‹ L'Espagne de l'ancien régimeChapitre 35 sur 90 · VII. — Médeoine · texte numérisé non relu

VII. — Médeoine

La médecine était tombée en un grand discrédit au début du xYiii* siècle, la profession de médecin était peu honorée et peu lucrative. Un médecin de Barcelone acceptait de soigner toute une famille pour 80 réaux par an; le prix moyen de la visite était d'un réal ; les médecins les plus

I exigeants ne prenaient pas plus de 4 réaux (1). Encore préfé-

rait-on les médecins anglais ou allemands aux médecins na-

* tionaux (2). La médecine s*enseignait, comme le droit ou la

théologie, par voie d'autorité. Hippocrate, Galien, Van Helmont avaient leurs partisans et leurs adversaires. D. José Ortiz Barroso écrivit, en 1736, une critique violente du système de Van Helmont (3). D. Juan Vasquez de Cortes voyait au contraire dans Teau le remède universel (4). L'inoculation inspira longtemps en Espagne une terreur panique (5). Ce fut un Irlandais, O'Scalan, qui, le premier, la fit accepter (6). Piquer, l'un des plus célèbres médecins de l'Espagne, doutait de la circulation du sang (7). D. José Masdeval, ayant composé avec du sel d'absinthe, de l'ammoniaque, du tartre stibié et du quinquina (8), unopiat contre la fièvre, obtint de grands succès en Catalogne (9), mais l'Etat voulut ensuite imposer son remède comme une panacée officielle, et alla jusqu'à menacer de prison les médecins de Barcelone et de Cartha-

' gène qui serefusaient à en faire usage (10). Une pragmatique

(1) Townsend, Voyage en Espagne , t. Ill, p. 397.

(2) Fischer, Voyage en Espagne, t. I, p. 211.

(3) Uso y abuso del agua potable,

(4) Medicina en las fuenles, 1735.

(5) Campomanes, Fomento, p. 52.

(6) Practica moderna de la inoculacion^ con varias observaciones y refiexiones fandadas en ella, Madrid, 1784.

(7) Obras de Hipocrates, t. II, p. 237.

(8) R. Sal absinthi. — Ammoniaci optime depurati à à S i, -^ Tartari sii' biali, termino clariori tartari emetici gr. XVIII, — Triturenlur per horae

I quadrantenif deinde, adde et optime misceantur pulv. cort,peruv. ç t — Syr.

j absinth. q, s. fiât opiata,— Cité par Townsend, T'oya^c en Espagne, t. III, p. 143.

(9) Ferrer del Rio, Hist. de Carlos III^, t. IV, p. 503.

(10) Townsend, op. eit.^ t. III, p. 142 et 358.

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du 20 mai 1788 finit par déclarer que le nouveau remède ne serait imposé à personne, même dans les hôpitaux (1). Le corrégidor de Valladolid (2), les Etats de Navarre (3), se plaignaient du grand nombre de femmes estropiées par la maladresse des accoucheurs. La physiologie passait aux yeux de bien des gens pour une science maudite, plus dangereuse même que la magie.

Cependant la médecine fut remise dans sa véritable voie comme science expérimentale et de sérieux progrès furent obtenus.

D. Andres Piquer donna le signal du réveil, et son œuvre dénote un puissant effort pour rompre avec la routine. Il traduisit en espagnol les principales œuvres d'Hippocrate (4), avec un commentaire étendu, qui donne à la fois une triste idée de la science courante (5) et une haute opinion de sa conscience professionnelle. C'est un médecin classique, peu ami des nouveautés, mais qui comprend bien les ancienâ et sait observer. Ses Institutions médicales (1762) (6), sa Pratique médicale^ son Traité des fièvres le firent regarder comme le premier professeur de son temps.

D.Gaspar Casai, auteur d'une Histoire naturelle et médi» cale de la principauté des Asturies {1162)^ fut, comme Piquer, un apôtre convaincu de la médecine expérimentale. Rubio publia tArt de connaître les maladies par l'observation méthodigue et t expérience, Barnades écrivit un Traité sur les signes de la mort apparente , D. Antonio Escobar donna une excellente Histoire de toutes les maladies épidémiques, D. José Àmar un Traité delà petite vérole. D. Francisco Santpons obtint un prix à l'Académie de médecine de Paris pour son étude sur

(l)Noi>. Rec, VII, XL, 4.

(2) Autos acordadosde Valladolid, 27 a'vril 1791.

(3) Gortes, 1724, leg. 50.

(4) Las obras de Hipocrates mas selectas^ Madrid, 1759-1761, 2 roi. in 40. (0) Il croit, par exemple, que Tair remplit l'espace jusqu'aux astres {op, cit.y

t. Il, p. 2).

Il croit à l'inQuence du soleil et de la lune sur le cours des maladies (id.,t. II.p. 3).

(1 attribue à l'air la plupart de nos maladies (id., t. II, p. 45).

(6) Adoptées comme livre de cours par Barthez à Montpellier. — Ferrer del Rio, Uist. de Carlos III^, t. IV, p. 501.

Les cames de la fièvre aphteuse des enfants. D. Francisco Salva fut deux fois lauréat de la même Académie (1). D. José Ignacio Santpons l'ut l'un des sept fondateurs de l'Académie de médecine pratique de Barcelone (2).

Charles III et Charles IV réorganisèrent de toutes pièces renseignement de la médecine et de la chirurgie. Godoy fit traduire les livres des meilleurs professeurs hollandais, anglais et français, et encouragea les professeurs espagnols à écrire à leur tour. D. Juan Fernandez del Valle publia une Chirurgie légale^ générale et particulière {\l%)^li. Francisco Bonell et D. Ignacio La Cava, un Cours complet d^anatomie (1797), D. Domingo Vidal un Traité de pathologie.

Tant d'efforts ne furent point stériles, TEspagne finit par avoir parmi ses médecins de vrais savants. D.Antonio Gimbernat suivit les cours de médecine de Paris, assista aux leçons des chirurgiens Hunter et Saunders de Londres (1776-77). Il imagina une méthode nouvelle pour opérer la hernie crurale, une autre pour guérir Thydrocèle, et inventa Tanneau oculaire ou spéculum pour Topération de la cataracte (3).

D. José Yberti, membre des sociétés savantes de Bologne, Londres et Paris, publia un Traité complet des maladies de ïenfance (1796) et proposa une Méthode artificielle pour élever les enfants nouveau-nés. D. Ignacio Ruiz de Luzuriaga étudia l'épidémie de choléra survenue à Madrid en 1796. Une femme même, Dona Victoria Feliz, s'acquit la réputation de la plus habile oculiste de Madrid (4).

Mais ces progrès ne s'accomplirent pas sans exciter de terribles oppositions. Le Journal des nouvelles découvertes des sciences physiques qui se rattachent à l'art de guérir fut supprimé en 1791. Godoy, qui le rétablit, eut besoin de toute son autorité pour faire accepter l'enseignement du Collège

(1) Pour deux études intitulées : Modo de curar o empozar el canamo olino. Inconvenientes y veniajas del itso de los purgantes y del aire fresco en los diferenies périodes de las viruelas inoculadas.

(2) Ferrer del Rio, Bist. de Carlos 1II'>, t. IV, p. 502.

(3; Menendez y Pelayo, Ciencia espanola^ t. III, Medicina. (4) Cité par Godoy, Mémoires, t. II, p. 301.

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royal de Madrid. Les conquêtes si péniblement acquises furent arrêtées net par la guerre de l'Indépendance et compromises pendant de longues années par la réaction absolutiste qui suivit la guerre. La science n'avait pas eu le temps de devenir populaire en Espagne. Un petit nombre de savants, comparables aux hommes les plus distingués des autres pays, se passionnait pour la vérité scientifique, mais ces hommes ne trouvaient encore auprès de leurs compatriotes qu'indifférence ou suspicion.

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