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IV. — Sciences mathématiques

L'Espagne n'a produit au xviii* siècle aucun de ces illustres mathématiciens qui élargissent l'horizon de la science; mais à défaut de génies, elle a compté de bons professeurs, des officiers instruits et quelques astronomes distingués.

Les mathématiques, longtemps exilées des Universités, figurèrent dans les programmes des Etudes royales de Saint- Isidore, du Séminaire des nobles, du collège de Vergara, des écoles navales et militaires.

Le moine Valencien Tosca, de la congrégation de San Felipe Neri, publia de nombreux traités élémentaires de mathématiques, de géométrie et de physique (1). D. Gregorio Rosell, professeur aux Etudes royales de Saint-Isidore, écrivit pour ses élèves des Institutes mathématiques^ dont les Ephémérides de Rome firent un grand éloge, et une Géométrie élémentaire pour les enfants (2). D. Pedro Gianini donna aux élèves du collège royal de Ségovie un Ceurs complet de mathématiques (3). D. Benito Bails, directeur de mathématiques à l'Académie de San Fernando, composa, en collaboration avec D. Geronimo Gapmany, des Traités de mathéma-

(\) Curso completo de Matemélicas , ^ Compendio matemalico, -^ GeomC' tria elemental. — Prolegomenos geometricos, — Tratado fisico^matematico de la dioptica. — Tratado de slatica, — Lafuente, Hist, de Espafia, U XV, p. 133.

(2) Inslituciones matematicas, — Geomelria de loa nifios. — Lafuente, op. cit., t. XV, p. 135. — Ferrer del Rio, Hist. de Carlos ///•, t. IV, p. 482.

(3) Curso matematico para sei*vir de texto a los caballeros cadetes del R. Colegio de arlilleria de Segovia^ 5 vol.

tiques à Vusage des écoles de cadets d'infanterie ; il donna plus tard son Grand Cours, ou Eléments de ma thématiques^ en dix volumes, et ses Principes de mathématiques, abrégé du Grand Cours, en trois volumes. Sous Charles IV, il publia encore une Arithmétique des commerçants et des Institutes de géométrie pratique à l'usage des jeunes artistes (1). D. Vicente Tofifio, directeur des gardes-marines, rédigea pour ses élèves un Abrégé de géométrie élémentaire et de trigonométrie rectiligne, maintes fois réimprimé (2). D. José Chaix, de Jativa, écrivit pn 1801 ses Institutes de calcul différentiel et intégral avec application aux mathématiques pures et mixtes (3). D. Gabriel Ciscar donna en 1804 son excellent Cours d^ études élémentaires de marine, qui est resté longtemps en usage dans les écoles navales (4). On cite encore avec éloge les ouvrages classiques de D. Tadeo Lopez, de D. Francisco Gonzalez, de D. Juan Justo Garcia (5). D. Rafaël de la Sala, évèque de Solsona, D. Rafaël Clavijo^ directeur des constructions navales à l'arsenal du Ferrol, cultivèrent aussi les mathématiques avec succès (6).

Au nombre des officiers les plus savants figurent D. Antonio deUUoa, D. Jorge Juan, D. CosmeDamian de Churruca. D. Josef Mazarredo, dont nous avons déjà cité les noms et les œuvres (7). D. Marcelino Menendez y Pelayo mentionne les traités de navigation de Pimentel (1699-1712), de D. Pedro Manuel Cedillo (1745), de D.Miguel Archer (1756), de D. José Ignacio de Porras (1765), de D. Dionisio Alcala Galiano (8). D. Félix Prosperi publia en 1744 une Nouvelle méthode de fortification, où il proposait un front

(1) Tratados de matematicas para las escuelas de cadetes de infantena. — Elementos de matematicas, — Principios de matematicas, — Aritmetica para comerciantes. — Instituciones de geometria practica para el wo de los Jovenes artislas,

(2) Compendio de la geometna elemental y trigonometria rectilinea.

(3) Instituciones del calcula diferencial e intégral con sus aplicaciones a las matematicas puras y mixtas.

(4) Curso de estudios elementales de marina, !'« édition, 1804, 4 vol. in-4<*.

(5) Godoy, Mémoires, t. II, p. 290.

(6) Gavanilles, Observaciones sobre el articule Espana, p. 63é (1) L'Espagne de V ancien Régime. Les Institutions, p. 321.

(8) Menendez y Pelayo, La Ciencia espanola, t. III. Matematicas,

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polygonal, analogue à celui que Marc de Montalembert devait recommander plus tard dans son grand ouvrage sur La Fortification perpendiculaire (1). Un Traité d'artillerie parut en 1784-86, sous le nom de D. Tomas de Morla ; son véritable auteur serait D. Yicente de los Rios, d'après D. Marcelino Menendez y Pelayo (2).

Grâce à la création des observatoires de Cadix, de Madrid et de San Fernando, Tastronomie fit de notables progrès, et les astronomes espagnols, instruits par les savants français et anglais, se montrèrent de dignes émules de leurs maîtres (3).

L'observatoire de Cadiz, construit en 1753, fut dû à l'initiative de D. Jorge Juan. L'histoire de sa fondation, ainsi qu'un recueil d'observations, astronomiques, fut publiée en 1776 par D. Vicente Tofino et D. José Varela, et un nouveau volume d'observations parut encore en 4777.

L'observatoire de Madrid, projeté par Ferdinand VI, fut construit sous Charles III par l'architecte Villanueva; mais il ne fut réellement installé que sous Charles lY, après la création du Corps des ingénieurs cosmographes d'Etat. D. Josef Mendoza acheta à Londres, en 1796, un télescope Herschell dont les miroirs mesuraient 3 pieds de diamètre et 25 pieds de distance focale. On mit cinq ans à le monter, et il disparut quelques années plus tard, pendant la guerre de Tindépendance, pour faire place à une batterie française (4).

L'observatoire de San Fernando, créé par Mazarredo, fut installé en 1797 et publia, à partir de cette époque^ VAlma^ manach nautique^ édité jusque-là par l'observatoire de Madrid.

Les astronomes espagnols se sont surtout occupés de ques-

(1) Meoéndez y Pelayo, La Ciencia espaiiola^ t. IH. Ciencias militares. — L'ouvrage de Marc de Montalembert parut h Paris de 1176 à 1794 en 11 vol. in-4%

(2) Menendez y Pelayo, La Ciencia espanola^ t. III. Ciencias militares.

(3) li n'est que juste de remarquer que D. Antonio de Ulloa et D. Jorge Juan passèrent plusieurs années avec les astronomes français Godin, Bouguer et La Condamine ; — que D. Salvador Ximenez Goronado, directeur de l'Observatoire de Madrid, avait étudié hors d'Espagne, principalement à Paris; — que D. Josef Ghaix avait appris ce qu'il savait en France et en Angleterre, — et que D. Josef Mendoza y Rioi, envoyé en Angleterre en 1789, j fit de longs séjours et finit par s'y fixer jusqu'à sa mort (1816).

(4) GildeZarate, La Instruccion publica, t. III, p. 370.

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lions pratiques relatives à la détermination de la latitude et de la longitude. D. Donisio Alcala Galiano indiqua en 1796 une méthode nouvelle pour calculer la latitude et la longitude en pleine mer (i). Dès Tannée suivante, D. Josef Mendoza y Rios publiait dans la Connaissance des temps (An Y) une nouvelle méthode pour le calcul des longitudes à la mer per les différences lunaires (2).

L'astronome français Delambre citait avec éloge la méthode de Mendoza. qu'il préférait même à la sienne et considérait l'ouvrage du savant espagnol comme « le plus complet, « le mieux conçu, le plus commode qui ait encore paru sur « l'astronomie nautique (3). » D. Gabriel Ciscar reprit encore la même question en 1798 et en 1803 (4) et ses travaux l'ont fait regarder comme le meilleur mathématicien de l'Espagne moderne.

D. José Joaquin de Ferrer y Cafranga mérita les suffrages de Laplace et publia de nombreux Mémoires dans les Mélanges de la Société philosophique de Philadelphie (5).

Au Mexique, trois hommes de talent, Alzate, Gama et Velazquez montrèrent un goût très vif pour l'astronomie et obtinrent des résultats vraiment surprenants, si Ton songe au peu de ressources dont ils disposèrent pour s'instruire. Alzate s'occupa surtout d'œuvres de vulgarisation, Gama publia plusieurs mémoires sur les éclipses de lune, sur les satellites de Jupiter, sur TAlmanach des anciens Mexicains

(1) Memoria sobre las observaciones de lalilud y longitud en el mar,

(2} Mendoza était déjà connu par un Tratado de navegacion (Madrid, 1181, 3 vol. in-4o) ; — des Tables des latitudes croissantes (Connaissance des temps^ 1793). — Ses Tables de navigation^ ouvrage d'une haute importance, parurent à Madrid en iSOO et à Londres en 1805. Il perfectionna encore quelques instruments nautiques et décrivit un nouveau «cercle à réflexion » dans les Transactions de la Société Royale de Londres. U se pendit de désespoir pour avoir constaté une erreur de calcul dans un de ses ouvrages.

(3) Connaissance des temps ^ année 1808.

(4) Apendice en que se explica un metodo grafico para corregir las distancias de la luna a otro aslro, y se deducen de el algunas circunstancias , 1798. — Explicacion de variosmetodos grafico i para corregir las distancias lunarescon la aproximacion necesaria para determinar las longitudes . en la mar, y vara resolver otros problemas de astronomia nautica. Madrid, 1803, in-4».

(5) Menéndez y Pelayo, La Ciencia espaflola, t. IIL Ciencias exactas.

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et sur le climat de la Nouvelle-Espagne. Velazquez construisit un observatoire à Santa-Ana, en Californie, et étonna Tabbé Chappe par la précision de ses calculs (1) ; il corrigea une erreur de longitude qui, dans les cartes d'alors, rejetait la Californie de plusieurs degrés à Touest, enfin, il fonda et dirigea avec succès Técole des mines de Mexico (2).

A Santa-Fé de Bogota, un autre Américain, D. Francisco Caldas, parvint à devenir physicien, botaniste et astronome. 11 voyagea avec Mutis à la Nouvelle-Grenade et au Pérou, mesura le Chimborazo et le Tungueragua, et dirigea Tobservatoire royal de Santa-Fé. Ses observations furent publiées à partir de 1807 dans le Semanario de la Nueva Granada^ et Humboldt y attachait assez de prix pour en avoir offert un exemplaire à llnstitut de France (3).

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