disciples, des canons ignorés du concile d'IUiberis, où était proclamé le dogme de l'Immaculée Conception ; il décou-
(1) Espana primiliva, historia de sus reyes y monarcas^ desde su pohlacion kasta Chrislo, t. I, Madrid, 1738. — L'ouvrage devait avoir six volumes ; les deux premiers seulement virent le jour.
(2) D. José Godoy Alcantara, Historia critica de los falsos cronicones. Madrid, 1868, in-8«, p. 309.
240 l'bspagne de l'ancien régime
vril des chroniques qui mentionnaient le tribut dès cent vierges, la présence de saint Jacques à la bataille de Clavijo, le vœu du roi D. Ramire ; il tint boutique de titres de noblesse et d'actes faux de toute espèce, que des compères glissaient habilement dans les dossiers des notaires. Le scandale fut si grand que la Chancellerie de Grenade finit par fermer le trésor et par intenter un procès au faussaire. D. Juan en fut quitte pour une peine assez légère (1).
Il en coûtait bien plus de plaider la cause de la vérité. D. Gregorio Mayans, bibliothécaire du roi, avait trouvé dans les manuscrits de Nicolas Antonio une démonstration irréfutable de la fausseté des Chroniques, découvertes en i588 et 1595 à la Torre turpiana et au Sacromonte de Grenade ; il rimprima hardiment et la dédia au roi Jean V de Portugal ; les dévots espagnols prirent ombrage d'une critique qui s'attaquait à la légende de tant de saints, de tant de prélats et de tant de sanctuaires, et Tévéque de Malaga, gouverneur du Conseil de Castille, fit saisir l'ouvrage (2).
Instruit par cet exemple, le P. Enrique Florez n'osa pas, dans son Espana sagrada^ s'attaquer de front aux fausses chroniques ; il respecta la légende « toutes les fois qu'il « connut qu'elle avait jeté de profondes racines dans les « âmes et qu'elle couvrait de son ombre des intérêts consi- « dérables (3). »
Quelques écrivains eurent le courage de se mettre à la recherche de la méthode historique^ oubliée depuis si longtemps. Le P. Jacinto Segura publia en 1733 son Nord cri^ tique (4), essai bien imparfait encore, oii D. Juan Iriarte
(1) Godoy Alcanlara, op. cil.^ p. 3i7 et suiv.
(2) Godoy Alcantara, op. cU.y p. 312. •
(3) C'est du reste Tavis très net de Godoy Alcantara lui-môme : « Florci « creia, como muchos en su tiempo, que la historia eclesiastica puede escri- « birse como la civil o politica, esto espidiendo a cada institucion su origen, « a cada pretcnsion su tituio, a cada hecho su comprobante... El soplo « de la filosofia inexperta del siglo habia pasado sobre todas las frentes. « Florez toco pronto io impracticable de su sistema y lo modifico. » Op. cit», p. 313.
(4) Norle crilico con las réglas mas cier las para la discrtcion tn la historia* Valencia, 1733, en f«. Id. 1736, 2 vol. en 4°.
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releva plus d'une trace de crédulité (1). Le P. Enrique Florez donna en 1743 sa Clef historique (2). D. Juan Forner écrivit son Discours sur le moyen d'écrire et d'améliorer fhistoire d' Espagne j mais son acerbe polémique lui suscita tant d'ennemis que le roi lui défendit de rien publier sans sa permission (3). D. José de Mora y Gâta, marquis de Llio, présenta à l'Académie des belles-lettres de Barcelone d'intéressantes Observations sur les principes élémentaires de l'histoire (4). Ce travail, conçu sur un plan tout scolaslique, montre jusqu'à quel point l'esprit critique était alors aboli. L'auteur admet, en principe, l'autorité de la tradition, mais il la repousse si elle déroge à la gloire du Christ, ou si elle répugne à la loi de Dieu, ou si elle donne occasion de pécher. L'histoire est encore la servante de la théologie.
Des travaux beaucoup plus sérieux furent entrepris pour rechercher et mettre en valeur les matériaux historiques encore existants.
Le P. Florez forma, au couvent de San-Felipe el Real de Madrid, une précieuse bibliothèque et une importante collection d'antiquités. Il fit un rapport au Conseil de Castille sur la meilleure méthode de conserver les livres^ écrivit un mémoire au P. Ravago sur r opportunité de la publication des manuscrits gothiques de la bibliothèque de fEscorial^ publia en 176S le Voyage d'Ambrosio de Morales^ fait, par ordre de Philippe II, dans les royaumes de Léon et de Galice et dans la Principauté des Asturies pour inventorier les reliques des saints, les tombeaux des rois et les manuscrits des cathédrales et des monastères. On lui doit encore une Etude généalogique sur la maison royale de Castille (5), et un grand ouvrage sur la numismatique espagnole (6). D. Luis Joseph
(1) Cotarelo, Inarte, p. 5.
(2) Clav9 hisiorial, 1743, in-4*.
(3) Ferrer dcl Rio, Uisloria de Carlos III\ t. IV, p. 417. v
(4) La publication de cet ouvrage, commencée au xvm« siècle, n*a été achevée qu'en 1869.
Metnorias de la Academia de Buenas Letras de Barcelona, t. II. {^)Memonas delasReinas catolicas. Madrid, 1761 et 1770, 2 vol. in-4». (6) Medallas de las colonias, municipios y pueblos antiguos de Espana^ Madrid, 1757-58, 2 vol, in-4\ Parte tercera. Madrid, 1773, in-4«.
l'esfag.^b. — T. m. i6
242 L'KSPAGNg DE l'aNCIEN RÉGIME
Velazquez de Velasco, marquis de Valdetlores, a laissé une Notice sur son voyage en Espagne (l), des Lettres à r Académie de thistoirCy et 80 volumes de notes manuscrites aux Arcliives de TAcadémie (2). 11 était numismate comme Ferez Bayer, auteur du traité des Monnaies hé bréo- samaritaines (3), comme Pingarron, qui traduisit et compléta la Science des médailles de Joubert (4). Le P. Estevan de Torrerosy Pando, professeur de mathématiques au collège impérial de Madrid, donna en 1758 sa Paléographie espagnole (5).
La bibliographie donna lieu à de nombreux travaux. D. Juan Iriarte catalogua les ouvrages géographiques (6) ot mathématiques (7) de la Bibliothèque royale et publia en 1769 le premier volume d'un Catalogue des manuscrits grecs (8), qui n'a pas été achevé. Le Syrien Michel Casiri donna le catalogue détaillé, et généralement exact, des manuscrits arabes de TEscorial (9). D. Joseph Rodriguez de Castro sa Bibliothèque espagnole (10). Perez Bayer présida à la réimpression de la Bibliothèque hispanique ancienne de Nicolas Antonio et à la publication de la Bibliothèque hispa-
(1) Nolicia del viaje de Espatia, hecho de orden del rey, Madrid, 1765, in-4*.
(2) Menéndez y Pelayo, Ciencia espanola^ t. III. Historia.
(3) Denummiâ kebraeo samarilanis. Valence, 1781, pet. in-f». — Nummoriun Hebraeo samaritanorum vindiciae, 1790, pet. in-f.
(4) Ciencia de las medallas.
(5) L'ouTrage du P. Terreros est enrichi de dix huit planches gravées par D. Francisco Xavier de Santiago y Palomares. Il fait partie de la traduction espagnole du Spectacle de la nature de l'abbé Pluche.
(6) Regia Matrilensis Bibliotàeca geographica et chronologicay anno i7î9.
(7) Regia Matrilensis Bibliotheca mathematica, anno 4730,
(8) Regiae Bibliothecae Matrilensis codices graeci manuscripti, Volumen prius. Madrid, in f«, 1769. — L'édition devait être complète en deux volumes.
(9) Bibliotheca arabico-hispana escurialensis. Madrid, 1760-70, 2 vol. in-f». Casiri, né en 1710 à Tripoli de Syrie, mort à Madrid en 1791, était venu en Espagne en 1738 et fut successivement attaché à la bibliothèque royale, membre de TAcadémie de l'histoire et bibliothécaire de l'Escorial (1763|.
(10) Biblioleca espanola. Tomo pnmero que contiene la noticiade los escritores rabinos espanoles desde la epoca conocidade su lileratura hasla el présente. Madrid, 1781, in f*.
— Biblioleca espanola. Tomo segundo que contiene la nolicia de los escritores gentiles espafioles y la de los christianos, hasta fines del siglo XIII de la Iglesxa. Madrid, 1786. in f*.
LA SClBI>IGIi: 243
nique nouvelle^ revue et corrigée par le même auteur (1). D. Félix de Lalassa y Ortin publia sa Bibliothèque des écrivains aragonais (2)^ le P. Joseph Rodriguez sa Bibliothèque valencienne (3), D. Vicente Eximeno ses Ecrivains du royaume de Valence {i), D. Ignacio de Asso sa Bibliothèque arabico-aragonaise (5), D. Josef de Rezabaly Ugarte sb. Bibliothèque des écrivains qui furent membres des Grands Collèges (6), D. Juan Sempere y Guarinos sa Bibliothèque des meilleurs auteurs du règne de Charles ///(7), D. Juan Antonio Pellicer y Saforcada son Essai d'une Bibliothèque des traducteurs espagnols (8), Eguiara y Eguren sa Bibliothèque mexicaine (9).
On étudia les vieilles chroniques de l'histoire d'Espagne. D. Francisco Antonio Lorenzana, archevêque de Tolède, fit publier à ses frais les œuvres des pères Tolédans, Montanus, Saint-Eugène, Saint-Ildefonse, Saint-Julien et Saint-Euloge (10). Le moine augustin Fr. Enrique Florez commença
(1) Nicolas Antonio, Blbliolheca hispana velitSf nv9 hispani scripiores qui ab Octaviani Augusli aevo ad annum Christi MD floruerunt. Madrid, 1788, 2 toI. in-fo.
— Bibliotheca hispana nova, sive hispanorum scriptorum^ qui ab anno MD ad MBCLXXXIV fioruere notitia^t nunc primum prodit recognila^ emendala, aucia ab ipso auctore. Madrid, 1788, 2 vo'. in-f«.
(2) Biblioteca anligua de los escntores aragoneses que florecieron desde la venida de Christo hastael ano 1500. Zaragoza, 1796, 2 toI. in-i®. — Bibliotheca nueva de los escrilores aragoneses que florecieron desde el aiio de iSOO hasta i802. Pamplona, 1798-1802, 6 vol. in-4».
(3) Biblioteca Vaïentina, compuesta por elM. R. P. M, Fr. Josef Rodnguez... Juntase la conlinuacion de la misma obra hecha por el M. R. P. M. Fr. Ignacio Savalls. Valencia, 1747, in-f®.
(4) Escritores del reyno de Valencia^ chronologicamente ordenados, desde el ano M.CC.XXXVIH de la chrisliana conquista de la misma ciudady hasta eldeM.DCC.XLVIII. Valencia, 1747-1749, 2 vol. in-f*.
11 faut ajouter à ces deux ouvrages la Biblioteca Valenciana de los escritores que florecie7*on hasta nuestros dias, con adiciones y emmiendas a la de D. Vicente Eximeno, por D. Justo Pastor Fùster. Valencia, 1827-1830, 2 vol. in-fo.
(5) Biblioteca arabico-aragonesa.
(6) Biblioteca de los escritores que han sido individuos de los seis Colegios Mayores. Madrid, 1805, in-4o.
(7) Ensayo de una biblioteca espanola de los mejores escritores del reynado de Carlos HI^. Madrid, 1785-89, 6 vol. in-8o.
(8) Ensayo de una biblioteca de iraductores espanoles. Madrid, 1778.
(9) Biblioteca mexicana. Mexico, 1755.
(tO) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos IIP, t. IV, p. 319.
244 l'espagnis de l'ancien régime
la publication de [Espaha sagradd, immense recueil de chroniques et de documents sur l'histoire ecclésiastique de l'Espagne ; le plus beau monument de l'érudition espagnole au xvni* siècle. Florez publia les 27 premiers volumes (1747 à 1773), et laissa les tomes XXVIIletXXIX en manuscrit. Le P. Risco les fit imprimer et continua la collection jusqu'au tome XLII (1775-1801). Les tomes XLIII et XLIV sont dus aux PP. Antolin Merino et José de la Canal ; les tomes XLV et XLVI au P. José de la Canal, et le dernier volume publié seulement en 18S1, à D. Pedro Sainz y Baranda. Benito Montfort, qui fut peut-être le meilleur imprimeur de son temps, réédita à Valence en 1779 la Chronique de Jean II (1), et en 1780 la Chronique des Rois Catholiques de Hernando del Pulgar. L'éditeur madrilène Sancha réimprima aussi des chroniques anciennes que Fr. José Miguel de Flores, û. Francisco Cerdâ y Rico, D. Eugenio Llaguno y Amirola enrichirent de notes et d'éclaircissements. Cerdâ y Rico fut chargé par TAcadémie de Thistoire de publier les œuvres de Juan Gines de Sepulveda (2).
Quelques travailleurs isolés s'attaquèrent à l'histoire ancienne ou à l'histoire étrangère (3), mais ce fut l'histoire nationale qui attira surtout Taltention desérudits.
D. Juan de Ferreras publia, de 1700 à 1727, une Histoire générale d'Espagne, depuis les origines jusqu'en 1589 (4).
(1) Elle avait été déjà publiée en 1517, 1543, 1590, 1591 et 1678; mais cette dernière édition n'était qu'un abrégé; il y avait donc près de deux siècles qu'une édition complète n'avait paru.
(2) Joannis Genesii Sepulvedae Cordubensis opéra tum éditât lum inedita^ accurante Regia Hisloriae Academia, Matriti, 1780, 4 vol. in-4o.
(3) Citons comme exemples : Marquis de Saint-Philippe, Histo^na de la monarquia heberica. Madrid. 1709, 2 vol. in-4o.
Gampomanes, Antiguedad maritima de esta republica [lade Cartago) con^ et periplo del gênerai Hannon traducido e iluslrado, Madrid, 1756.
— Id. Marina de los Arabes, descubrimiento del cabode Hornos, reformacion de las naves para este paso. Ms.
— Id. Disertaciones historicas del orden y cavatleria de los Templarios. Madrid, 1747, in-8o.
D. Luis del Gastillo, qui avait voyagé en Russie aux frais du gouvernement espagnol, publia, sur l'ordre du roi, un Compendio cronologico de la historia de Rusia.
(4) Madrid, 16 vol. in 4". L'Histoire de Ferreras a été traduite en français
Le savant jésuite, D. Juan Francisco Masdeu, conçut son Histoire critique d'Espagne sur un plan tellement colossal que le vingtième volume (1808) n'arrive encore qu'à l'époque du Cid. Son œuvre, mal composée et diffuse, n'en est pas moins l'un des travaux les plus considérables qui aient été entrepris sur Thistoire de la Péninsule. D. Josef Ortiz y Sanz fit paraître, de 1795 à 1807, un Abrégé chronologigue de Chistoire dEspagne en 7 volumes encore estimé.
L'histoire du xviii* siècle même fut abordée avec succès par D. Vicente Bacallar y Sanna, marquis de Saint- Philippe (1), qui trouva un médiocre continuateur en la personne de D. José de Campo Raso (2). Les campagnes de Montemar en Italie furent racontées dans les Mémoires du marquis delà Mina. Roja y Pujas, dans son /f^5wm^mi7i7afr^, donna de très curieux détails sur l'armée et la marine de son temps. Marin écrivit en 1776 un Essai dune histoire de la milice espagnole^ Vargas Ponce une Histoire de la marine espagnole et de ses hommes illustres.
Le P. Belando s'occupa de l'histoire intérieure du pays et publia, de 1740 à 1744, son Histoire civile dEspagne sous Philippe Vy que les jésuites firent mettre à l'index, comme contraire à leur ordre.
Charles III eût voulu une histoire générale des Indes, et en confia la préparation à D. Juan Bautista Munoz, qui publia en 1793 le premier volume de son Histoire du Nouveau-Monde. L'ouvrage suscita d'amères critiques et ne fut pas continué. L'auteur était cependant un homme consciencieux et instruit. Il avait réuni une volumineuse collection de notes et de documents, conservée aujourd'hui à l'Académie de l'histoire, et dont le ministère du fomenio a publié des fragments dans ses Relations géographiques des Indes (3).
par d'Hermilly en 1151, 10 vol. in-4*, et en allemand par Baumgarten (Halle, 1754-1172, 13 vol. in-4« avec notes).
(1) Comentarîos de la guerra de Espafia e fiistoria de surey Felipe V el antmoso^ desde elprincipiode eu reinado /lasla el afio de Î7ià. Genève, 1129, S vol. in-4<».
(S) Conlinuacion a los comentarios. Madrid, 1136-63, 2 vol. in-4o.
(3) Altamira y Crevca, De hisloria y arte, p. 82.
246 L^ESPAGNE DB l'aNCIEN RÉGIME
L'histoire provinciale a été très étudiée au xvin* siècle. Un fonctionnaire du ministère de la marine, D. José Vargas Ponce, envoyé en Guipuzcoa pour étudier la position stratégique des Passages, en rapporta une importante collection de documents et de manuscrits relatifs à Tbistoire de la province (1). Egana publia en 1780 son Ginpuzcoan érudii^ collection alphabétique de documents législatifs portant sur tous les points du droit public ou privé de la province. Le P. Larramendi rédigea sa Chorographie du Guipuzcoa^ livre charmant, rempli de détails curieux et bien observés sur une des provinces les plus intéressantes de l'Espagne (2). Les travaux de Landazuri surTAlava sont loin d'avoir la même valeur (3).
Le P. Escalona publia une Histoire du monastère de Sahagun (4), D. Pedro Serra y Postius une Histoire du Montserrât (S), D. Jayme Finestres une Histoire de Poblet (6) ; D. Pablo Ignacio de Dalmases y Ros écrivit une Histoire générale de Catalogne et D. Domingo Costa une Histoire de Catalogne restées inédites (7). D. Ignacio Lopez de Ayala donna une Histoire de Gibraltar (8), D. Josef Viera y Clavijo des Notes sur r histoire générale des Canaries (9).
D. Isidoro Bosarte commença la publication de son
(1) Cette collection est aujourd'hui conservée à l'Académie de Thistoire. Cf. D. Carmelo de Echegaray, Invesligaciones historicas referentea a Guipuicoa, San Sébastian, 1893, in-S».
(2) Corografia o descripcion gênerai de la M, N. y M. L, provincia de Guipuscoa. Elle a été publiée en 1882 à Barcelone par le H. P. Fita y Colome.
(3) Hisloria eclesiaslica de la M. N. y M. L. provincia de Alava. Pamplona,
1797, in-4». —Hisloria civil de la M, N, y M, L. provincia de Alava. Vitoria,
1798, 2 vol. in-4«.
(4) Hisloria del R. monasterio de Sahagun, sacada de la que déjà escnla el P. M. Fr. Josef Ferez, caledratico de lenguas y de matematicas de la Univers sidad de Salamanca, 1782. -^ Très curieux appendices et copie de 327 pièces inédites.
(5) Epitome hislorico del porlenloso santuario y real monasterio de N»- S* de Monserrale. Barcelona, 1742, in-4°, et Barcelona, 1747. in-4o.
(6) Hisloria del monasterio de Poblel. Barcelona, 1746, in-f*.
(7) Cf. BalagQcr, Hisloria de Cataluna, t. V, p. 429.
(8) Hisloria de Gibraltar . Madrid, 1782.
{^)Noticias de la hisloria gênerai de las islas de Canaria, Madrid, 1772- 1783, 4 vol. in-4'».
Voyage artistique en différentes localités d'Espagne (1) et D. Jaime Villanueva son Voyage littéraire aux églises d'Espagne (2). D. Antonio Ponz donna son Voyage d'Espagne (3), D. José Orliz son Voyage architec tonique et archéologique en Espagne (4).
Géographie. — La géographie profita, au même titre que rhistoire, des progrès réalisés par les sciences et par la critique dans la seconde moitié du xviu* siècle. Le voyage au Pérou des astronomes français Bouguer, Godin et la Condamine (1735-46), paraît avoir été l'occasion du réveil de la science géographique en Espagne. Deux jeunes officiers de la marine royale : D. Jorge Juan et D. Antonio de UUoa, furent désignés pour participer aux opérations des académiciens français, et rapportèrent de leur voyage une intéressante Relation (S) et un Mémoire confidentiel au Conseil des Indes surTétat des possessions espagnoles dans TAmérique du Sud (6).
Charles III envoya deux expéditions au détroit de Magellan (7) et recommanda à ses successeurs de faire exécuter un voyage de recherches scientifiques tous les
(1) Viaje arlistico a varias pueblos de Espafia con eljuicio de las obras de las 1res nobles artes que en ellos existen y epocas a que perlenecen. Madrid, 1804, in-Ss t. I, seul publié.
(2) Viaje literario a las iglesias de Espana. Madrid (1803-1852), 22 vol. ia-8o. Les cinq premiers volumes parurent sous le nom de D. Joaquin Villanueva,
frère de l'auteur. On pourra consulter avec fruit sur ce grand ouvrage la Noticia del viage literario a las iglesias de Espanat emprendido de orden del Rey en el ano 1802, escrtta en el de 1814. La publica un amigo del aulor. Valencia, en la imprenta de Estevan, 1820, in-8o. — Cité par R. Foulché Delbosc, Bibliographie des voyages en Espagne et en Portugal. Revue hispanique, 1896.
(3) Viaje de Espana^ Madrid, 1772-94, 18 vol. in-8«.
(4) Viaje arquitectonico-anticuario en Espana. Madrid, 1807.
(5j Relacion historica del viaje de la America méridional. Madrid, 1748, 2 vol.
(6) Noiicias sécrétas de America, sobre el estado naval y polUico de los reynos del Pei^u y provincia de Quito, costas de Nueva Granada y Chile y regimen particular de los pueblos de Indias. Sacadas a luz por D. David Barry. London, 1826, in-4o.
(7) Voyage de la frégate Santa Maria de la Cabeza (1785-86). Voyage des paquebots Santa Casilda et Santa Eulalia (1788-89). Manini, Bistoria de la marina real espanola, t. II chap. 10 et 11
248 l'espagne de l'ancien régimk
ans (1). Il s'attacha principalement à la reconnaissance de la côte occidentale du continent nord américain.
Le24 janvier 1774, D. Juan Ferez et son pilote Estevan José Martinez partirent de San-BIas en Californie ; ils découvrirent le 20 juillet nie Sainte-Marguerite (pointe N.-O. de l'île de la reine Charlotte) et le détroit qui sépare cette île de sa voisine (île du prince de Galles) (2). Ils donnèrent à ce détroit le nom de entrada de Ferez (3). Le 9 août ils mouillèrent, les premiers de tou^ les Européens, au port de Yucuatl, qu'ils baptisèrent puerto de San Lorenzo ; Cook ne le visita que quatre ans plus tard et lui donna le nom de port de Nootka (4).
En 1775, D. Bruno Heceta, D. Juan de Ayala et D. Juan de la Bodega y Quadra reconnurent la côte américaine du Pacilique jusqu'au S8' degré de latitude nord; ils découvrirent l'embouchure du Columbia, qu'ils dénommèrent entrada de Heceta^ le mont Edgecumbe {Ce?ro de San Jacinto) et le port Bucaréli dans l'îie du prince de Galles (5).
En 1779, la Quadra et Arteaga, embarqués sur la Princesa et la Favorita, repassèrent au port Bucaréli et reconnurent le mont Sainl-Elie, Plie de la Magdalena (6), située parôOo 23' à l'entrée de la baie du prince Guillaume, et l'île Régla, une des îles désertes de la rivière de Cook (7).
En 1788, Esteban Martinez et Gonzalo Lopez de Haro, sur la Princesa et le San-Carlos visitèrent le golfe du prince Guillaume (golfe de Tchugatskaïa des Russes), les îles Kichtak, Schumagin, Unimak et Unalaschka; mais leur
(1) Ferrer del Rio, HisL de Carlos îll^, t. IV, p. 185.
(2) Dixon entrance des cartes modernes. On doit probablement entendre par île de la reine Charlotte l'ile Graham, la plus grande des lies de rArchipel.
(3) Le détroit actuellement nommé Juan Ferez Sound s'étend entre File Moresby et l'Ile Lyell (archipel de la reine Charlotte).
(4) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne, t. II, p. 297. — D'après le Journal de Fray Juan Crespi et de Fray Tomas de la Pena^ embarqués sur le Santiago,
(5) Humboldt, op. cit. — D'après le Journal du pilote Maurelle, publié par i M. Barrington et joint aux instructions de Lapérouse. !
(6) L'Ile Hinchinbrook de Vancouver.
(7) Cook*s Inlet, au nord de la presqu'île Renal.
ignorance de la langue les empêcha de communiquer autrement que par signes avec les Russes, qui les reçurent fort bien et leur donnèrent même des cartes de la côte (1).
En 1789, le Conseil des Indes ordonna rétablissement ;i d'une station à Nootka ; mais les Espagnols se trouvèrent
en présence de l'Anglais Golnet déjà établi dans TUe et, après -
bien des difficultés, un traité signé le 28 octobre 1790 h i
TEscorial abandonna à TAngleterre tous les droits de J'Es- - '
pagne sur Nootka (2) . ^
Ce mécompte n'arrêta pas les voyages de découverte; ^
D. Francisco Elisa et D. Salvador Fidalgo pénétrèrent en 1790 j
jusqu'à l'extrémité septentrionale de la baie du prince /^
Guillaume, par 60o 54' (3). i
En 1791, un officier de la marine royale, l'italien ^
Malaspina, venu dEspagne à Acapulco en doublant l'Ame- ^
riquedu Sud, partit avec les deux frégates Atrevida et Des- 1
ciibierla dans la direction du nord, et poussa jusqu'au port 'f\
Mulgrave, dans la baie de Behring (59« 34' 40") (4). ^
Au mois d'août 1792, Vancouver trouva au mouillage de ^ Nootka une escadre espagnole de huit bâtiments, comman- | dée par D. Juan de la Bodega y Quadra, et fut frappé de la j confiance et du respect que les naturels témoignaient aux 'i Espagnols. Deux goélettes, la Sotil et la Mejicana, comman- *J dées par Galiano et Yaldés, avaient fait en quatre mois le ]j^ tour d'une grande île, que les navigateurs appelèrent, d'un .'A commun accord, île Q uadra et Vancou ver (8) . Au cours de cette même campagne, le capitaine Caamano, commandant la frégate VAranzazu^ reconnut la partie septentrionale de l'ar- | chipel de la reine Charlotte, la côte australe de l'île Ulloa 4 (île du prince de Galles), Tile Revilla-Gigedo, l'île de la ^
(1) Humboldt, Essai 9ur la Nouvelle-Espagne^ t. II, p. 298-301. — Hum- ;^ boldt a vu & Mexico un ouvrage manuscrit intitulé Reconocimienlo de los J quairo estaàlecimienlot rusos al Sorte de la Califomia, hecbo en 1788. <-•
(2) Humboldt, op. cit., t. Il, p. 301-306. J
(3) Id. ibid., t. II, p. 306.
(4) Id. ibid., d'après un journal tenu à bord de V Atrevida ti conservé aux ! Archives de Mexico . i
(5) Vancouver, Voyage de découverte à l'Océan Pacifique, t. I, p. 359- ^ 437-461. ;
250 L*ESPAGNB DE l'aNGIEN RÉGIME
Galamidad (ile de Banks) et celle d'Aristizabal et la grande entrée de Mofiino, vis-à-vis Tîle de Pilt (1). Après la paix d'Amiens, le gouvernement fit continuer les travaux de reconnaissance du littoral américain. Fidalgo fut envoyé au Venezuela, Colmenares au Chili, Moraleda et Quartara au Pérou, Cevalos et ilerrera dans la partie nord du golfe du Mexique (2).
Citons encore quelques voyages intéressants en d'autres régions. En 1773, deux moines franciscains, le P. Fr. Garces et le P. Font, se rendirent par terre de Horcasitas à San Francisco, et visitèrent près du rio Gila une ancienne cité aztèque renfermant encore un immense palais en adobes {la Casa grande). Ils s'étonnèrent de se trouver au milieu de populations pacifiques et policées, auprès desquelles leur apostolat n'eut aucun succès (3).
En 1789, les Pères Escalante et Vêlez visitèrent les sources du rio Colorado et y découvrirent des mines de sel gemme (4).
1). Félix de Azara fut envoyé eu 1781 dans l'Amérique du Sud pour déterminer la frontière entre le Brésil et l'Uruguay et rapporta de son voyage une savante relation (5).
Un Catalan audacieux, D. Domingo Badia Gastilloy Leblich, parvint, sous le nom d'Ali-Bey, à gagner la confiance du sultan du Maroc et étudia les ressourcs de Torganisation de ce pays, qu'il méditait de faire passer sous la souveraineté de l'Espagne (6).
Les résultats acquis par les navigateurs ne furent pas perdus pour la science générale.
Le Dépôt hydrographique de Madrid publia, d'après les notes de Malaspina, d'excellentes cartes marines de l'Amérique du N.-O., les meilleures avant celles de Vancou-
(1) Hamboldt, Eêsai sur la Nouvelle Espagne^ t. II, p. 316.
(2) Id. ibid., t. I, p. 218 et 288.
(3) Id. ibid., t. II, p. 241.
(4) Id. ibid.t. I, p. 209.
(5) Voyage dans l'Amérique méridionalet traduit sur le manuscrit de VaU' leur par M, Walckenaer, Paris, 1809, 4 vol. in-8«.
(6) De Bausset, Mémoires, t. I, p. 282.
ver (1), el en 1802 des cartes de l'île Quadra et Vancouver, d'après Galiano et Valdés (2j. Il donna de bonnes cartes des Anlilles, des cartes de l'intérieur du Paraguay et du royaume de Quito. On eut des plans détaillés de la Havane, de la Vera- Cruz et de l'embouchure du Rio de la Plata (3). Tous ces documents furent mis à la portée du public et vendus à des prix très modérés (4).
D. Tomas et D. Juan Lopez, géographes du roi, commencèrent à dresser la carte générale de TEspagne. Elle manquait encore d'exactitude, mais notait jusqu'aux moindres hameaux et jusqu'aux maisons isolées (5). D. Juan Dalmau dressa la carte topographique du royaume de Grenade (6). On songeait dès 1796 à lever une carte d'Espagne d'après les principes scientifiques, le gouvernement espagnol demanda au chargé d'affaires de France un modèle de la toise employée en France pour le calcul du méridien (7).
D . Tomas Lopez publia ses Principes géométriques appliqués à tusage de la carte et sa Géographie historique moderne (8). Antillon travailla à V Atlas de cartes sphériques du dépôt hydrographique et au Cours nouveau de géographie ancienne et moderne.
D. Bernardo Espinalt publia son Atlas espagnol. Le Voyageur universel de D. Pedro Estala, publié par livraisons, eut un succès extraordinaire, répandit le goût de la géographie et combattit, sous une forme détournée, et d'autant plus persuasive, bien des préjugés nationaux. Le P. Sarmiento (9), préférait les géographes aux historiens, « car les uns, « disait-il, parlent de ce qu'ils ont vu, les autres dépensent
(1) Humboldt, Essai sur la Nouvelle-Espagne^ t. II, p. 309. (2)Id. U)id., t. II, p. 314.
(3) Id. ibid., 1. 1, p, 23.
(4) Godoy, Mémoires, t. II, p. 309.
(5)Twiss, Voyage en Espagne,^. i%i.
(6) Godoy, Mémoires, t. II, p. 291.
(7) Archives des affaires étrangères, Espagne, t. 638, f*» 338. — Lettre du prince de la Paix au chargé d'afTaires de France, 3 janvier 1796.
(8) Godoy, Mémoires^ t. II, p. 344.
(9) Semanario erudito, t. V, p. 119. — Catalogo de algunos libros curiosos y seleclos para la libreria de algun particular, que desee comprar de très a quatro mil tomos.
282 l'espagne de l^anciek régime
« bien du papier en discours imaginaires et à rapporter « toutes les manières de se faire la guerre' et de se tuer « qu'ont inventées les hommes, comme si l'histoire avait « pour but de ne relater que les caprices des hommes, à « l'exclusion des événements fameux de la nature, de l'art « et même du hasard. » Le P. Sarmiento avait réellement Tesprit scientifique et devinait ce que l'histoire devait être un jour.